Menu

La région se militarise et courtise la France


Lundi 12 Septembre 2016 - écrit par Jacques Franc de Ferrière


Tout le paysage militaire et diplomatique de notre région Pacifique est en train de changer, entre la montée de la Chine et le « pivot » américain. Les anciennes alliances changent de visage, des nations changent de stratégie et la présence française dans le Pacifique Sud, autrefois minimisée, est désormais l'objet de toutes les attentions...



Le D'Entrecasteau, dernier navire de la flotte française à arriver dans le Pacifique. Il sera stationné en Nouvelle-Calédonie. Ce bateau multifonction ultramoderne peut assurer le transport de troupe, la surveillance d'une zone, le secours en mer ou l'interception de navires non-autorisés. Un autre bateau identique arrivera en Polynésie française fin 2016.
Le D'Entrecasteau, dernier navire de la flotte française à arriver dans le Pacifique. Il sera stationné en Nouvelle-Calédonie. Ce bateau multifonction ultramoderne peut assurer le transport de troupe, la surveillance d'une zone, le secours en mer ou l'interception de navires non-autorisés. Un autre bateau identique arrivera en Polynésie française fin 2016.
Tout semble aller au mieux pour la France dans le Pacifique. Le contrat du siècle, 34 milliards d'euros de sous-marins militaires de nouvelles générations, a été signé en avril entre la Défense australienne et un consortium d'industriels français et australiens. Le Forum des Îles du Pacifique, après avoir joué la montre pendant près de dix ans, a accepté l'année dernière de lancer le processus d'adhésion de la Polynésie française et de la Nouvelle-Calédonie pour devenir membres à part entière. Il va même falloir changer les règles du Forum (qui a été conçu dès le départ pour exclure les territoires comme le nôtre), ce qui devrait être discuté dès septembre.
 
L'intégration de la France dans les relations multinationales de la région ne s'arrête pas là. Depuis 1994, l'accord FRANZ organise la coopération entre les Français, la Nouvelle-Zélande et l'Australie en cas de catastrophe naturelle, en particulier les cyclones ; ce dispositif a été primordial pour répondre au cyclone Winston qui a frappé les Fidji en février. Des exercices militaires entre nos trois pays, plus les États-Unis et certains pays mélanésiens, sont également organisés fréquemment, et une Déclaration commune de partenariat stratégique a été signée entre la France et l'Australie en 2012. Nos industriels ont vendu pour 157 milliards de Fcfp de matériel militaire à l'Australie entre 2003 et 2012 et la société française Thales a racheté Australian Defence Industries en 2006.
 
De plus, depuis 2006, un accord permet aux armées des Kiwi, des Wallabies et des Frenchies de s'entraîner dans les pays des autres signataires. Des accords de collaboration logistique sont enfin en cours de négociation... Mais le processus d'indépendance en Nouvelle-Calédonie a mis ce projet en suspens depuis 2006.

Le récif de Scarborough en 1997, alors que des militaires et des parlementaires philippins y débarquaient. Cet atoll, presque entièrement immergé à marée haute, fait partie des eaux internationales selon le droit maritime, mais est occupé par la Chine depuis 2012.
Le récif de Scarborough en 1997, alors que des militaires et des parlementaires philippins y débarquaient. Cet atoll, presque entièrement immergé à marée haute, fait partie des eaux internationales selon le droit maritime, mais est occupé par la Chine depuis 2012.

Les pays du Pacifique cherchent de nouveaux alliÉs pour contrer la Chine


Au niveau diplomatique, les fonds de développement de la France et de l'Union européenne dans le Pacifique supportent des centaines de projets chaque année dans la région, assurant une solide présence diplomatique de notre Pays dans les petits États de la zone. Le rôle primordial de la France et de l'UE dans les négociations sur le changement climatique, un danger vital pour nos voisins, rend également indispensable un rapprochement des pays insulaires du Pacifique avec notre nation. Cet intérêt à long terme peut expliquer l'ouverture du Forum des Îles du Pacifique à des possessions françaises. Il explique aussi la Déclaration de Taputapuatea, qui a été un appui important à la diplomatie française lors de la Cop21 à Paris l'année dernière.

Le contrôle du commerce et des ressources

En rouge, la zone délimitée par « la ligne en neuf traits », sur laquelle la Chine affirme avoir une légitimité historique. En bleu, les zones économiques exclusives des pays de la zone. Les tensions dans la région sont au plus haut...
En rouge, la zone délimitée par « la ligne en neuf traits », sur laquelle la Chine affirme avoir une légitimité historique. En bleu, les zones économiques exclusives des pays de la zone. Les tensions dans la région sont au plus haut...

Si ce bout de mer intéresse tellement la Chine, c'est qu'un tiers de tout le commerce mondial passe par ces eaux (dont presque tout l'approvisionnement en hydrocarbure de la Chine) et qu'elles regorgent de ressources naturelles, poissons, pétrole et gaz naturel en tête. La poussée chinoise est donc une grosse source de tensions avec ses voisins. Le dernier rebondissement dans cette affaire est la décision de la Cour permanente d'arbitrage qui a invalidé les revendications chinoises dans la Mer de Chine du Sud, et surtout l'occupation du Récif de Scarborough, revendiqué par les Philippines et Taiwan. La Chine a déjà annoncé de pas reconnaître ce jugement.
 
En parallèle, les tensions entre le Parti communiste chinois (PCC) et le gouvernement de Taiwan sont également au plus haut. Depuis le 25 juin, un canal de communication entre les deux pays a été fermé par le PCC après l'élection d'une nouvelle présidente à Taiwan, Tsai Ing-wen. Elle avait déclaré que l'idée qu'il n'y avait qu'une seule Chine était « ridicule », mettant à mal le consensus de 1992. Cet accord avait été trouvé entre le PCC et le Kuomintang (KMT), chaque parti interprétant l'idée d'une seule Chine à sa manière. Mais Tsai Ing-wen n'appartient pas au Kuomintang mais à un parti indépendantiste, qui a battu le KMT aux dernières élections et souhaite affirmer la séparation de l'île et du continent.
 
Or Taiwan, les Philippines, la Corée du Sud, le Japon, la Thaïlande et l'Inde sont des alliés des États-Unis et de l'Australie. Et les USA restent la première puissance diplomatique et militaire de la région, d'autant que le président Barack Obama a entamé depuis 2013 un « Pivot vers l'Asie ». Il s'agit de redéployer des troupes américaines stationnées dans des zones en paix (l'Europe en particulier) vers l'Asie-Pacifique, où vit la moitié de la population de la Terre et qui est le moteur du commerce et de la croissance mondiale. Une zone primordiale pour l'avenir de la planète, mais où les défis à relever sont grands : piraterie maritime, prolifération nucléaire (Corée du Nord, Inde et Pakistan), menace de guerre civile (Papouasie Nouvelle-Guinée), tensions entre les États (Inde-Pakistan, Chine-Taiwan, Mer de Chine du Sud...).
 
Même si chaque acteur de la région affirme privilégier la discussion et les solutions pacifiques, tous les pays de la région ont fait leur la devise romaine Si vis pacem, para bellum (« Si tu veux la paix, prépare la guerre »). Ainsi, les Philippines, la Thaïlande, Taiwan, la Corée du Sud, l'Australie, le Japon et la Chine font tous partie des 20 plus gros budgets militaires au monde. Et ils continuent d'investir : Taiwan a prévu de dépenser 470 milliards de dollars taiwanais (1580 milliards Fcfp) pour construire de nouveaux bateaux de guerre ; le Japon, troisième budget militaire mondial, pourrait bientôt changer sa constitution et abandonner sa philosophie de l'autodéfense ; l'Australie achète 12 nouveaux sous-marins... Et la Chine continue d'augmenter son budget militaire de presque 10% tous les ans.
 
Dans ce contexte, l'armée française, considérée comme la 6e plus puissante au monde selon le classement de Business Insider, attise les convoitises. Elle a aussi des bases dans le Pacifique et l'océan Indien, un porte-avions nucléaire et des sous-marins nucléaires. Bref, un allié de poids que redécouvrent et courtisent nos puissants voisins du pacifique..


Dans la même rubrique
< >

Vendredi 17 Novembre 2017 - 23:05 Australie : un Koala retrouvé les oreilles coupées

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel




La faute aux territoriales

Que ne ferait-on pas au nom des élections territoriales ? La vie et parfois la survie des hommes politiques dépendent de ces élections plus que de n’importe quelles autres. L’actualité récente est venue rappeler toutes les magouilles, arrangements, et autres mensonges qu’elles peuvent drainer.
Ainsi, l’affaire incriminant le groupe OPT cité à comparaître pour tromperie en raison du débit Internet dans les archipels qui ne correspondait pas à l’offre. L’audience a été renvoyée au 28 août 2018 à la demande des avocats de la défense, soit après le rendez-vous électoral. Déjà, fin 2012, au moment du lancement de cette offre commerciale pour laquelle l’OPT et Mana (aujourd’hui Vini) connaissaient les limites techniques, le rendez-vous des territoriales de 2013 était plus que sous-jacent, comme Tahiti Pacifique (10 juin 2016) le révélait au travers des propos tenus par un cadre de l’OPT : "Les considérations derrière ce choix étaient plus politiques qu’économiques."
À quelques mois de la grand-messe politique locale, le Pays se crispe sur le rendez-vous du mois d’avril. Olivier Kressmann, président du Medef, le déclarait dans nos colonnes en septembre dernier : "Nous sentons un ralentissement dû aux prochaines élections, preuve que la politique est un frein et en l’occurrence à un moment où il ne le faut surtout pas."
Une crispation pas seulement économique, en dépit des annonces et des forums de tous ordres qui se suivent, une façon de dire : on s’occupe de vous. La réforme de la PSG2 peut-elle souffrir encore plus longtemps d’annonces restructurantes ? Seul le gouvernement semble le croire, lui qui procède actuellement par petites touches pour ne pas se heurter à une levée de boucliers. Ces élections, rendez-vous entre autonomistes et indépendantistes, vont nous livrer une campagne particulièrement dure où l’on risque de vivre des tensions comme jamais auparavant. L’intervention du conseiller indépendantiste Tony Géros à l’assemblée territoriale la semaine dernière nous en donne un avant-goût. Sa question à la ministre du Tourisme, Nicole Bouteau, concernant les mesures à prendre au sujet des "backpackers" de métropole et d’Europe susceptibles de rester sur le territoire après avoir voyagé avec la compagnie low-cost ou smart-cost (c’est selon) French blue, a pris des relents xénophobes auxquels la ministre a répondu avec beaucoup d’à-propos. Il fallait le souligner !
À quand le prochain coup bas ?
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier