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L’astronomie d’avant le contact européen dans les îles de la Société


Lundi 26 Décembre 2016 - écrit par Louis Cruchet, anthropologue


Après avoir vu, dans notre article précédent, l’ancienne astronomie dans l’ensemble de la Polynésie orientale, nous évoquerons dans cet article les spécificités de l’astronomie pré-européenne dans les archipels de la Société.



Dans la "naissance des corps célestes" des îles de la Société, selon Teuira Henry (Henry, 1993, pp.368-372), les planètes sont nées des étoiles. En résumé, c’est de Fa’a nui ("Grande nasse", la Grande Ourse) et de sa femme Tahi ari’i ("Unique souverain", la Chèvre dans le Cocher) que naquirent les planètes Vénus (Ta’urua-nui), Mercure (Ta’ero) et Mars (Maunu‘ura), d’une étoile entre le Lion et l’Hydre (Te ra’i-tu-ro-roa) et de Corvus (Metua-ai-papa) que naquit Saturne (Fetu-tea), d’Alphard dans l’Hydre (Anā-heuheu-pō) que naquit Jupiter (Ta’urua nui). D’autre part, dans ce textes apparaît deux catégories d’étoiles : celles marquées du préfixe ta’urua, traduit par "festivité"; celles marquées du préfixe ‘ana (étoile) qui correspondent chacune à un pou i te rai (pilier dans le ciel).

Les étoiles "‘ana" dans les îles de la Société

Les étoiles ‘ana avaient jouaient un rôle important dans la cosmologie polynésienne, car elles s’inscrivaient dans les 10 "strates" des cieux empilés les uns sur les autres (Cruchet, 2010). Voici les étoiles ‘ana et leurs "piliers du ciel" correspondants, par ordre de "strate" du ciel :
1er : Étoile Polaire dans la Petite Ourse : ‘Ana ni’a ("Astre au-dessus"), correspondant au Pou fa’arava’aira’a (pilier pour pêcher aux limites des cieux à l’horizon) ;
2e : Antarès dans le Scorpion : ‘Ana mua ("Étoile de devant"), correspondant au Pou mua (le pilier avant) et au Pou tomora’a atu i te ‘apu o te ra’i (pilier pour entrée dans le dôme du ciel) ;
3e : Arcturus dans le Bouvier : ‘Ana-tahu’a-ta’ata-metua-te-tupu-mavae ("Étoile-brillante des parents prêtres qui vivent à l’écart"), correspondant au Pou vāna’ana’ara’a (pilier pour l’érudition) ;
4e : Dubhe dans la Grande Ourse : ‘Ana tipu ("Étoile brillante inclinée"), correspondant au Pou tia’i (pilier pour guetter) ;
5e : Epi dans la Vierge : ‘Ana roto ("Étoile du milieu"), correspondant au Pou roto (le pilier du milieu), pilier Tū-ma-Ta’aroa (les dieux Tū et Ta’aroa) ;
6e : Alphard dans l’Hydre : ‘Ana heuheupö ("Étoile brillante qui scrute la nuit"), correspondant au Pou ’orerorerora’a (pilier pour la prise de parole) ;
7e : Procyon dans le Petit Chien : ‘Ana-tahu’a-vahine-o-toa-te-manava ("Étoile brillante des mères prêtresses au cœur brave"), correspondant au Pou ti’ara’a (pilier pour se tenir debout) et au Pou väna’ana’ara’a (pilier pour instruire) ;
8e : Capella dans le Cocher : ‘Anavaru ("Huitième étoile"), correspondant au Pou nohora’a (pilier pour s’asseoir) ;
9e : Bételgeuse dans Orion : ‘Anaiva ("Neuvième étoile"), correspondant au Pou haerera’a (pilier pour sortir) ;
10e : Aldébaran dans le Taureau : ‘Ana muri ("Étoile de derrière" ou "dernière étoile"), étoile de Rio le Dieu des pêcheurs de thons et de bonites, correspondant au Pou muri (le pilier arrière) et au Pou fa’a’ere’erera’a (pilier pour "noircir", pour tatouer).
L’astronomie d’avant le contact européen dans les îles de la Société

Le rôle des piliers du ciel dans la navigation astronomique

Il faut croire que les étoiles ‘ana ont été utiles à la navigation astronomique, le terme "pilier du ciel", qui leur est associé, incitant à penser qu’elles servaient de repère à la "verticale" du navire (le mât), c’est-à-dire qu’elles étaient observées à leur zénith indiquant la latitude géographique des archipels au-dessus desquels elles passaient (Cruchet, 2011).

Remarquons que l’ordre d’apparition des étoiles ‘ana sur l’horizon correspond (partiellement) à l’ordre des latitudes géographiques des archipels conquises par les Polynésiens venus de Taïwan : les Philippines, la Micronésie, les Marquises, Hawai’i, Rapa Nui. Ainsi, le lever de l’ "Étoile de derrière" (‘Anamuri) évoque les premières conquêtes laissée "derrière", alors que celui de l’ "Étoile de devant" (‘Anamua) évoque les dernières conquêtes vers l’Est, toujours plus "devant", les noms de certaines étoiles entre celles-ci étant comptés à rebours (la neuvième, la huitième, celle du milieu…). On peut s’étonner de trouver une île du Japon au tableau de ces conquêtes, mais il n’est pas impossible que les Polynésiens aient établi des contacts, certaines similitudes entre les langues polynésiennes et le yamato (japonais archaïque) ayant été relevées par Michel Brun et Edgar Tetahiotupa (Brun, Tetahiotupa, 2007).

Les étoiles "ta’urua" dans les îles de la Société

Le terme ta’urua qui désigne ces étoiles peut se traduire par "festivité" ou "compter par deux". La première traduction ("festivité") peut vraisemblablement s’appliquer aux étoiles, observables lors des "festivités" de la saison de l’Abondance.

Louis Cruchet, anthropologue

Email : ciel.polynesie@mail.pf
Site : ciel.polynesien.free.fr
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À quand le renouveau ?

Après avoir tenu le haut de l’information pendant des semaines, voire des mois, l’élection présidentielle, et auparavant les primaires, a enfin accouché du nom du nouveau président de la Ve République : Emmanuel Macron.
Inconnu du grand public jusqu’à sa nomination au poste de ministre de l’Économie, de l’Industrie et du numérique du gouvernement Valls en août 2014, le natif d’Amiens a bousculé tous les pronostics depuis la création de son parti politique En Marche en avril 2016.
Moins de trois ans après son entrée dans la vie politique, un an après la création de son parti, le voilà élu au sommet de l’État à seulement 39 ans ! La France et ses outre-mer a vécu un tsunami politique que personne n’avait vu venir quand, il y a encore quelques mois, elle se demandait encore quel vieux routier de la politique allait la gouverner pour les cinq prochaines années.
Voilà maintenant que les législatives approchent (3 et 17 juin au fenua) et déjà le parti du président annonce que 50% des candidats investis seront issus de la société "civile", le reste comme dans bien des partis le seront de la société "si vile".
Et en Polynésie, faut-il attendre un effet miroir ? La vague de renouveau, de jeunisme a-t-elle atteint les grands partis ? Il faut malheureusement croire que non ! Le renouvellement de notre classe politique est plutôt lent, seuls quelques jeunes déjà bien endoctrinés émergent de temps en temps. Certes, ces législatives, pour lesquelles seuls trois strapontins au Palais Bourbon sont disponibles, ne sont pas propices à un renouvellement, ni même les sénatoriales et les deux sièges qu’elles offrent.
Mais combien de nouvelles têtes verrons-nous à Tarahoi en 2018 après les élections territoriales ? Ici, on s’accroche au pouvoir, on reste persuadé que seule l’"expérience" est un atout. Mais de quelle expérience, de quels acquis parle-t-on ? Je ne crois pas avoir lu sur les CV de nos responsables beaucoup de diplômés des grandes écoles de la République. Il n’y a donc que l’expérience du terrain qui prime localement. Ce pays a besoin d’hommes et de femmes à l’image de l’ancien maire de Mahina, Patrice Jamet, pourtant raillé par ses opposants pour son manque d’expérience quand il s’était présenté pour la toute première fois ; ce qui n'a pas empêché la population de lui accorder sa confiance. Il semble cependant que ce soit une exception. L’électeur polynésien ne peut être comparé au métropolitain, les critères de choix ne sont pas les mêmes. Faut-il pour cela rappeler les réélections d’hommes politiques pourtant condamnés par la justice pour détournements de fonds ? Nous sommes bien loin du casier judiciaire vierge réclamé pour être un candidat de La République En Marche. On n’ose l’imaginer ici, le renouveau se ferait pourtant bien plus automatiquement.
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier