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Doit-on partager le gâteau ?



Il y a quinze jours, nous avions consacré de nombreuses pages à la très intéressante interview que Jacques Mérot, directeur de l’Autorité polynésienne de la concurrence, avait bien voulu nous accorder quand, dans le même temps, le gouvernement rognait certaines prérogatives de cette récente institution. Il y était question, notamment, de l’avis favorable rendu par l'Autorité pour ouvrir un peu plus les télécommunications à la concurrence ; Viti ayant déposé plainte contre le gouvernement pour ne pas avoir répondu dans le délai légal à sa demande d’obtention d’une licence d’opérateur de téléphonie mobile. Au plus tard aujourd’hui, le gouvernement devait lui remettre, sous peine d’astreinte, les documents ayant servi à motiver ce refus. De là à ce que Viti (bras armé d’un opérateur français ?), en tant qu’opérateur téléphonique mobile, et dans sa foulée Vodafone pour de l’accès Internet, puissent se faire une place sur le marché, il n’y a plus qu’un petit pas. Édouard Fritch a déclaré ne pas être contre la concurrence, à condition que les conditions soient les mêmes pour tout le monde ; l’OPT ne devant pas être le seul pilier pour le développement de services dans les zones peu denses, et donc remplir une mission de service public. S’attaquer à la téléphonie mobile revient à s’attaquer à la principale source de revenus de l’OPT, qui lui sert à financer des services déficitaires (courrier...) et, accessoirement, à reverser des fonds au budget du Pays.
Après l’OPT, c’est une autre SEM, Air Tahiti Nui, qui se voit attaquée par la concurrence. Subventionnée pendant les années de crise économique, la compagnie aérienne du Pays commençait à redresser la tête depuis trois ans, au point de pouvoir financer sa nouvelle flotte. Le ciel polynésien étant ouvert, et profitant de la reprise touristique, voilà qu’une petite compagnie française, French blue, vient se positionner sur un Paris-Papeete avec des prestations low cost. Si la sonnette d’alarme n’est pas activée, la venue d’un nouvel opérateur n’est pas bien perçue. Toute part de marché perdue, aussi petite soit-elle, sera un manque à gagner pour la compagnie au tiare et pour la compagnie Air France, qui pourrait plier bagage pour de bon. On en parle un peu moins, mais la compagnie intérieure Air Tahiti se serait bien passée, l’année de ses 30 ans, du projet d’une compagnie concurrente, attirée uniquement par les lignes rentables, celles des Îles Sous-le-Vent. Le système de péréquation qui prévalait, afin de rendre accessibles certaines destinations lointaines, risque d’en souffrir. La concurrence, une bonne chose ? Oui. Elle engendrera de la création d’emplois, bénéficiera à la population, mais aussi aux fournisseurs, stimulera l’économie. Mais elle a aussi son revers dans un pays comme le nôtre et ses fameuses spécificités. Le Pays obligé de mettre la main à la poche pour préserver les missions de service public ? Ce n’est pas impossible. La poche du Pays étant avant tout la nôtre, devons-nous autant nous réjouir ?
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Vendredi 3 Novembre 2017


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Vendredi 17 Novembre 2017 - 21:32 La faute aux territoriales

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La faute aux territoriales

Que ne ferait-on pas au nom des élections territoriales ? La vie et parfois la survie des hommes politiques dépendent de ces élections plus que de n’importe quelles autres. L’actualité récente est venue rappeler toutes les magouilles, arrangements, et autres mensonges qu’elles peuvent drainer.
Ainsi, l’affaire incriminant le groupe OPT cité à comparaître pour tromperie en raison du débit Internet dans les archipels qui ne correspondait pas à l’offre. L’audience a été renvoyée au 28 août 2018 à la demande des avocats de la défense, soit après le rendez-vous électoral. Déjà, fin 2012, au moment du lancement de cette offre commerciale pour laquelle l’OPT et Mana (aujourd’hui Vini) connaissaient les limites techniques, le rendez-vous des territoriales de 2013 était plus que sous-jacent, comme Tahiti Pacifique (10 juin 2016) le révélait au travers des propos tenus par un cadre de l’OPT : "Les considérations derrière ce choix étaient plus politiques qu’économiques."
À quelques mois de la grand-messe politique locale, le Pays se crispe sur le rendez-vous du mois d’avril. Olivier Kressmann, président du Medef, le déclarait dans nos colonnes en septembre dernier : "Nous sentons un ralentissement dû aux prochaines élections, preuve que la politique est un frein et en l’occurrence à un moment où il ne le faut surtout pas."
Une crispation pas seulement économique, en dépit des annonces et des forums de tous ordres qui se suivent, une façon de dire : on s’occupe de vous. La réforme de la PSG2 peut-elle souffrir encore plus longtemps d’annonces restructurantes ? Seul le gouvernement semble le croire, lui qui procède actuellement par petites touches pour ne pas se heurter à une levée de boucliers. Ces élections, rendez-vous entre autonomistes et indépendantistes, vont nous livrer une campagne particulièrement dure où l’on risque de vivre des tensions comme jamais auparavant. L’intervention du conseiller indépendantiste Tony Géros à l’assemblée territoriale la semaine dernière nous en donne un avant-goût. Sa question à la ministre du Tourisme, Nicole Bouteau, concernant les mesures à prendre au sujet des "backpackers" de métropole et d’Europe susceptibles de rester sur le territoire après avoir voyagé avec la compagnie low-cost ou smart-cost (c’est selon) French blue, a pris des relents xénophobes auxquels la ministre a répondu avec beaucoup d’à-propos. Il fallait le souligner !
À quand le prochain coup bas ?
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier