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Trump : cent jours ratés, réforme fiscale bancale



Trump : cent jours ratés, réforme fiscale bancale
Le président Trump devait bouleverser les États-Unis durant les cent premiers jours de son mandat. Nous voici arrivés à cette échéance et le bilan est bien maigre. D’une certaine façon, c’est mieux ainsi, car il vaut parfois mieux un gouvernement impuissant, qu’une machine à multiplier les bêtises. Les premiers décrets visant à bannir l’entrée de ressortissants de plusieurs pays musulmans se sont heurtés à la justice américaine et au respect de la constitution. C’est heureux pour l’économie américaine et plus particulièrement pour la recherche, les universités, Silicon Valley, qui emploient des talents venant de ces pays. On devait assister à l’abrogation de l’Obamacare et à son remplacement par une politique de santé plus efficace. Nous n’avons vu qu’un flop, une partie des élus républicains eux-mêmes s’étant opposée au projet de réforme.

Sur le front des relations internationales, on nous avait annoncé une rupture radicale, à commencer par le comportement à l’égard du voisin mexicain. Le mur entre les États-Unis et le Mexique n’a pas dépassé l’esquisse et les Mexicains n’ont évidemment pas prévu de dépenser le moindre peso pour sa construction, comme l’avait pourtant promis M. Trump. On allait s’attaquer à une refonte des traités internationaux et les renégocier en faveur des Américains.
La participation des États-Unis à l’accord de libre échange TransPacific Partnership (TPP) a certes été immédiatement annulée, mais c’est à peu près tout. Le gouvernement américain devait immédiatement imposer des tarifs douaniers dissuasifs (jusqu’à 40%) sur les produits venant de Chine, du Mexique et autres "envahisseurs". Qu’avons-nous vu pour le moment ? Rien, et c’est tant mieux, car cela serait très vite pénalisant pour les consommateurs américains, surtout les plus pauvres, et cela enclencherait une guerre commerciale dont le monde n’a vraiment pas besoin. Donal Trump a prétendu durant toute la campagne électorale que la Chine avait une monnaie artificiellement dépréciée, et il a inscrit dans ses mesures des cent jours l’obligation pour le secrétaire d’État américain au Trésor de qualifier la Chine de "manipulateur en matière de change" ("currency manipulator"). Ce point a été oublié et M. Trump a dû reconnaître officiellement que la devise chinoise n’était pas sous-évaluée, ce que toutes les personnes compétentes savaient bien avant l’élection présidentielle. Aurait-il été mal informé sur la question ? Il est vrai que lorsqu’on ne cesse de monter le peuple contre les élites, comme le font beaucoup de partis "populistes", d’extrême droite ou d’extrême gauche dans le monde, on a du mal à croire que les économistes les plus réputés peuvent dire des choses intéressantes, vraies et utiles.
De l’action de Trump durant ces cent jours, il reste donc peu de chose, sinon l’abolition de quelques décrets du président Obama, notamment en matière d’environnement, afin de favoriser la construction d’un pipeline et une hypothétique relance de la production de charbon. Après avoir envoyé quelques missiles en Syrie, là encore de façon assez désordonnée, bombardé un peu l’Afghanistan et montré les dents face à la Corée, il manquait au grand matamore quelques décisions de poids de nature à redorer son blason et faire taire les sentiments d’impuissance et d’incompétence qui se dégagent de ces premiers mois de mandat.

Il est donc temps de lancer une grande réforme fiscale, dépassant si possible les actions en ce domaine des présidents Reagan ou Bush. Cela pourrait peut-être passer plus facilement auprès des élus républicains que la grande relance des travaux publics également annoncée durant la campagne électorale et dont on ne voit pas la moindre esquisse. La majorité des élus républicains n’ayant cessé de faire barrage aux projets de M. Obama dans ce domaine, il est donc peu probable de voir un grand enthousiasme pour ceux de Trump aujourd’hui. Abaisser les impôts est plus fédérateur dans le camp républicain. Retour au bon temps de Reagan. Retour à la fameuse courbe de Laffer, cet économiste dont la célébrité toute relative, provient d’un dessin réalisé sur une nappe de restaurant, montrant que les recettes fiscales peuvent augmenter lorsqu’on baisse les impôts. Il est vrai que si l’on taxait les revenus à 100% (n’est-ce pas M. Mélenchon qui, décidément, a toujours du mal à comprendre le fonctionnement d’une économie) les recettes fiscales seraient nulles puisque personne n’aurait intérêt d’investir, de travailler, de fournir des efforts supplémentaires. Les recettes fiscales seraient nulles aussi si les impôts étaient à un taux de 0%. Il y a donc une courbe en U inversé des recettes fiscales en fonction des taux d’imposition. Le raisonnement de Laffer est simpliste, mais il peut être fondé plus rigoureusement dans le cadre d’un modèle économique décrivant l’interaction de tous les marchés composant une économie. La vraie question est de nature empirique. Quand se trouve-t-on dans une situation où une forte baisse d’impôts est susceptible d’accroître les recettes fiscales ? Les États-Unis sont-ils dans cette situation ?

Le plan annoncé par M. Trump consisterait en une baisse des taux les plus élevés de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (le taux maximal passerait de 39,6 à 35%), une limitation du nombre de taux à trois (15, 25 et 35%) et une baisse simultanée de l’impôt sur les sociétés de 35% à 15%. Il est vrai que ce dernier se situe parmi les plus élevés des pays occidentaux, et qu’il a des effets négatifs sur l’investissement privé aux É-U, bien que des déductions diverses viennent en fait en atténuer fortement la portée. On peut donc raisonnablement attendre de ces baisses quelques effets positifs sur la croissance et par conséquent un accroissement des rentrées fiscales. Mais la baisse immédiate et durable des prélèvements au taux actuel risque d’entraîner un manque de 2000 milliards de dollars sur dix ans. Les "experts" de Trump disent que le manque de rentrées fiscales d’un côté serait compensé par de nouvelles recettes liées au surplus de croissance. Aucun économiste ne peut croire à cette fable. Gregory Mankiw, ancien conseiller économique de Bush, prédit que la croissance financera un tiers seulement du manque de recettes directes.

Un nouvel échec en perspective pour le Tweeter en chef ? C’est très probable. Il se trouve en outre qu’aux États-Unis une loi oblige les gouvernants à ne pas prendre des mesures susceptibles d’entraîner de hausse des déficits publics sur dix ans. Le projet du président risque donc tout simplement de ne pas passer en l’état le cap du Congrès. Damned ! Encore une déroute en perspective. Il faudra alors envoyer quelques bombes sur un pays musulman pour se refaire une santé en termes de popularité dans l’électorat.

Réforme fiscale  Un nouvel échec  en perspective pour  le Tweeter en chef ? crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Réforme fiscale Un nouvel échec en perspective pour le Tweeter en chef ? crédit photo : Archives Tahiti Pacifique

Vendredi 5 Mai 2017 - écrit par Christian Montet


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Vendredi 6 Octobre 2017 - 22:22 Faaite de douloureuse mémoire


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La faute aux territoriales

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