N° 239, mars 2011


­­ 4    La grosse tête
 5    Editorial
 6    Courrier des lecteurs
 7    Actualité
 9    Confidences
10    « Enterrement » judiciaire ?
12    Humour
13    Baromètre
14    Image
15    Crise : soyons sérieux !
20    Hao, l’atoll devenu écolo
21    Iaorana de Simone
22    Enfants de la guerre
24    Fiu de Beslu
24    Couverture du mois dernier
25    Micro-partis et Tahiti
26    Le nouvel hôpital
29    “Taïti et l’Angleterre”
32    Courrier des lecteurs
34    Eau potable ou buvable ?
35    William Hodges
36    Hommage à Francis Cheung
37    Jean-Marc Pambrun nous a quittés
38    Le coût de nouvelles institutions
41    Nouvelle : “Surtout pas de vague au paradis”
47    Mots fléchés
48    Les événements du Pacifique en février 2011
49    Les événements de Tahiti en février 2011
50    Balises des îles­­



p. 29 - Tahiti au centre de la vieille querelle franco-britannique en 1843.


HUMOUR


 

Dictature de la bureaucratie

Depuis 1950, date à laquelle les taxes directes furent introduites en Polynésie française (alors encore Etablissements français d’Océanie), les impôts sur les propriétés bâties n’ont été appliquées qu’à Tahiti et Moorea, puis aux îles de la Société en général. Les raison étaient évidentes : la vie dans les archipels éloignés (Tuamotu, Marquises et Australes) se déroulait essentiellement en autarcie, du genre “survie” hors de l’économie marchande car quasiment aucun emploi salarié n’était accessible. Demander de l’argent liquide à des personnes qui n’en n’ont pas est plutôt impossible, et même si certaines en avaient, il serait ruineux d’envoyer à plus de mille kilomètres, un voyage d’un mois en goélette, un fonctionnaire collecter quelque menue monnaie sur un atoll perdu au milieu de l’océan, si ce n’est au fin fond d’une vallée des Marquises.
Or voici que ce magnifique “monde moderne” veut changer cela. Voyons comment :
Fin 2009, le gouvernement (Tong Sang), aux abois car les caisses du « péi » sont désespérément vides, élabore le budget et à cet effet fait voter par l’assemblée une « loi de Pays » modifiant le code des impôts, avec comme explication officielle : « Ce texte a pour objectif de rétablir une inégalité qui dure depuis un demi-siècle ». En ce faisant, le cas des archipels est “réveillé” car un des articles de la loi annonce que les archipels éloignés ont jusqu’au 31 décembre 2013 pour s’acquitter du paiement de l’impôt foncier des propriétés bâties, alors que les habitants des îles de la Société n’ont que jusqu’au 1er janvier 2010 pour le faire. Mais encore, un autre traitement différent est établi entre les contribuables avec un article qui dit que ceux qui « sont assujettis et qui se sont acquittés de leurs charges » sont tenus de continuer dans leur contribution tandis que « ceux qui se sont toujours abstenus et n’ont jamais été obligés par l’administration continuent de l’être ».
Alors que le délai supplémentaire aurait été accordé afin qu’une campagne de communication puisse être mise en place, « car c’est un grand changement pour eux » comme l’explique le président Tong Sang, un ministre avouait que la date du
31 décembre 2013 applicable aux archipels avait plutôt été motivée par des raisons politiques (après les prochaines élections). C’est pourquoi une dame proche de l’opposition déposa en février 2010 un recours en nullité de la loi auprès du Conseil d’État, expliquant que « l’on ne saurait être plus clair dans la volonté d’exempter une partie de la population au détriment de l’autre » et demandant au Conseil d’État de juger ces dispositions comme discriminatoires et d’annuler la modification de l’article mis en cause. Ce que fera, bien sûr, le Conseil d’Etat le 30 juin 2010 : « Considérant que si le principe d’égalité devant la charge publique ne s’oppose pas à ce que des dispositions différentes soient appliquées à des personnes qui ne se trouvent pas dans la même situation, l’Assemblée de la Polynésie française, ne pouvait, sans méconnaître ce principe, exclure une catégorie de contribuables du champ d’application d’une même imposition sans motif d’intérêt général ; que celui tiré de la nécessité d’augmenter les ressources fiscales du territoire ne peut justifier qu’il soit mis fin, même pour une période limitée à quatre ans, à l’imposabilité des seuls contribuables ayant violé leurs obligations déclaratives », et que pour cette raison « Le 2° de l’article 1er de la loi du pays n° 2010-1 du 25 janvier 2010 portant modification du code des impôts dans le cadre de l’approbation du budget de la Polynésie française pour l’exercice 2010 est annulé ».

Résultat de la chose : la soi-disante « autonomie fiscale »
du “péi” s’avère n’être qu’une autre fable. Mais encore, arrivés par avion de Tahiti (billet aussi cher qu’un aller-retour Tahiti-Los Angeles), des fonctionnaires payés 400.000 Fcfp par mois arpentent depuis février les vallées des îles Marquises pour expliquer aux familles (aux revenus aléatoires) qu’elles devront dorénavant devoir payer une taxe annuelle sur leur maison souvent très modeste, et cela même si elles n’ont pas d’emploi salarié, donc de revenu en liquide, même si elles vivent en quasi autarcie.
Ce qui pour beaucoup équivaudra à une taxe “sur la vie”, puisqu’il faut bien habiter quelque part. Car depuis 1950, les archipels sont toujours des « zones de survie », leurs ressources n’ayant nullement augmenté, ce qui d’ailleurs explique la raison du grand exode des populations qui viennent s’entasser sur l’île principale de Tahiti.
Le seul « développement économique » que la nouvelle application de cette loi fiscale pourrait avoir serait l’ouverture d’une étude de huissier sur chacune de ces îles, huissier qui délivrera continuellement des sommations à payer, voire qui saisirait les rares possessions matérielles de ces populations isolées, afin de « satisfaire la loi » au nom d’un « principe d’égalité devant la charge publique », décrété à 20.000 kilomètres de leur île. Les rares taxes collectées dans ces archipels ne seront que des miettes comparées aux moyens mis en œuvre, donc non seulement un vaste gaspillage, mais encore un nouveau choc culturel à subir par des populations fragiles qui vont ainsi être forcées à intégrer l’univers de la bureaucratie paperassière, le monde du percepteur impersonnel, aveugle et impitoyable, en fait celui qui tue tous les paradis.
Pitié pour nos archipels…
Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Alex W. du PREL
directeur de la publication


Evénements à Tahiti et ses îles

 Dimanche 30 janvier
- Patrice Jamet remporte le premier tour des élections municipales de Mahina avec 22% des suffrages contre seulement 15% pour Emile VERNAUDON, l’ancien maire et “shérif” de la commune.
- Dernière journée de la 8e édition du FIFO (Festival international du film océanien). Un total de 26.400 visiteurs.

Mardi 1er février
- Début des travaux de rénovation du Grand théâtre de la Maison de la culture. Réouverture est prévue en septembre.

Mercredi 2 février
- La commission des finances rejette le projet de budget 2011.
- Le président et l’ensemble de son gouvernement s’engagent, lors du conseil des ministres, à réduire de moitié le montant des indemnités pour frais de représentations...
- Arrivée de Miss Univers 2004, Jennifer HAWKINS, avec 26 valises, pour un shooting photos de deux jours à l’hôtel Méridien de Bora Bora.

Jeudi 3 février
- Première visite officielle expresse du nouveau haut-commissaire, Richard DIDIER sur l’île de Moorea.
- Début des festivités du nouvel an chinois
à Papeete
- Elections du nouveau président du conseil d’administration de la CPS : Ronald TEROROTUA, suite à la démission fin janvier de Moana TATARATA.

Vendredi 4 février
- La DSP (Direction de la sécurité publique) rencontre les associations de commerçants pour trouver des solutions face à la hausse des délitst.
- L’avocat d’Emile VERNAUDON dépose une demande de mainlevée du mandat de dépôt prononcé en janvier contre l’ancien maire de Mahina.
- Cédric PASTOUR, nouveau président du CA d’Air Tahiti Nui, annonce une perte estimée à 400 millions de Fcfp en 2010 et une prévision de 800 millions pour 2011.

Samedi 5 février
- Oscar TEMARU reçoit une délégation d’une cinquantaine d’“hibakushas”, survivants des explosions nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki au Japon, ainsi que des aborigènes, passagers du paquebot Peace Boat.
- La Commission d’éthique de la FIFA rejette l’appel de Reynald TEMARII maintenant ainsi la sanction de un an d’interdiction d’exercer toute activité dans le milieu du football ainsi qu’une amende de près de 500.000 Fcfp pour violation du code d’éthique.   

Dimanche 6 février
- Patrice JAMET remporte les élections municipales de Mahina avec 48% des voix face aux 28% de Nicolas SANQUER et les 23% de l’ancien maire Emile VERNAUDON.
- 40 membres de l’UFFO (l’Union des femmes francophones d’Océanie) se réunissent à Bora Bora.

Lundi 7 février
- Le Conseil d’Etat de Paris rejette la loi de pays « protectionniste » sur l’investissement en téléphonie mobile en PF, votée en octobre 2010 pour évincer DIGICEL.

Mardi 8 février
- Destruction de 233.118 perles jugées “rebuts” par le ministère des Ressources maritimes.
- La présidente de l’Université de Polynésie française fait l’objet d’une « lettre de rappel
à la loi » de la part de la ministre de l’Enseignement, Valérie PECRESSE, pour une affaire de plagiat.
- Harold MARTIN, président du Congrès de Nouvelle-Calédonie, en visite à Tahiti.

Mercredi 9 février
- Les aquaculteurs de Polynésie s’opposent à la reprise des importations de crevettes.
- Fermeture de l’antenne du service de la pêche de Taravao sur la presqu’île de Tahiti.

Jeudi 10 février
- L’Assemblée rejette le budget général du Pays.
- L’Ordre des Avocats au Barreau de Papeete soutient le mouvement métropolitain qui proteste contre les propos du président Sarkozy.

Vendredi 11 février
- Richard DIDIER, nouveau haut- commissaire, réaffirme le projet du centre pénitentiaire à Papeari, lequel devrait voir le jour en 2013.
- Le président TONG SANG demande la rédaction d’une motion commune des élus de l’Assemblée ainsi qu’un retour aux urnes dans l’espoir de débloquer la situation.

Samedi 12 février
- Décès de Jean-Marc PAMBRUN, directeur du Musée de Tahiti et des Iles, anthropologue et écrivain, connu pour son investissement en faveur de la culture polynésienne. Il avait
57 ans.
- 6e Salon du tourisme à la salle Aorai Tini Hau de Pirae. 170 exposants  venus de tous
les archipels.

Dimanche 13 février
- Festivités au Temple Kanti de Mamao.

Mardi 15 février
- Le ministre du tourisme Steeve AMBLIN se rend au Japon afin d’essayer de relancer le tourisme nippon qui ne représente que 15 000 visiteurs par an contre 1 million à Hawaii.
- Le Musée de Tahiti et des Iles organise une rétrospective des œuvres de l’artiste Bobby HOLCOMB, disparu il y a 20 ans.

Mercredi 16 février
- Les groupes de danse refusent la nouvelle configuration de la place To’ata envisagée pour le Heiva 2011.

Jeudi 17 février
- L’avocat Me Richard TUHEIAVA, devenu sénateur de la Polynésie Française en 2008,
voit sa condamnation à 2 ans d’interdiction d’exercer pour « manquement à l’honneur de la profession » confirmée par la Cour d’Appel de Papeete.
- Manifestation devant l’Assemblée de plus de 300 retraités inquiets pour la pérénité
de leurs pensions.

Vendredi 18 février
- Clôture des festivités du nouvel an chinois avec le défilé des lanternes dans les rues de Papeete.
- Deux vols d’Air Tahiti Nui sont annulés « pour des raisons techniques ».

Samedi 19 février
- 23e Marathon international de Moorea. 
Victoire de Frédéric BURQUIER et de Sophie GARDON.
- Deuxième journée d’examen du budget : Gaston TONG SANG annonce qu’il engage
sa responsabilité.

Dimanche 20 février
- Le budget du pays est enfin voté. Oscar TEMARU, président de l’Assemblée, n’acte pas le courrier de TONG SANG engageant
sa responsabilité.
- Inhumation de Jean-Marc PAMBRUN
à son domicile de Pao Pao à Moorea.

Mardi 22 février
- L’artiste portugaise Patricia ROSINDO et
5 autres peintres membres de l’ONG « Peintres du sourire », décorent les murs du nouvel hôpital du Taaone de fresques humoristiques.

Mercredi 23 février
- Le conseil des ministres décide de maintenir le prix des hydrocarbures au 1er mars.
- La Ligue polynésienne des Droits humains, au vu du récent rapport alarmant de la Chambre territoriale des comptes sur la santé en Polynésie Française, réclame que celle-ci redevienne de compétence d’Etat.

Jeudi 24 février
- Sept GIE de perliculteurs (représentant 70% des perliculteurs) accusent la Maison de la perle d’être incompétente et de ne pas s’occuper de l’intérêt général de la profession.
- Premier séminaire pour la nouvelle Communauté des communes des îles Marquises (CODIM).
- Rejet de la demande de remise en liberté d’Emile VERNAUDON.

Vendredi 25 février
- Les habitants des îles Marquises apprennent qu’ils devront payer une taxe foncière au même titre que les autres archipels.
- Présentation de la nouvelle Manabox, alliant Internet et téléphone.
- Restrictions de la distribution d’eau à Moorea en raison de la sécheresse exceptionnelle.

Samedi 26 février
- Salon de l’Habitat dans la salle Aorai Tini Hau de Pirae.
- Finale du Festival guitare.

Dimanche 28 février
- Ivami TAVAITAI remporte le 4e concours Tahiti Espoir Guitare. 

Ariane AUGER


Evénements dans le Pacifique Sud

Port Moresby, 3 février – La Papouasie-Nouvelle-Guinée propose un changement de cap à 90 degrés dans les négociations des Accords de partenariat économique (APE) entre nations océaniennes du Pacifique et les Européens.
 Selon le « PNG Country Paper », il y a eu une rupture de confiance entre les États insulaires du Pacifique et le Forum des îles du Pacifique.

Sydney, 3 février - La société Qantas se retrouve contrainte d’augmenter son supplément pour le carburant pour compenser les frais dus à l’augmentation des prix du pétrole.
Ainsi, les passagers de Qantas devront débourser 50 dollars supplémentaires
(4.500 Fcfp) pour un vol aller international et 145 dollars quand les vols sont à destination de l’Europe et du Royaume Uni.

Apia, 6 février - Plus de 100 scientifiques, chercheurs et décideurs se sont réunis pour un sommet sur le changement climatique. L’un des principaux intervenants, Dr Charles Fletcher, a souligné que selon les relevés des échelles de marée et l’imagerie satellitaire, Guam et une partie des îles Marshall sont au centre d’une région où le niveau des eaux est en hausse. Une accélération des alizés depuis les années 90 serait en partie responsable.

Suva, 6 février - A Fidji, la demande pour les crevettes est de 600 tonnes par an et les éleveurs ne produisent que 100 tonnes. Ils ne peuvent donc pas se permettre d’exporter à l’étranger puisque Fidji est contraint d’importer des crevettes pour satisfaire la demande locale. Le directeur adjoint de Dairy Farms Fiji, le plus grand parc aquacole de l’archipel, a lancé un appel pour que davantage de Fidjiens se lancent dans l’élevage de crevettesr.

Nuku’alofa, 8 février - Tonga a enfin levé l’état d’urgence, après 4 ans, 2 mois et
15 jours.
Les régulations d’urgence avaient été mises en place en novembre 2006 au lendemain des émeutes qui s’étaient soldées par l’incendie d’une partie de la capitale Nuku’alofa.
Pago Pago, 8 février -  L’Administration de l’électricité du Samoa américain refuse l’accès de la direction et des employés à la conserverie de thon Starkist, située sur ses terres. Une expulsion decidée par la justice du Samoa américain. Le bail de 9 ans est en effet arrivé à expiration. Starkist n’a fait aucune démarche pour prolonger la location, et cherche même à transférer son usine à l’étranger, affirme l’Administration de l’électricité du Samoa américain.

Suva, 8 février - L’ancien président des îles Fidji et grand chef coutumier de Vuda, Ratu Josefa Iloilo, est décédé le dimanche 6 février à l’âge de 91 ans. L’état de santé de cet homme respecté s’est considérablement affaibli au cours de ces dernières années, ses apparitions en public étaient devenues de plus en plus rares.

Suva, 10 février - Les Affaires étrangères des îles Fidji ont reçu à la fin de l’année dernière des informations l’avertissant que Tonga avait entamé des travaux de construction d’un phare sur le Récif de la Minerve (Minerva Reef). Or Fidji affirme que conformément à la convention des Nations Unies sur le droit de la mer, le Récif de la Minerve fait partie intégrante de l’archipel fidjien et se trouve à l’intérieur de la zone économique exclusive fidjienne. Tonga affirme qu’une ordonnance royale de feu George Tupou IV a déclaré le Récif de la Minerve territoire tongien en 1972. L’affaire est devant les Nations unies. Plusieurs expéditions scientifiques ont montré que les fonds marins entre Fidji, Tonga et la Nouvelle-Zélande seraient parmi les eaux les plus lucratives du monde puisqu’elles renferment de vastes ressources minérales, notamment de l’or et de l’argent.



Port Moresby, 10 février - 2 milliards de dollars américains. C’est le chiffre d’affaires de la mine d’OK Tedi en 2010. Un bond spectaculaire de 27% par rapport à 2009, malgré une baisse de sa production de 6%. La mine, qui produit de l’or et du cuivre, profite en effet des prix élevés des deux minerais.

Londres, 10 février - En fonction de données linguistiques et archéologiques et de plusieurs études génétiques, la provenance de ces premiers habitants de Polynésie ne cesse d’alimenter les débats dans la communauté scientifique. Les dernières découvertes
des chercheurs de l’Université de Leeds,
en Grande-Bretagne, pourraient renverser quelques hypothèses. Après analyse de l’ADN mitochondrial qui permet de remonter de plusieurs milliers d’années, les chercheurs de Leeds indiquent que les Polynésiens descendraient des migrants de la Chine continentale qui se sont installés dans les îles de Nouvelle-Guinée il y a 6.000 ou 8.000 ans.

Suva, 12 février - La Chine et l’Inde en tête des investissements à fidji – Dans le domaine des investissements directs dans l’économie fidjiennes, ces deux pays sont les deux plus grands contributeurs selon la banque de réserve fidjienne (RBF). Les activités des économies émergeantes restent robustes et participent à la relance de l’économie globale, ce qui est une bonne nouvelle pour les exportations et le tourisme fidjiens. La croissance de l’industrie touristique serait de 18,4%, soit 6,2% de plus par rapport à la croissance enregistrée en 2008.

Nouméa, 13 février - Bêche de mer, concombre de mer, trépang, holothurie, l’avenir de cet invertébré fait l’objet cette semaine d’une conférence en Nouvelle- Calédonie sous l’égide du Centre australien pour la recherche agricole internationale (ACIAS). Cette étrange créature, source de revenus pour de nombreux villages de pêcheurs dans le Pacifique et en Asie, est menacée par une forte demande sur le marché de l’alimentation et le secteur médical. Une chose est certaine, l’holothurie peut contribuer à l’essor économique de nombreuses communautés côtières démunies.

Pago Pago, 19 février - les habitants du Samoa américain ne pourront plus se faire soigner à l’extérieur – C’est par manque de fonds que les médecins de se territoire américain ne pourront plus envoyer leurs malades suivre des thérapeutiques salvatrices à Hawaï ou en Nouvelle-Zélande.
À moins que ces malades ne puissent prendre en charge leur voyage. Les autorités ont conseillé aux familles de s’entraider pour envoyer leurs proches se faire soigner à l’étranger.

Majuro, 21 février - De grandes vagues ont inondé plusieurs secteurs de faible altitude de la capitale des Îles Marshall, Majuro. Les grandes vagues de 1,67 mètres qui ont envahi Majuro sont associées au phénomène météorologique La Niña. Selon des jauges installées pour mesurer les changements de niveau de l’océan à long terme, la moyenne du niveau des eaux dépassent de 15 centimètres le niveau anticipé. La ville de Majuro abrite la moitié de la population des îles Marshall estimée à 55.000 habitants.

Suva, 23 février - 500 habitations à loyer modéré vont être construites à Raiwaqa, une banlieue pauvre de Suva, la capitale fidjienne. Des appartements répartis sur deux sites. Ce programme est financé par la banque d’Etat chinoise Exim, qui octroie un prêt à des conditions favorables au gouvernement fidjien.

Christchurch, 24 février  - Le séisme de Christchurch a fait 92 morts, selon le dernier bilan revu en hausse et qui pourrait encore s’alourdir. Le nombre de disparus est estimé à environ 300, mais John Key avait prévenu précédemment que cette estimation pourrait s’avérer “totalement inexacte, dans un sens ou dans l’autre”. Ce tremblement de terre de magnitude 6,3, est le plus meurtrier depuis
80 ans en Nouvelle-Zélande. Son épicentre était à 5 km de Christchurch, deuxième ville du pays (390.000 habitants), et à seulement
4 km de profondeur, ce qui le rendait d’autant plus dévastateur.  

avec Pierre Riant à Radio Australie



Le tournoi qualificatif pour la zone Océanie de la Coupe du monde de beach soccer (football de plage) a eu lieu à Papeete fin février. La prochaine Coupe du monde se déroulera en Italie du 1er au 11 septembre 2011. Pour les mondiaux de 2013, Tahiti espère être le pays organisateur. (Ph. TPM)




Manifestations et défilés traditionnels à Papeete pour les
célébrations du nouvel an chinois. (Ph. TPM)





Saison des bateaux de croisière à Tahiti, avec le défilé
d’un paquebot plus grand que l’autre. (Ph. TPM)



Sympathique et musical vernissage pour l’exposition
de la peintre Sabrina Lévy à la Galerie des Tropiques. (Ph. TPM)


DECEDE : Jean-Marc PAMBRUN, artiste, écrivain
et directeur du Musée de Tahiti, d’une longue maladie
à l’âge de 57 ans.

Le 12 février, à l’âge de 57 ans, Jean-Marc Tera’ìtuatini Pambrun décédait dans un hôpital parisien suite à une longue maladie. Ainsi disparaissait « l’enfant terrible » du monde culturel tahitien, un des rares intellectuels “touche-à-tout” de Tahiti qui ait été productif, que ce soit dans le monde de l’art, du cinéma, de la littérature, du théâtre, et des débats politiques, Ô combien passionnés, lors du règne de Gaston Flosse. Nos lecteurs le connaissent, car entre 2000 et 2004, il a publié dans nos pages de nombreux articles et plusieurs nouvelles.
Né à Paris d’un père tahitien, Jean-Marc rentre à Tahiti pour terminer ses études secondaires à Papeete où il obtient son Bac en 1975. Il repart pour Paris où il continuera jusqu’en 1980. Revenu à Tahiti, il travaille d’abord au Musée de Tahiti, devient conseiller du ministre de la Culture, puis devient le directeur du département des traditions du Centre polynésien des sciences humaines (CPSH). Comme il faisait partie des rares intellectuels qui posent trop de questions essentielles et troublent ainsi le confort des décisions politiques, il fut remercié par Gaston Flosse en 1993. Pambrun devint pigiste à l’hebdomadaire L’Echo de Tahiti Nui, alors financé par Emile Vernaudon et Jean-Christophe Bouissou pour « rentrer dans le chou de Flosse ». En 1994, lorsque Vernaudon et Bouissou furent “aspirés” par Flosse, ceux-ci abandonnèrent l’hebdomadaire dans les mains de Pambrun et Mathis, à eux de se dépatouiller avec les dettes et les procès. A cette époque  Pambrun publia son pamphlet politique, Le sale petit prince.
Puis, ce fut des petits boulots à la mairie de Faa’a, avant d’être nommé en 1998 directeur de la Maison de la culture, en charge notamment de l’organisation du Heiva i Tahiti et de… la Fête de l’Autonomie, mais après avoir encore une fois déplu au « prince », il se retrouva « au chômage » en 2000.
En fait, la vie de Jean-Marc, avec sixenfants à charge, un esprit rebelle et une langue qui n’était pas dans sa poche, a vécu une existence d’une précarité inhabituelle, une vie de montagnes russes sur lesquelles il passait régulièrement de la prospérité à la misère en quelques semaines, ce qui ne l’empêchait pas d’être toujours productif, bien au contraire, car il lui fallait vendre ses dessins ou livres pour survivre. Grâce à son courage et son extraordinaire ténacité, il rebondissait bientôt, en trouvant un autre emploi soit dans le public, soit comme consultant indépendant. S’étant vite rendu compte qu’il est quasiment impossible de survivre de l’écriture dans un petit territoire où presque personne ne lit, il se lança dans une campagne pour tenter de persuader le gouvernement d’octroyer des subventions aux écrivains. En vain.
Après le Taui et un court séjour au Québec, il fut nommé en 2006 directeur du Musée de Tahiti et de ses îles, ce qui lui offrit la sécurité financière et lui permit ainsi d’écrire et publier de nombreux livres, la phase la plus productive de sa vie.
On peut résumer l’essentiel de son œuvre littéraire à une révolte contre l’imposition d’une civilisation extérieure, dénonçant l’indifférence de l’élite de Tahiti et de la classe dirigeante qui non seulement acceptent passivement mais font la promotion d’une colonisation des esprits,
sournoise et castratrice, qui a fait perdre à la Polynésie son esprit communautaire et sa joie de vivre qui avait jadis tant ébloui le monde. Sa lutte était essentiellement contre les gouvernements territoriaux, pour lesquels « la pensée n’est qu’un outil de calcul et de réalisation technique aux services des décideurs », écrivait-il. « C’est une erreur majeure, car tout se passe comme si le pouvoir n’avait aucun effort de réflexion à mener pour arrêter les choix en matière de développement économique et social. La société politique polynésienne n’estime les intellectuels qu’à la condition qu’ils apportent leur caution morale à la cause qu’ils prétendent défendre et la servent loyalement. Autrement dit, on les invite à fermer les yeux sur le décalage qui existerait entre les intentions et les actes de l’organisation à laquelle ils adhèrent. Si l’intellectuel maintient sa lucidité, donc refuse de se taire, il devient, au mieux, sujet de polémique, au pire, objet de suspicion, ce qui mènera à la censure et l’exclusion. »
Comme Jean-Marc dérangeait et cherchait la reconnaissance, il avait bien sûr ses détracteurs ou jaloux qui le considéraient comme un empêcheur de consommer à l’excès et se servaient de son incomplète maîtrise de la langue tahitienne pour tenter de le discréditer, se moquant de ses pièces de théâtre, surtout lorsqu’il y tenait lui-même des rôles en langue tahitienne. Il souffrit beaucoup de ces méchancetés bien peu tahitiennes, qui ne firent que l’obstiner encore plus, renforçant sa hargne à produire.
Paradoxe courant à Tahiti, il ne survivait matériellement qu’en s’intégrant dans le système même qu’il dénonçait, et les bases de certaines de ses œuvres sont puisées dans le folklore de provinces françaises, le « méchant » pays colonisateur, tout comme il allait courir les salons du livre en France pour y trouver la reconnaissance que “l’élite” de Tahiti lui refusait.
Jean-Marc Pambrun aurait été fier de la magnifique cérémonie funéraire 100% tahitienne que lui ont offert ses amis sur sa petite propriété à Moorea, un grand moment d’émotion et du renouveau des coutumes anciennes et de convivialité polynésienne.
Il faudra certainement quelques décennies avant que l’œuvre de Jean-Marc Pambrun soit pleinement reconnue, mais il a déjà intégré le club très restreint des grands penseurs tahitiens, celui de Tiurai,  Henri Hiro, Etienne Teparii et autre Duro Raapoto.
A son épouse, ses enfants et ses nombreux amis, la rédaction de Tahiti-Pacifique magazine présente ses plus sincères condoléances pour la grande perte de cet ami regretté qui a si souvent collaboré avec nous pour tenter d’apporter plus de culture et de compréhension dans la société de nos îles.

Alex W. du PREL