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Vers une nouvelle stratégie et géopolitique du Pacifique


Samedi 22 Avril 2017 - écrit par Boris Alexandre Spasov


"Est-ce alors que j’ai, pour la première fois, compris ce qu’en d’autres régions du monde, d’aussi démoralisantes circonstances m’ont définitivement enseigné ?
Voyages, coffrets magiques aux promesses rêveuses, vous ne livrerez plus vos trésors intacts. Une civilisation proliférante et surexcitée trouble à jamais le silence des mers. Les parfums des tropiques et la fraîcheur des êtres sont viciés par une fermentation aux relents suspects, qui mortifie nos désirs et nous voue à cueillir des souvenirs à demi corrompus."
Tristes Tropiques – Claude Lévi- Strauss



Mc Arthur's Universal Corrective Map of The World Une carte un peu plus valorisante de notre région.
Mc Arthur's Universal Corrective Map of The World Une carte un peu plus valorisante de notre région.
“Composition, décomposition", "construction, déconstruction", "convergence, divergence", "armement, désarmement", "union, désunion" … C’est ainsi selon les aléas que nous brûlons nos vies. Nicolas Renaud, sociologue, estime que nous vivons tous maintenant au sein d’une grande secte, sous les auspices de nos tout-puissants et charismatiques "gourous" : médias, information, technologie, consommation, communication et globalisation. La cure de déprogrammation sera difficile, comme dans tous les cas d’endoctrinement avancé où l’on rencontre une grande résistance chez les disciples (la masse) à reconnaître leurs pathologies et leurs croyances.
C’est dans ce cadre que je vous propose un rendez-vous mensuel, soit un numéro sur deux dans Tahiti Pacifique, pour évoquer dans une approche pluridisciplinaire les nouveaux enjeux géopolitiques du Pacifique. Nous y aborderons les droits de la mer, la fin de l’Europe telle que nous la connaissons avec ses conséquences dans le Pacifique, l’approche stratégique et commerciale des pays du Pacifique Nord et Sud, l’ hégémonie de la Chine dans le Pacifique Sud, l’avenir de l’Apec, la géolocalisation des nouvelles zones de tensions, le droit des peuples du Pacifique… autant de petites synthèses vulgarisées pour appréhender notre futur et les nouvelles opportunités qui vont se présenter à la Polynésie. D’une certaine façon, le Pacifique
est le nouveau champ de bataille du nouvel ordre mondial.

Quoi de plus naturel que de vous proposer la carte du Pacifique de Stuart McArthur qui interpelle quelque peu notre vision du Monde, parce que cette carte est plus juste sur le plan spatial et géographique du point de vue de l’hémisphère Sud, bien entendu. Elle restitue le centre géographique du monde et enfin, pour une fois, le Pacifique n’est pas coupé en deux.

