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![]() ![]() p. 29 - Tahiti au centre de la vieille querelle franco-britannique en 1843. |


Alex W. du
PREL
directeur de la publication
Evénements à Tahiti et ses îles

Dimanche 30 janvier
- Patrice Jamet remporte le premier tour des élections municipales de
Mahina avec 22% des suffrages contre seulement 15% pour Emile
VERNAUDON, l’ancien maire et “shérif” de la commune.
- Dernière journée de la 8e édition du FIFO (Festival international du film océanien). Un total de 26.400 visiteurs.
Mardi 1er février
- Début des travaux de rénovation du Grand théâtre de la Maison de la culture. Réouverture est prévue en septembre.
Mercredi 2 février
- La commission des finances rejette le projet de budget 2011.
- Le président et l’ensemble de son gouvernement s’engagent, lors du
conseil des ministres, à réduire de moitié le montant des indemnités
pour frais de représentations...
- Arrivée de Miss Univers 2004, Jennifer HAWKINS, avec 26 valises, pour
un shooting photos de deux jours à l’hôtel Méridien de Bora Bora.
Jeudi 3 février
- Première visite officielle expresse du nouveau haut-commissaire, Richard DIDIER sur l’île de Moorea.
- Début des festivités du nouvel an chinois
à Papeete
- Elections du nouveau président du conseil d’administration de la
CPS : Ronald TEROROTUA, suite à la démission fin janvier de Moana
TATARATA.
Vendredi 4 février
- La DSP (Direction de la sécurité publique) rencontre les associations
de commerçants pour trouver des solutions face à la hausse des délitst.
- L’avocat d’Emile VERNAUDON dépose une demande de mainlevée du mandat
de dépôt prononcé en janvier contre l’ancien maire de Mahina.
- Cédric PASTOUR, nouveau président du CA d’Air Tahiti Nui, annonce une
perte estimée à 400 millions de Fcfp en 2010 et une prévision de 800
millions pour 2011.
Samedi 5 février
- Oscar TEMARU reçoit une délégation d’une cinquantaine d’“hibakushas”,
survivants des explosions nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki au
Japon, ainsi que des aborigènes, passagers du paquebot Peace Boat.
- La Commission d’éthique de la FIFA rejette l’appel de Reynald TEMARII
maintenant ainsi la sanction de un an d’interdiction d’exercer toute
activité dans le milieu du football ainsi qu’une amende de près de
500.000 Fcfp pour violation du code d’éthique.
Dimanche 6 février
- Patrice JAMET remporte les élections municipales de Mahina avec 48%
des voix face aux 28% de Nicolas SANQUER et les 23% de l’ancien maire
Emile VERNAUDON.
- 40 membres de l’UFFO (l’Union des femmes francophones d’Océanie) se réunissent à Bora Bora.
Lundi 7 février
- Le Conseil d’Etat de Paris rejette la loi de pays
« protectionniste » sur l’investissement en téléphonie mobile
en PF, votée en octobre 2010 pour évincer DIGICEL.
Mardi 8 février
- Destruction de 233.118 perles jugées “rebuts” par le ministère des Ressources maritimes.
- La présidente de l’Université de Polynésie française fait l’objet d’une « lettre de rappel
à la loi » de la part de la ministre de l’Enseignement, Valérie PECRESSE, pour une affaire de plagiat.
- Harold MARTIN, président du Congrès de Nouvelle-Calédonie, en visite à Tahiti.
Mercredi 9 février
- Les aquaculteurs de Polynésie s’opposent à la reprise des importations de crevettes.
- Fermeture de l’antenne du service de la pêche de Taravao sur la presqu’île de Tahiti.
Jeudi 10 février
- L’Assemblée rejette le budget général du Pays.
- L’Ordre des Avocats au Barreau de Papeete soutient le mouvement
métropolitain qui proteste contre les propos du président Sarkozy.
Vendredi 11 février
- Richard DIDIER, nouveau haut- commissaire, réaffirme le projet du
centre pénitentiaire à Papeari, lequel devrait voir le jour en 2013.
- Le président TONG SANG demande la rédaction d’une motion commune des
élus de l’Assemblée ainsi qu’un retour aux urnes dans l’espoir de
débloquer la situation.
Samedi 12 février
- Décès de Jean-Marc PAMBRUN, directeur du Musée de Tahiti et des Iles,
anthropologue et écrivain, connu pour son investissement en faveur de
la culture polynésienne. Il avait
57 ans.
- 6e Salon du tourisme à la salle Aorai Tini Hau de Pirae. 170 exposants venus de tous
les archipels.
Dimanche 13 février
- Festivités au Temple Kanti de Mamao.
Mardi 15 février
- Le ministre du tourisme Steeve AMBLIN se rend au Japon afin d’essayer
de relancer le tourisme nippon qui ne représente que 15 000
visiteurs par an contre 1 million à Hawaii.
- Le Musée de Tahiti et des Iles organise une rétrospective des œuvres de l’artiste Bobby HOLCOMB, disparu il y a 20 ans.
Mercredi 16 février
- Les groupes de danse refusent la nouvelle configuration de la place To’ata envisagée pour le Heiva 2011.
Jeudi 17 février
- L’avocat Me Richard TUHEIAVA, devenu sénateur de la Polynésie Française en 2008,
voit sa condamnation à 2 ans d’interdiction d’exercer pour
« manquement à l’honneur de la profession » confirmée par la
Cour d’Appel de Papeete.
- Manifestation devant l’Assemblée de plus de 300 retraités inquiets pour la pérénité
de leurs pensions.
Vendredi 18 février
- Clôture des festivités du nouvel an chinois avec le défilé des lanternes dans les rues de Papeete.
- Deux vols d’Air Tahiti Nui sont annulés « pour des raisons techniques ».
Samedi 19 février
- 23e Marathon international de Moorea.
Victoire de Frédéric BURQUIER et de Sophie GARDON.
- Deuxième journée d’examen du budget : Gaston TONG SANG annonce qu’il engage
sa responsabilité.
Dimanche 20 février
- Le budget du pays est enfin voté. Oscar TEMARU, président de l’Assemblée, n’acte pas le courrier de TONG SANG engageant
sa responsabilité.
- Inhumation de Jean-Marc PAMBRUN
à son domicile de Pao Pao à Moorea.
Mardi 22 février
- L’artiste portugaise Patricia ROSINDO et
5 autres peintres membres de l’ONG « Peintres du sourire »,
décorent les murs du nouvel hôpital du Taaone de fresques humoristiques.
Mercredi 23 février
- Le conseil des ministres décide de maintenir le prix des hydrocarbures au 1er mars.
- La Ligue polynésienne des Droits humains, au vu du récent rapport
alarmant de la Chambre territoriale des comptes sur la santé en
Polynésie Française, réclame que celle-ci redevienne de compétence
d’Etat.
Jeudi 24 février
- Sept GIE de perliculteurs (représentant 70% des perliculteurs)
accusent la Maison de la perle d’être incompétente et de ne pas
s’occuper de l’intérêt général de la profession.
- Premier séminaire pour la nouvelle Communauté des communes des îles Marquises (CODIM).
- Rejet de la demande de remise en liberté d’Emile VERNAUDON.
Vendredi 25 février
- Les habitants des îles Marquises apprennent qu’ils devront payer une taxe foncière au même titre que les autres archipels.
- Présentation de la nouvelle Manabox, alliant Internet et téléphone.
- Restrictions de la distribution d’eau à Moorea en raison de la sécheresse exceptionnelle.
Samedi 26 février
- Salon de l’Habitat dans la salle Aorai Tini Hau de Pirae.
- Finale du Festival guitare.
Dimanche 28 février
- Ivami TAVAITAI remporte le 4e concours Tahiti Espoir Guitare.
Evénements dans le Pacifique Sud

Port Moresby, 3 février – La Papouasie-Nouvelle-Guinée propose un
changement de cap à 90 degrés dans les négociations des Accords de
partenariat économique (APE) entre nations océaniennes du Pacifique et
les Européens.
Selon le « PNG Country Paper », il y a eu une rupture
de confiance entre les États insulaires du Pacifique et le Forum des
îles du Pacifique.
Sydney, 3 février - La société Qantas se retrouve contrainte
d’augmenter son supplément pour le carburant pour compenser les frais
dus à l’augmentation des prix du pétrole.
Ainsi, les passagers de
Qantas devront débourser 50 dollars supplémentaires
(4.500 Fcfp) pour un vol aller international et 145 dollars quand les vols sont à destination de l’Europe et du Royaume Uni.
Apia, 6 février - Plus de 100 scientifiques, chercheurs et décideurs se
sont réunis pour un sommet sur le changement climatique. L’un des
principaux intervenants, Dr Charles Fletcher, a souligné que selon les
relevés des échelles de marée et l’imagerie satellitaire, Guam et une
partie des îles Marshall sont au centre d’une région où le niveau des
eaux est en hausse. Une accélération des alizés depuis les années 90
serait en partie responsable.
