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Les robots et l’intelligence artificielle vont-ils supprimer tous nos emplois ?



Les robots et l’intelligence artificielle vont-ils supprimer tous nos emplois ?
Ces dernières années, une angoisse collective grandissante était de voir les emplois industriels disparaître dans les économies avancées au profit des entreprises de Chine et d’autres pays d’Asie. Heureusement, on a réalisé que si les Chinois devenaient les premiers exportateurs du monde, ils devenaient aussi les premiers importateurs. Ils sont en deuxième position derrière les États-Unis, mais en passe de prendre bientôt la première place. Il suffit alors de savoir être compétitif sur les créneaux de production de biens et services correspondant à ces importations, comme l’ont compris les producteurs français de champagne ou de cognac, mais aussi de matériel hi-fi perfectionné et de beaucoup d’autres produits dans le haut de gamme, sans oublier évidemment le secteur des services touristiques.
Ces angoisses liées à la mondialisation sont loin d’être levées, en particulier en France, mais se profile déjà une inquiétude qui va devenir bien plus vive encore, celle de voir l’Intelligence artificielle (IA, c’est-à-dire la résolution de processus de plus en plus complexes par les machines) et les robots grignoter des cohortes d’emplois dans de nombreux secteurs de l’économie, sans qu’on ne voit en retour l’équivalent de la croissance des importations étrangères, c’est-à-dire des créations massives d’emplois dans les secteurs exportateurs du pays. On voit progressivement des machines pensantes accomplir les tâches autrefois confiées à des humains : depuis la distribution de billets de banques jusqu’au contrôle des passeports. Mais ce n’est qu’un début. L’IA et les robots vont bientôt remplacer les chauffeurs de bus, les chauffeurs de taxis, les assistants juridiques dans les cabinets d’avocats, tous les employés de guichets dans les banques. En fait, tout ce qui consiste à traiter des masses de données et à gérer des environnements prévisibles peut progressivement être confié à l’IA. Par ailleurs, les robots sont mobiles et peuvent de plus en plus prendre des décisions importantes impliquant des déplacements dans l’espace.
On pourrait se rassurer en disant que le phénomène n’est pas si nouveau et qu’on l’a surmonté dans le passé. La révolution industrielle du XIXe siècle a apporté son lot de destruction d’emplois, ce qui a pu conduire des ouvriers à vouloir détruire les machines, à l’instar des canuts lyonnais en 1830. Mais à la fin, si des postes de travail disparaissaient dans tel ou tel secteur, d’autres apparaissaient simultanément ailleurs. Les progrès techniques énormes dans l’agriculture ont fait passer ce secteur de plus de 70 % du PIB des économies avancées à 5 % aujourd’hui. Les gens ont quitté les campagnes et ont trouvé des emplois dans les villes, ou ont même vu, comme en Allemagne, de nombreuses PME venir s’installer dans les villages pour y développer leur activité.

Emplois qualifiés remplacés par des robots

Pour résumer, le progrès technologique déstabilise continuellement le tissu économique, mais il apporte des gains de productivité qui sont la principale source de la croissance, comme l’avait bien analysé l’économiste Schumpeter au milieu du XXe siècle. Alors, l’IA et les robots qui constituent le progrès technologique contemporain vont aussi augmenter fortement la productivité et donc contribuer à l’accroissement des revenus et des richesses dans nos pays. Mais certains craignent que, cette fois, les choses soient différentes. En effet, les prévisions des experts sont que, dans les vingt prochaines années, entre 10 % et 50 % des tâches exécutées aujourd’hui par des humains le soient progressivement par des robots et l’IA. C’est donc le caractère massif des pertes d’emplois qui risque de caractériser ce changement dans les prochaines années. De plus, la nouveauté vient aussi du fait que ce sont des emplois qualifiés qui sont remplacés aujourd’hui, alors qu’auparavant les machines se substituaient essentiellement au travail non qualifié. Le chauffeur de taxi ou de bus qui voit son emploi menacé par le véhicule autonome avait un emploi qualifié, de même que les employés de banque, les employés d’agences de voyages, les caissiers, les clercs de notaire, et la liste est longue de tous ceux qui seront remplacés par des machines intelligentes.
En fait, la nouvelle révolution technologique profite clairement aux très qualifiés, qui voient leur productivité augmenter fortement grâce à l’usage des robots et de l’IA, ne touche guère les moins qualifiés, mais frappe les qualifications moyennes, avec des effets correspondants sur les revenus des personnes. Heureusement, comme dans le passé, des emplois nouveaux seront créés. D’une part, dans les secteurs robotisés, de nouvelles tâches vont apparaître et se développer. Il faut bien s’occuper un peu des robots, les réparer, les guider dans la masse d’information qu’ils ont à traiter. Ensuite, de nouveaux emplois se développeront dans tous les domaines où les robots sont mal équipés pour les gérer avec succès : les activités de création et d’imagination, les métiers de contact avec le public et les activités exigeant des compétences et des réactions rapides et diversifiées en un court laps de temps. Ainsi dans les banques, s’il n’y a plus de caissier ou de gestionnaire des données financières, il va y avoir de nouveaux postes dans la réception du public et dans les activités de conseil. De nombreux emplois vont se développer dans les secteurs de la santé et des soins aux personnes (enfants, personnes âgées), dans l’éducation, dans la gestion immobilière, dans les services aux ménages et, surtout, dans un secteur qui nous intéresse au plus haut point en Polynésie, celui du tourisme et des loisirs.
Mais comme le raconte le Prix Nobel d’économie Christopher Pissarides, l’un des meilleurs spécialistes mondiaux du marché du travail (voir sa magistrale conférence : http://www.mediatheque.lindau-nobel.org/videos/37258/work-age-robots/laureate-pissarides), ces perspectives inquiètent malgré tout car elles soulèvent la crainte que les futurs emplois soient majoritairement dans des secteurs de services peu prestigieux. L’économiste répond que le prestige des emplois est largement un phénomène endogène à l’évolution économique, comme en témoigne à la fois les rémunérations et les reconnaissances sociales des jobs : chefs de restaurant ou footballeurs professionnels n’ont jamais été autant valorisés qu’ils ne le sont aujourd’hui.
Il appartient cependant aux responsables gouvernementaux d’accompagner le mouvement par des politiques publiques favorisant la fluidité des emplois (d’où l’importance de la réforme du code du travail français et polynésien), l’éducation en faveur de la polyvalence et de la réactivité, la formation professionnelle et l’apprentissage permanent. Vastes chantiers, si l’on veut que la révolution technologique qui s’avance ne profite pas qu’à une minorité de personnes très qualifiées, mais bien à l’ensemble de la population.

Vendredi 22 Septembre 2017 - écrit par Christian Montet


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