La paix est l’intervalle entre deux guerres

Remarquez que le terme "guerre" peut prendre la forme du singulier ou du pluriel selon les besoins de l’argumentation, alors que le terme "paix" ne s’emploie qu’au singulier, mais porte toujours la marque du pluriel. Nous faisons toutes sortes de guerres, mais il n’y a qu’une seule paix.
Le comte de Saint-Simon prétendait que l’histoire humaine est faite d’alternances entre révolutions politiques et révolutions économiques. Or, cette fois-ci, nous traversons une révolution qui additionne à la fois le politique et l’économique avec, en plus, des facteurs aggravants : une démographie galopante et une migration pacifique où la population fuit les zones de conflit qui se multiplient. Pour des raisons politiques et économiques, les piliers structurels du monde occidental, notamment en Europe, sont en train de s’effondrer.
Depuis la chute du mur de Berlin, nous sommes passés d’un monde bloqué à un monde d’incertitude et de violence. Le monde du XXe siècle était bloqué, bipolaire et injuste mais, faute de mieux, nous y étions installés et accoutumés, si j’ose dire, nous y étions même d’une certaine façon sécurisés.
Aujourd’hui, le Monde et l’Europe en particulier retrouvent la "normalité", celle dans laquelle elle avait évolué jusqu’en 1945. Depuis 1945, nous vivons dans une sorte "d’anormalité" par rapport à ce que nous avons connu : l’absence de guerre en Europe.
Nous sommes, en quelque sorte, en train d’opérer un retour aux problèmes qui se sont posés aux générations précédentes, particulièrement en ce qui concerne le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Cette question crée une division idéologique entre les États et les peuples. C’est une conjonction entièrement nouvelle car l’économie mondiale globalisée ressemble de plus en plus à une économie d’interdépendance. Ce sont les banques et les firmes multinationales qui prennent en charge et qui structurent aujourd’hui l’économie mondiale. Les États-nations ne jouent qu’un rôle bien secondaire.
Ainsi, de nouveaux conflits larvés apparaissent en Europe, Moyen Orient, Afrique… et dans bien d’autres points du globe. Ces nouveaux conflits ne seront plus structurés dans le temps et l’espace. Il y aura simplement un rapport des plus forts aux plus faibles, avec la question des otages et des victimes du terrorisme. Ce terrorisme qui, en fin de compte, n’est ni plus ni moins que la continuation des affaires par d’autres moyens.
Cette logique sans retour nous prend en otage, puisque nous consommons de tout, y compris de l’information. La terreur et la violence se sont naturellement adaptées. Il va donc falloir devenir intelligents pour combiner les libertés individuelles et la créativité sur fond de tolérance et de bienveillance, car les interdits civilisateurs seront de plus en plus contraignants et inévitables.
Le réveil sera d’autant plus pénible dans une Europe en décomposition, noyautée par les lobbyistes des banques qui nous préparent à un rééquilibrage violent des dettes souveraines. La prévision la plus pessimiste nous vient de Goldman Sachs : certains analystes, comme Charles Nenner, n’excluent pas une guerre majeure en Europe. Je ne suis pas analyste, mais beaucoup de mes amis et collègues constatent que le monde se prépare plus à faire la guerre qu’à s’offrir des fleurs. Dans une économie d’interdépendance, le monde entier, y compris nos îles du Pacifique, sera touché d’une façon ou d’une autre, si ces prévisions se vérifiaient. Malheureusement, c’est la porte de sortie inavouable pour les pays surendettés qui sont incapables de gérer les crises
C’est dans cette globalisation que je viens de citer que le futur de la Polynésie risque d’évoluer, se transformer et s’adapter. Les probabilités d’un conflit demeurent faibles au milieu du Pacifique, contrairement à la Mer de Chine. Les seuls dangers sont les incidents mineurs qui pourraient surgir dans l’espace maritime et aérien, ainsi que la transition économique en cas de clash ! Sans dotation ou aide, comment le gouvernement tahitien va aborder cette onde de choc ? Y a-t-il un plan B ?
Rassurez-vous, nous en sommes au stade de la réflexion. Tenir compte des possibilités, c’est prévoir et accompagner les événements qui pourraient se présenter. Le décor est ainsi planté. Nous allons aussi utiliser un outil de réflexion plus atypique : la "science des philosophies".
Comme nous pouvons le constater autour de nous, le désordre moral peut engendrer une forme d’angoisse, interprétée par certains psychologues et philosophes comme une réaction de l’homme face au néant. Il est vrai que l’humanité au cours de son histoire a toujours été confrontée aux changements rationnels et irrationnels de la société. Cette société, construite par les élites, nous mène bien souvent et immanquablement à la loi de "l’emmerdement maximum" ; son évolution est inscrite dans une dynamique double que l’on peut qualifier de force : centrifuge et centripète.
Il apparaît néanmoins un espoir, une règle universelle que beaucoup de scientifiques perçoivent sans pour autant en apporter la preuve. L’image qui pourrait s’en rapprocher est la matérialisation de la vie, avec en son centre l’humanité. Son développement pourrait ressembler à un corps éthéré gigantesque ou chaque pensée humaine serait rattachée. Quand cette masse atteint son seuil critique, elle coïncide nécessairement avec des arborescences naissantes de nouvelles dimensions et possibilités d’évolution.
L’humanité, par exemple, est condamnée d’une certaine façon à servir de terreau pour d’autres évolutions possibles ou déjà programmées. Ce n’est qu’une image, qui peut expliquer en partie la réalité de nos attitudes vis-à-vis de la violence, les cycles civilisationnels et notre façon de concevoir les guerres.
Il reste pour les individus qui ne veulent pas s’identifier à cette société la possibilité de la "marginalité", ou l’adhésion à des communautés ou associations dans le but de se décrocher du système et de la pensée collective (la masse). De nouvelles idées alimentent ainsi la révolution sans fin contre l’ordre collectif établi. Ces précurseurs doivent renoncer d’une certaine manière à "triompher", mais ils n’ont pas à attendre des lendemains qui chantent, ils peuvent vivre tout de suite, selon leurs propres raisons. C’est l’arborescence de nouvelles dimensions et espoir.
C’est naturellement avec ce regard que nous allons aborder ensemble les nouveaux enjeux stratégiques et géopolitiques du Pacifique dans les futurs numéros.


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La faute aux territoriales

Que ne ferait-on pas au nom des élections territoriales ? La vie et parfois la survie des hommes politiques dépendent de ces élections plus que de n’importe quelles autres. L’actualité récente est venue rappeler toutes les magouilles, arrangements, et autres mensonges qu’elles peuvent drainer.
Ainsi, l’affaire incriminant le groupe OPT cité à comparaître pour tromperie en raison du débit Internet dans les archipels qui ne correspondait pas à l’offre. L’audience a été renvoyée au 28 août 2018 à la demande des avocats de la défense, soit après le rendez-vous électoral. Déjà, fin 2012, au moment du lancement de cette offre commerciale pour laquelle l’OPT et Mana (aujourd’hui Vini) connaissaient les limites techniques, le rendez-vous des territoriales de 2013 était plus que sous-jacent, comme Tahiti Pacifique (10 juin 2016) le révélait au travers des propos tenus par un cadre de l’OPT : "Les considérations derrière ce choix étaient plus politiques qu’économiques."
À quelques mois de la grand-messe politique locale, le Pays se crispe sur le rendez-vous du mois d’avril. Olivier Kressmann, président du Medef, le déclarait dans nos colonnes en septembre dernier : "Nous sentons un ralentissement dû aux prochaines élections, preuve que la politique est un frein et en l’occurrence à un moment où il ne le faut surtout pas."
Une crispation pas seulement économique, en dépit des annonces et des forums de tous ordres qui se suivent, une façon de dire : on s’occupe de vous. La réforme de la PSG2 peut-elle souffrir encore plus longtemps d’annonces restructurantes ? Seul le gouvernement semble le croire, lui qui procède actuellement par petites touches pour ne pas se heurter à une levée de boucliers. Ces élections, rendez-vous entre autonomistes et indépendantistes, vont nous livrer une campagne particulièrement dure où l’on risque de vivre des tensions comme jamais auparavant. L’intervention du conseiller indépendantiste Tony Géros à l’assemblée territoriale la semaine dernière nous en donne un avant-goût. Sa question à la ministre du Tourisme, Nicole Bouteau, concernant les mesures à prendre au sujet des "backpackers" de métropole et d’Europe susceptibles de rester sur le territoire après avoir voyagé avec la compagnie low-cost ou smart-cost (c’est selon) French blue, a pris des relents xénophobes auxquels la ministre a répondu avec beaucoup d’à-propos. Il fallait le souligner !
À quand le prochain coup bas ?
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier