Menu


La grande majorité des économistes en désaccord avec Trump



La grande majorité des économistes en désaccord avec Trump
Il existe de nombreuses raisons d’être inquiet de la présence de Donald Trump à la tête des États-Unis. Depuis la primaire pour l’investiture républicaine, jusqu’à sa campagne électorale victorieuse, l’homme a largement démontré ses capacités à faire monter les tensions entre Américains eux-mêmes, et au sein de la communauté internationale. Les choix de son équipe gouvernementale et les premières décisions qui ont suivi ont confirmé les inquiétudes.

En deux semaines de présence à la Maison-Blanche, la succession des décrets rédigés à la hâte à la manière des messages dont M. Trump est coutumier sur Tweeter, a réussi à créer une panique assez remarquable dans l’administration, aux frontières du pays et dans la diplomatie internationale. Et nous ne
sommes qu’au début de la mandature. Comme prévu, tous ceux qui osent discuter des décisions sont désignés à la vindicte populaire, depuis les journalistes qualifiés de personnes les plus malhonnêtes du monde jusqu’aux "soi-disant" juges qui viennent contester la légalité de certains actes.

L’homme politique apparaît clairement aujourd’hui comme extravagant, pour ne pas dire un peu détraqué. Mais on entend dire que cela ne serait peut-être pas si grave s’il est capable de relancer la croissance aux États-Unis et d’y ramener un grand nombre d’emplois industriels partis au Mexique ou dans d’autres pays émergents. Les supporters du président Trump voient en effet en ce riche homme d’affaires le prototype du succès d’un capitalisme à l’américaine, et imaginent qu’il va transférer au niveau du gouvernement du pays ce savoir-faire entrepreneurial susceptible de redonner au pays une prospérité perdue.

Les premières actions du nouveau président ont pu sembler donner raison à cette thèse. En quelques tweets pleins d’autorité, le président n’a-t-il pas déjà stoppé les velléités d’investissement à l’étranger de quelques grandes firmes américaines ? Carrier, Ford, SoftBank paraissent avoir tour à tour plié sous les menaces "tweeteuses" de M. Trump, avec à la clé des milliers d’emplois revenus au pays. La bonne tenue de Wall Street ne confirme-t-elle pas ce pronostic ?

Et pourtant, les économistes américains, dans leur très grande majorité, désapprouvent les projets de politique économique de Trump. Lors du grand congrès annuel de la prestigieuse Association des Économistes Américains, tenu cette année lors du premier week-end de janvier à Chicago, il était difficile de rencontrer un partisan de la nouvelle politique, y compris dans le groupe des économistes proches du parti Républicain, dont les célèbres Martin Feldstein (Harvard, ancien conseiller du président Reagan) ou Greg Mankiw (Harvard, ancien conseiller du président Bush II). On peut se reporter au Panel des experts économiques IGM de l’Université de Chicago, qui livre régulièrement les positions d’un ensemble d’experts de toutes tendances sur des questions de politique économique. À la question de savoir si les "Sept mesures pour protéger les travailleurs américains" proposées par Trump dans son plan d’action des 100 premiers jours avaient des chances d’améliorer le niveau de vie de la classe moyenne américaine, 28 sur 31 répondent qu’ils ne sont pas d’accord, tandis que deux ont répondu qu’ils étaient incertains et le dernier n’avait pas d’opinion. D’où vient donc ce contraste entre l’avis des experts et celui d’une partie de l’opinion, voire des milieux financiers ?

On notera d’abord que les talents de l’homme d’affaires ne sont peut-être pas aussi grands qu’on ne le croit au premier abord. Héritier de la réussite paternelle, il a lui-même connu beaucoup d’échecs dans ses affaires, notamment à cause d’un endettement incontrôlé et de divers choix stratégiques erronés. Sa façon de gérer aujourd’hui le gouvernement laisse perplexe la plupart des spécialistes de management des organisations. Si le monde de la finance ne semble pas s’inquiéter, c’est largement pour des raisons qui ne sont pas directement liées aux perspectives de croissance de l’économie et de l’emploi. Les cours des actions augmentent, en particulier pour les valeurs financières, car Trump prévoit dans ce domaine des déréglementations profitables pour les entreprises du secteur. Les prévisions de baisses de l’impôt sur les revenus des sociétés vont dans le même sens. Non seulement, cela n’est pas directement lié au bien-être économique des Américains, mais en outre, à plus long terme, cela risque d’augmenter les facteurs mêmes qui ont engendré la grande crise financière de 2007-8. "Make America a great financial mess again" risque d’être la nouvelle devise.

Concernant la production et l’emploi, il est vraisemblable qu’à court terme on puisse s’attendre à quelques résultats positifs, mais à plus long terme les effets risquent de nuire gravement aux États-Unis. Si la politique d’action directe sur les firmes pour qu’elles rapatrient leurs investissements productifs aux États-Unis a quelque chance de soutenir quelques milliers d’emplois, à plus long terme, il s’agit, comme pour la politique protectionniste, de taxation des importations, d’une politique régressive et dangereuse pour les plus pauvres des Américains. Les tarifs douaniers vont faire monter le prix des produits vendus aux E.U., avec la baisse du pouvoir d’achat qui en découle. Les oukases lancés aux entreprises pour piloter leurs projets d’investissements à travers les frontières ont toutes les chances de fragiliser l’envie des investisseurs étrangers de venir s’implanter aux États-Unis. Par ailleurs, le déclenchement d’une guerre commerciale avec le Mexique, la Chine, l’Europe serait une catastrophe économique, dont les Américains seraient les premières victimes.
La politique keynésienne de relance de grands travaux, tels que routes, ponts et autres infrastructures, a été tenté par Obama, mais largement blackboulée par les élus du parti Républicain. Outre donc les obstacles que va probablement rencontrer Trump sur ce point au sein même de sa majorité, son projet reste très flou, son financement fantomatique, sinon par un nouvel accroissement de la dette. Mais surtout, ce programme vient tard par rapport à la crise. La reprise a largement eu lieu, et l’emploi a déjà atteint un niveau élevé. À présent, une relance de ce type est susceptible de faire monter l’inflation et les taux d’intérêt, ainsi que le dollar. Ces derniers facteurs sont des obstacles à la croissance et viendront contrecarrer en partie les aspects positifs précédents.
Enfin, c’est surtout au niveau des atteintes aux institutions que la politique de Trump risque de créer de gros risques pour la croissance et pour l’avenir même de la puissance économique américaine. La pensée économique moderne montre qu’une raison majeure du succès des États-Unis réside dans ses institutions. Or, Trump mine précisément cela aujourd’hui en attaquant quotidiennement la presse, les juges et tous les contre-pouvoirs. La confiance est un bien commun essentiel à un pays, mais aussi extrêmement fragile. Si elle s’érode trop fortement, les effets seront très négatifs à long terme. On avait cru comprendre que M. Trump avait étudié l’économie à l’Université, il ne semble pas qu’il en ait assimilé toutes les leçons.

Samedi 11 Février 2017 - écrit par Christian Montet


Continuez la lecture
< >

Vendredi 27 Janvier 2017 - 21:59 La politique des impasses


Christian Montet

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel




Après la pluie le beau temps… ou le contraire

Le temps ! On va finir par croire qu’il n’y a que ça qui m’intéresse puisque mon édito de la fin janvier y était déjà consacré. Et, pourtant, comment ne pas en parler quand l’actualité ne tourne qu’autour de lui, même en cette dernière semaine riche en événements ?
À la mode hollandaise, Éricka Bareigts, notre éphémère ministre des Outre-mer, aura été accueillie vendredi dernier par des trombes d’eau qui se sont abattues sur Tahiti… à la surprise générale. Comme lors des intempéries de janvier et notamment du dimanche 22, un véritable déluge a noyé Tahiti, causant la mort d’un pompier venu dégager un caniveau, dans des conditions de sécurité minimales pour le moins absentes. Et pourtant, comme le mois dernier, nous n’étions qu’en vigilance jaune quand la pluie s’est déchaînée. La question se pose, et elle s’est posée tout le week-end parmi la population : à quoi sert Météo France ?
On ne va pas tirer sur l’ambulance puisqu’on sait pertinemment que les moyens sont limités pour couvrir l’ensemble de la Polynésie française, ne serait-ce qu’en comparaison avec la Nouvelle-Calédonie. Mais comment Windguru, un site spécialisé dans les prévisions, et ce sans expertise humaine, avait prévu les pluies de janvier ? Comment expliquer que Météo France ait trop souvent un nuage de retard ? On nous annonce de la pluie quand le soleil brille et nous explique qu’il faut être prudent, que le beau temps peut cacher une dépression. Dans ce cas-là, autant rester tout le temps en vigilance…
À tort ou à raison, il faut un coupable et la population, exaspérée, se tourne toujours vers son maire (voir notre page sur le répondeur de Radio 1) tout comme les élus vers le gouvernement, qu’il soit local ou central. Ce dernier était donc représenté par Éricka Bareigts qui, droite dans ses demi-bottes comme lors de sa visite auprès des sinistrés, a expliqué que, pour la signature des accords de Papeete, il faudra attendre, "prendre le temps de la concertation avec tous les ministères concernés pour sécuriser au mieux l’accord", a-t-elle même déclaré à la veille de son arrivée. Une autre lecture s’imposait alors : "Prendre le temps de vous expliquer que tout ce que vous demandez n’est pas possible" et, surtout, faire comprendre que quand on est en négociation avec un gouvernement de gauche, il n’est peut-être pas très judicieux, lors d’un même déplacement, d’aller apporter son soutien à un candidat de droite à la présidentielle. Une démarche pour le moins intempestive qui aurait pu assombrir les relations jusqu’alors au beau fixe. Et puis, à la veille de son départ, mardi, tout semblait rentré dans l’ordre puisqu’une rédaction commune était conclue. Après la pluie, le beau temps… avant que la ministre ne rappelle que la participation de l’État au RSPF pour le dernier trimestre 2016 et l’année 2017, soit 1,75 milliard de Fcfp, serait soumise aux réformes sur lesquelles le Pays s’était engagé et qu’en deux mots "si vous n’êtes pas capables d’y arriver, on peut vous envoyer des spécialistes". Après le beau temps, la pluie…
Vous êtes sûr qu’il n’y a aucun lien entre politique et climatologie ?

Luc Ollivier