Suva, 6 février - A Fidji, la demande pour les crevettes est de 600
tonnes par an et les éleveurs ne produisent que 100 tonnes. Ils ne
peuvent donc pas se permettre d’exporter à l’étranger puisque Fidji est
contraint d’importer des crevettes pour satisfaire la demande locale.
Le directeur adjoint de Dairy Farms Fiji, le plus grand parc aquacole
de l’archipel, a lancé un appel pour que davantage de Fidjiens se
lancent dans l’élevage de crevettesr.
Nuku’alofa, 8 février - Tonga a enfin levé l’état d’urgence, après 4 ans, 2 mois et
15 jours.
Les régulations d’urgence avaient été mises en place en
novembre 2006 au lendemain des émeutes qui s’étaient soldées par
l’incendie d’une partie de la capitale Nuku’alofa.
Pago Pago, 8 février - L’Administration de l’électricité du Samoa
américain refuse l’accès de la direction et des employés à la
conserverie de thon Starkist, située sur ses terres. Une expulsion
decidée par la justice du Samoa américain. Le bail de 9 ans est en
effet arrivé à expiration. Starkist n’a fait aucune démarche pour
prolonger la location, et cherche même à transférer son usine à
l’étranger, affirme l’Administration de l’électricité du Samoa
américain.
Suva, 8 février - L’ancien président des îles Fidji et grand chef
coutumier de Vuda, Ratu Josefa Iloilo, est décédé le dimanche 6 février
à l’âge de 91 ans. L’état de santé de cet homme respecté s’est
considérablement affaibli au cours de ces dernières années, ses
apparitions en public étaient devenues de plus en plus rares.
Suva, 10 février - Les Affaires étrangères des îles Fidji ont reçu à la
fin de l’année dernière des informations l’avertissant que Tonga avait
entamé des travaux de construction d’un phare sur le Récif de la
Minerve (Minerva Reef). Or Fidji affirme que conformément à la
convention des Nations Unies sur le droit de la mer, le Récif de la
Minerve fait partie intégrante de l’archipel fidjien et se trouve à
l’intérieur de la zone économique exclusive fidjienne. Tonga affirme
qu’une ordonnance royale de feu George Tupou IV a déclaré le Récif de
la Minerve territoire tongien en 1972. L’affaire est devant les Nations
unies. Plusieurs expéditions scientifiques ont montré que les fonds
marins entre Fidji, Tonga et la Nouvelle-Zélande seraient parmi les
eaux les plus lucratives du monde puisqu’elles renferment de vastes
ressources minérales, notamment de l’or et de l’argent.
Port Moresby, 10 février - 2 milliards de dollars américains. C’est le
chiffre d’affaires de la mine d’OK Tedi en 2010. Un bond spectaculaire
de 27% par rapport à 2009, malgré une baisse de sa production de 6%. La
mine, qui produit de l’or et du cuivre, profite en effet des prix
élevés des deux minerais.
Londres, 10 février - En fonction de données linguistiques et
archéologiques et de plusieurs études génétiques, la provenance de ces
premiers habitants de Polynésie ne cesse d’alimenter les débats dans la
communauté scientifique. Les dernières découvertes
des chercheurs de l’Université de Leeds,
en Grande-Bretagne, pourraient renverser quelques hypothèses. Après
analyse de l’ADN mitochondrial qui permet de remonter de plusieurs
milliers d’années, les chercheurs de Leeds indiquent que les
Polynésiens descendraient des migrants de la Chine continentale qui se
sont installés dans les îles de Nouvelle-Guinée il y a 6.000 ou 8.000
ans.
Suva, 12 février - La Chine et l’Inde en tête des investissements à
fidji – Dans le domaine des investissements directs dans l’économie
fidjiennes, ces deux pays sont les deux plus grands contributeurs selon
la banque de réserve fidjienne (RBF). Les activités des économies
émergeantes restent robustes et participent à la relance de l’économie
globale, ce qui est une bonne nouvelle pour les exportations et le
tourisme fidjiens. La croissance de l’industrie touristique serait
de 18,4%, soit 6,2% de plus par rapport à la croissance
enregistrée en 2008.
Nouméa, 13 février - Bêche de mer, concombre de mer, trépang,
holothurie, l’avenir de cet invertébré fait l’objet cette semaine d’une
conférence en Nouvelle- Calédonie sous l’égide du Centre australien
pour la recherche agricole internationale (ACIAS). Cette étrange
créature, source de revenus pour de nombreux villages de pêcheurs dans
le Pacifique et en Asie, est menacée par une forte demande sur le
marché de l’alimentation et le secteur médical. Une chose est certaine,
l’holothurie peut contribuer à l’essor économique de nombreuses
communautés côtières démunies.
Pago Pago, 19 février - les habitants du Samoa américain ne pourront
plus se faire soigner à l’extérieur – C’est par manque de fonds que les
médecins de se territoire américain ne pourront plus envoyer leurs
malades suivre des thérapeutiques salvatrices à Hawaï ou en
Nouvelle-Zélande.
À moins que ces malades ne puissent prendre en charge
leur voyage. Les autorités ont conseillé aux familles de s’entraider
pour envoyer leurs proches se faire soigner à l’étranger.
Majuro, 21 février - De grandes vagues ont inondé plusieurs secteurs de
faible altitude de la capitale des Îles Marshall, Majuro. Les grandes
vagues de 1,67 mètres qui ont envahi Majuro sont associées au phénomène
météorologique La Niña. Selon des jauges installées pour mesurer les
changements de niveau de l’océan à long terme, la moyenne du niveau des
eaux dépassent de 15 centimètres le niveau anticipé. La ville de Majuro
abrite la moitié de la population des îles Marshall estimée à 55.000
habitants.
Suva, 23 février - 500 habitations à loyer modéré vont être construites
à Raiwaqa, une banlieue pauvre de Suva, la capitale fidjienne. Des
appartements répartis sur deux sites. Ce programme est financé par la
banque d’Etat chinoise Exim, qui octroie un prêt à des conditions
favorables au gouvernement fidjien.
Christchurch, 24 février - Le séisme de Christchurch a fait 92
morts, selon le dernier bilan revu en hausse et qui pourrait encore
s’alourdir. Le nombre de disparus est estimé à environ 300, mais John
Key avait prévenu précédemment que cette estimation pourrait s’avérer
“totalement inexacte, dans un sens ou dans l’autre”. Ce tremblement de
terre de magnitude 6,3, est le plus meurtrier depuis
80 ans en Nouvelle-Zélande. Son épicentre était à 5 km de Christchurch,
deuxième ville du pays (390.000 habitants), et à seulement
4 km de profondeur, ce qui le rendait d’autant plus dévastateur.
avec Pierre Riant à Radio Australie
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Sympathique et musical vernissage pour l’exposition
de la peintre Sabrina Lévy à la Galerie des Tropiques. (Ph. TPM)
Le 12 février, à l’âge de 57 ans,
Jean-Marc Tera’ìtuatini Pambrun décédait dans un hôpital parisien suite
à une longue maladie. Ainsi disparaissait « l’enfant
terrible » du monde culturel tahitien, un des rares intellectuels
“touche-à-tout” de Tahiti qui ait été productif, que ce soit dans le
monde de l’art, du cinéma, de la littérature, du théâtre, et des débats
politiques, Ô combien passionnés, lors du règne de Gaston Flosse. Nos
lecteurs le connaissent, car entre 2000 et 2004, il a publié dans nos
pages de nombreux articles et plusieurs nouvelles.
Né à Paris d’un père tahitien, Jean-Marc rentre à Tahiti pour terminer
ses études secondaires à Papeete où il obtient son Bac en 1975. Il
repart pour Paris où il continuera jusqu’en 1980. Revenu à Tahiti, il
travaille d’abord au Musée de Tahiti, devient conseiller du ministre de
la Culture, puis devient le directeur du département des traditions du
Centre polynésien des sciences humaines (CPSH). Comme il faisait partie
des rares intellectuels qui posent trop de questions essentielles et
troublent ainsi le confort des décisions politiques, il fut remercié
par Gaston Flosse en 1993. Pambrun devint pigiste à l’hebdomadaire
L’Echo de Tahiti Nui, alors financé par Emile Vernaudon et
Jean-Christophe Bouissou pour « rentrer dans le chou de
Flosse ». En 1994, lorsque Vernaudon et Bouissou furent “aspirés”
par Flosse, ceux-ci abandonnèrent l’hebdomadaire dans les mains de
Pambrun et Mathis, à eux de se dépatouiller avec les dettes et les
procès. A cette époque Pambrun publia son pamphlet politique, Le
sale petit prince.
Puis, ce fut des petits boulots à la mairie de Faa’a, avant d’être
nommé en 1998 directeur de la Maison de la culture, en charge notamment
de l’organisation du Heiva i Tahiti et de… la Fête de l’Autonomie, mais
après avoir encore une fois déplu au « prince », il se
retrouva « au chômage » en 2000.
En fait, la vie de Jean-Marc, avec sixenfants à charge, un esprit
rebelle et une langue qui n’était pas dans sa poche, a vécu une
existence d’une précarité inhabituelle, une vie de montagnes russes sur
lesquelles il passait régulièrement de la prospérité à la misère en
quelques semaines, ce qui ne l’empêchait pas d’être toujours productif,
bien au contraire, car il lui fallait vendre ses dessins ou livres pour
survivre. Grâce à son courage et son extraordinaire ténacité, il
rebondissait bientôt, en trouvant un autre emploi soit dans le public,
soit comme consultant indépendant. S’étant vite rendu compte qu’il est
quasiment impossible de survivre de l’écriture dans un petit territoire
où presque personne ne lit, il se lança dans une campagne pour tenter
de persuader le gouvernement d’octroyer des subventions aux écrivains.
En vain.
Après le Taui et un court séjour au Québec, il fut nommé en 2006
directeur du Musée de Tahiti et de ses îles, ce qui lui offrit la
sécurité financière et lui permit ainsi d’écrire et publier de nombreux
livres, la phase la plus productive de sa vie.
On peut résumer l’essentiel de son œuvre littéraire à une révolte
contre l’imposition d’une civilisation extérieure, dénonçant
l’indifférence de l’élite de Tahiti et de la classe dirigeante qui non
seulement acceptent passivement mais font la promotion d’une
colonisation des esprits,
sournoise et castratrice, qui a fait perdre à la Polynésie son esprit
communautaire et sa joie de vivre qui avait jadis tant ébloui le monde.
Sa lutte était essentiellement contre les gouvernements territoriaux,
pour lesquels « la pensée n’est qu’un outil de calcul et de
réalisation technique aux services des décideurs », écrivait-il.
« C’est une erreur majeure, car tout se passe comme si le pouvoir
n’avait aucun effort de réflexion à mener pour arrêter les choix en
matière de développement économique et social. La société politique
polynésienne n’estime les intellectuels qu’à la condition qu’ils
apportent leur caution morale à la cause qu’ils prétendent défendre et
la servent loyalement. Autrement dit, on les invite à fermer les yeux
sur le décalage qui existerait entre les intentions et les actes de
l’organisation à laquelle ils adhèrent. Si l’intellectuel maintient sa
lucidité, donc refuse de se taire, il devient, au mieux, sujet de
polémique, au pire, objet de suspicion, ce qui mènera à la censure et
l’exclusion. »
Comme Jean-Marc dérangeait et cherchait la reconnaissance, il avait
bien sûr ses détracteurs ou jaloux qui le considéraient comme un
empêcheur de consommer à l’excès et se servaient de son incomplète
maîtrise de la langue tahitienne pour tenter de le discréditer, se
moquant de ses pièces de théâtre, surtout lorsqu’il y tenait lui-même
des rôles en langue tahitienne. Il souffrit beaucoup de ces méchancetés
bien peu tahitiennes, qui ne firent que l’obstiner encore plus,
renforçant sa hargne à produire.
Paradoxe courant à Tahiti, il ne survivait matériellement qu’en
s’intégrant dans le système même qu’il dénonçait, et les bases de
certaines de ses œuvres sont puisées dans le folklore de provinces
françaises, le « méchant » pays colonisateur, tout comme il
allait courir les salons du livre en France pour y trouver la
reconnaissance que “l’élite” de Tahiti lui refusait.
Jean-Marc Pambrun aurait été fier de la magnifique cérémonie funéraire
100% tahitienne que lui ont offert ses amis sur sa petite propriété à
Moorea, un grand moment d’émotion et du renouveau des coutumes
anciennes et de convivialité polynésienne.
Il faudra certainement quelques décennies avant que l’œuvre de
Jean-Marc Pambrun soit pleinement reconnue, mais il a déjà intégré le
club très restreint des grands penseurs tahitiens, celui de
Tiurai, Henri Hiro, Etienne Teparii et autre Duro Raapoto.
A son épouse, ses enfants et ses nombreux amis, la rédaction de
Tahiti-Pacifique magazine présente ses plus sincères condoléances pour
la grande perte de cet ami regretté qui a si souvent collaboré avec
nous pour tenter d’apporter plus de culture et de compréhension dans la
société de nos îles.