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Importation illégale : "Plantes connection" à Faa'a


Vendredi 19 Mai 2017 - écrit par Luc Ollivier


La saisie par les douanes et le service phytosanitaire du service du Développement rural de 3 000 plantes en date du 2 avril à l’aéroport de Tahiti-Faa’a dernier est venue rappeler que l’âpreté aux gains de certains n’avait pas de limite, quitte à mettre en danger tout ou partie de notre déjà très fragile économie primaire.



3 500 plantes, dont une grande majorité interdite à l'importation sur le territoire, ont été saisies à Tahiti-Faa'a. crédit photo : Tahiti Infos
3 500 plantes, dont une grande majorité interdite à l'importation sur le territoire, ont été saisies à Tahiti-Faa'a. crédit photo : Tahiti Infos
Ça ressemble à une affaire de trafic comme d’autres, auxquels le pays n’échappe malheureusement pas à la différence près qu’elle devrait incriminer des agents territoriaux, notamment du Service du développement rural (SDR). L’enquête que le procureur a confiée aux services des Douanes touche à son terme et les responsables devront bientôt rendre des comptes.
Selon les informations que nous avons pu recueillir, voici le déroulement des faits : tout a débuté par un simple contrôle de routine à l’aéroport sur 24 colis de plantes, déclarés pour une somme de 200 000 Fcfp, qui a permis de mettre à mal un trafic dont l’ampleur reste encore à déterminer. Il apparaît comme certain que des complicités au sein des services gouvernementaux ont permis la mise en place de ce trafic pour lequel il serait surprenant d’apprendre qu’il en était à son coup d’essai.
Bien qu’ayant reçu l’agrément du service phytosanitaire à l’arrivée à l’aéroport, un douanier s’est montré méfiant face aux documents présentés qui faisaient état de 500 plantes et non de 3 500. La marchandise reste bloquée pour contrôle le matin. À 6h30, quand les douaniers arrivent, Myrna Raoulx, l’horticultrice incriminée, est présente avec de nouveaux documents signés. Le département de la protection des végétaux et le service phytosanitaire alertés confirment que sur les 3 500 plantes importées, 3 000 étaient en infraction, soit parce qu’elles ne figuraient pas sur la liste du permis d’importation, soit parce que tout simplement interdites d’importation. Une enquête administrative est ouverte par le service des douanes tandis que la direction de l’agriculture décide de porter plainte.
La question se pose sur la facilité avec laquelle Myrna Raoulx, la compagne de Jean-Claude Tang, ancien chef du SDR et actuel conseiller ès agriculture du président Édouard Fritch, s'est procuré les documents dans la nuit, et par qui ? Seul un agent du SDR qui, selon nous, s’estime couvert ou qui a peur d’être inquiété par la hiérarchie a pu intervenir de la sorte.
Nous avons contacté Rudolphe Putoa, responsable du SDR, pour savoir comment les contrôles étaient effectués et de quels moyens le service disposait. Il nous a renvoyés à son ministère de tutelle, l’Agriculture, qui n’a pas voulu donner suite à notre demande. Il semblerait cependant que pour toute demande d’importation de plantes, un formulaire soit à remplir au SDR et à présenter à l’arrivée au service phytosanitaire, situé avant les Douanes. Cependant, ne seraient contrôlés que les passagers qui se déclarent à ce bureau sans que l’agent ne puisse vérifier le contenu des colis en l’ouvrant, prérogative des douanes. Une démarche particulièrement surprenante et à l’opposé de celle pratiquée en Nouvelle-Calédonie. Là encore, nous avons contacté le service des Douanes, mais ce dernier a fait valoir son droit de réserve en cette période électorale pour refuser tout entretien.

Risques de maladies

Nul doute que c’est l’appât du gain qui a motivé ces fraudeurs. Les 200 000 Fcfp correspondant à la somme déclarative douanière auraient pu facilement se transformer en plus de 20 millions
de Fcfp à la revente.
Si l’agent douanier a eu le nez creux cette fois, on peut se demander depuis quand ce trafic ou d’autres existent et quels volumes de plantes ont ainsi été importés illégalement. Si le côté frauduleux n’échappe à personne et si la justice saura faire son travail face à des personnes très au fait de la législation, il ne faut pas oublier un aspect encore plus pernicieux, difficilement plus imputable, mais dont les conséquences seront autrement plus dramatiques. Le ministère de l’Environnement rappelait peu après les faits que "ces plantes peuvent être porteuses de maladies graves comme le Banana Bunchy Top Virus ou de maladies sur les citrons et mettre en danger la production agricole de notre fenua". Fâcheuse concordance des temps, on apprenait à la même période que des importations illégales du même type étaient à l’origine de l’introduction du Banana Bunchy Top Virus. Maurice Wong, responsable du département de la recherche agronomique au SDR, lançait un cri d’alarme afin que la population se responsabilise (voir Tahiti Infos du 10 avril)


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Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier