Menu


Sale temps pour les fonctionnaires



Les débuts du gouvernement Édouard Philippe ne manquent pas de faire grincer des dents les fonctionnaires qui viennent d'apprendre deux très mauvaises nouvelles en l’espace de quelques jours. La première concerne l’un des plus vieux serpents de mer ultramarins : la remise en cause de la sur-rémunération des fonctionnaires. Et la seconde, le rétablissement des jours de carence, sans oublier l’objectif de suppression de 120 000 postes de fonctionnaires pendant le quinquennat Macron et le gel de l'indice.
En Polynésie française, la première mesure, préconisée depuis longtemps par la Cour des comptes, a bien évidemment déjà fait réagir un syndicat qui, comme à chaque fois que cette indexation est remise en cause, brandit les mêmes arguments. Mais ces derniers, comme la baisse du pouvoir d’achat, sont-ils encore audibles ?
Sur le plan des principes, la sur-rémunération ne se justifie plus vraiment, du moins au niveau où elle est au fenua. Les études sur la différence du coût de la vie entre l’Hexagone et la Polynésie française montrent une différence aux alentours de 40%, quand l’indice de cette indexation est de 1,84, voire 2,06. L’État, en quête d’économies, après l’ardoise surprise laissée par le gouvernement précédent, ne laisse que peu d’incertitudes sur les mesures qu’il va être amené à prendre. La question repose plus sur la méthode qui va être mise en œuvre : brutale ou douce ? Forte baisse, voire suppression, ou baisse progressive ? Ce problème distord le marché du travail en incitant les jeunes à aller vers la fonction publique plutôt que vers le privé. Il pénalise aussi les entreprises privées qui ont du mal à supporter le niveau de rémunération à qualification comparable et il n’est pas étranger à la cherté de la vie. Il aurait pu et dû être résolu depuis des années si le gouvernement central avait fait preuve de plus de courage politique. Une solution aurait consisté en une remise à niveau progressive. Mais il aurait fallu entamer cela depuis longtemps : une progression de cinq points par an aurait déjà ramené en dix ans l'indice de la Polynésie française à 1,33, ce qui serait beaucoup plus raisonnable. Une autre solution consisterait, comme l'a suggéré l’économiste Étienne Wasmer, pour la Nouvelle-Calédonie, à laisser les niveaux nominaux des salaires constants (au lieu de prendre un pourcentage constant de 1,83 pour la Polynésie française), et d'éroder ainsi progressivement avec l'inflation (encore faut-il qu'il y ait de l'inflation). Cette dernière formule est très lente mais, si on l'avait utilisée depuis vingt ans, on aurait aussi réglé une partie du problème. Pour le Territoire, l’application d’une telle mesure serait aussi une mauvaise nouvelle en raison du manque à gagner qui risque d'affaiblir dramatiquement l'économie. Il faudrait donc accompagner la baisse des sur-rémunérations d'une hausse de l'investissement public…
Pour l’heure, quid des fonctionnaires territoriaux qui se sont battus en leur temps pour obtenir l’équité avec leurs homologues métropolitains ? Cette équité prévaudrait-elle aussi au moment de revoir les rémunérations à la baisse ? Une opération financière intéressante pour les caisses du territoire qui souffrent à nourrir le mammouth administratif ; une opération politique beaucoup moins intéressante à moins d’un an des élections territoriales.
Idem pour le retour du jour de carence annoncé en ces termes par le ministre de l'Action et des comptes publics, Gérald Darmanin : "Même si le jour de carence ne doit pas être le seul instrument pour lutter contre l'absentéisme des agents, qui est aussi la conséquence de souffrances d'une partie d'entre eux (...), il permet de lutter contre le micro-absentéisme qui désorganise les services, alourdit la charge de travail des collègues en poste et coûte environ 170 millions d'euros par an."
Sera-t-on aussi courageux à la Présidence qu’à Matignon ?
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Jeudi 13 Juillet 2017 - écrit par Luc Ollivier


Continuez la lecture
< >

Vendredi 22 Septembre 2017 - 22:11 De quoi se plaint-on ?

Vendredi 8 Septembre 2017 - 22:12 Ces "projets" qui ne sortent pas de terre


Luc Ollivier

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel




De quoi se plaint-on ?

En août, l’ouragan Harvey frappait les États du Texas, de la Louisiane et du Tennessee, causant d’innombrables dégâts et surtout des dizaines de morts. La semaine dernière, c’est l’ouragan Irma qui frappait à son tour les Antilles, dévastant tout sur son passage et laissant derrière lui plus de 80 morts. Un autre ouragan, Maria, se profile à l’horizon, et devrait à nouveau frapper ces mêmes populations. Non loin de là, au Mexique, deux séismes provoquent la mort de plus de 200 personnes rien que dans la mégapole Mexico. Une partie de la planète paye aujourd’hui au prix fort les colères de la Nature. Si de tels phénomènes climatiques dévastateurs ont déjà été répertoriés sur cette zone sensible de la planète, on peut s’inquiéter de leur enchaînement pour le moins très court. À qui la faute ? Les climato-sceptiques ont aujourd’hui le mauvais rôle, mais avant de penser à rejeter les responsabilités, la priorité doit aller aux victimes. Les élans de solidarité fleurissent un peu partout dans le monde ; la Polynésie française, qui a toujours su tendre la main, n’a pas fait exception, d’autant que des compatriotes, habitants de Saint-Martin, comptent parmi les victimes humaines, morales et matérielles.
Dès lors, on peut être surpris d’entendre sur les ondes d’une radio des reproches quant à cette aide très substantielle de 6 millions de Fcfp au motif que des Polynésiens sont dans la misère. Comment aussi peu de compassion peut-elle encore habiter des Polynésiens ? Oui, la misère existe dans ce pays comme elle existe dans tous les pays aussi modernes et civilisés soient-ils, c’est un fait indéniable et inacceptable, mais qui ne doit voir ce peuple se refermer sur lui, occultant l’actualité du reste du monde.
Seule, la Polynésie n’est rien. Seule son ouverture sur le monde lui apportera la richesse nécessaire à son développement économique, mais aussi culturel. Ce développement, qui devra un jour conduire à une moins grande dépendance de la France nourricière, semble se dessiner, et pas obligatoirement là où on l’attend le plus. Notre éditorial de la semaine dernière est venu rappeler à quel point nous étions les champions des annonces de grands projets sans lendemain, mais il en existe un à "taille humaine" qui nous a été révélé cette semaine par l’homme d’affaires samoan Frederick Grey. Et si la Polynésie française pouvait booster son développement grâce à ses voisins polynésiens ? Après le câble sous-marin, voilà que d’autres liens se tissent avec un projet de desserte aérienne et même d'un paquebot de croisière entre les États insulaires. Une plus grande liberté de circulation entre ces pays avec des gains de temps de transport devraient conduire à de meilleurs échanges entre nos touristes américains et les touristes du sud-est asiatique de ces États.
Pour peu que cette clientèle ait les moyens de notre niveau de vie, la barre des 200 000 touristes pourrait enfin être franchie. Et à Tahiti, quand le tourisme va, tout va.
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier