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Conscience et humanité…


Vendredi 27 Janvier 2017 - écrit par Boris Alexandre Spasov


"Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste." Kenneth Boulding



Conscience et humanité…
La présence de l’homme aujourd’hui, où que l’on aille, est impossible à éviter. Je vous invite à une prise de conscience et à prendre de la hauteur, si je puis dire.
Sur votre moteur de recherche, allez à "marine traffic" (Automatic identification system, AIS), présenté comme un système anticollision. Vous avez là, en partie seulement, le trafic mondial des navires en mer. Impressionnant, non ?
Maintenant, allez sur le site de la Nasa qui nous envoie des images de la Terre en temps réel. La vue de toute ces lumières n’est qu’une partie infime de l’iceberg sur l’activité humaine. Impressionnant aussi.
Puisque nous sommes dans l’espace, aux côtés de satellites, prenons un peu de distance pour revenir ensuite à nos préoccupations terrestres… La Terre nous apparaît alors comme une agate bleue et blanche, un petit joyau dans un écrin noir. Tous les astronautes qui ont pu l’admirer depuis leur vaisseau spatial ont vécu une grande émotion.
Pouvoir regarder de l’extérieur et de très loin la planète Terre a provoqué une sorte de révolution cognitive dans l’idée qu’ils s’en faisaient. Ils ont perçu le lien cosmique qui les reliait à notre univers et c’était comme l’éveil d’une conscience différente, nouvelle.
Dans notre voyage de retour vers la Terre, il va en falloir de l’éveil, car nous approchons de l’orbite terrestre, passage extrêmement dangereux où gravitent des millions de déchets : cela va de l’écaille de peinture au satellite. D’après le Cnès (Centre national d'études spatiales), 15 000 déchets seraient d’un diamètre supérieur à 10 cm, 300 000 supérieurs à 1 cm et 30 millions en dessous de 1 mm. Rassurez-vous, le Centre d’orbitographie opérationnel (COO) est en alerte pour vérifier les risques de collision.
Nous passons maintenant la stratosphère et entrons dans l’atmosphère. Nous traversons une zone emplie de fines particules dues à l’activité humaine : rejets industriels, mais aussi gaz d’échappements, de voitures, camions, navires, avions… avec leurs cortèges de métaux lourds en suspension accompagnés de particules radioactives. À ces particules s’ajoutent des émanations naturelles, celles des volcans en éruption et le méthane que la terre rejette de temps à autre. Cette accumulation de déchets de toutes sortes ne semble pas prête de s’arrêter.
Après cette descente et durant le temps d’une pensée, nous allons plonger dans les océans et parcourir les fonds marins où le constat est plus effrayant encore. Des centaines de millions de déchets en tous genres tapissent les fonds océaniques dont certains y ont été volontairement rejetés : fûts de produits extrêmement toxiques et radioactifs, armements et explosifs ainsi que d’autres déchets dus à l’activité humaine et aux conflits. Les milliers de navires coulés avec leurs cargaisons et leurs réserves de fuel vont finir par toucher toute la chaîne alimentaire au rythme des courants et des marées. Les risques écotoxiques sont réels et certains atteignent déjà les fruits de mer, les crustacés et poissons, mais aussi tout l’écosystème marin.
Remontons maintenant à la surface de ces océans pour respirer, si j’ose dire, et allons observer le phénomène des gyres. Sur de vastes étendues, courants et hautes pressions s’associent aux vents faibles et créent des courants circulaires. Ces gyres ont construit, littéralement, des îles en matière plastique et autres déchets, d’une surface cumulée équivalente à la France.
Trois zones importantes ont été repérées, pour le moment : la première au large de la Floride, la deuxième au large du Japon et la troisième entre Hawaii et les États-Unis.
On y trouve pêle-mêle poupées, bouteilles, filets de pêche, briquets, chaussures, sacs, seringues et autres productions de notre civilisation. L’essentiel de cette décharge ainsi rassemblée flotte entre deux eaux.
Les chercheurs britanniques estiment que dans le Pacifique par exemple, le nombre de débris peut atteindre 200 000 à 750 000 pièces par kilomètre carré, dont 80% proviendraient des poubelles des continents.
Il suffit ensuite de mettre pied à terre pour constater que toute la surface a été souillée d’une façon ou d’une autre par l’implantation des villes, des usines, des infrastructures routières. Par endroits, les sous-sols deviennent des dépotoirs où on retrouve même les déchets radioactifs de centrales nucléaires. La plupart des nappes phréatiques sont contaminées.
Certains laboratoires ont réussi à faire légiférer en faveur de l’utilisation des pesticides, engrais chimiques et même des cultures transgéniques. Quatre-vingts pour cent des déchets sont déversés en mer de façon directe ou indirecte. Cette montée en puissance de la pollution fait partie des facteurs aggravants qui confirment le sentiment que nous allons forcément vers des catastrophes.
James Lovelock nous entraîne plus loin. Aux frontières des sciences et des philosophies, ce médecin biologiste spécialiste en chimie des atmosphères à la Nasa aboutit à une hypothèse inattendue : après de longues années de recherche, il pense que notre planète "est elle-même un organisme vivant qui s’autorégule", mais que nous sommes en train de la stériliser.
Pour sa part, Albert Einstein disait que le monde que nous avons créé est le résultat de notre niveau de réflexion, mais les problèmes que nous y avons engendrés ne sauraient être résolus à ces mêmes niveaux.
Les crises à venir ne peuvent que se multiplier, se densifier et s’aggraver, et ne seront pas seulement d’ordre écologique, car elles sont liées à des facteurs profonds et structurels dans plusieurs domaines : climatologique, économique, politique, démographique…
L’évolution humaine s’est frayée un chemin pour arriver en 2017 avec son cortège de bonheurs, de peines et de guerres. On peut craindre que la réalité qui se profile à l’horizon soit plus violente. Si l’état des lieux que je dresse semble excessif, n’est-il pas révélateur d’une réalité que nous ne voulons pas (plus) voir ou accepter ?
Ce n’est pas la fin du monde, mais la fin d’un monde : le nôtre !

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De l’audace, toujours de l’audace, encore de l’audace

Ces mots prononcés par Danton devant l’assemblée législative de 1792 pour inciter le peuple français à se mobiliser contre l’envahisseur sont restés célèbres, au point d’être souvent repris par les orateurs quand ils veulent réveiller les consciences. Le haut-commissaire, René Bidal, dans son discours du 14 juillet dernier, ne manqua pas de les prononcer, non sans en avoir cité l’auteur. Le message du représentant de l’État ne souffrait d’aucune ambiguïté alors que le Pays se doit de prendre des décisions importantes à une période ou l’attentisme, la gestion des affaires courantes, reste la meilleure option politique, de peur d’une bévue qui serait rédhibitoire à quelques mois des élections territoriales. L’audace, les Polynésiens l’attendent pour qu’enfin le redressement économique amorcé se traduise par des embauches. L’économie se porte mieux, les entreprises aussi, mais le peuple est encore trop souvent confronté à la misère. Le développement passera par le tourisme et le secteur primaire. Alors que la pêche tenait le haut de l’actualité avec le débat sur la nécessité de créer une flottille de pêche aux Marquises pour doubler le tonnage de prises, voilà que l’agriculture se sent agressée par un grand distributeur local qui annonce de manière maladroite le lancement de sa propre production pour certains légumes. Et notre ministre concerné Tearii Alpha s’étonne de cette annonce lors du journal télévisé ! Trois hectares de serres à Taravao, dont 700 m2 pour l’élevage de poissons et personne n’était au courant ? Depuis des années, les gouvernements nous rabâchent les oreilles avec des annonces lénifiantes sur la priorité des actions qui doivent être menées en faveur des agriculteurs. Pour quel résultat ? Aujourd’hui, c’est une initiative privée qui montre la voie. Il serait peut-être bien que le gouvernement
s’en inspire et éduque un encore trop grand nombre d’agriculteurs qui usent et abusent de pesticides, qui profitent de la foire agricole et de l’amour des Polynésiens pour les produits du fenua pour les vendre à des prix exorbitants.
De l’audace, on en attend de notre président Édouard Fritch, parti à New York contrecarrer les revendications indépendantistes de Temaru et consorts pour un festival d’entretiens à l’ONU, qui ne sera jamais aussi coloré que celui proposé par Ono’u ces jours-ci à Papeete. Il l’a promis, il va bientôt faire son annonce sur la réforme de la Protection sociale généralisée et notamment celle des retraites. L’audace aura-t-elle les limites de la force d’opposition que prévoient plusieurs syndicats si certaines lignes sont franchies ?

Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier