Archives complètes sur le GIP (G.I.P.  milice de M. Flosse) publié dans Tahiti-Pacifique magazine depuis 1997

 

Quelques documents officiels ont été ajoutés

 

(Mise à jour : avril 2007)

 

CREATION DU GIP :

Tahiti-Pacifique, novembre 1995 (lendemain des émeutes) , p. 7

Garde présidentielle de Tahiti

 

Selon des sources bien informées, ce sont plus de 100 "gardes" supplémentaires qui ont été embauchés par les services de sécurité de la Présidence de Tahiti depuis début septembre, pour la plupart des "gros bras" au physique du genre "videur de boîte de nuit". De méchantes langues affirment même que quelques uns de ces vigiles au brassard orange, censés protéger le président Flosse et son gouvernement (mais de qui donc ?) ressembleraient beaucoup à certains casseurs du 6 septembre en ville. Tout ce monde est encadré et entraîné par le colonel Lionel Chesneau, nouveau "conseiller technique chargé de la sécurité", un ancien du GIGN. Selon le nouveau texte voté à l'assemblée, cette milice prêtera serment et sera commissionnée par le président du gouvernement. Pour le moment, la "garde présidentielle" n'a pas le droit de porter des arrnes. Comme l'écrit si bien Georges Madarasz dans "La Dépêche", la Polynésie française bascule ainsi dans un tout autre monde, hors d'une consensualité fraternelle qui faisait sa réputation, son bonheur mais aussi son honneur.

 

TAHITI -Pacifique, décembre 1995, p. 7

Upoo sate... (crâne rasé)

Début novembre, l'un des nouveaux 41 gardes de la Présidence" s'étant rasé le crâne, le président Flosse fit une remarque ironique comme quoi « si un le fait, tous devraient le faire ». Obéissant aveuglément à leur nouveau Grand Maître sans même sourciller, une majorité des 110 fidèles "tontons Macoute" passèrent chez le coiffeur. Résultat le lendemain : les bâtiments du gouvernement ressemblaient à une convention de skinheads. Nouvelle ordre : tout le monde doit porter une casquette ou s'exiler quelques jours du côté de la flotte administrative... jusqu'à ce que les cheveux repoussent à une longueur "acceptable".

 

Décembre 1996 - TAHITI-Pacifique - N° 68, p. 10

"Flingues" ou pas de "flingues" ?

L'Etat refuse des armes aux "gorilles" de la Garde présidentielle

Le service de la sécurité de la Présidence de Tahiti existe depuis 1984, année de l'autonomie interne, mais avant cela, déjà dans les années 70, Francis Sanford avait un "garde du corps-chauffeur" qui l'accompagnait de temps en temps. En 1991, quelques "dérapages" au service de sécurité de la Présidence ont bien ému le bon peuple (lire page 46), mais le silence tenace (et rémunéré ?) des acteurs de cette sombre affaire assura qu'elle tomba vite dans l'oubli.

 

Depuis 1995 la sécurité de la Présidence est devenue une chose sérieuse. En effet, le service a été pris en main par un professionnel et spécialiste de haut calibre, nul autre que le lieutenant-colonel Lionel Chesneau, celui-là même qui avait été commandant du célèbre GIGN (groupement d'intervention de la gendarmerie nationale) dans les années 80. Le service de sécurité de la Présidence serait même devenu si professionnel que,  selon les échos entendus, il aurait déclenché un "bras de fer" entre le Territoire et l'Etat. Raison de cette tension ? Le Territoire veut armer sa "garde présidentielle" et pour l'instant l'Etat répond « Niet ! Pas d'armes ! » en invoquant une coloniale et draconnienne réglementation de 1938 qui limite l'importation, la possession et le port d'armes dans les Etablissements français d'Océanie.

Nous sommes donc allés demander des précisions au lieutenant-colonel Chesneau. La quarantaine très sportive (entraînement et karaté oblige), toujours calme (champion de tir oblige), avec un sens de l'humour (comme tous ceux  sûrs d'eux-mêmes), il nous reçoit avec un sourire dans son petit bureau absolument "nickel" qui est toute l'expression de son amour pour l'ordre. M. Chesneau a aussi le sens de l'économie : un collègue, connu sous le sobriquet de "R.G. de la Présidence" (avant c'était "Dupont", mais comme l'autre "Dupond" a pris sa retraite…) tape un rapport sur une machine à écrire manuelle qui date des années 60. Les murs sont décorés d'insignes militaires et de photos dont une montre notamment toute la garde encadrant un Gaston Flosse souriant.

 

 

Nous lui posons la question : 

- Est-ce vrai que vous désirez armer la "garde présidentielle" ?

M. Chesneau : - Je préfère le terme "sécurité rapprochée du président" à celui de "garde présidentielle", lequel fait trop africain, trop "Bokassa", rappelle les Comores. Et en effet nous désirons juste lui donner les moyens de remplir toute sa mission… et cela pourrait inclure le transport d'armes… A l'heure actuelle, nous n'en avons pas.

 

 

TPM : Des armes à Tahiti ?

-Oui. Bien sûr la Polynésie est un pays calme, pondéré, avec des gens bien équilibrés, mais le problème est qu'on n'est jamais à l'abri d'un "Barjot". Si un fou attaque aujourd'hui le président, le gifle, lui donne un coup de poing ou pire, nous n'avons pas les moyens de le protéger…

Oui, Tahiti est encore un pays pacifique, mais mon métier est de prévoir, de préparer à affronter toutes les hypothèses. Si quelque chose arrive au président, c'est moi qui suis responsable.

- Vous réclamez donc les moyens pour votre mission ?

- Oui. Il n'y a pas de psychose. Je veux juste parer à toute éventualité. Ma mission est de protéger le président. Il avait reçu des menaces verbales et écrites en juillet 95, après l'annonce de la reprise des essais nucléaires. C'est pour cela que j'ai été détaché par le ministère de la Défense auprès du président Flosse. C'est un homme politique et nous avons créé un groupe de sécurité, de protection rapprochée. Le Territoire estime que la réglementation de 1938 est obsolète, d'où un achoppement entre lui et l'Etat.

 

 

- Avec des fusils aussi ?

- Non, pas de fusils, seuls quelques un de mes hommes de la protection rapprochée et triés sur le volet seront armés de pistolets, uniquement ceux qui possèdent le "profil" adéquat, la maturité et surtout la stabilité requise. Certaines armes seront chargées de balles en caoutchouc.

 

 

- Il se dit que vous embaucheriez des jeunes métropolitains ayant effectué leur service militaire…

-C'est absolument faux. Tout le service est tahitien, sauf moi bien sûr. Il n'est pas question d'embaucher des popa'a, des "métros", pour protéger un président polynésien. Le seul popa'a dans ce service, c'est moi. Et sachez aussi que tout le monde a un casier judiciaire vierge !

Propos recueillis par  A.d.P.

 

 

1997 :Création du G.I.P.

 

 

 

 

TAHITI-Pacifique, Janvier 1998, p.11

Extension de la "Garde présidentielle"

Le 18 décembre 1997, le président Flosse a fait parvenir à l'Assemblée de la Polynésie française un projet de délibération modifiant les missions du  "Service d'Accueil et de Surveillance" créé en  février 1988 et rebaptisé "Service d'Assistance et de Sécurité" en 1995. Dans ce papier, le président Flosse rappelle que cette "garde présidentielle" « a pour missions principales d'assurer la surveillance des locaux abritant nos diverses institutions telles que la Présidence, l'Assemblée de la Polynésie française, le Conseil Economique, Social et Culturel, et les ministères et d'orienter le public et protéger les autorités élues ». Or Président désire dorénavant « étendre les missions » de cette garde « compte tenu du nombre croissant d'infractions perpétrées à l'encontre des bâtiments administratifs, ainsi que d'occupations illégales du domaine de la Polynésie française », affirme-t-il. Il doit détenir des informations que nous n'avons pas, personne n'ayant entendu parler de telles infractions et occupations. En bref, Président veut désormais que ses fidèles gardes « puissent en cas de besoin assurer la surveillance et le gardiennage des biens immobiliers de la Polynésie française », tout en précisant bien que « cette mission nouvelle ne fait que traduire les prérogatives du Territoire en tant que propriétaire de son domaine sans préjudice des pouvoirs dévolus à d'autres autorités en matière de police ou de justice ».  Il s'agirait là d'incorporer dans la "garde présidentielle" les "gros bras" de l'association 1901 "Marins pour la Paix" (sic !) membres de la flottille administrative, qui avaient été utilisés à la Présidence après les émeutes de 1995 et pour contrer les manifestations des écologistes opposées à la décharge de Taravao en décembre dernier.

 

 

Tahiti-Pacifique Mai 1998

Belles primes

En ces temps de « rigueur budgétaire », on découvre que les agents de la "garde présidentielle" de Tahiti, le si bien nommé « Service d'assistance et de sécurité » de la Présidence du gouvernement, ont dorénavant droit à l'octroi d'une "indemnité de sujétion spéciale" mensuelle qui s'échelonne entre 20 000 et 60 000 Fcfp selon les fonctions. Par contre, le "jackpot" revient aux receveurs des impôts du ministère des Finances, lesquels perçoivent désormais le « montant plancher 37 » de l'indemnité de sujétions spéciales, soit une prime de 200 000 Fcfp par mois (11 000 FF).

 

 

Tahiti-Pacifique : JUIN 1998

Vaste propagande

Après deux mois de bonne retenue, Te Fenua, le bulletin, gratuit et en technicolor du gouvernement du mois de mai (financé par les contribuables) a rechuté dans la basse propagande et le culte de la personnalité. En pleine campagne électorale, le dossier "Face au drame" encense sur six pages les actions du président Flosse et de son subitement créé « Groupement de Secours de la Présidence ». Des 40 photos, 18 montrent Président à côté du tracto-pelle, en réunion, à côté de blessés, etc. Selon Te Fenua, « Grâce à Gaston Flosse et l'intervention rapide du Groupement de Secours de la Présidence et à son intervention efficace, la population des îÎes-sous-le-Vent  a trouvé l'aide dont elle avait besoin. »,. Pas une photo ni une ligne sur les autres services, les pompiers voire l'armée pourtant arrivés bien plus tôt et bien plus nombreux. C'est évident, pour le « journal d'information du gouvernement », seuls Président et son entourage sont dignes de mention. "Bulletin de la Présidence" serait donc un titre plus approprié.

A.d.P.

 

 

Edito, TPM, sept. 98 (extrait)

Le défilé des "chemises oranges" sur le front de mer de Papeete lors des célébrations du 29 juin dernier a surpris plus d'un observateur. La création de ce GIP (groupement d'intervention de la Présidence, rebaptisé depuis peu "de la Polynésie") inquiète par son "parfum" de milice perçu le lendemain des émeutes de 1995, au site de Paihoro et par son comportement à l'égard de pêcheurs sur l'atoll de Tupai.

Si ces impressions sont fausses, ne sont qu'un malentendu, c'est alors parce que la population n'est pas informée du type de société que le gouvernement a choisi pour notre avenir. Est-ce une politique de "Rustines" destinée à maintenir le couvercle sur la marmite sociale pour 10 ans, suivi d'un « après moi le déluge » ? Ou existe-t-il réellement un plan à long terme, réfléchi, sérieux, pour le bien de toute la population ? (...)

 

 

 

 

 

 

TPM, juillet 98,  "Confidences"

"Milice présidentielle" ?

L'assemblée territoriale a entériné la création du Groupement d'interventions de la Polynésie "Te Toa Arai", en réalité le «Groupement de Secours de la Présidence » (selon le très officiel "Te Fenua"), dont la mission principale « est de porter secours à des populations menacées ou atteintes par des événements » mais aussi « d'assurer les transports maritimes nécessaires à la satisfaction des besoins des services et établissements publics ; de personnes morales de droit public ou privé« » et encore « de prêter le renfort de ses moyens en hommes, matériels et fournitures à tout service et établissement public » et enfin et surtout, il « peut assurer le gardiennage de chantiers ou de certaines installations publiques, ainsi que la gardiennage et l'exploitation de domaines territoriaux. » Pour cela, « il dispose, pour accomplir ses missions, de tous moyens humains et matériels spécifiques nécessaires, notamment un parc à matériel ». Assistons-nous là à la création d'une vraie "milice", dévouée et sous les ordres directs de Président ? N'y a-t-il pas un danger de dérive, genre "Tontons-Macoutes" ?

 

 

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 90, octobre 1998

 CONFIDENCES

G.I.P. illégal ?

Le 18 juin dernier, le haut-commissaire Jean Aribaud a écrit au président de l'assemblée territoriale pour lui faire part de son inquiétude au sujet du "groupement d'interventions de la Polynésie française Te Toa Arai", (G.I.P. ) que certains appellent déjà « garde » voire « milice présidentielle ». En effet, précise le représentant de l'Etat, « ce service dont la mission principale est "de porter secours à des populations menacées (…) peut également, aux termes de l'article 3 alinéa « assurer : le gardiennage de chantiers ou de certaines installations publiques, ainsi que le gardiennage et l'exploitation de domaines territoriaux ». Aussi, M. Aribaud note « que le lien entre cette dernière mission et la finalité de ce groupement n'apparaît ni à la lecture de la délibération, ni à celle de son rapport de présentation, et à titre principal que cette disposition me semble toucher au maintien de l'ordre public… En effet » , poursuit-il, « un groupement d'interventions par vocation appelé à agir pour faire face à des urgences, lorsqu'il envoie du personnel pour assurer la sécurité de biens, s'apparente davantage à un service de police remplissant une mission d'ordre public qu'à un service d'assistance et de secours aux victimes de calamités. Or, le maintien de l'ordre public est de la compétence exclusive de l'Etat ainsi que le prévoit l'article 6, 6° de la loi n° 96-312 du 17 avril 1996 portant statut d'autonomie de la Polynésie française.» Ces dispositions de la délibération de l'assemblée lui paraissent donc « entachées d'illégalité » et il demande « de bien vouloir les faire rapporter ». A défaut, il se « réserve la possibilité de demander leur annulation par le tribunal administratif de Papeete.»

 

 

GIP : réservé au président

L'arrêté no 911 PR du 23 septembre 1998 modifie les attributions du ministre des finances et des réformes administratives. Ainsi, désormais il est bien encore en charge des « recrutements pour une période déterminée excédant trois mois » des fonctionnaires territoriaux, mais « à l'exception des recrutements relevant du service dénommé "G.I.P.".» Les recrutements pour ce controversé service de protection et de transport interinsulaire du président Flosse seront dorénavant effectués directement par la Présidence.

 

 

Mardi 27 octobre 1998

-Le tribunal administratif s'en remet au Conseil d'Etat pour les textes régissant le GIP.

 

 

 

 

Mardi 17 novembre 98

-Le commissaire du gouvernement du tribunal administratif demande l'annulation de la délibération autorisant le Groupe d'Intervention de la Polynésie française (GIP) à effectuer des missions de gardiennage.

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 92, décembre 1998

366 fonctionnaires et "agents de cabinet" sont employés par la Présidence de Tahiti, dont 125 au seul GIP (Groupement d'intervention de la Présidence). Ce chiffre n'inclut pas nombre d'autres personnes rémunérées par le biais de "conventions".

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 94, février 1999

janvier fut un mois politiquement et météorologiquement calme en Polynésie française. Après une campagne de presse intense vantant les bienfaits de Groupement d'intervention de la Polynésie (GIP) lors des inondations de décembre et surtout qu'après l'assemblée territoriale eut modifié la délibération qui accordait le droit d'intervention sur la voie publique à cette "milice" contrôlée directement par la présidence, l'Etat se désista de son contentieux auprès du tribunal administratif.

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 97, mai 1999

Entre-temps, le Groupement d'Intervention de la Présidence (GIP) fut déplacé sur Bora Bora afin de nettoyer l'île de ses montagnes de déchets qui offusquent tant les touristes, des déchets omniprésents malgré une "taxe pour l'environnement" perçue auprès des visiteurs depuis 16 mois. Peut-être est-ce le fait que février et mars ont vu une baisse du nombre des touristes que le gouvernement prend enfin des mesures efficaces pour rendre à nos îles, surtout Bora Bora et Tahiti, une image de pays où l'environnement est respecté.

 

 

Bronzer tranquille

Selon des indiscrétions vérifiées, le GIP (groupement d'intervention de la Présidence) est en train de construire une belle résidence présidentielle de week-end sur l'atoll de Tupai, trois bungalows, un quai et un héliport. Chirac va être jaloux !

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 99, juillet 1999

 Aux oubliettes ?

 La "défection" de la journaliste et juriste Annie Rousseau vers les délices d'un emploi à la Présidence (lire TPM du lois dernier) soulève la problématique du devenir des plaintes déposées par celle-ci auprès des tribunaux, notamment :

- la requête devant le tribunal administratif d'obtenir la liste des GIP, de la flottille administrative et de l'Equipement. Cette demande avait déjà été approuvée par la CADA (Commission d'accès aux documents administratifs) mais la Présidence avait refusé de se soumettre à cette décision. Mlle Rousseau désirait vérifier s'il n'existait pas d'emplois fictifs.

 

 

Edito  n° 100, août 1999

N'a-t-il pas créé le G.I.P., la "milice" sous son commandement personnel, justement pour intervenir dans des cas de "force majeur" parce que les services territoriaux réguliers sont tellement englués dans leur procédures, hiérarchies, syndicats et sempiternelles paperasses qu'ils sont devenus totalement inefficaces ?

 

 

Carcan bureaucratique

Le deuxième aspect "innovant" de cette affaire est que le président Flosse a simplement ignoré le carcan administratif des lourdes procédures dorénavant obligatoires pour tous travaux impliquant des fonds publics à Tahiti. Or là aussi, on frise l'hilarité : en effet, la quasi totalité des délibérations qui forment ce carcan ont été votées par l'assemblée territoriale à la demande des gouvernements Flosse depuis 1984, car on a aveuglément suivi les conseils d'experts venus de France, lesquels ont confondu "autonomie" avec "copie conforme" de la métropole. Ainsi, nous vivons le spectacle d'un président qui se rebelle contre le système qu'il a lui-même mis en place, au point de créer une "milice de choc" pour en contourner les lourdeurs et contraintes.

 

 

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 103, novembre 1999

Gaston Flosse confie l'atoll de Tupai à Gaston Flosse…

En septembre, Yves Conroy, citoyen et farouche adversaire de Gaston Flosse, avait publié un pamphlet dans lequel il dénonçait, entre autres, la construction sans permis de construire d'un immense ponton (photo ci-dessus) sur le lagon de l'atoll de Tupai, qu'il qualifie de « Club Med privé de Gaston Flosse ».. En effet, acheté en 1998 par le Territoire pour 660 millions Fcfp, l'atoll se transforma en une sorte de "réserve présidentielle" où le président Flosse fit faire des aménagements par son G.I.P. afin d'y recevoir ses illustres hôtes, notamment Dominique Perben, ex ministre RPR des Dom-Tom et à Bora Bora, on s'est habitué aux ballets d'hélicoptères qu'occasionnent ces visites. Suite à la publication du pamphlet, le Conseil des ministres du 16 septembre (sous la direction du président Flosse) confia l'atoll au Service du tourisme (ministre : Gaston Flosse) en tant que « réserve touristique » mais le G.I.P. continuera à "entretenir" et à garder l'île. Voilà un moyen pour faire supporter au budget "tourisme" une partie des frais toujours croissants du groupe d'intervention de la Présidence, que certains s'obstinent à appeler une "milice" car ses actions souvent se situent hors des procédures légales habituelles.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 105, janvier 2000

Où sont les sous…?

On se demande pourquoi a été gardé secret le cambriolage qui a eu lieu au ministère des Finances à la mi décembre. Alors que le bâtiment était pourtant gardé par un membre du G.I.P., une ou plusieurs personnes ont réussi à s'introduire dans les différents bureaux et fouiller les armoires et tiroirs. Hélas, pas d'argent pour les "visiteurs". En effet, bien que ce soit ce ministère qui donne l'ordre de payer, c'est uniquement le Trésor Public qui encaisse.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 106, février 2000

On embauche !

Cette année 2000, la Présidence et les ministères de Tahiti vont embaucher 165 nouveaux fonctionnaires. Parmi ceux-ci on trouve 65 (!!!) nouveaux "miliciens" pour le GIP (groupement d'intervention de la Présidence),

 

 

 Mon grand concurrent… le gouvernement !

Dans le secteur des travaux publics, c'est dorénavant le Groupement d'Intervention de la Présidence (G.I.P.) qui offre ses services et la location de son matériel à qui le désire, comme le révèle le Journal officiel, ce qui déclenche l'inquiétudes des professionnels de ce secteur car ils perçoivent cette arrivée du matériel et des hommes du GIP comme une concurrence déloyale : absence de patente mais surtout une sorte "d'extra-légalité" de cet organisme, sous la direction directe du président Flosse, qui a été justement créé pour contourner les lourdeurs des contraintes administratives. Un entrepreneur cite comme exemple d'un supposé « traitement spécial » l'accident qui a coûté la vie à un "G.I.P." lors de la pose du toit du Palais présidentiel l'an passé et qui, semble-t-il, n'a pas eu de suites judiciaires, alors que bien des entrepreneurs privés ont été sévèrement condamnés par le tribunal correctionnel pour des accidents de chantier similaires.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 107, mars 2000

Le « fait du Prince »

La base de toute démocratie est une société de droit, c'est-à-dire une société où les lois priment et offrent un traitement égal à tout un chacun , qu'il soit manant ou puissant, et qu'une transparence réelle permette à chacun de s'en assurer. C'est l'Etat de droit.

Affirmer qu'à Tahiti on s'éloigne d'un tel système serait une accusation grave, à moins de citer des exemples.

Hélas, ceux-ci ne manquent pas. De plus en plus nombreux deviennent les « faits du Prince », c'est-à-dire les actes décidés par le président Flosse sans débats publics, (tel le choix du site de Paihoro pour le CET et le site de Motu Uta pour le centre de tri des ordures), décidés souvent sans respecter les contraintes de la législation existante, et souvent avec l'aide du G.I.P. (Groupement d'Intervention de la Présidence), la "troupe" de "travailleurs de force" qui est sous ses ordres directs : l'élargissement du front de mer à Papeete en juillet 1999, la tentative de percement d'une passe avec dynamitage sur le récif Nord de Bora Bora en septembre dernier, la construction d'une "plateforme d'honneur" sur la plage de Matira en octobre, le curage intempestif d'une rivière de la côte Est de Tahiti en janvier et enfin, toujours en janvier, la confiscation pure et simple d'un terrain loué à une société privée.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 108, avril 2000

« Mes G.I.P. », « Chez nous »

Lors du déjeuner à la Présidence le 10 mars, lorsque le président Flosse annonça sa démission de son poste de maire de Pirae, il fut aussi question de l'incident qui opposa les contastataires aux membres du G.I.P.(Groupement d'intervention de la Présidence) au CET de Paihoro, on remarqua que Président utilisait continuellement le terme « Mes G.I.P. » et lorsqu'il parlait du CET, même du centre de tri, ces terrains (territoriaux) étaient qualifiés de « Chez nous », telle cette phrase : « Les contestataires d'Angèle Teahu n'étaient pas sur le domaine public, mais bien chez nous ». Aussi, il était fascinant d'entendre à quel point la version officielle de ces événements était totalement à l'opposé des récits des contestataires. Mais M. Flosse admit qu'il y avait peut-être un excès de G.I.P., puisqu'il admit en avoir transféré depuis 30 à d'autres projets.

 

 

Jeudi 9 mars 2000

- Bousculade devant le centre d'enfouissement technique à Paihoro entre les membres du groupement d'intervention de la Présidence (GIP) et les membres de l'Association Taravao Nui Mâ.gardiennages.

 

 

Samedi 3 juin 2000

Le bateau de transport "Meherio 1" du G.I.P. s'échoue sur le récif de la côte Est de Raiatea.

A la fin du mois, très amère, l'association Taravao Nui Mâ répondait au haut-commissaire en l'accusant de parti pris, notamment que « ce n'est que le 10 mars 2000, alors que la population directement concernée s'oppose depuis plus de deux années que l'Etat, plus pour des questions d'ordre public, pour ne pas dire exclusivement, que pour des questions de respect de l'environnement, s'intéresse enfin à ce C.E.T. en désignant trois notables pour constituer une Commission de médiation(…) Comment l'Etat peut-il être crédible dans sa défense de l'environnement et la sécurité des populations quand il se réveille alors que tout est quasiment terminé et que sa passivité n'a servi en réalité que les intérêts électoralistes et peut-être financiers d'un seul parti majoritaire et de son leader. (…) On ne comprend pas que l'Etat ait soutenu, par sa passivité pendant près de trois ans et par ses gendarmes mobiles maintenant, le C.E.T. si contesté, alors que d'autres sites étaient plus appropriés et faisaient l'objet, eux, d'un consensus général. (…) Lors des négociations du vendredi 19 mai, le Haut-Commissaire a affirmé par deux fois devant un député de la République et cinq conseillers territoriaux, que les véhicules d'ordures ne seraient pas escortés par les forces de l'ordre et que celles-ci n'interviendraient qu'après un trouble de l'ordre public. Or, depuis bientôt une semaine ce sont bien des gardes-mobiles tout équipés et fraîchement arrivés de Métropole, qui escortent avec des véhicules blindés les ordures de Tahiti ! Le site lui-même est gardé jour et nuit, de l'intérieur, en plus de la trentaine d'hommes du GIP, par un escadron de gardes mobiles. (…)

27 juin

-Un arrêté du conseil des ministres paru au "journal officiel" du 22 juin autorise le GIP à percevoir les recettes relatives à la location de l'espace scénique et des matériels y afférents.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 112, août 2000

 Les célébrations du Heiva exposent le "problème" du G.I.P.

Aux côtés du culte de la personnalité que mirent en exergue les festivités du Heiva Nui 2000, l'ambiguïté du rôle tenu par le G.I.P., le "groupement d'intervention de la Polynésie" fut aussi dévoilé. A tel point que M. Aribaud, le haut-commissaire, le mentionna lors de son intervention télévisée du 14 juillet sur les ondes de RFO-Polynésie.

 

Mais qu'est donc le G.I.P. ?. Le noyau de ce groupe fut créé au lendemain des émeutes de septembre 1995. On aperçut alors autour des bâtiments du gouvernement une centaine de "gardes" supplémentaires qui avaient été embauchés par les services de sécurité de la Présidence de Tahiti, pour la plupart des "gros bras" au physique du genre "videur de boîte de nuit", dont beaucoup faisaient partie de la flotte administrative. Sorte de vigiles portant un brassard orange, censés protéger le président Flosse et son gouvernement (de qui ???), ces hommes étaient alors encadrés et entraînés par le colonel Lionel Chesneau, un ancien du GIGN, depuis peu "conseiller technique chargé de la sécurité" à la Présidence. Le mois suivant, en novembre, ils n'étaient plus que 41 "gardes de la Présidence" et ils furent remarqués pour s'être tous rasés le crâne, donnant ainsi aux bâtiments du gouvernement une allure de convention de skinheads.

A la mi-1996, un "bras de fer" eut lieu entre la présidence et le haut-commissariat car le Territoire voulait armer sa "garde présidentielle" alors que l'Etat refusait en invoquant une réglementation coloniale de 1938 qui limite « l'importation, la possession et le port d'armes dans les Etablissements français d'Océanie ». Le tribunal administratif donna un avis en faveur de l'Etat.

C'est alors que fut créé d'abord le "Groupement d'intervention de la Présidence" (G.I.P.), nom originel qui fit même le titre d'un des premiers "Te Fenua", journal gratuit publié par la Présidence. Mais comme cela faisait un « peu trop "Comores" », le nom fut modifié un mois plus tard en « Groupement d'interventions de la Polynésie "Te Toa Arai"»". Et c'est en mai 1998 l'assemblée territoriale vota le texte officiel de cette unité, qui dépend directement du président et dont la mission principale « est de porter secours à des populations menacées ou atteintes par des événements » mais aussi « d'assurer les transports maritimes nécessaires à la satisfaction des besoins des services et établissements publics ; de personnes morales de droit public ou privé » et encore « de prêter le renfort de ses moyens en hommes, matériels et fournitures à tout service et établissement public » et enfin et surtout, il « peut assurer le gardiennage de chantiers ou de certaines installations publiques, ainsi que la gardiennage et l'exploitation de domaines territoriaux. » Pour cela, « il dispose, pour accomplir ses missions, de tous moyens humains et matériels spécifiques nécessaires, notamment un parc à matériel ». Le 18 juin, le nouveau haut-commissaire Aribaud écrivait au président de l'assemblée pour s'inquiéter que « un groupement d'interventions par vocation appelé à agir pour faire face à des urgences, lorsqu'il envoie du personnel pour assurer la sécurité de biens, s'apparente davantage à un service de police remplissant une mission d'ordre public qu'à un service d'assistance et de secours aux victimes de calamités. Or, le maintien de l'ordre public est de la compétence exclusive de l'Etat ». La délibération fut alors modifiée en novembre. Entre temps, on avait aussi, par arrêté du 4 septembre, confié au G.I.P. toute la flotte administrative. Notons ici que suite à un très inconfortable voyage maritime à Rapa voici quelques mois, M. Flosse passa commande d'un grand cargo mixte en Chine pour compléter la flotte du G.I.P..

 

Tupai et Bora Bora

Après les cyclones de 1997 aux Îles-sous-le-Vent et les déluges sur Tahiti en 1998, le G.I.P. intervint de façon spectaculaire et efficace pour le bien des populations, et il faut le féliciter pour cela. Ensuite, il fut déployé pour nettoyer, puis garder l'atoll de Tupai devenu propriété territoriale, mais aussi retraite de vacances pour Président et ses invités. Là, des incidents avec des pêcheurs traditionnels et des visiteurs commencèrent à jeter une lumière différente sur la fonction de ces hommes puisque nombreuses furent les menaces utilisées pour chasser pêcheurs et visiteurs. Tout comme les G.I.P. étonnèrent la population de Bora Bora par leur manière "musclée" en 1999 lorsqu'il essayèrent (sans succès) d'abord de percer une passe au nord de l'île avec de gros engin, puis avec de la dynamite, pour ensuite aménager sur la plage Matira une sorte de marae afin que le président Flosse puisse accueillir avec panache sa pirogue vainqueur de Pirae lors de la course Hawaiiki-nui Va'a. Selon des témoignages de la population, les camions du G.I.P. étaient les "rois de la route" et conduisaient à tombeau ouvert, toujours devant l'indifférence apparente des gendarmes. Tout ceci et d'autres explique pourquoi Jacky Bryant, de l'association écologiste Atuatu te natura déposa une plainte pour « excès de pouvoir » devant le tribunal administratif pour « transport de 100 000 mètres cubes de sable, dynamitage sans autorisation, permis ou étude d'impact » dit-il, pourtant tous indispensables selon les textes que le président Flosse a fait voter lui-même depuis 1982.

 

Le haut-commissaire s'inquiète

Les travaux de la "troisième voie" sur le front de mer, tout comme la construction de la place To'ata, virent aussi les règles usuelles de permis et autorisations être bien "adaptées". Mais une autre surprise fut l'octroi de cette place de spectacle au G.I.P., donc à la Présidence puisque ce groupement prend ses ordres du président. Donc dorénavant c'est M. Flosse qui tient les commandes des grandes festivités, culturelles et autres, du Territoire.

Aussi, le public découvrit que le G.I.P. officiait en tant que police dans cet espace public lors des fêtes du Heiva Nui 2000, une fonction qui lui est pourtant interdite expressément par un jugement du tribunal administratif. La presse quotidienne s'en fit l'écho et une journaliste de RFO qui fut menacée déposa plainte.

C'est tout ceci qui fit dire le 14 juillet au haut-commissaire, M. Aribaud, que le Groupement d'intervention de la Polynésie n'a pas vocation à réaliser des travaux rapidement « sans respecter les règles mêmes du territoire » et de répéter que le G.I.P. n'a pas à se mêler de maintien de l'ordre public qui reste de compétence d'Etat. Il suggéra donc de "reconvertir" ces hommes dans la protection civile et les réparations de dégâts, car leur « mission principale est de porter secours à des populations touchées par des calamités naturelles. »

Ceci était la première allocution publique du représentant de l'Etat sur ce sujet, lequel, il faut le dire, préoccupe depuis longtemps bien des fonctionnaires de l'Etat et des magistrats tant le G.I.P. ressemble à une milice. Les craintes sont fortes de voir une force, absolument soumise à un homme ou à un parti, se développer. Surtout que cela semble être le cas puisque les quelques 300 hommes du G.I.P. sont sous le contrôle direct de M. Flosse, qui embauche et débauche à sa guise, les seuls employés du gouvernement échappant à tout contrôle du ministre des Finances et Réformes administratives (arrêté 911PR du 23/9/98).

 

Le système G.I.P.

Qui devient membre du G.I.P. ? La première condition incontournable est d'avoir le tahitien ou le marquisien comme langue maternelle. Beaucoup sont originaires des Australes, mais de plus en plus de jeunes de la zone urbaine de Papeete sont intégrés, essentiellement des victimes de l'échec scolaire. Nous avons aussi entendu parler de recrutements de prisonniers en fin de peine à Nuutania, fait confirmé par des services de l'Etat qui parlent de certains G.I.P. avec des casiers judiciaires, mais qui ont payé leur dette envers la société. Le président Flosse l'a confirmé, le système des G.I.P. fonctionne selon l'ancienne méthode de travail courante à Tahiti voici 10 ans encore : la personne travaille un certain temps pour se faire assez d'argent afin d'acheter ce qu'il a besoin, puis elle retourne vivre à la traditionnelle dans sa famille, faire de l'agriculture ou de la pêche. Trois ou six mois plus tard, elle revient faire "un tour". Il en résulte que bien que présentement il y ait environ 300 G.I.P., en réalité c'est un "réservoir" d'environ 1000 à 1500 personnes sur lequel le président Flosse peut compter et appeler à tout moment.

Pour l'ambiance, le G.I.P. est très similaire à la Légion étrangère, là aussi confirmé par M. Flosse (« Les membres du G.I.P. sont un peu les légionnaires de la Polynésie. ») voici 4 mois. Des sources fiables parlent aussi d'un ancien légionnaire qui aurait formé ou formerait encore des G.I.P. sur l'atoll de Tupai. Une discipline stricte est la norme, on travaille sans compter lorsque c'est nécessaire, mais c'est aussi et avant tout une "famille", comme à la Légion, dans laquelle on s'entraide et on se protège mutuellement. On peut voir là la recréation d'un nuna'a, d'une communauté polynésienne où le groupe importe bien plus que l'individu et ou le respect du chef et de la hiérarchie est essentiel. C'est le genre de vie en communauté dans lequel le Tahitien se plaît car il retrouve le type de convivialité et une dignité que la société "moderne" (pourtant imposée par les conseillers et ministres de M. Flosse !) a tant détruit dans nos îles.

Le président Flosse lui-même semble très attaché à cette "famille" qui est bien le seul groupe pour lequel il organise des soirées privées, telle celle donnée au Palais présidentiel début juillet, tout comme celle de la fin du chantier de la "troisième voie", voire "l'arbre de Noël" à chaque fin d'année où il distribue personnellement les cadeaux.

C'est ainsi que Président a offert une nouvelle "famille" à beaucoup de jeunes et moins jeunes qui n'en n'avaient plus, et on comprend qu'ils lui en soient reconnaissants.Depuis juin, même une branche féminine du G.I.P. a été créée. Mais des tensions peuvent aussi se développer, tel que ce fut le cas vers janvier 2000, lorsque certains n'avaient pas été payés depuis 3 mois, mais là encore, la discipline et "l'esprit de corps" contrôla parfaitement la situation.

Il est certain que l'obéissance et l'adulation des membres de ce groupe bien discret (ils sont soumis à un serment de "secret" lors de leur embauche) pour un homme inquiète dans différents milieux. D'abord dans les milieux de l'Etat où certains craignent un "dérapage" lors duquel, pour la première fois depuis les guerres de Pomare II, des Tahitiens pourraient se trouver en conflit face à d'autres Tahitiens ; comme le prouve cette explication qu'un responsable nous a donnée : « Si on a fait venir des escadrons de gendarmes de France pour l'ouverture du site [CET] de Paihoro, c'est surtout pour mettre un "tampon" entre les manifestants et le G.I.P. [gardien du site] ».

Ensuite, l'autre inquiétude vient de milieux politiques de l'opposition à Tahiti face à ce véritable « Etat dans l'Etat » local : « Si jamais on gagne les élections, mais qu'est-ce qu'on va faire de cette milice, de ces G.I.P. ? Il faudra continuer à les payer, autrement ils feront comme George Speight aux Fidji, il nous feront un coup d'Etat ! »

 

 

A méditer…

Alex W. du PREL

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 113, septembre 2000

"GIPettes"

La Présidence, dans un communiqué concernant l'aménagement de l'espace pour les roulottes du port, confirme la création d'un corps féminin de G.I.P. que nous avions annoncé le mois dernier. Elle a même inventé un nom pour ces dames : les « GIPettes » !

Aussi, selon des indiscrétions de proches du pouvoir, G.I.P. voudrait dire : « Gaston Intervient Partout ».

 

 

 l'hôtel Princesse Heiata à Pirae, acheté en 1989 pour 180 millions afin d'en faire une école hôtelière, projet annulé. Les bungalows de l'hôtel ont ensuite servi de logement pour des ministres et des membres de cabinets expatriés ; puis devenu vétuste et délabré, il sert aujourd'hui de logement pour des GIP, certains avec familles.

- l'hôtel Te Puna Bel Air, acheté voici cinq ans pour 600 millions, est aujourd'hui aussi une triste ruine. Là encore, les bâtiments toujours habitables logent des GIP et leurs familles.

 

 

Gentils G.I.P.

Depuis plusieurs mois on ne cesse d'entendre parler du G.I.P. dans la presse locale. A lire les articles, il s'agirait d'une milice, et c'est vrai que les différents incidents qui ont émaillé le Heiva semble confirmer cette analyse. Pourtant, comme secouriste lors du Heiva, je n'ai jamais eu d'accrochage avec les membres du GIP. Au contraire, lorsqu'on passe à leur côté ils vous saluent et arborent un sourire accueillant. Pourtant, jusqu'à la rebuffade du représentant de l'Etat concernant le rôle de quasi police exercé par le G.I.P. sur la place To'ata, on n'a pas beaucoup vu de "vrais" policiers assurer la sécurité de cet espace public. Aujourd'hui, la section d'intervention est bien présente. Mais assure t'elle vraiment la sécurité du site ? Le 5 août, je suis allé manger avec ma compagne place To'ata, et j'ai vu comment la Police assure cette mission de protection : pendant que les membres du G.I.P. gardaient les entrées et surveillaient la place, les huit agents de police festoyaient autour de leur chef (une dame). Ils étaient déjà là avant que nous arrivions, et comme nous avons pris une heure pour manger, ça veut dire que pendant ce temps personne n'aurait assuré la sécurité du site et de ses usagers, s'il n'y avait pas eu le .G.I.P. Ne jetons pas la pierre aux membres du G.I.P. : Ce sont des gars obéissants, qui font ce qu'on leur dit. C'est vrai que quand ils trouvent en face d'eux un petit malin rétif aux consignes, ils peuvent s'emballer. Pour ma part, je ne les ai jamais pris de haut, et les ai toujours abordés avec le sourire. J'ai déjà eu droit à plusieurs "recommandations" de leur part quand je me trouvais à To'ata : une fois parce que j'étais passé au-dessus d'un muret. Leurs remarques étaient justifiées, même si on accepte mal que quelqu'un qui n'est pas de la police se permette de juger votre comportement. Mais en y réfléchissant, tout citoyen qui verrait quelqu'un avoir un comportement susceptible de porter préjudice au bien commun devrait s'interposer et lui faire la morale. Avez-vous déjà fait la morale à tous ces gens qui jettent leurs détritus n'importe où, alors même qu'une poubelle est à leur portée de main ? Le fait est que globalement leurs actes méritent d'être estimés. Le seul vrai défaut qu'on puisse leur reprocher est d'être un outil (un jouet ?) entre les mains du président du gouvernement. Et de manquer de compétences pour certaines des missions qu'on leur confie (notamment en matière de travaux publics. L'exemple de Bora Bora est assez édifiant, mais il n'est pas le seul).

Bon courage à vous, pour votre journal.

P. G,

 

 

Toujours plus

La Présidence a embauché 120 G.I.P. (groupement d'intervention de la Présidence) supplémentaires, comme le montre le Journal officiel ; aussi, on vient de RAJOUTER 25 millions de frais de nourriture et 60 millions de carburant ainsi que 170 millions de matériels lourds (bulls, dragues, camions) et 80 millions de matériels (4X4, etc.) pour ce G.I.P. Pour le palais présidentiel même, on a rajouté 45 millions de "frais de transports", 14 millions de frais de télécommunications ainsi qu'un petit 60 millions (3,3MFF) pour couvrir les frais de "fêtes et cérémonies" de nos chers dirigeants. Champagne et caviar ont-ils augmenté comme le pétrole ?

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 114, octobre 2000

Gaston FLOSSE Sur le G.I.P. (et l'Etat)

« Enfin, sans le moindre esprit de provocation, vous me permettrez de porter à notre crédit la constitution d'un service d'intervention rapide, le GIP qui donne tant de frissons et fait tant grincer certaines dents. Je n'en ai cure. Ce service s'est illustré par l'ardeur et le courage physique de ses membres, notamment à l'occasion du cyclone des ISLV et des inondations à Tahiti ; il a montré avec quelle célérité et quelle efficacité il travaille notamment à l'occasion de la réalisation de la 3ème voie. Sa création permet au surplus, de donner un travail et un travail utile, parfois aussi une chance de réinsertion sociale, à des hommes qui en avaient besoin. Ils œuvrent dans la légalité républicaine. Et je ne comprends pas que le Haut-Commissaire et ses collaborateurs continuent à instruire contre ce service un procès d'intention injustifié. Objets d'une suspicion systématique, tous les hommes du GIP sont surveillés, épiés en permanence. Tous leurs actes sont interprétés avec malveillance. On fait courir à leur sujet les rumeurs les plus absurdes. A cet égard, quel n'a pas été mon ébahissement quand on m'a rapporté qu'un commando héliporté de la gendarmerie avait débarqué, il y a peu, à [l'atoll de] Tupai à la recherche des preuves que le GIP disposait là d'un camp d'entraînement para-militaire. Bien entendu, rien de tel n'existait mais j'aurais aimé qu'il fût dit très officiellement que ces soupçons étaient dénués de tout fondement. Le GIP et ses hommes sont irréprochables, mais on leur reproche tout ce qu'ils font, même de tailler des arbres, de planter des fleurs ou de construire des routes et des pistes. J'ai même reçu récemment, le 4 septembre, une lettre du Haut-Commissaire me demandant de quel droit des hommes du GIP avaient aidé des gens à déménager comme le lui révélait un rapport de police. Et le Haut-Commissaire s'inquiète de savoir dans quel cadre a eu lieu cette intervention et si l'assistance à des particuliers s'est faite à leur demande et qu'est ce qui la justifie. Comme si ce n'était pas une des missions essentielles du GIP d'aider ceux qui en ont besoin. Mais même cela leur est reproché. Le Haut-Commissaire n'a t-il vraiment rien de plus important et de plus urgent à faire que de persécuter le GIP ? La police n'a t-elle rien de plus important et de plus utile à faire que de surveiller le GIP ? Mais je dis à tous les hommes du GIP : ne vous inquiétez pas. Continuez à vous montrer irréprochables et utiles à la population. Tous les Polynésiens vous respectent et vous estiment. Votre bilan plaide pour vous. Nous sommes fiers de vous ». (…)

 

 

 

 

Autre exemple : les réservoirs et le GIP

Le 21 septembre 2000 un autre incident se déroula qui indique que certains à Tahiti n'acceptent plus l'état de droit.

Bien qu'un inspecteur des Affaires maritimes leur ait expliqué qu'ils n'en avait pas l'autorisation, les marins du G.I.P. sortirent quand même en mer pour tenter de dynamiter au large un vieux bateau et des cuves de gaz réformées. Hélas la houle brisa les soudures d'attaches et certaines cuves partirent à la dérive pour aller s'échouer sur le récif.

 

 

Octobre 2000

 Arrivée sur l'atoll de Kauehi de Gaston FLOSSE pour vérifier le travail effecté par les hommes du GIP pour une piste d'aviation de 400 m.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 115, novembre 2000

De quand date le G.I.P. ?

Répondant à l'Assemblée nationale à une question posée par le député Alain Tourret, le secrétaire d'Etat Christian Paul déclara que le G.I.P. « n'est pas une police parallèle » et qu'il avait été créé en mai 1998. Officiellement, oui, mais en réalité ce groupement existe depuis octobre 1995, créé au lendemain des événements de septembre 1995. Il est bon de rappeler les faits. Voyez les documents à droite :

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 115, novembre 2000

 Il semble que la manière cavalière de M. Flosse de réaliser certains projets avec son G.I.P. fasse aussi partie des "tensions", puisque lors du conseil des ministres il expliquait à M. Paul que « j'ai, il est vrai, des méthodes parfois expéditives pour réaliser mes objectifs et cela peut légitimement troubler les représentants de l'Etat », à quoi le secrétaire d'Etat répondit que l'Etat devait « jouer pleinement son rôle, garant du respect de la règle de droit et des libertés publique et individuelles ».

 

 

Mercredi 27 décembre 2000

Echaufourrée entre des militants de l'association Taravao Nui Ma et les gardiens du G.I.P. sur la route devant le site du CET (Centre d'enfouissement technique) de Paihoro.

 

 

TPM Janvier 2001

BUDGET PHARANOïQUE

Le budget 2001 du territoire de la Polynésie française, annoncé le 5 décembre, est en forte progression (+9,97 %) à 112,493 milliards Fcfp (6,188 milliards FF) , comparé à 102,292 milliards en 2000.

Dans cette somme, le budget d'investissement augmente de 28,80 % par rapport à 2000 pour s'élever à 29,854 milliards Fcfp. Comme cette année, selon le ministre des Finances Peaucellier, les droits de douanes et d'entrée divers baisseront plus que n'augmentera la TVA (4, 7 et 11%), celui-ci demande donc aux commerçants de répercuter la baisse des prix sur les consommateurs. Bien que le ministre conclut que « ce projet de budget de l'exercice 2001 répond à l'impératif de maîtrise des dépenses publiques », on note que le budget de fonctionnement de la Présidence passe à 2,23 milliards (dont 1,5 milliards de salaires pour le personnel permanent), ce qui n'inclut pas le G.I.P. qui consomme hors service financier 1,9 milliards (1,34 milliards de fais de personnels) somme à laquelle il faut ajouter l'essentiel des 3,4 milliards de travaux effectués en régie. A.d.P.

 

 

Cher G.I.P

Selon le journal officiel, la place Vaiete de Papeete a été transférée du Port Autonome au G.I.P. (Groupement d'intervention de la Polynésie) et est donc gérée dorénavant par Président, chef du G.I.P. Et c'est désormais aussi le G.I.P qui encaissera les loyers que paient les "roulottes", loyers qui pour l'occasion ont été multipliés par quatre, de 40 000 à 120 000 Fcfp par mois. Entre-temps, comme le loyer de l'autre entité gérée par le G.I.P, la place To'ata, était bien trop élevé, on a pondu un arrêté qui accorde une remise de 50% à tous les groupes et associations, c'est-à-dire à pratiquement tous les utilisateurs de cette place.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 118, février 2001

Voici le "PV - G.I.P."

La commission permanente de l'assemblée de la P.F. a voté une délibération qui accorde au Groupement d'Intervention de la Polynésie (G.I.P.) le pouvoir de dresser procès verbal envers des infractions à la réglementation par des agents assermentés sur le domaine public dont ils ont la responsabilité, c'est-à-dire les espaces To'ata et Vaiete. Ces nouveaux pouvoirs de police sont peut-être le raison pour laquelle le colonel Chesneau a quitté son poste de chef de la garde du président Flosse pour prendre celui de conseiller technique en sécurité auprès de "Rere", le chef du G.I.P. Aussi, les esthètes de la Présidence ont inventé une nouvelle appellation officielle pour ces espaces du front de mer de Papeete : « Les Esplanades »… un peu comme "Les Champs Elysées" ; on en a déjà les lampadaires !

 

 

Mardi 27 février 2001

L'arrêté du conseil des ministres portant affectation de la place Vai'ete) au G.I.P. est contesté par le haut-commissaire devant le tribunal administratif de Papeete.

 

 

Visite de la Fédération des Droits de l'Homme

Invitée par la Ligue polynésienne des Droits de l'Homme, une délégation de la Fédération internationale des Droits de l'Homme menée par maître Tubiana a fait un tour d'horizon avec diverses personnalités du Territoire, dont le président Flosse qui lui a expliqué, entre autres, le mode de fonctionnement du Groupement d'Intervention de Polynésie (G.I.P.).

 

 

Cher bla-bla

Selon des indiscrétions, le montant de la facture des transmissions par téléphone "Vini" (portable) effectuées par les cadres du G.I.P. (Groupement d'intervention de Président) en l'an 2000 s'est élevé à 200 millions Fcfp (11MFF) !

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 119, mars 2001

 Toute nouvelle place Vai'ete de Papeete

Le 16 février eut lieu l'inauguration de la place Vaiete rénovée, dorénavant appelée " Tahua Vaiete",

Après cinq mois de travaux menés par le G.I.P. (groupement d'intervention de la Polynésie), la troupe de "choc" du président Flosse, c'est une promenade superbement aménagée qui remplace un parking et l'ancien site des concours du "Tiurai". C'est aussi un nouvel espace désormais tout carrelé pour les "roulottes" qui la nuit font l'animation du centre ville. Au centre, une esplanade surélevée accueillera un kiosque en fer forgé qui sera installé en juin. Là, tous les soirs, des musiciens seront supposés s'y produire. Un parking de 100 places a été aménagé du côté du quai des ferrys.

Comme pour la place To'ata, c'est le G.I.P. qui est chargé de la gestion de cet espace ouvert au public. Un groupe de 32 G.I.P. répartis en 4 équipes de 8 personnes assurera un gardiennage 24h sur 24 et 7 jours sur 7. En plus, 12 « gipettes » sont chargées de la propreté et du nettoyage, mais aussi de toilettes publiques, une nouveauté à Tahiti !

Il faut mentionner que ce nouvel ouvrage qui améliore considérablement l'image de Tahiti pour les passagers qui débarquent des bateaux de croisières a été décidé et dirigé personnellement par le président Flosse qu'on voyait régulièrement (et sans le maire Michel Buillard) diriger les travaux. Ce qui donne à penser que vu l'effacement du maire, le vrai premier magistrat de Papeete semble bien être M. Flosse. Le fait d'avoir confié cet espace à son "cher" G.I.P. confirme que la Présidence de Tahiti ne fait pas confiance aux services municipaux et désire y garder le contrôle. Mais, bien que dans son discours d'ouverture le président Flosse ait insisté que « le GIP a fait la preuve à To'ata de sa capacité à assurer la sécurité et la propreté d'un vaste espace ouvert au public en respectant rigoureusement les limites de ses compétences », le haut-commissaire a contesté devant le tribunal administratif de Papeete l'arrêté du conseil des ministres portant affectation de la place Vai'ete au G.I.P.

Cette rénovation de la place Vaiete fait partie du programme d'embellissement du front de mer, qui a pour objectif de réaliser une promenade ininterrompue en bord de mer, depuis la base de la Marine nationale jusqu'à la place To'ata, puis jusqu'à l'hôtel Sheraton (ex-hôtel Tahiti), un espace qui sera appelé "Les Esplanades" et qui sera éclairé, sécurisé et agrémenté de fleurs et d'espaces verts.

A.d.P.

 

 

Mardi 13 mars 2001

Suite au dépôt d'un recours administratif, les membres du Groupement d'intervention de la Polynésie française, les G.I.P. et les "Gipettes" adressent un courrier au haut-commissaire pour l'interpeller sur leur avenir et celui de la place Vaiete qu'ils entretiennent.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 120, avril 2001

Orageux

Jean-Christophe BOUISSOU, ministre du Logement, malgré une pléthore de moyens (distributions de fare ATR, assistance du G.I.P. pamphlets délatoires, soutien de certains médias, etc.) n'a pas réussi à inquiéter Oscar Temaru qui a été réélu maire de Faa'a au premier tour avec 58,5% des voix.

 

 

Lundi 19 mars

Le tribunal administratif ôte au GIP le gardiennage de la place Vaiete, mais lui laisse la gestion et l'entretien.

 

 

 

 

TPM n° 120, avril 2001 Confidences

Ecarts de prix

On se rappelle que l'achat de matériels de sonorisation et d'éclairage aux USA pour les manifestations publiques (carnaval, place To'ata) avait suscité un vif débat à l'assemblée territoriale. Après un appel d'offre déclaré "infructueux", le Territoire avait conclu un marché de gré à gré avec la société SPEED (filiale de la Lyonnaise des Eaux). Selon des documents, le montant tournait autour de 440 millions Fcfp pour la sono et de plus de 230 millions pour l'éclairage, et le Territoire avait réglé le 23 juin 2000 la somme de 637 millions hors TVA, par le biais du GIP, au titre de "fournitures". Or le vendeur de ce matériel, la société Apex Audio de Huntington Beach en Californie, a été tellement fier de vendre ce matériel sono, qu'il a posté en décembre 2000 un article sur un site Internet. Là , on explique que « le gouvernement de Tahiti, à la demande de son président, Gaston Flosse, a investi 1,5 millions de dollars [alors 160 millions Fcfp] dans un système de sonorisation modulaire pour toutes les fonction d'Etat, dont des concerts dans le stade territorial de 5000 places à To'ata ». David Fishbein de Apex Audio explique que « le président avait identifié la nécessité du Territoire de se rendre propriétaire d'un système [sono] à cause des difficultés d'un approvisionnement local qui n'existe pratiquement pas, ce qui oblige les artistes à apporter leurs propres systèmes. Ainsi les spécifications visaient la norme mondiale afin que les ingénieurs de passage puissent être à l'aise pour l'utiliser. Cet équipement sera son legs au peuple de Tahiti. Le gouvernement a alors fait appel à l'aide du gourou local de l'audio, Karl Brinckfieldt qui, grâce à un plusieurs contacts s'est retrouvé chez Apex où ensemble ils ont dessiné et spécifié le système. » Entre 160 et plus de 440 millions, il y a une sacrée marge ! Peut-être le gouvernement devrait-il se pencher sur certaines factures payées lors de la mise en place précipitée de To'ata et du front de mer de Papeete. Surtout que d'autre factures montreraient, par exemple, que les mêmes et identiques poubelles qui auraient coûté 200 000 Fcfp (11 000FF) pièce à To'ata auraient pu être achetées pour 30 000 Fcfp pour la place Vai'ete ; et personne n'ose parler du prix des lampadaires. Nous avons essayé d'avoir des explications auprès d'un fonctionnaire qui avait à l'époque suivi ces achats. Hélas, il nous a répondu, nerveux, être« tenu par le devoir de réserve ; un contrat a été signé, mais le montant n'a pas à être divulgué ».

 

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 120, avril 2001

 Confidences

Vains efforts "diplomatiques"

En prévision d'une visite "privée" de 13 heures du Président de la Chine M. Jiang Zeming lors d'une escale en Polynésie française, le président Flosse avait ordonné au G.I.P. d'effectuer d'urgence des grands travaux sur l'atoll de Tupai : allongement (avec dragage de matériaux) et bitumage de la piste, ainsi que la construction d'une série de luxueux bungalows capables d'accueillir des hôtes de marque. Hélas, il semble que ces travaux considérables et onéreux auraient été faits en vain, car on apprenait fin mars que le Prédident chinois restera sur l'île de Tahiti. A moins que la suite présidentielle…

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 121, mai 2001

« Touche pas à mon Tupai »

On se rappelle qu'après son achat par le Territoire, l'atoll de Tupai avait été confié au service du Tourisme (ministre : Gaston Flosse) pour constituer une "réserve touristique" qui sert plutôt de "résidence de week-end" pour Président, sa cour et ses illustres hôtes, une île farouchement gardée et entretenue par ses dévoués G.I.P. Depuis mars, M. Flosse a quitté le ministère du Tourisme, mais a de suite "récupéré" le contrôle sur "son" atoll grâce à l'arrêté 357 CM du 16 mars 2001 qui porte « l'affectation des terres domaniales de l'atoll de Tupai d'une superficie totale de 987 hectares au profit de la présidence du gouvernement » dont le gardiennage et l'entretien de l'atoll sont toujours « assurés par le service dénommé Groupement d'interventions de la Polynésie [G.I.P.] ». Mais d'autres choses ont changé : « Cet ensemble immobilier est destinée à permettre, sous une compétence unique, la mise en œuvre du plan d'aménagement de l'atoll par les services administratifs concernés. Le plan d'aménagement détermine les zones destinées à l'industrie touristique, celles réservées à lavente, celles classées en réserve naturelle, ainsi que les installations immobilières réservées à l'accueil et à la réception d'hôtes du gouvernement ou à l'organisation de séminaires et réunions ». Ainsi non seulement Tupai devient ainsi officiellement une extension du Palais présidentiel, mais il semble qu'une partie sera transformé en lotissement de luxe pour milliardaires dans lequel, murmure-t-on, l'acteur Christophe Lambert pourrait être un des premiers acheteurs et peut-être même Bill Gates, qui fait bien des voyages discrets à Tahiti. D'ailleurs, la piste d'aviation de l'atoll vient d'être rallongée, bitumée et déclarée ouverte aux ATR42.

 

 

Et que dire de cette grande messe flossienne du 6 mai au Palais présidentiel, transmise en direct sur TNTV : 4000 invités assis sur 4000 chaises oranges marquées "GIP" sous un immense chapiteau, avec de grandioses buffets (mais qui paye donc tout ça ?),. Une "soirée électorale" qui se révéla être en réalité la soirée de célébration du flossisme triomphant à son apogée. Oui, c'est bien entre le15 avril et le 6 mai qu'on a compris la vraie raison pour laquelle Président a créé sa propre chaîne de télévision. Admirons quand même le planning à long terme et les (nos) moyens impressionnants mis en œuvre.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 122, juin 2001

 Fâché

Lors de son discours présentant son programme de gouvernement à l'assemblée territoriale le 18 mai, Gaston Flosse attaqua encore une fois le tribunal administratif : « Là même où notre statut nous donne pleine compétence, des fonctionnaires de l'Etat, en parfaite harmonie avec le Tribunal administratif, s'emploient quotidiennement à vider notre autonomie de toute substance (…) La moindre imprécision juridique est immédiatement exploitée dans le sens d'une reprise des compétences par l'Etat. Songez qu'on nous conteste même le droit de faire exercer le gardiennage du domaine public du Territoire par un service public du Territoire (…) Un contrôle tatillon, soupçonneux, malveillant bafoue chaque jour l'esprit même de l'autonomie. voulue par le législateur ». Un "service public du Territoire" ? Il s'agit bien sûr du G.I.P. (groupement d'intervention de la Polynésie, milice créée par le président Flosse et placée sous son contrôle direct). M. Flosse était furieux contre les trois ordonnances du 4 mai du tribunal administratif, émises à la demande du haut-commissaire, qui ont suspendu une délibération de l'assemblée et un arrêté du conseil des ministres octroyant au G.I.P une mission de surveillance et le droit de dresser des procès verbaux. Le tribunal a considéré que l'on entendait là confier « subrepticement » (à la dérobée) des pouvoirs de police au G.I.P. Il s'agit présentement du seul contentieux sérieux entre M. Flosse et l'Etat ; on est donc bien loin de « bafouer l'esprit même de l'autonomie ».

 

 

Jeudi 28 juin

Arrivée à Papeete du "Tahiti Nui", navire amiral médicalisé des GIP, construit en Chine, long de 70 M et qui représente un investissement de plus de 1,2 milliards Fcfp.

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 123, juillet 2001

 Le yacht présidentiel est arrivé

Arrivée d'abord à Raiatea (escale à Tupai ?) puis à Papeete le 28 juin, veille de la fête de l'autonomie, du navire Tahiti Nui. Long de 70 mètres et capable de transporter 1 000 tonnes de fret et 200 passagers dont 56 en cabine, est le nouveau navire-amiral de la flotte territoriale du GIP (Groupement d'Intervention de la Polynésie), service territorial chargé, entre autres missions publiques, d'intervenir à Tahiti et dans les îles après des catastrophes. Ce GIP regroupe aujourd'hui 680 personnes, selon les déclarations de Léonard Puputauki, dit "Rere", responsable du GIP devant le président.

Commandé en Chine après que le président Flosse ait survécu un terrible voyage de Tubuaià Rapa à bord de la barge Aratai, le Tahiti Nui est annoncé être destiné à transporter du matériel lourd et des équipes complètes de secours sur n'importe quelle île ou atoll touchée par un sinistre. Mais il transportera aussi le Président pour lequel une « suite présidentielle » avec jacuzzi (!) a spécialement été aménagée avec un « salon des ministres » luxueusement meublé. La petite antenne médicale à bord du navire avec deux cabinets dentaires permet d'assurer des missions sanitaires dans les archipels polynésiens et, annonce la Présidence, « même dans les micro-états insulaires du Pacifique sud », donc aussi un beau navire de représentation pour la marche duquel un équipage de 35 hommes (!) est nécessaire. Le cargo-hôpital-yacht Tahiti Nui, avec ses équipements, a au Territoire coûté 8 millions de dollars, soit 1,04 milliards Fcfp (56MFF) au cours du dollar de la fin juin.

 

 

Procès à gogo

Deux plaintes ont été déposées contre le directeur du G.I.P. (Groupement d'Intervention de la Polynésie), la troupe de "légionnaires" qui dépend directement du président Flosse. L'une émane de la conseillère Tavini (indépendantiste) Tina Cross, aussi présidente de l'association Temuriahoe, qui avait été interdite par des "gros bras" du G.I.P. de visiter la maison d'une résidente du complexe de l'ancien hôpital Jean Prince à Pirae, alors que plus de 160 personnes se faisaient expulser. L'autre plainte a été déposée par Marc Tarrats, journaliste aux Nouvelles de Tahiti, lequel a été insulté avec des propos racistes et interdit de prendre des photos depuis une route publique par d'autres "gros bras" du G.I.P. Il sera intéressant de suivre la suite de ces procédures judiciaires, d'analyser les réactions du parquet, de l'Etat comme du Territoire afin de clarifier la situation de ce G.I.P. qui a déjà passionné dans le passé le tribunal administratif. On s'étonne d'ailleurs des récents "dérapages" supposés de cette "milice", puisque le colonel Lionel Chesneau, ancien du G.I.G.N. responsable de la sécurité rapprochée du président Flosse, a depuis quatre mois été détaché auprès du G.I.P. justement pour encadrer et entraîner cette unité (forte de 680 personnes le 28 juin) à opérer dans le cadre des lois républicaines. Peut-être est-ce parce qu'il n'a eu que le temps de former les G.I.P. gardant les places To'ata, Vaiete et la gare maritime de Uturoa.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 124, août 2001

 Le Heiva (Tiurai) assassiné ?

Pour la seconde année consécutive, le Heiva se déroula à la nouvelle place To'ata, le complexe "culturel" voulu et construit par Gaston Flosse. Franchement dit, ce fut un "bide" total et les nombreux groupes de chants et de danses qui se préparèrent longtemps pour présenter des spectacles de qualité jouèrent pour la plupart face à des tribunes presque vides.

L'explication de ce désastre, car cela en est un, est assez simple : à vouloir trop réguler, à vouloir trop diriger, trop synthétiser, trop faire "moderne", on a volé au peuple son Tiurai, son Heiva. Hélas, notre éditorial du mois dernier était prophétique.

Le fiasco est surtout de la responsabilité de la place To'ata elle-même, laquelle a été pensée pour des concerts de Rock, pour la "frime", mais pas pour un Tiurai : trop grande (« il faut des jumelles »), trop impersonnelle et trop « froide » car la surface est en béton et parce que les spectateurs sont trop éloignés. Il n'y a plus de contact entre le public et les groupes de danse.

Trop de "police" aussi, trop "d'encadrement" qui mettent les spectateurs mal à l'aise : « Tout ça ressemble maintenant à un concert de musique classique ! On n'a plus le droit de bouger et dès qu'on se promène un peu, soit les hôtesses de la Présidence, soit les G.I.P. vous donnent l'ordre de vous rasseoir ! C'est rude et tellement peu polynésien ! » commente un spectateur, alors qu'un autre raconte que lorsque, pour se détendre, il posa ses pieds sur les sièges vides devant lui, les hôtesses accoururent de suite pour lui dire que c'était interdit : « On aurait dit que la Marquise de Sevigné, la dame des bonnes manières à la Cour de Versailles, était en charge ».

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 125, septembre 2001

Tupai "de Luxe"

Dès que les résultats des élections territoriales ont été connus à Uturoa, l'équipe de construction du G.I.P. (Groupement d'intervention de Polynésie, les "légionnaires" de Président) disparut de cette île. On découvrit bientôt qu'elle était sur l'atoll (territorial) de Tupai, devenue résidence privée et interdite du président Flosse et de ses hôtes. Qui s'approche « à moins de 100 mètres du récif est agressé verbalement par les G.I.P. » se lamentent des habitants de Bora Bora, alors que 50 "bâtisseurs" G.I.P. ainsi que des techniciens spécialisés de Tahiti construisent deux luxueux bungalows de 70 m2 sur pilotis sur le lagon, ainsi qu'un complexe en forme de banane avec huit chambres luxueuses. A leurs côtés, se monte un grand fare potee pouvant accueillir 150 personnes, toujours dans le grand luxe. Tout ce beau monde sera bien nourri grâce à une superbe cuisine tout inox, tout carrelé avec l'équipement le plus moderne. Le village de rêve de Président devrait être terminé fin octobre. Sur quel budget sont prélevées ces dépenses  considérables ???

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 125, septembre 2001

 Le cher "G.I.P. Business"

Le Groupement d'Intervention de la Polynésie (G.I.P.), fut créé avec la mission « de porter secours à des populations menacées ou atteintes par des événements » mais aussi « d'assurer les transports maritimes nécessaires à la satisfaction des besoins des services et établissements publics ; de personnes morales de droit public ou privé » et encore « de prêter le renfort de ses moyens en hommes, matériels et fournitures à tout service et établissement public » et enfin et surtout, il « peut assurer le gardiennage de chantiers ou de certaines installations publiques, ainsi que la gardiennage et l'exploitation de domaines territoriaux. ».

Tout le monde avait alors compris que le G.I.P. était là pour aider la population, mais il se dévoile que cette troupe de « légionnaires » du président commence à être omniprésente dans l'économie du privé : location d'engins de construction, exploitation de parkings publics et de «L'Olympia» tahitien, l'ère de spectacles de To'ata. Or voici maintenant le G.I.P. devenu armateur avec le yacht-cargo Tahiti-Nui offert à la location pour 2,5 millions Fcfp (137KFF) par jour (réduction possible de 10 à 50% pour certains).

Car les prestations du G.I.P. sont chères et les parking ou la place To'ata, souvent vides, en témoignent constamment. Pour parader son beau yacht face aux populations des Australes, le président Flosse exprima « le souhait personnel » de l'utiliser pour faire du ramassage scolaire jusqu'à Rapa. Ceci fit que le territoire dut payer trois fois :

- d'abord il fallut payer le Tahiti Nui,

- ensuite, comme son coût est plus élevé que l'habituel Tuhaa Pae II, il fallut accorder une subvention au G.I.P.

-Enfin, comme un contrat avait été signé avec l'armateur du Tuhaa Pae II, il fallut l'indemniser pour rupture de convention.

Le Tahiti Nui coûte donc très cher aux contribuables et la société Tuhaa Pae, qui paye impôts et patente, a perdu une partie de son marché à une "entreprise" financée par ces mêmes impôts.

Allons-nous vers une "nationalisation" de l'économie de Tahiti ?

A.d.P.

 

 

Samedi 22 septembre 2001

Patrice LEOU, âgée 28 ans, frappé à mort par un G.I.P., décède dans un fourgon de police.

 

 

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 127, novembre 2001

 "AITO ROCK LIVE", enfin la reconnaissance

L'émission fut enregistrée sur deux journées, les morceaux gravés sur support informatique pour avoir un enregistrement audio quasi parfait. Une équipe du G.I.P. fut mobilisée pour équiper et décorer le studio de l'ICA afin de lui donner un aspect de vieux garage, "spot" mythique de répétition des groupes de rock. L'émission fut diffusée en décembre 2000 lors des programmes de fin d'année.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 127, novembre 2001

Sévère rapport de la Fédération des Droits de l'Homme

La création d'un Groupement d'Intervention de Polynésie illustre assez bien cette sorte de dérive. Créé à l'initiative du Président du gouvernement de la Polynésie française, responsable devant lui et ayant les tâches les plus diverses (du gardiennage à la construction), le G.I.P. a déclenché une polémique et a contraint le haut-commissaire à intervenir pour réduire les fonctions que M Gaston FLOSSE entendait lui confier, notamment en matière de sécurité publique. Certains ont pu craindre que le Président du gouvernement de la Polynésie française crée ainsi une véritable garde prétorienne à son seul service. Dans ce contexte, les tribunaux (des deux ordres) deviennent, de fait, des contre-pouvoirs et chacune de leur décision prenne alors un sens politique qu'utilise tel ou tel camp.(…)

 

 

Lundi 12 novembre 2001

Inauguration du nouveau quai du G.I.P. à Motu Uta. Il a coûté 363 millions Fcfp.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 128, décembre 2001

 Le lotissement pour milliardaires de Tupuai prend-il forme ?

Au fil du temps, des célébrités, hommes d'affaires, acteurs de cinéma ou autres passent par Tahiti pour découvrir le charme de nos îles. On se souvient de Bill Gates, qui ne quittait jamais le super yacht "Napuka" qu'il avait loué, d'un des (nombreux) princes héritiers d'Arabie saoudite, ou de Thierry Lhermitte dont le film "Le Prince du Pacifique" vient de profiter, a posteriori, d'une autre subvention présidentielle : les 16 millions de cotisations C.P.S. qu'il n'avait pas payées.

Christophe Lambert, lui, était enthousiaste, mais jusqu'à présent aucun de ses projets (on parle d'une usine de farine de poisson dans la baie de Phaeton) n'a encore vu le jour. Mais on dit que cela se ferait, même avec des capitaux italiens.

Dernière riche célébrité à visiter Tahiti fut Jim Carrey, acteur canadien en vogue ("The Mask"). Arrivé dans son jet personnel, il fut accueilli avec le rituel devenu depuis deux ans habituel : par Président en personne, puis pris en main par un notaire de la place entouré d'hôtesses pour être conduit illico admirer l'atoll de Tupai, si bien gardé par le G.I.P. Serait-ce pour lui vendre un espace dans le lotissement réservé aux milliardaires que Président veut créer ?

Atoll où ce même G.I.P. est en train de percer une passe dans la barrière de récif (sans permis ?). "C'est pour leur cargo-yacht, le Tahiti Nui", me direz-vous. Oui, sûrement, mais lorsqu'on apprend par des indiscrétions des USA que Bill Gates, aficionado de nos îles, se fait présentement construire un super yacht de luxe dans un chantier de l'Etat de Washington, on serait tenté d'en déduire que cette passe pourrait aussi servir pour ce bateau-là. D'autant plus que certains observateurs américains spéculent sur la possibilité que le créateur de Microsoft pourrait utiliser ce navire, qui sera suréquipé en moyens de communications ultra-sophistiqués, pour gérer son empire depuis n'importe où dans le monde.

Alors, pourquoi pas depuis Tupai, atoll si bien protégé ?

A.d.P.

 

 

"Concurrence déloyale"

63 entreprises du bâtiment (BTP) ont signé une pétition pour dénoncer la "concurrence déloyale" du G.I.P. en matière de travaux publics et location d'engins. Réponse du président Flosse : « Le G.I.P. est moins cher ! »

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 129, janvier 2002

Oh mon image !

Ce sont 116 nouveaux postes qui ont été créés à la Présidence de Tahiti pour 2002, dont 93 postes de G.I.P. (groupement d'intervention de la Polynésie).

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 130, février 2002

Quel "système" met-on en place à Tahiti ?

La création du Groupe d'intervention de la Polynésie (G.I.P.) et de son vaste parc de matériel lourd, lequel détient d'ailleurs une sorte de monopole pour la construction de pistes d'aérodromes dans les îles, ont introduit là encore un nouvel "acteur" sur le marché des grands travaux.

L'OPT, s'est bien sûr assuré le monopole de la connection Internet et des téléphones mobiles à travers ses filiales Mana et Vini et devint tout bonnement commerçant sur le marché du matériel électronique et bureautique grâce à son autre filiale ISS, créé par le rachat au "prix fort", avec des fonds publics, de deux entreprises privées en déconfiture.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 130, février 2002

Sectarisme

Le navire "administratif" du G.I.P., le Tahiti Nui, toujours chargé du ramassage scolaire aux Australes malgré le prix élevé de ses prestations, a embarqué lors de sa tournée début janvier, une délégation du gouvernement, Président en tête, pour une mission "de terrain" que certains considèrent plutôt électorale. Etaient aussi à bord plusieurs spécialistes de la santé publique, en mission d'assistance aux populations isolées de ces îles. Le dentiste pressenti, fonctionnaire territorial de grande expérience, réputé intègre et très bien noté, a été interdit de mission sur le simple prétexte qu'il est "politiquement incorrect" ! En effet, sa "tare" est d'être aussi conseiller municipal de Arue, hélas pour le Tahoera'a, une commune d'opposition… Après enquête, il s'avère que la Présidence n'y serait pour rien : ce serait un membre du cabinet ministériel ou de la direction de la Santé, courtisan zélé mais craintif, qui aurait eu peur qu'on lui fasse reproche en haut lieu d'avoir embarqué un "dissident", un "ennemi" qui pourrait peut-être par la suite raconter la réalité politique d'une telle "mission" financée avec les deniers publics.

 

 

Mardi 8 janvier

- Le navire du GIP, le Tahiti Nui quitte Papeete pour l'opération de ramassage scolaire de 330 élèves des îles Australes. Des médecins et des politiciens en campagne sont du voyage.

 

 

Mardi 19 février

Le tribunal correctionnel de Papeete prononce la relaxe de Léonard Colombel PUPUTAUKI, dit « Rere », responsable du G.I.P.

 

 

« Ne venez pas ! »

Comment expliquer le désintérêt croissant pour la destination Tahiti ? Peut-être pourrait-on trouver une partie de l'explication dans l'expérience que vient de vivre le directeur d'une agence de voyage de Los Angeles spécialisée dans nos îles (l'agence "Tahiti Legends" pour ne pas la nommer) et qu'il raconte à qui veut l'entendre tant il a été surpris. En visite à Bora Bora début février pour faire son habituelle tournée des hôtels dans lesquels il envoie ses clients, ce professionnel fut désolé de constater que (malgré un nettoyage massif par les G.I.P. et une taxe de séjour, annoncée « pour le nettoyage » et collectée depuis deux ans ) l'île était très, très sale. Il partit donc en faire la remarque au maire de l'île, Gaston Tong-Sang. Réponse de celui-ci : « Si ça ne vous plaît pas, vous n'avez qu'à pas venir ! » Plutôt étonnant de la part du magistrat d'une île qui ne vit que du tourisme.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 131, mars 2002

 Mission "humanitaire" aux Tonga

 Le 6 février, le président Gaston Flosse, accompagné de la bonne presse, se déplaçait personnellement sur l'île de Vava'u, dans le nord de Tonga, qui a durement été touchée par le cyclone Waka. Il a ainsi pu mesurer l'ampleur du travail qui attend les 90 hommes du G.I.P. (groupement d`intervention de la Polynésie) envoyés sur place à bord du navire territorial « Tahiti Nui », pour réparer certains des dégâts. Ces hommes sont appelés à rester sur l`île pour une période « d'au moins six mois (…) Dans certains cas, il faudra reconstruire entièrement des établissements scolaires », a déclaré M. Flosse. Interrogé sur les motivations de l`opération de 100 millions Fcfp, il a rappelé les liens d`amitié qu'il entretient depuis de longues années avec le roi de Tonga, Tupou IV, « Nous avons une dette envers Tonga., En 1986, lorsque j'étais secrétaire d'Etat chargé du Pacifique [sud], le dossier des essais nucléaires était difficile (…) Il a accepté de visiter Moruroa (…) C'est un énorme service que le roi a rendu à la France. Aujourd'hui, c'est la Polynésie qui lui rend service, alors que la France aurait dû le faire » (sic !).

 

 

Note : Il faut noter que depuis le 8 février 2002, Messieurs Jean-Jacques DELARCE, inspecteur général de l'administration de la P.F. et Léonard PUPUTAUKI, chef du G.I.P., ont disparus de la liste alors qu'ils y figuraient encore en février 2002 et qu'ils sont toujours dans leur fonction. Pourquoi ? Encore, on note la disparition de la liste du colonel Lionel CHESNEAU, chef de la "sécurité rapprochée", pourtant présent depuis des années sur cette liste et qui en a été rayé voici environ 9 mois.

 

 

Lundi 25 mars 2002

Gaston FLOSSE au Tonga pour assister à l'inauguration de la première école entièrement

 

 

Mercredi 15 mai 2002

- Le tribunal administratif interdit de gardiennage le GIP.reconstruite par le GIP.

 

 

Vendredi 17 mai 2002

Gaston FLOSSE interpelle le haut-commissaire sur la sécurité des places Vaiete et To'ata, après le jugement du tribunal administratif déniant au G.I.P. le gardiennage de ces espaces publics.

 

 

"Camp de travail" aux Tonga ?

Nous avons reçu un courrier des Tonga qui explique les conditions de travail du G.I.P. là-bas. En voici la traduction : « Alors que j'étais à Vava'u, j'ai observé les travailleurs tahitiens œuvrer du lever au coucher du soleil. Ils font un travail fantastique. Il paraît que certains sont d'anciens prisonniers et c'est pour cela qu'ils ont un couvre-feu, qu'ils n'ont pas la permission de fréquenter les autochtones ; lorsque le travail est terminé, c'est le dîner et le retour sur leurs bateaux au quai. Parfois on entend de magnifiques chants provenant de chez eux. Ils ont fait et font toujours un admirable travail de reconstruction des écoles de Vava'u. Merci Tahiti ! ».

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 134, juin 2002

 Tragédie aux Tuamotu

Les jours suivants, les recherches continuèrent entre les atolls de Kaukura et Makemo. En plus des avions, deux navires de la Marine nationale et deux bâtiments du Territoire participèrent. Le signal faible et intermittent d'une balise détecté la veille ne fut jamais été repéré avec précision. Le gouvernement de Polynésie française annonça qu'il envoyait dans cette zone des Tuamotu un nouveau navire et 20 hommes du G.I.P. (Groupement d'Intervention de la Polynésie).

 

 

Lundi 3 juin 2002

Fermeture du parking de Vaiete dit « parking G.I.P. ».

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 135, juillet 2002

Fédération « désobéissante »

Ça chauffe à la Fédération de tennis de table de P.F. Comme celle-ci continue de refuser d'élire à sa tête un président choisi par le pouvoir (lequel aurait, dans le passé, eu quelques ennuis pour une gestion plutôt douteuse), le ministre des Sports est allé personnellement au stade Pater avec le G.I.P. pour faire changer les serrures des locaux de cette fédération.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 135, juillet 2002

 Douche froide à Paris, puis quelques promesses

Gaston Flosse profita de l'occasion pour demander plus de policiers et étendre les pouvoirs des polices municipales et d'invoquer le problème de son G.I.P. "castré" par le tribunal administratif. Là encore, Sarkozy aurait laconiquement répondu « être au courant » et avoir « trouvé la chose ridicule ».

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 136, août 2002

Ça continue aux Tonga

Le 29 juillet, après un mois de repos, une cinquantaine de travailleurs du G.I.P.sont retournés sur l'île de Vava'u au royaume des Tonga afin d'entreprendre la prochaine phase de reconstruction des dégâts du cyclone Waka. C'est le navire Meherio III qui a apporté une vaste cargaison de bois de construction et un vol charter ATR 42 d'Air Tahiti qui a acheminé les « légionnaires » qui n'avaient pu trouver place à bord du navire. On aimerait bien, à terme, connaître le coût total de cette opération.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 137, septembre 2002

Capitaine fatigué ?

Le 15 août, à cinq heures du matin, lors du retour du voyage d'assistance pour le Dory, voyage avorté car les naufragés avaient été recueillis par un autre navire, le Tahiti Nui du G.I.P. a furieusement tapé le quai à Papeete. On pouvait voir un gros trou dans la proue qu'il fallut par la suite réparer. Le plus étonnant est que, bien que le Tahiti Nui transportait des journalistes invités par la Présidence, rien sur cet incident n'a été publié.

 

 

Problèmes au nouvel hôpital

Alors que le gouvernement avait déclaré au début du mois que « le chantier de l'hôpital continuera » et qu'il n'y aura « aucun licenciement » pour les employés du chantier, ce n'était pas la vision du groupement d'entreprises conduit par Bouygues Bâtiment qui a signé un contrat de "18 milliards CFP" (151 millions °Ë) pour construire les bâtiments. Mais, commel'affirme Bouygues, les plans ne seraient pas prêts pour poursuivre normalement les travaux, d'où un ralentissement du chantier qui impose le licenciement de 140 ouvriers sur les 340 en activité. C'est alors que les syndicats s'en mêlèrent et le 22 octobre ils se mirent en grève. Les ouvriers ont défilé de Pirae au Palais présidentiel où le vice-président Édouard Fritch leur a confirmé par écrit la promesse du Territoire d'embaucher dans les services de l'administration publique (le G.I.P.) les ouvriers qui resteraient sans emploi si le tribunal jugeait les procédures de licenciement légales. Gaston Flosse, à Paris, rencontrait Martin Bouygues pour tenter de régler le problème, alors que les ouvriers à Pirae avaient bloqué le chantier, enfermant une cinquantaine de cadres. Flosse revint de Paris sans accord avec Bouygues, qui menace de se retirer du chantier s'il n'obtient pas 7 milliards Fcfp additionnels. Une affaire qui se poursuivra en novembre.

 

 

Dimanche 15 septembre

Gaston FLOSSE se rend aux Tonga afin d'inaugurer les écoles reconstruites par le GIP.

 

 

GIP : Travail terminé aux Tonga

Le 16 septembre, le président Flosse se rendit aux îles Tonga pour inaugurer avec le roi Tupou IV les cinq écoles que le GIP (Groupement d'intervention de la Présidence) reconstruisait depuis février.

Etrangement, la presse et les sites Internet des îles Tonga ont été bien silencieux au sujet de cette aide, tout comme sur la visite officielle de la princesse Salote Pilulevu à Tahiti en juillet dernier.

 

 

Appel d'offres bidon ?

Le 16 octobre, lors de son retour de Chine, le président Flosse déclarait : «J'ai visité le chantier naval de Fuzhou (…) deux bateaux de débarquement sont actuellement en construction à Fuzhou. Ils remplaceront les Meherio 2 et 3, vétustes, qui devront être bientôt coulés. ». Il est donc plus qu'étonnant de lire dans l'hebdomadaire Le Marin du 8 novembre 2002 un avis d'appel d'offres international lancé par le G.I.P. relatif à la fourniture de deux navires de 43 mètres de longueur « de type LCT de débarquement à rampe…conçu pour le transport d'engins de travaux publics (…) et pour le débarquement dans les îles de la Polynésie française » avec « date limite de remise des offres est fixée au lundi 09 décembre 2002 à 11 heures. L. Puputauki. » Ceci ressemblerait-il fortement à un appel d'offre "bidon" ? Pauvres chantiers qui vont se décarcasser pour soumettre une offre, alors que le marché serait déjà bouclé. L'Etat, qui paye pour ces bateaux, verra-t-il quelque chose de « bizarre ? »

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 141, janvier 2003

Ô Fakarava, nouvel amour de Président

Comme Fakarava remplit tous ces critères et, qu'en plus, l'atoll a un maire Tahoera'a (RPR, comme toutes les communes des Tuamotu-Gambier), Président décida de s'y "intéresser". Il y fit pas moins de trois visites en un mois puis, un beau matin de la mi-janvier, 50 G.I.P. débarquèrent des trois Meherio avec bulldozers et une montagne d'équipement. Officiellement, on expliqua à la population tout étonnée par cette invasion que ceci est pour « faire la route » entre l'aérodrome et le village de Rotoava, mais aussi du village jusqu'à la ferme perlière de Robert Wan distante de quelques 30 kilomètres, tout comme l'électricité. C'est dans cet endroit de l'île que sera construit un parcours de golf !

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 141, janvier 2003

 Confidences

Les cadeaux de Noël de Président.

On savait que le président Flosse s'était fait offrir pour Noël un avion ATR 42-500 avec nos impôts, mais on ignorait qu'il nous avait aussi laissé lui payer, fin novembre, une superbe limousine noire Mercedes Classe S avec intérieur cuir (prix de base en France : 12 millions Fcfp, plus les « aménagements ») pour se promener à Paris et en France. Et ce luxurieux carrosse ne peut-être utilisé que par Président ou son gendre, le vice-président, les ministres et députés étant priés de continuer à utiliser la vieille limousine Renault. Autre cadeau, offert par le G.I.P. cette fois-ci : une grande tortue en pierre sculptée qui pèserait plus de 200 kilos.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 141, janvier 2003

 L'incendie du Windsong, une perte totale

 

Selon plusieurs témoignages, le président Flosse accompagné de trois de ses ministres arriva à la base marine pour visiter le bateau condamné, puis envoya trois camions du G.I.P. charger vaisselles, télévisions, CDs, la cloche et la roue du navire et bien d'autrse choses de valeur à bord du luxurieux bateau. Le gardien de la base retiendra un des camions et le fera décharger. Selon d'autres indiscrétions, on tenterait de monter une « association caritative » pour expliquer ce pillage. Par la suite, cette « affaire » fut réglée avec les responsables de Windstar Cruises lors d'un dîner et, apparemment en contrepartie, le président Flosse fit pondre deux arrêtés permettant l'immersion de navires dans les eaux territoriales grâce à « des autorisations d'immersion qui ne pourront être délivrées que par le président du gouvernement de Polynésie française en personne. » Le président Flosse prend ainsi même le contrôle de l'océan.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 143, mars 2003

 « Insécurité » à Tahiti, insécurité à Paris

Le président Flosse aime se sentir protégé, et depuis peu, il réclame continuellement plus de policiers, plus de gendarmes et plus de pouvoirs pour les G.I.P. (Groupement d'Intervention de la Polynésie), sa milice de légionnaires à tout faire. Voyez vous-même : le 5 décembre 2001, à Paris, lors de la discussion sur le budget de l'Outre-mer au Sénat, notre sénateur-président a sévèrement jugé l'action de l'Etat et du secrétaire d'Etat Christian Paul, critiquant une politique de pingrerie qui aurait engendré « l'insécurité » à Tahiti. Ça, c'était avec les socialistes et on comprend le jeu politique. Mais "Président"continua par la suite à réclamer plus de forces et de pouvoirs avec ses copains du RPR : le 14 juin 2002, il se plaignait devant Sarkozy qu'il « n'y a pratiquement aucun policier dans la ville de Papeete. A la tombée de la nuit, il y en a quelques uns, mais de plus en plus rarement. Il faut donc renforcer l'effectif de la police. J'ai dit au ministre que nous sommes également tout à fait disposés à l'aider dans ce domaine » faisant, bien sûr, référence à l'interdiction faite par le Tribunal administratif de Papeete au G.I.P. de jouer au policier, une interdiction que le ministre de l'Intérieur aurait, selon M. Flosse, trouvé « ridicule ». Mais Nicolas Sarkozy avait alors aussi promis « qu'il viendrait en Polynésie avant la fin de l'année (2002) ». Promesses de ministre…

Le 29 novembre 2002, Flosse relançait Sarkozy pour lui signaler « l'urgence de la situation » et lui demander d'augmenter sensiblement les effectifs des forces de sécurité, « largement insuffisantes à ce jour pour faire face à la hausse de la violence. » Et le 19 décembre, un second escadron de la gendarmerie mobile arrivait sur le territoire. Quoi ? Mais attendez, on est à Tahiti, « havre de paix, d'harmonie et de beauté » selon les dépliants touristiques. A entendre "Président", Tahiti serait affligée par une grave « hausse de la violence », une « situation urgente » et celui qui ne connaît pas pourrait croire que c'est les Minguettes ou la Guadeloupe. Quelle publicité pour nos îles !

Hélas, il y a un (petit) peu de vrai dans les inquiétudes du président Flosse. Ce qui donne l'occasion de se demander « que se passe-t-il donc dans nos îles », celles-là même où, il y a dix ans encore, la majorité des maisons n'avait pratiquement pas de serrures sauf dans la zone urbaine du « Grand Papeete », ce chantre de « civilisation » occidentale de notre Territoire. Rares étaient les délits graves et ce n'est qu'en 1997 que la population de Tahiti fut toute étonnée par le premier « braquage » (avec un pistolet à eau et une Vespa !) d'une agence bancaire. Il y a eu un autre depuis, l'année dernière à Papara, toujours sans violence ni blessé.

 

 

Lundi 17 mars 2003

- Cyclone Erica en Nouvelle-Calédonie : la Polynésie française propose son aide et ses G.I.P. La Nouvelle-Calédonie refuse

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 145, mai 2003

 Courrier de Fakarava

Tout est caché ou n'est que mensonges. Un exemple parmi d'autres : d'après le chef des G.I.P., deux maisons MTR devaient être montées sur la terre Makarea pour loger les hommes du GIP de façon décente. Aujourd'hui, il y a plus de deux maisons et elles ne sont certainement pas pour les G.I.P. (sanitaires avec robinetteries en or). Honteux. Oui, Fakarava est en détresse.

 

 

"Fakarava story" suite

Ainsi ce serait le champion australien de golf Greg Norman, qui était passé à Tahiti en mars à Tahiti sur son super yacht de luxe, qui dessinera les plans du parcours de golf de l'hôtel Fakarava Dream dont le terrain de 20 hectares a été préparé par le G.I.P. La Présidence avait fourni un avion charter spécial pour M. Norman afin qu'il puisse visiter l'atoll de Fakarava et inspecter le site. En outre, la piste d'aviation de l'atoll, actuellement en prolongation à 1400 mètres, devrait à la demande du Palais présidentiel être rallongée à 1800 mètres (vers la passe), ce qui lui permettra d'accueillir de gros jets privés. Ensuite, Monseigneur Coppenrath a visité pendant trois jours l'atoll en compagnie de la commission "Justice et Paix" (les frères Joël Aumeran, Maxime et Dominique Soupé) afin de mieux "comprendre" le conflit entre la Présidence et le père Patrick. Du côté de la terre « présumée domaine territorial » Makarea, le G.I.P. a terminé la construction d'un sublime bungalow de 320 m2, destiné à accueillir Jacques Chirac pendant quelques heures. On ne sait pas si cet immense bâtiment est situé sur la terre « présumée territoriale » ou sur le terrain adjacent de 7000 m2 qui est la propriété de la famille Flosse. On se souvient qu'en 1985, c'était le service de l'Equipement des I.s.l.V. qui avait effectué de grands travaux de terrassements et édifié une fastueuse demeure sur le terrain de M. Flosse à Parea sur l'île de Huahine. Comme celle-ci avait été utilisée (pendant 24 heures) par le secrétaire d'Etat Bernard Pons, la justice (à Paris) avait par la suite jugé que cette utilisation des fonds publics était « justifiée ».

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 146, juin 2003

 Vers l'Etat socialiste de Gaston Flosse ?

Dans un autre secteur, le fameux G.I.P. (Groupement d'Intervention de la Polynésie), la « légion » du président Flosse, forte de 690 hommes sous ses ordres directs, est devenu la première entreprise de terrassement du territoire, mais aussi de gardiennage. Doté d'impressionnants et puissants matériels de chantier (achetés avec des fonds publics) qu'il a le droit de louer, le GIP est devenu un redoutable concurrent pour les entreprises privées du génie-civil. En plus, grâce à sa flotte croissante de navires de transport, le G.I.P. est désormais le premier armateur de Polynésie française.

 

 

Rapport Wolton

D'ailleurs il a le soutien de la classe moyenne et par l'instauration du G.I.P., il donne du travail à tous, permettant d'éviter d'enfoncer dans l'oisiveté les milieux populaires confrontés au chômage.

 

 

Caractéristiques de la communication politique

Elle est marquée par de forts affrontements qui ne sont pas toujours liés à des antagonismes idéologiques. 281 listes étaient en concurrence aux municipales de 2001. Le rapport à l'indépendance est apparemment le critère de passage, mais dans la réalité cette dichotomie commode en cache d'autres qui émergent plus difficilement. La vie politique est verbalement violente de la part de la majorité, au nom de l'autonomie, contre l'Etat, avec de très nombreux sujets d'affrontement (G.I.P. ; hôpital ; RFO...). Les indépendantistes apparaissent même beaucoup plus modérés dans leurs propos. Il y a, par contre, très peu de violence physique.

. Il faut parler des rapports entre indépendance et autonomie ; du rapport à la France et l'Europe ; des contradictions du Pacifique au-delà d'une référence culturelle commune du modèle économique ; de l'identité plurielle du racisme ; des religions ; du devenir de la famille élargie ; de la ville ; du déséquilibre entre les archipels ; des dangers de la logique de communication ; de l'économie d'assistance ; de la fonction publique ; de la redistribution des inégalités ; de l'affairisme ; des effets de l'arrivée massive de beaucoup d'argent depuis 10 ans ; du tourisme et des ambiguïtés ; du G.I.P. ; de l'alcoolisme...

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 149, septembre 2003

 AIE! J'AI MAL A MON ARBRE

Il fallait s'y attendre après avoir vu défiler quelques costauds du G.I.P., la tronçonneuse sur l'épaule tels les Légionnaires avec leurs haches, les arbres allaient devoir pleurer.

 

 

Mercredi 13 août 2003

- Le GIP devient un EPIC (établissement public industriel et commercial).

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 150, octobre 2003

Branché luxe

Le palais présidentiel a acheté deux combinés portable de communication par satellite « Iridium » (coût : 860 000 Fcfp chaque) pour le G.I.P. C'est nous contribuables qui paieront les communications (environ 300 Fcfp la minute). L'Etat, de son côté, a équipé les communes de Nuku Hiva, Ua Pou et Hiva Oa de tels téléphones pour les urgences.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 150, octobre 2003

 Tragédie aux Australes

Naufrage d'un navire du G.I.P. : 7 morts

 

Le mardi 2 septembre, à 1 h 20 du matin, le poste central du GIP à Fare Ute recevait un appel de détresse du capitaine en second du Tahiti Nui IV, ex Meherio II, une grande barge de débarquement, de type LCT (Landing Craft Tank). Le message faisait état d'une importante voie d'eau à l'avant. A 3 heures du matin, le COT (centre opérationnel du Taaone), en charge des secours en mer en Polynésie française, reçut un appel des États-Unis, indiquant que le signal de détresse de la balise de bord du Tahiti Nui IV avait été détectée à 1h24, soit quatre minutes après l'appel de détresse du capitaine en second.

Un Falcon Gardian de la flottille 25 F décolla avant l'aube pour se rendre sur zone, à environ 40 milles nautiques au Nord-Est de Rimatara. Le Tahiti Nui I, navire amiral de la flottille du GIP, appareilla pour sa part à 3h30 pour être sur zone 24 heures plus tard.

Le navire transportait 12 marins du GIP plus 9 employés de la société de terrassement Le Caill, dont le patron lui-même, Albert Le Caill. Le Tahiti Nui IV avait à son bord 190 tonnes d'engins lourds destinés au chantier de l'aérodrome de Rimatara, alors que la « capacité maximale d'emport du bateau est de 220 tonnes » déclara ce jour-là le vice-président Edouard Fritch.

 Le Tahiti Nui IV, la coque retournée, fut aperçu aux environs de 8 heures par le Gardian. Un hélicoptère Super Puma de l'armée de l'air, arriva sur place aux alentours de 10h30 et hélitreuilla d'abord un naufragé isolé à la dérive, puis huit personnes se trouvant à bord d'un canot de sauvetage pour les emmener à Rurutu. En fin de matinée et en début d'après-midi, six autres personnes supplémentaires ont pu être secourues. Albert Le Caill faisait partie des neuf rescapés. Le météo sur zone était « moyenne », déclara le haut-commissaire Michel Mathieu.

 

Sept morts

 

On apprit alors que le bateau s'était retourné à 7h35 et avait définitivement coulé à 9h04 par 4500 mètres. Sept personnes manquaient à l'appel, mais on ne retrouva que trois corps, dont celui du capitaine Victor Lenoir.

Albert Le Caill, , sain et sauf à Rurutu, expliqua à l'agence Tahitipresse :

- « Un ballast s'est rompu un peu avant une heure du matin. Le ballast sert à équilibrer le bateau, en vidant ou en le remplissant d'eau. L'un d'eux s'est rompu. L'eau a alors rejoint le carburant. Le bateau s'est mis à gîter. Le mouvement de balancier a fait que de l'eau a pénétré en masse par l'avant du bateau… Je me trouvais sur le pont supérieur quand ça s'est produit avec la moitié des gars et notamment le capitaine du Tahiti Nui IV, Victor Lenoir. L'autre moitié des hommes se trouvait sur le pont inférieur. Calmement, nous nous sommes préparés à évacuer le bateau. Nous avons mis nos gilets de sauvetage, et envoyé un canot à la mer. Elle était calme. Ceux du pont supérieur ont sauté à l'eau, sauf le capitaine, qui avait du mal à mettre son gilet. Ceux du pont inférieur n'ont pas sauté tout de suite. Ils étaient très calmes et prenaient leur temps. Brusquement le bateau s'est mis à gîter avec force. Les derniers sur le bateau se sont retrouvés alors dans l'eau. Les remous étaient énormes. Le bateau a commencé à s'enfoncer. Nous avons tous été aspirés vers le fond. Ça a été dur. Quand je suis remonté, j'étais à bout de souffle. J'ai appelé de l'aide. On criait tous pour savoir qui était là. Puis on a nagé vers le canot à une trentaine de mètres du naufrage. On s'est retrouvé à treize dessus. Je ne sais pas ce qui s'est passé sur le pont inférieur, et je n'ai toujours pas revu le capitaine Lenoir. »

 

Les survivants furent rapatriés sur Tahiti et les recherches par air (Marine nationale) et par mer (des navires du GIP de la Marine nationale et de la gendarmerie maritime) continuèrent pendant plusieurs jours, hélas en vain. Le président Flosse écourta ses vacances en Californie et rentra de suite à Tahiti.

Le bilan était de quatorze rescapés, quatre disparus et trois noyés, dont le capitaine du Tahiti Nui IV, Victor Lenoir. le bateau était assuré à hauteur de 250 millions Fcfp (env. 2M euros).

Les équipes de recherche constatèrent de nombreux débris flottants provenant du bateau autour de la zone de l'épave. À bord du Tahiti Nui IV, se trouvaient entre autres une grosse pelle pour l'extraction, un concasseur primaire et du matériel neuf spécialement conçu en Nouvelle-Zélande pour le chantier de Rimatara. La température de l'eau dans la zone de l'épave était de 24°C et la mer calme (vents de force 4) déclara le haut-commissaire.

 

Trois enquêtes

 

Trois enquêtes ont été lancées pour tenter de déterminer les circonstances du naufrage. L'enquête judiciaire est menée par la gendarmerie maritime sur ordre du Parquet afin de déterminer les causes du naufrage. Le navire étant hors d'atteinte, il s'agira essentiellement de recueillir des témoignages. L'enquête du Bureau Enquêtes-Accidents (BEA) fut ouverte le 3 septembre. Georges Tourret, le directeur du BEA Mer et auteur du rapport sur le naufrage du pétrolier Erika sur les côtes bretonnes en 1999, arriva sur le territoire le 11 septembre pour mener une enquête technique et administrative. Il remettra d'ici à trois mois un rapport, à Paris, au ministère des Transports, dont il dépend. Le Territoire parla d'une enquête administrative, puis l'annula.

 

Alors que les enquêtes commençaient à peine, on s'étonna que le président Flosse, qui détient aussi la fonction de commandant suprême du G.I.P., donc responsable, puisse donner son analyse du naufrage lors d'une conférence de presse le 5 septembre au Palais où il insista peut-être un peu trop que « tout était en règle ». Après avoir rendu hommage aux victimes et aux disparus, il présenta son hypothèse du drame : « Une forte houle du sud de 2m à 2,5 mètres allait contre le bateau. Le bateau a embarqué des paquets et des paquets d'eau. L'hypothèse la plus probable est que les engins aient gêné l'évacuation de cette eau. Le poids de l'eau a entraîné un déséquilibre. Le bateau s'est alors mis à gîter. »

Le président du gouvernement écarte l'hypothèse de la surcharge du bateau : « Sa capacité est de 300 tonnes. Or, ce jour-là, il contenait entre 235 et 240 tonnes [Son gendre Edouard Fritch avait annoncé que la « capacité maximale d'emport du bateau est de 220 tonnes » trois jours plus tôt !] Le bateau n'était plus très jeune, mais bénéficiait de toutes les autorisations au regard de la sécurité maritime ».

Les enquêtes en cours détermineront la cause exacte de ce triste naufrage. De notre côté, nous avons obtenu le témoignage d'un habitant de Taravao digne de foi qui a côtoyé l'équipage de Tahiti Nui IV lors de son escale au port de Faratea (presqu'île de Tahiti) le 31 août, en provenance de Fakarava. Il raconte qu'un membre de l'équipage lui aurait expliqué que tout au long du voyage depuis Fakarava (où la bateau avait « beaché ») le bateau avait une fuite et que la pompe de cale fonctionnait en permanence lors du voyage. A la question si on allait réparer la fuite avant de repartir, le marin répliqua que ce serait fait après leur retour de Rimatara car on y attendait avec impatience les engins et qu'il n'y avait « pas de problème » car la pompe marchait très bien. Tout à fait indépendamment, l'hebdomadaire Toere (25/09) a obtenu des témoignages concordants et plus détaillés de membres du G.I.P., parlant même de la salle des machines (totalement séparée de la plate-forme des marchandises) envahie par la mer.

Aussi, en tant qu'ancien capitaine au long cours, je puis assurer qu'en haute mer une « houle de 2 à 2,5 mètres », généralement longue, est usuelle dans le Pacifique et peu susceptible de faire embarquer des paquets de mer. Si pour une raison étrange tel était le cas, si le bateau « tapait », il suffit de ralentir le navire pour l'éviter, ne serait-ce que pour empêcher le matériel embarqué d'être arrosé par l'eau de mer, grande ennemie de la mécanique en acier.

 

En attendant les conclusions des enquêtes, Tahiti-Pacifique magazine présente ses sincères condoléances aux familles et amis des courageux disparus de cette terrible tragédie.

Alex W. du PREL

 

TPM 152

"G.I.P. business"

Selon une source digne de foi, fin novembre, les bateaux de la flottille administrative du G.I.P. (Groupement d'Intervention de la présidence) seraient partis vers les Tuamotu, Marquises et Australes afin de distribuer des jouets aux enfants de ces archipels. Sur quel budget ? Et les enfants des îles-du-Vent ? Des élections en vue ? Entre-temps, le gouvernement a tranféré à ce même G.I.P. le village d'Orofara (l'ancienne léproserie à Papenoo) et les 21 hectares de la terre « présumée domaniale » Makarea à Fakarava. Cetteaffectation est « destinée à la gestion, conservation et la mise en valeur » de ces sites. La promotion immobilière, nouvelle activité de l'Epic G.I.P. ?

 

 

« "Top secret" »

Selon une autre source qui s'est toujours révélée fiable, en octobre lors du dernier retour aux îles Marquises de la vedette inter-îles, le Kaoha Nui (rebaptisé Tahiti Nui VII), l'équipage (des G.I.P.) aurait embarqué à bord discrètement et sous haute garde une multitude de disques durs usagés, CD gravés et autres supports informatiques (provenant, dit-on, des Finances) et les auraient immergés en haute mer (par 4000 mètres de fond) à mi-chemin entre Tahiti et les Marquises. Si cette information est exacte, elle confirmerait deux choses : il y aurait bien des secrets vraiment « dangereux », et le G.I.P. servirait parfois à bien d'autres choses que l'aide aux populations. Ce grand nettoyage pourrait être explique par ce qui se murmure au Palais, nommément qu''une voyante aurait prédit que « les prochaines élections pourraient êtres désastreuses pour le Tahoera'a » et que, bien que nous soyons à l'âge du réseau Metu@, certains de nos leaders croient dur en ces prédictions.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n°153, janvier 2004

« Qui c'est le Père Noël ? » - « C'est Gaston Flosse ! »

 

Quelle ne fut la surprise, le 14 décembre, des quelques rares téléspectateurs du journal télévisé de TNTV de découvrir le vice-président Edouard Fritch, gendre de Président, parcourir différents atolls des Tuamotu et îles des Australes avec les G.I.P. pour distribuer à grands frais cadeaux et jouets (importés, dit-on, par la Présidence en franchise de taxe) aux enfants et toujours à poser la même question à des enfants : « C'est qui le Père Noël ? » Et les gosses soigneusement sélectionnés et endoctrinés récitaient invariablement la bonne réponse apprise par cœur : « Le père Noël, c'est Gaston Flosse ».

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n°153, janvier 2004

Orageux

 L'enquête technique, c'est-à-dire le pré-rapport du BEA-Mer sur le naufrage du navire Tahiti Nui IV est désastreux pour l'armateur de ce navire, c'est-à-dire la Présidence de Tahiti et son G.I.P. Le naufrage qui est à l'origine de la mort de 7 personnes était dû à « un chargement excessif dépassant les limites admissibles » et surtout « le déficit d'entretien du navire durant les mois qui ont précédé le naufrage ». Ceci contredit tout à fait les déclarations du genre "tout était en règle" émise par le Palais présidentiel le lendemain du naufrage (lire TPM 150, oct. 03).

 

 

Lundi 8 mars

- Arrivée du Tahiti Nui II, nouveau navire du GIP (groupement d'intervention de la PF).

 

 

Lundi 22 mars 2004

- Retour à Tahiti des G.I.P. partis depuis plus de trois mois à Niue pour aider à la reconstruction de l'île après le passage d'un cyclone.

 

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 157, mai 2004

Les élections du 23 mai seront-elles truquées ?

Décembre 2003 : les bateaux du G.I.P. sillonnent les différents archipels et distribuent des milliers de cadeaux de Noël aux enfants des îles . Le vice-président (et gendre de Gaston Flosse) Edouard Fritch assiste, grâce à l'ATR territorial, à beaucoup de ces distributions de cadeaux lors desquelles l'on fait réciter aux enfants « Le Père Noël, c'est Gaston Flosse ».

Le 17 janvier 2004, le président Flosse lance la « Charte Tahiti Nui 2015 ». Destinée à définir les grands axes du développement économique et social pour la période 2005-2015. Sous couvert d'une « large consultation des forces vives de la Polynésie », cette charte servira de prétexte pour le vice-président Fritch de constamment sillonner les archipels avec l'ATR présidentiel ou la flotte du G.I.P.

 

 

Samedi 5 juin.

Immersion controversée du navire du GIP (Groupement d'Intervention de la Polynésie), le Te Aratai.

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 162, octobre 2004

Surveillances, filatures, espionnage

Le G.I.P. était bien une milice de l'ex-président Flosse

 

 

« Le G.I.P. n'est pas une milice » avait toujours martelé l'ex Président Flosse, à Tahiti comme à Paris, suite aux nombreuses inquiétudes face à des possibilité de "dérapages" de ce service soulevées par l'opposition de Tahiti, mais aussi par certains services de l'Etat et même le tribunal administratif de Papeete. Maintenant, il s'avère que ces inquiétudes étaient, hélas, bien fondées. Des témoignages recueillis par Tahiti-Pacifique, mais aussi des enquêtes menées par le nouveau gouvernement dévoilent que de nombreuses personnes - dont votre fidèle serviteur  ont été espionnées et surveillées avec des moyens tout à fait illicites par le G.I.P., (Groupe d'Intervention de Polynésie) mais aussi par une sorte de R.G. (renseignements généraux) du Territoire qui s'était mise en place depuis 1995 à la Présidence de Tahiti.

 

 

 

 

Sous le régime Flosse, il existait deux services chargés de surveiller et espionner ceux qui avaient l'impertinence de ne pas admirer béatement le président Flosse et sa politique, mais aussi les proches de Président, un signe plutôt évocateur d'une paranoïa ambiante. Le premier service se trouvait au palais présidentiel sous la direction de André Yhuel. C'est le « Service d'études et de documentation directement rattaché au Président du gouvernement », service rendu officiel par l'arrêté N° 223PR du 13 mai 1997. Bien que le texte de l'arrêté stipule clairement que « les agents de ce service sont tenus au secret professionnel  [et non plus au "devoir de réserve"] pour toutes les informations qui seraient portées à leur connaissance…», on a vu le Tahoera'a utiliser de telles informations en toute illégalité lors de campagnes électorales, notamment contre Oscar Temaru et Loïc Brigato avec des pamphlets distribués ou des articles parus dans le Ti'ama. En plus de ses "agents réguliers"  bien connus, des gendarmes à la retraite tels MM. Montezinos et Havet, le « service d'études de la Présidence », utilisait aussi les hommes du G.I.P. selon ses besoins.

 

 

En effet, une seconde cellule de « services secrets » au sein du G.I.P. (dirigé par Léonard "Rere" Puputauki qui répondait directement au président Flosse) avait été montée par un certain Félicien Micheloni, adjudant-chef de la DGSE, dès le lendemain des événements de septembre 1995. Cette cellule, installée au premier étage du bâtiment du G.I.P. (qui alors s'appelait encore  « Groupement d'intervention de la Présidence ») à Motu Uta, devint vite une sorte de « cellule des coups fourrés » du gouvernement territorial destinée à surveiller les citoyens, espionner voire piéger ses « ennemis » réels ou imaginés, même des proches du président Flosse.

 

 

Deux services d'espionnage

 

 

Déjà étoffé de 15 personnes en 1997, cette "Piscine" tahitienne augmentera constamment le nombre de ses « agents » , jusqu'à la chute de M. Flosse en juin 2004 où ils étaient une cinquantaine. Ainsi avons-nous appris que, parmi beaucoup d'autres personnes dont des journalistes de Radio Tefana et même Angèle Teahu, présidente de l'association de défense du site Paihoro, Tahiti-Pacifique avait aussi fait l'objet de surveillance et de filatures, tout comme notre rédaction aurait été visitée et fouillée. Un ancien « agent secret » du G.I.P. témoigne :

« J'ai été engagé au GIP en novembre 1995 sous les ordre de Léonard Puputauki. En 1997, j'ai été muté au service des renseignement du GIP, sous les ordres de Félicien Micheloni. Lorsque j'ai intégré le service de renseignements du G.I.P., nous étions 13 agents. Nous sommes devenus 15 puis 18 dans cette seule cellule, C'était l'époque où le centre d'enfouissement technique à Paihoro posait problème. Je devais surveiller Angèle Teahu. présidente de l'association de défense du site Paihoro et les autres : leurs déplacements, rendez-vous, fréquentations, famille, amis.

 

 

« Félicien [Micheloni] avait décidé de me former au métier d'espion. En 1998 et 99 j'ai donc été amené à suivre plusieurs personnes, en commençant par Hiro Tefaarere puis Annie Rousseau, Alex du Prel et Paul De Dekker, En plus, je devais suivre les copines de Président, vérifier où elles allaient, avec qui elles sortaient, avec qui elles couchaient, ce qu'elles consommaient. Les ordres venaient de Félicien Micheloni ou d'André Yhuel. André Yhuel, en présence de Yannick Desjardins qui me donnait des ordres directement dans son bureau à l'ancienne présidence, en présence aussi de Félicien. C'était en 1998 et 1999.

« Les filatures se déroulaient ainsi : une équipe de deux agents (un homme et une femme) commençaient la filature, la maintenaient durant quelques jours puis une autre équipe prenait la relève.

Au début, pour me former, j'étais en scooter et je surveillais. Lorsque la personne à suivre sortait de chez elle où de l'endroit où elle se trouvait, j'alertais une voiture qui la prenait en filature. Ensuite, j'assurais moi-même la filature avec une collègue. J'ai ainsi pris en filature Annie Rousseau de chez elle à Tefaaroa, en passant par le tribunal, radio Tefana où elle se rendait et l'université. Un soir, pendant qu'elle était partie avec son mari au restaurant, suivie en scooter par V. qui devait surveiller son retour, nous étions habillés en noir pour ne pas être vus. Félicien a posé les micros chez elle pendant que je faisais le guet à l'extérieur - un micro auprès du téléphone et un autre dans la chambre à coucher. Le camion banalisé qui enregistrait était parqué soit près du magasin dans le virage ou peu après le petit pont, à moins d'un kilomètre et demi. Pour neutraliser les chiens, Félicien avait toujours sur lui un flacon d'urine de chienne en chaleur. Il en versa un peu sur un coussin et les chiens étaient occupés. Cette filature a duré, pour ce qui me concerne, durant 6 semaines. Après je ne sais pas si elle a continué.

En ce qui nous concerne, ces pieds-nickelés n'étaient apparemment pas très habiles en milieu rural : « Chez Alex du Prel à Moorea, j'ai été repéré par une de ses filles alors que je tentais de pénétrer dans son bureau. Je devais prendre des photos et ramasser des documents. J'étais avec Félicien qui était muni de lunettes infra-rouges. Lorsque j'ai demandé à Félicien si l'on retournait à Moorea le week-end après notre échec, Félicien m'a répondu que ce n'était pas le peine, car c'était fait !

« Alex du Prel était aussi suivi dans la rue, surtout au restaurant Mario [Le Pescadou], avec qui il était. Une camera miniature dans un sac l'enregistrait. Paul De Deckker [professeur d'université, ancien conseiller de Gaston Flosse, aujourd'hui président de l'Université de Nouvelle-Calédonie] était aussi suivi dans la rue et jusqu'à chez lui à Punaauia. »

Autre signe de la paranoïa ambiante dans le gouvernement Flosse, chacun faisait surveiller ses collègues. Notre « agent secret » raconte : « Je devais tous les vendredi faire un rapport à Léonard sur Félicien Micheloni, avec qui il déjeunait, qu'il rencontrait. Travaillait-il avec l'Etat ? Sur les ordres de Gaston Flosse ? Etc. Félicien l'a appris bien plus tard et m'en a voulu. »

Les partis d'oppositions, bien entendu, étaient tout aussi étroitement et constamment surveillés. Un exemple :

« En 1999, il y eut rassemblement du Tavini à la place Pouvanaa. J'ai été appelé à la « maison blanche » (ancienne Présidence, le bureau d'André Yhuel) pour que l'on pose des micros sur moi. Un micro de très haute puissance était fixé sur mon épaule et le fil descendait jusqu'à la poche du short. On entendait tout de la « maison blanche ». Même les chuchotements étaient perçue. Des gars étaient à la poste dans un des bureaux en hauteur pour prendre des photos »

 

 

Espionnes séductrices

 

 

Les espions de la Présidence avait aussi monté une cellule de "Mata Hari", « d'espionnes ». Ces jeunes dames «  étaient aussi chargées éventuellement de « coucher » avec la victime, si nécessaire. Cela faisait partie de leur mission ». Un autre témoignage explique que quatre dames étaient disponibles pour « séduire et coucher avec l'ennemi », ce qui créa d'ailleurs quelques drames : si elle refusaient de "donner leur corps pour le Pays", elles étaient tout simplement licenciées. Le mari d'une de ces dames, ayant appris la nature du « service commandé » de son épouse, demanda et obtint le divorce. Un lieu était spécifié pour accomplir ces « missions spéciales » : trois chambres étaient réservées à l'année à l'hôtel Prince Hinoï (ex Ibis). Elles étaient équipées de caméras et de micros reliés directement à un émetteur micro-ondes fixé sur le toit de l'hôtel qui transmettait en direct vers Motu Uta, une installation d'ailleurs découverte en 2003 par des services de l'Etat, à leur grand étonnement.

Après juin 2000, le siège du bureau de renseignement fut transféré dans les sous-sols du nouveau Palais présidentiel, alors que le bureau de renseignement du G.I.P. à Motu Uta se développait. Tout le premier étage devint au fil du temps une véritable cellule « Hi-Tech » avec des bancs d'ordinateurs sur lesquels des « spécialistes » suivaient les connections Internet des citoyens mis sous surveillance. Même le sigle du G.I.P. qui  décore la façade du bâtiment cachait une caméra vidéo qui enregistrait tout ce qui passait dans la rue.

Tout cet équipement fut rapidement démonté et « déménagé », voir détruit, entre les 8 et 15 juin, après que M. Flosse eut la certitude que M. Temaru accèderait au pouvoir.  Au palais présidentiel aussi, on nous a confirmé que les disques durs et les archives du service d'espionnage ont été détruits (parfois carrément tout l'ordinateur), mais des indiscrétions tendent à laisser croire que des copies des fichiers auraient auparavant été faites et seraient « gardés en lieu sûr » par le Tahoera'a.

En ce qui concerne la rémunération de ces « espions », la discrimination était flagrante. Alors que les agents du G.I.P. étaient rémunérés au Smig (105 000 Fcfp/mois) avec des contrats politiques d'un an renouvelables, sans heures supplémentaires payées alors que parfois les filatures allaient jusqu'à 4 heures du matin, les expatriés, eux, encaissaient les gros magots : 831 000 Fcfp/mois pour Micheloni, 950 000 Fcfp pour Yhuel et 618 000 Fcfp et 600 000 Fcfp pour les gendarmes à la retraite, et n'oublions pas les 1 478 000 par mois que percevait le colonel (du GIGN) à la retraite Lionel Chesneau, dont la mission au G.I.P. était "d'éviter les dérapages" et qui ne pouvait pas ne pas être au courant de ces pratiques.

 

 

Résultat de la paranoïa

En recoupant les échos et indiscrétions des dernières années avec les déclarations actuelles, on est tenté de faire un bilan des huit années de service secret de l'ex président Flosse :

Il est clair que ce service à été monté à l'insu de l'Etat et était destiné uniquement à servir le président Flosse. La paranoïa du Palais présidentiel est connue (le limogeage en 2002 de Manuel Terai du Service des relations extérieures, pour avoir donné des informations banales sur le Pacifique Sud au directeur du bureau de a DGSE à Tahiti, n'en est qu'un indice). Tout le monde surveillait tout le monde, M. Flosse faisait suivre ses anciennes maîtresses (fait vérifié : tout homme qui s'y intéressait trop tombait en disgrâce), faisait surveiller même ses amis.

Il semble que certains, surtout M. Micheloni, aient profité de cette situation et de moyens illimités mis à disposition pour aller jouer les « inspecteurs gadget » au frais du contribuable : achats de toute la panoplie du petit James Bond de "série B" : micros espions posés chez les gens, camion équipé pour les écoutes, lunettes infrarouges, micros directionnels, chambres d'hôtel (minable) « branchées » pour enregistrer des ébats amoureux (et donc pour faire ensuite « chanter » la victime piégée). Que tout cela est bas, misérable, hors des règles légales et sans la moindre décence. Que tout ça sent la méthode mafieuse et les voyous de bas étage !

Et quels résultats M. Flosse a-t-il obtenu grâce à ce coûteux et minable dérapage ? Rien qui soit vraiment d'intérêt, ni complot ni crime dévoilé. Par contre, ces surveillances (dont l'existence était connue et se murmurait dans les alcôves des institutions territoriales) nourrissaient une sorte de crainte permanente chez les fonctionnaires et courtisans.

Or cette « peur de déplaire à Président » était justement devenue la base du « système Flosse ». Apparemment celui-ci n'a pas perçu la leçon de son échec électoral, puisqu'il y a deux mois des anciens espions du G.I.P. ont été contactés pour se voir offrir un emploi similaire au Tahoera'a !

Alex W. du PREL

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 163, novembre 2004

Notre article sur le G.I.P. : accusations du Tahoera'a

 

 

Le 15 octobre, Edouard Fritch a tenu une conférence de presse lors de laquelle il a vivement attaqué Tahiti-Pacifique magazine pour notre article sur le service « renseignement et action » du G.I.P. , allant jusqu'à nous accuser de collusion avec le gouvernement Temaru, d'utiliser des « principes mafieux basés sur la corruption » afin de « déstabiliser et calomnier » son Tahoera'a Huiraatira.

Si M. Fritch nous avait appelé avant de lancer ses fausses accusations, nous aurions pu lui expliquer l'historique de cet article. En effet, cela fait des années que nous recevions des témoignages, hélas toujours invérifiables, au sujet de filatures, écoutes téléphonique et même d'une dame qui divorçait après avoir été obligée de séduire un « ennemi » de Flosse. Ensuite, en juin, nous avions recueilli un autre témoignage d'un autre G.I.P., hélas toujours invérifiable. C'est alors qu'en septembre que nous avons entendu parler d'une confession écrite au Palais présidentiel, les premières déclarations de Vetea Guilloux et dont, après bien des difficultés, nous avons enfin obtenu copie. Le gouvernement Temaru découvrit avec surprise l'existence de notre article lors de sa conférence de presse du 6 octobre, et certains conseillers étaient furieux après moi (dont Annie Rousseau), car ils voulaient garder l'affaire secrète (pour la réserver à l'hebdomadaire indépendantiste Toere ?). Comme ce fut expliqué au tribunal, c'est la parution de notre article qui a déclenché la « confession » de Vetea Guilloux sur l'exécution de JPK (lire p.34-35).

Or il n'y a jamais eu le moindre démenti au sujet de notre article, de qui que ce soit, bien au contraire : L'Hebdo, l'organe officiel du Tahoera'a Huiraatira, publiait deux colonnes sur notre article intitulées « Qui a fait pisser une chienne en chaleur dans un bocal du GIP ? » et dans lesquelles les proches conseillers de Flosse avouent :« le fait que la Présidence de la Polynésie soit dotée d'un service de renseignements, n'est un secret pour personne (…) Que ces agents aient surveillé des manifestations politiques, ça ne fait aucun doute, puisque Gaston Flosse exhibait régulièrement devant la presse les photos qui lui permettaient de faire le décompte des manifestants. Cet article rapporte des "témoignages" qui ne concernent qu'Angèle Teahu (qui n'est plus là pour confirmer), Alex Du Prel, Annie Rousseau et Paul De Deckker. Le genre de personnes influentes dont, sans aucun doute, M. Gaston Flosse avait besoin de connaître avec précision les moindres faits et gestes. » (sic !)

Pour une fois que le Tahoera'a est d'accord avec Tahiti-Pacifique pourquoi devons-nous subir les calomnies de M. Fritch ? Dire que nous utilisons des « principes mafieux basés sur la corruption » est typique du « système Flosse » : on accuse les autres de faire ce que l'on fait soi-même. Nos lecteurs noteront que pendant les quatre mois du Taui, Tahiti-Pacifique n'a même pas bénéficié d'une seule publicité institutionnelle du gouvernement ou de ses officines.

Tel est le prix de notre indépendance.

Alex W. du Prel

 

 

Tahiti-Pacifique magazine, n° 163, novembre 2004

Procès étrange pour affaire sordide

 

 

Le 8 octobre, la brigade de recherche de la gendarmerie de Papeete recevait deux témoins venus déposer de faits nouveaux dans la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud, mystérieusement disparu en 1997. L'un des témoins était nulle autre que Gilles Tefaatau, ministre du Logement du gouvernement Temaru. Il raconta avoir obtenu la confession d'un membre du G.I.P. (groupement d'Intervention de la Polynésie, une milice créée par et sous la direction de Gaston Flosse en 1997), lequel lui "révéla" comment le journaliste avait été enlevé, puis assassiné par cinq membres du GIP.

Jean-Pascal Couraud (plus connu sous le pseudonyme de JPK) avait été le rédacteur en chef des Nouvelles de Tahiti jusqu'en 1989, lorsque ce journal fut racheté par le groupe Hersant peu après la Dépêche de Tahiti.

JPK était un opposant acharné contre Gaston Flosse et se faisait un malin plaisir quotidien d'exposer les dérives réelles ou imaginées de cet homme politique, cabale qui atteint son paroxysme en avril 1988 avec la publication d'un numéro spécial intitulé « Le règne calamiteux de G. Flosse » lequel reproduisit tous les articles parus dans la presse métropolitaine et locale sur l'affairisme de M. Flosse. Etonnamment, ce numéro spécial fut de suite saisi sur ordre de la justice, les policiers allant jusqu'à fouiller les soutes de l'avion en partance pour Paris afin d'en extraire les abonnements des sacs postaux.

 

 

Suite au changement de propriétaire aux Nouvelles, JPK devint le chargé de communication de la mairie de Arue de Boris Léontieff, d'où il continuera à harceler Flosse avec des procès, notamment au sujet de l'immense mur de la route et qui mène à sa résidence d'Erima et des travaux dans sa propriété de Huahine, tous deux financés par des fonds publics. Dans ces affaires « dépaysées » à Paris, M. Flosse fut relaxé en appel.

Un soir de 1997, JPK disparut et après bien des interrogations et une enquête qui resta bredouille, l'opinion générale était qu'il s'était suicidé à cause de tensions familiales en ayant absorbé des somnifères pour ensuite nager vers le large. Selon des indiscrétions familiales, son épouse par contre penserait qu'il vit caché quelque part au Chili. L'instruction aboutit sur un non-lieu en juin 2002.

 

 

Le G.I.P. qui raconta au ministre le scénario du meurtre de JPK était Vetea Guilloux, fils de Sandy le numéro deux du G.I.P. Nous épargnerons à nos lecteurs les scabreux détails de ce récit horrible des supposés derniers moments de JPK. Le lendemain, à l'assemblée lors de la séance des deux jours où fut votée la motion de censure et lors de laquelle les ministres et représentants s'en donnèrent à cœur-joie pour dénoncer la gestion du Tahoera'a, ce fut Hiro Tefaarere qui ne put s'empêcher de frimer en dévoilant la chose dans des termes qui insinuaient que Gaston Flosse serait mêlé à cet assassinat supposé (M. Flosse annonça qu'il porterait plainte pour diffamation).

 

 

Procès instantané

 

 

Suite à cela, Vetea se cacha d'abord dans la montagne, puis se livra aux gendarmes avec une confession manuscrite (que le président Temaru lut en public lors d'une manifestation.) Il y affirme que cette histoire lui a été racontée par deux autres G.I.P. lors d'un repas bien arrosé. Placé en garde à vue, il maintiendra ses dires lors d'une confrontation avec les deux G.I.P. trop bavards pour finalement se rétracter à 2 heures du matin. Le même jour, il fut transféré au tribunal, en grand secret et cagoulé entouré de nombreux gendarmes mobiles vêtus de gilets pare-balles, pour être présenté devant le tribunal correctionnel accusé de « dénonciation calomnieuse », un procès qui étonna plus d'un journaliste, d'autant plus que le juge d'instruction en charge de la disparition de JPK n'avait même pas été notifié de la déposition de Vetea Guilloux, pourtant un rebondissement majeur dans l'affaire. Aussi, Vetea n'eut alors que 15 minutes pour construire sa défense avec Me Kintzler, l'avocat commis d'office.

Terrorisé, Vetea expliqua à la barre : « Je travaillais à la cellule renseignement du G.I.P. sur tout ce qui touchait au politique. J'effectuais des fouilles, des filatures, des écoutes de journalistes, de personnalités politiques, de personnes qui travaillaient à la présidence.... Et j'ai travaillé sur Couraud. Je l'ai pris en filature ». Comme à chaque fois que Vetea voulait expliquer le fond de l'affaire, le président du tribunal l'interrompait avec des :« Je ne vous demande pas de revenir sur ce qui s'est passe en 1997. Je vous demande de me parler des circonstances qui vous ont amenées à raconter ces faits ! »

Le prévenu reprend : « Quand il y a eu le Taui, j'ai rencontré des gens qui faisaient des recherches pour la nouvelle majorité sur le boulot que faisait à l'époque la cellule de renseignements dans laquelle je travaillais. J'ai raconté à ces gens ce que je savais. Il voulait savoir ce que j'avais fait parce que j'ai longtemps travaillé sur le Fetia Api et sur JPK. J'avais confiance en eux. Il m'avait dit qu'ils n'en parleraient pas. Et puis il y a eu la motion de censure. Je suis revenu sur mes déclarations. Mais, moi, j'avais confiance en eux. Je leur ai tout dit : les appareils photos, les caméras, les filatures… ». Le président le coupe à nouveau : « Je vous rappelle que vous êtes là pour répondre de faits de dénonciation calomnieuse, pas pour reparler du passé ».

« Je voulais avoir mon fare OPH [maison sociale]. C'est tout. Je ne voulais pas que cette affaire soit dévoilée », sanglote Vetea dans le box des accusés. « Mais, reprend le président, vous saviez que c'était grave. Vous saviez que vous accusiez vos ex-collègues d'assassinat. Vous saviez que vous parliez à un ministre. C'était uniquement pour avoir un fare ? »

Me Quinquis, l'avocat de deux des G.I.P. mis en cause, intervient sur un ton presque affirmatif :

- « En fait, vous avez été manipulé par les politiques ? Vous avez instrumentalisé à des fins qui vous dépassaient ? »

- « Non, rétorque le prévenu, je n'ai pas été manipulé. On ne m'a pas forcé à raconter quoi que ce soit. Mais, ça ne devait pas être dévoilé ».

L'avocat de la défense, Me Kintzler interroge alors son client :

- « Vous m'avez dit que vous aviez peur aujourd'hui d'être assassiné. Par qui et pourquoi ? »

- « J'ai peur que Félicien, mon ancien chef aux renseignements au G.I.P. m'assassine. J'ai travaillé trois ans avec lui. Je sais… »

- « C'est une question qui ne concerne pas directement cette affaire », intervient à nouveau le présidents.

Lors des plaidoiries,  Me Quinquis avancera que « c'est le procès de la manipulation ! », alors que pour le  vice-procureur Perruaux il s'agit ici plutôt « d'un homme qui pensait avoir mérité autre chose qu'une paye de 100 000 Fcfp après des années de bons et loyaux services et  qui espérait pouvoir sortir sa famille d'une mauvaise situation financière grâce au Taui » et d'en déduire, tel un pompier qui veut vite circonscrire un feu avant qu'il ne se propage, qu'il « n'y a pas d'explication extraordinaire à des faits tristement ordinaires : un journaliste n'a pas été tué par les services du GIP en 1997. C'est important que la Polynésie française le sache ». .L'avocat de la défense suivit la voie du Parquet en déclarant qu'il fallait aujourd'hui « croire » Vetea, lequel se serait laissé emporter par la recherche d'une vie plus confortable. Il déclara aussi que « aujourd'hui Vetea a peur. Il a peur de mourir. Il a peur qu'on 1'assassine. » L'avocat confiera ensuite à la presse : « Vetea m'a dit tout à l'heure qu'il préférait mentir plutôt que d'être emmerdé. Je crois que mon client n'est pas en sécurité aujourd'hui dehors. C'est pour cela que j'ai demandé une peine de prison pour lui. » (!!!)

Vetea fut condamné à 12 mois de prison dont 9 mois avec sursis pour« dénonciation calomnieuse ».

Or la bizarrerie de cette procédure expéditive ne s'arrête pas là. Se rendant peut-être compte que cette fois-ci il avait bien été manipulé, ce fut un vrai parcours d'embûches pour Vetea, quasiment mis au secret dans la prison de Nuutania, de réussir, le 23 octobre à la dernière minute possible et presque par miracle, à interjeter un appel de sa sentence, ce qui nécessita même de changer d'avocat.

 

Notre opinion : jusqu'aux témoignages de Vetea, nous étions persuadés que JPK s'était suicidé. Or lorsqu'un témoin nous a raconté le récit précis de la confession de Vetea au ministre Tefaatau, il y avait un détail (non mentionné dans la confession écrite) qui nous a intrigué : JPK aurait été kidnappé puis torturé afin qu'il dévoile où il cachait « les dossiers ». Or pratiquement personne ne savait que JPK avait des archives qu'il avait en fait « hérité », des caisses de dossiers sur les hommes politiques et les affaires de Tahiti minutieusement constitués par Henri-Eudes Renaud de la Faverie, un ancien président du tribunal de Papeete qui fut entre 1984 et 1992 successivement le directeur de cabinet de Gaston Flosse, Jean Juventin et Alexandre Léontieff et Emile Vernaudon. A cause de sa manie à dupliquer chaque document, on avait donné à de la Faverie le surnom de « Paganini de la photocopieuse ».

Mais affirmer que le récit de Vetea comporte bien trop de détails pour être de l'invention pure est désormais interdit, puisque notre bonne Justice a déclaré que tout cela n'était qu'invention pure.

Passez, manants, il n'y a rien à voir !

A.d.P.

 

 

(avec des témoignages divers et le rapport d'audience des Nouvelles 15/10/04.)

 

 

ENCADRE : Libre opinion : Chronique d'un procès plus qu'étonnant

Note de la rédaction : lors du procès de Paul-Vetea Guilloux, les avocats du G.I.P. ont fortement mise en cause Madame Annie Rousseau, la juriste du service de la communication de la présidence de M. Temaru, celle qui avait recueilli les premiers témoignages de l'accusé qui fut condamné à trois mois de prison ferme. Elle était présente au procès et voici son point de vue :

« Ce qui étonne le plus ceux qui se sont investis en faveur de la réouverture du dossier JPK, c'est l'extrême rapidité avec laquelle la comparution immédiate de Paul-Vetea Guilloux fut organisée par le parquet de Papeete. A tel point que la confiance "dans la justice de mon pays" avait d'entrée une bonne raison d'être écornée. Il faut dire que l'affaire était trop sensible pour être examinée avec partialité dans un contexte où les intérêts particuliers d'un chef d'Etat se confondent avec ceux de l'ancien président en résurrection. Quoi qu'il en soit,nous étions nombreux à assister et à partager le malaise de Vetea, obligé - le mot n'est pas trop fort - de s'amender d'avoir trahi un secret du clan, celui de l'entourage restreint de Rere Puputauki, alors chef du groupement d'intervention de la Polynésie (G.I.P.). J'ai du mal à croire que les trois conseillères du Tahoera'a Huiraatira à l'assemblée assistaient au procès dans le seul souci de protéger leur parti. La connaissance des faits et surtout l'ampleur de l'implication des acteurs en cause un certain soir de décembre 1997, dans ce qui pourrait être un crime, me paraît plus probable que la seule curiosité partisane.

Beaucoup de mensonges ont été proférés au cours de ce procès. Les avocats du G.I.P. et de son chef Rere Puputauki, le bâtonnier Barmont pour lequel « Rere Puputauki et Sœur Teresa, c'est du pareil au même » (sic !) et l'incontournable François Quinquis, défendeur attitré du Tahoera'a et de Gaston Flosse, baseront leurs plaidoiries sur une « manipulation politique » du gouvernement Temaru, visant de leur courroux plus particulièrement cette collaboratrice (moi-même) qui avait osé « fouiller dans les fonds de tiroirs » et même l'article de Tahiti-Pacifique. Qu'ils se rassurent, leurs gesticulations me faisaient sourire.

Moins amusante par contre fut assurément la "version cuisinée" du Parquet manifestement serinée à Vetea durant les deux jours de détention à la brigade de recherches de la Gendarmerie. Il était clair que Vetea se débattait avec sa conscience et aurait voulu confirmer tout ce qu'il avait toujours déclaré, tant au ministre Tefaatau qu'aux gendarmes lorsqu'il était venu se rendre à eux. Mais il semblait terrorisé, pour lui et sa famille, par les trois G.I.P. mis en cause, corpulents, habillés de noir, tatoués et percés qui au tribunal se tenaient les bras croisés comme dans un mauvais film de série B, pesant de tous leurs regards sur le prévenu. Effrayé aussi du Parquet qui lui avait promis la clémence du tribunal s'il renonçait à ses accusations. Le but de ce procès "instantané" était-il d'empêcher d'autres "repentis" de parler, de livrer d'autres sombres secrets ?

Décidément, depuis quelques temps certaines prestations de la justice en Polynésie française permettent de se poser bien des questions sur l'Etat de droit.  Au cours de ce procès, le président du tribunal recadrait sans cesse Vetea lorsque celui-ci tentait d'expliquer comment il en était venu à me parler, à me faire ses aveux. Il est bien dommage que la description des filatures ait été ainsi écartée. La Cour aurait aussi pu apprendre que Vetea était venu spontanément à mon bureau pour évoquer ses anciennes activités d'espion au sein de la cellule créée à cet effet au G.I.P. Il n'a jamais été question d'obtenir quelque chose en échange. Sa démarche entrait dans un schéma salvateur, celui de la libération de sa conscience, celle de participer à une ère plus transparente, plus propre, moins nébuleuse, plus conforme au mode de vie qu'il s'était choisi, car Vetea s'était assagi, avait créé une famille et voulait un foyer normal. Lors du procès, sa « confession » deviendra, de son aveu même, un chantage au logement social et à la promotion que, de toutes façons, je n'étais  pas en mesure de lui accorder. Foutaises que ce discours ! Ce n'est que lorsque le G.I.P. le soupçonna de m'avoir parlé des filatures que Vetea s'est inquiété d'obtenir le logement attendu depuis des années et auquel il avait droit. C'est muni d'une copie de son dossier "d'aide au logement" qu'il est allé se présenter au ministère du logement, comme tout le monde et à l'usuelle « journée portes ouvertes ». Intrigué par ses activités anciennes dont il avait eu connaissance, le ministre du Logement et des Affaires foncières, Gilles Tefaatau, également objet de filatures, a évidemment tenté d'en savoir plus auprès de Vetea. C'est alors seulement que Vetea s'est épanché au-delà des simples atteintes à la vie privée pour aborder des affaires beaucoup plus « délicates », notamment celle relative à la disparition de Jean-Pascal Couraud, dit JPK, âgé de 37 ans à l'époque.

Les faits évoqués par Vetea, répétés dans une confession écrite qui fut lue en public par le président Temaru lors d'un meeting politique puis diffusée à deux reprises sur Radio Tefana, racontent l'enlèvement de JPK suivi d'une séance de torture en mer dans le but de le faire parler et qui se termina par le décès du jeune homme. Pris de court devant la mort prématurée de la victime, les acteurs requièrent et obtiennent le feu vert par téléphone, pour son immersion définitive lesté par des parpaings.

Que le cas dont il est question s'applique à celui de Jean Pascal Couraud ou non, la structure des faits parait plausible. Après le 15 décembre 1997, l'instruction avait été axée sur la thèse du suicide, JPK étant réputé avoir été dépressif depuis plusieurs semaines. Les avis divergent à ce sujet, certains qui l'ont bien connus affirmant que JPK n'était pas du genre à craquer. L'instruction a-t-elle été réellement menée en tenant compte de toutes les éventualités ? Une chose est sûre, la transparence s'impose tant sur l'affaire JPK que sur d'autres disparitions demeurées inexpliquées.

Annie Rousseau

 

 

 

 

 

 

PRESIDENCE

Service de la communication

Vendredi15 octobre 2004

 

 

Gip : Toute la vérité

 

 

Le jugement rendu par le tribunal de Papeete jeudi soir, concernant la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud, va vers l'apaisement en concluant à la dénonciation calomnieuse.

La présidence en prend acte. Elle retient que le ministre de l'Aménagement et de l'Urbanisme après avoir recueilli des révélations spontanées faisant état d'un homicide n'a fait que son devoir en alertant la gendarmerie.

Cet agent du GIP s'est, par la suite rétracté, a reconnu qu'il n'y a pas eu de marchandage politique et qu'il a tenté de profiter du changement de majorité pour obtenir un fare OPH et un emploi stable. On notera au passage que cet agent entré au GIP en 1995 était toujours en contrat précaire.

Cependant, il ressort des déclarations qu'il a faites en cours d'audition à la gendarmerie et devant la cour de justice, que des faits graves se sont produits dans le cadre de ses missions. L'agent du GIP a parlé de filatures, d'espionnages, d'écoutes téléphoniques, réalisés en dehors de tout cadre légal. Les victimes en étaient des hommes politiques, des personnalités diverses et des journalistes, dont Jean-Pascal Couraud, appartenant à l'opposition. Ces pratiques constituent des atteintes extrêmement graves aux libertés.

La présidence fait confiance aux autorités judiciaires pour que toute la lumière soit faite. Elle dispose en particulier des noms des membres de cette cellule très spéciale dont celui de leur responsable. Les Polynésiens ont droit à toute la vérité.

 

 

 

 

22 oct. 2004,

Discours d'investiture de Monsieur Gaston FLOSSE,

Sénateur de la Polynésie française, Candidat des groupes « Tahoeraa Huiraatira » et « Te Ara » Election du Président de la Polynésie françaisepar l'Assemblée de la Polynésie française, Vendredi 22 octobre 2004

 

 

Extrait :

« Le mensonge, la diffamation, l'injure et la violence verbale ou écrite sont devenus les armes privilégiées de nos adversaires.

Que de torrents d'infamies dans des périodiques locaux, des radios adverses ou des tracts à mon encontre distribués dans la rue !

Le pire de l'ignominie a été atteint quand Hiro TEFAARERE et Gilles TEFAATAU ont osé proférer publiquement des calomnies abominables à mon encontre. Ils n'ont pas hésité à m'accuser d'avoir fait assassiner Jean-Pascal COURAUD un journaliste disparu il y sept ans. J'ai porté immédiatement plainte contre ces individus qui ont franchi le seuil du tolérable.

J'ai demandé à la justice de faire rapidement la lumière sur les accusations graves et inadmissibles assénées par ces personnages.

La justice a très vite démasqué le faux témoin.

Il a reconnu avoir sciemment menti sous la pression de son supérieur hiérarchique et la promesse d'un logement et d'une augmentation de salaire par Gilles TEFAATAU. Où sont donc les méthodes mafieuses ? Qui en sont les auteurs ? Nous les avons tous entendu affirmer, la main sur le cœur, que j'aurais inspiré, sinon commandité, la disparition de JPK.

Qu'on puisse me soupçonner d'utiliser de telles méthodes m'écoeure et me bouleverse. « Quant à toi Hiro, qui as relayé une accusation que tu sais mensongère, jamais je n'aurais cru ça de toi ! »

Je jure devant Dieu et devant tous les Polynésiens qui me voient et m'écoutent, que jamais, jamais, je n'ai provoqué ni commandité, ni même souhaité la mort de quiconque. Tous ceux qui me connaissent bien le savent. Comment peut-on arriver à une telle bassesse dans les attaques politiques ? »

 

 

 

7 octobre 2004  Communiqué O. Temaru

Dérives au Gip

Créé à partir de l'ancienne flottille administrative, le Groupement d'intervention de la Polynésie (Gip) est directement rattaché à la présidence. Il comprend 722 agents, la plupart salariés au Smig. Cependant, 139 sont rattachés à l'Enim (Etablissement national des invalides de la Marine) et 127 au PNNIM (Personnel naviguant non inscrit maritime) et sont mieux rémunérés. La masse salariale totale s'élève à 2, 120 milliards par an.

 

 

Selon la volonté du président Flosse, le Gip a été doté d'un parc à matériel très important et très coûteux, engins de chantier, navires ou matériel bureautique. Jusqu'à présent et en dépit des recherches entreprises, il apparaît qu'il n'existe pas de gestion du stock d'aucune sorte, ce qui constitue une situation anormale autant que choquante.

 

 

Présenté comme une force d'intervention rapide en cas de catastrophes naturelles, ou pour apporter un soutien logistique au service de l'intérêt général, le Gip a vu ses missions évoluer profondément, jusqu'à faire concurrence aux entreprises privées, payant des impôts. Le Gip a également servi à améliorer considérablement le patrimoine du président Flosse, à Tahiti et dans les îles.

Son directeur était doté de pouvoirs, financiers entre autres, qui attirent l'attention. Ainsi, M. Léonard Puputauki avait l'autorisation d'engager des dépenses jusqu'à 20 millions, sans appel d'offres.

 

 

Le conseiller spécial du président, en charge du Gip, est devenu directeur par intérim en l'absence de Léonard Puputauki en congés, prolongés jusqu'au 10 octobre à sa demande.

 

 

PRESIDENCE

Direction de la communication

 

 

Mercredi 27 octobre 2004

 

 

Un trouble manifeste à l'ordre public

 

 

Le gouvernement tient à marquer son étonnement devant les agissements d'individus se prévalant d'une autorité qu'ils n'ont pas.

Léonard Puputauki, entouré d'une vingtaine d'individus issue du Groupement d'Intervention de la Polynésie française, a tenté ce matin d'investir, en vain, les locaux de la Direction des Affaires Foncières.

Le gouvernement rappelle que Léonard Puputauki a été démis de ses fonctions de chef du GIP lors du conseil des ministres du 6 octobre dernier et qu'il a été procédé à son licenciement régulier une semaine plus tard.

Léonard Puputauki ne peut donc se présenter, comme il l'a fait, au nom d'un gouvernement dont la légitimité n'a pas été prononcée par le Conseil d'Etat.

Le comportement de Léonard Puputauki et de sa vingtaine d'hommes de mains relève donc du trouble manifeste à l'ordre public, voire de l'association de malfaiteurs, et le gouvernement espère que les autorités de l'Etat joueront pleinement leur rôle de garant de la sécurité des biens et des citoyens.

Fin communiqué

 

 

Mardi 9 novembre 2004

 

 

COMMUNIQUE PRESIDENCE

Service de la communication

Quand le GIP fait sa police

Le gouvernement de la Polynésie française nourrit de vives inquiétudes quant à l'attitude de certains employés du Groupement d'Intervention de la Polynésie dans leur rôle de vigile. En effet, il apparaît nettement que ceux-ci outre-passent cette fonction pour assurer le rôle d'une police privée. Ils opèrent des contrôles d'identité, réglementent, voire interdisent l'accès de locaux publics et privés aux usagers et présentent un comportement menaçant à l'entrée des édifices. A plusieurs reprises, ces hommes du GIP ont littéralement pris d'assaut ces services dont la sécurité était assurée par des gardiens de sociétés privées ! Tel a été le cas encore hier soir à la chaîne de télévision Tahiti Nui Télévision (TNTV).

Dans une intervention sur les ondes de RFO-Tahiti, Gaston Flosse en personne a déclaré qu'il n'avait aucun contrôle sur ces hommes, alors qu'il se présente comme président « légal » de la Polynésie française. Pour couronner le tout, ces hommes du GIP sont dirigés par leur ancien chef de service, Léonard Puputauki, qui avait été démis de ses fonctions par le conseil des ministres du 6 octobre 2004.

Le gouvernement s'étonne enfin de l'absence de prise de position sur ces points du haut-commissariat -en charge de la sécurité publique. Au travers de nombreuses réactions dont se fait l'écho la presse locale, beaucoup de nos concitoyens expriment leur appréhension devant ce « laisser-faire » de l'Etat.

 

 

10 nov 2004

Lettre ouverte à Monsieur le Haut-Commissaire de la République

en Polynésie française

 

 

Le ministère de l'outremer s'est à chaque occasion depuis le 9 octobre, positionné en faveur de la légalité et rien que la légalité. Votre rôle de représentant de l'Etat en Polynésie française a donc été de faire respecter ladite légalité notamment par l'exercice de vos compétences relatives au maintien de la sécurité et de l'ordre publics tel que défini à l'article 14 6°-de la loi statutaire.

Si nous devons nous réjouir de la discrétion des gardes mobiles pourtant nombreux sur le territoire de la Polynésie française, dont la présence sur les lieux d'occupation divers pourrait être considérée comme une provocation, je ne saurais me satisfaire de votre indifférence à l'égard des agents publics du groupement d'intervention de la Polynésie (GIP).

Ces employés qui sont dans leur grande majorité, dénués de méchanceté à l'égard de leurs concitoyens, représentent cependant une menace lorsqu'ils forment des groupes plus ou moins importants sur les parkings des établissements et services publics. Contre cette occupation illicite dans des lieux où leurs missions ne les autorisent qu'à ne faire que du gardiennage et à la demande du chef de l'établissement, je m'étonne que vous n'ayez pas encore réagi.

Il faut rappeler que le chef du service des GIP, Monsieur PUPUTAUKI,  auxquels ils obéissent a été démis de ses fonctions par le conseil des ministres en date du 6 octobre 2004, et licencié pour faute lourde.

De plus,  au cours de son interview dans le journal de RFO le 8 novembre 2004, Gaston Flosse se prétendant par ailleurs Président du Pays et donc chef de l'administration Territoriale a reconnu n'avoir donné au service du GIP aucune instruction pour investir.TNTV.

Déclaration corroborée d'ailleurs par le directeur du GIP nouvellement réintégré dans ses fonctions par Monsieur Flosse, Monsieur PUPUTAUKI lors de son intervention devant les journalistes de RFO. Ce dernier a confirmé en effet que ce n'était pas Monsieur Flosse qui lui donnait des instructions, mais qu'il agissait de sa propre initiative.

Nous nous trouvons donc, Monsieur le Haut commissaire de la République en charge du respect de la légalité Républicaine, devant le cas avéré et avoué d'un service public territorial et particulièrement d'une section spéciale formée de fonctionnaire territoriaux agissant de leur propre initiative, hors de tout contrôle ou instruction des autorités politiques.

Nous nous trouvons également devant celui qui se prétend être le chef de l'administration Territoriale qui avoue être étranger aux agissements de ce service spécial dont il est pourtant légalement responsable.

Il m'apparaît donc, Monsieur le Haut commissaire que nous sommes de fait sorti du fonctionnement légal de l'administration Républicaine. Nous sommes présentement en présence d'une milice privée, formée d'agents publics, qui agit en toute autonomie, donc en toute illégalité. Dans la situation politique extrêmement tendue que connaît le Pays, j'attire votre attention sur les risques majeurs qui pourraient être générés par cette situation en matière d'affrontements possibles et pour lesquels vous seriez tenu directement responsable en tant que garant de l'ordre public.

Quelles mesures comptez vous prendre pour mettre un terme à cette violation grave de l'administration Républicaine dont vous êtes dans notre Pays , le garant.

Par ailleurs et de manière incidente, la réouverture de l'enquête sur la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud a mis en lumière l'existence, sous la responsabilité de Monsieur PUPUTAUKI , d'une cellule d'espionnage d'une quinzaine de personnes effectuant des opérations de filature, des prises de vues à leur insu, de violation de domicile, en bafouant les garanties données à chaque citoyen par la Constitution de la République.

Il ne semble pas que ces révélations d'une gravité exceptionnelle, notamment dans le contexte de la disparition inexpliquée de Jean-Pascal COURAUD, n'ait outre mesure ému le représentant de l'Etat et le garant des libertés publiques que vous êtes.

Quelles mesures comptez vous prendre, en liaison avec le Procureur de la République pour ouvrir enfin d'urgence une information sur cette autre cellule spéciale du GIP en charge d'activités d'espionnage.

L'opinion publique du Pays, attend du représentant de l'Etat des réponses claires aux deux questions que je vous pose. Nos concitoyens vous remercient par avance de vos réponses.

Veuillez croire, Monsieur le Haut Commissaire en l'expression de ma haute considération et de mon attachement aux principes et aux valeurs de la République.

Papeete ce 9 novembre 2004

Jean-Paul BARRAL.  Conseiller spécial du président Temaru

 

 

 

 

 

 

PRESIDENCE

Service de la communication

 

 

 

 

« Et 145 GIP de plus…. »

 

 

 

 

A la date du 22 Novembre 2004, 145 nouveaux GIP ont été embauchés par Léonard PUPUTAUKI, l'exécuteur des basses œuvres du Gaston Flosse. Jusqu'à présent, 145 embauches de GIP sont faits en CDD  D (agents non titulaires). Certaines de ces embauches sont effectives depuis le mois d'octobre et certains éléments ont déjà été affectés à la sécurisation de certains sites sensibles.

 

 

Ce nombre de nouvelles embauches fait passer les effectifs du très célèbre service du GIP de 718 à 863 agents, soit une augmentation de personnel de 20% en 2 semaines  ce qui ne s'est jamais vu de mémoire de fonctionnaires et de service public.

 

 

Tous les services publics qui sont en déficit de personnels doivent être très jaloux des faveurs dont bénéficie ce service chouchou de Gaston Flosse. Notons que l'incidence budgétaire d'une telle mesure se chiffre à 270 Millions FCP par an, qui viendront grossir les 2,2 Milliards de salaires dont bénéficie déjà le GIP.

 

 

Notons que sur 145 contrats signés les 2,5 et 8 novembre, seuls 61 ont été visés par le Service du Personnel, ils sont en cours de visa au CDE avec beaucoup de difficultés faute de crédits sur les lignes budgétaires correspondantes. Tous ces gros bras sont actuellement en activité de milice sur les sites administratifs sans qu'aucun contrat définitif n'ait été signé donc en infraction complète de la législation de l'inspection du Travail.

 

 

Par ailleurs, le débat de fond sur les missions du GIP se repose avec force au Haut Commissaire, responsable de la sécurité et de l'ordre public car recruter en 2 semaines 145 agents publics pour faire la POLICE des bâtiments du Pays sort complètement des missions de gardiennage des parcs et jardins dévolues au GIP.

 

 

Quand le Haut commissaire décidera t-il enfin à s'intéresser de près à cette milice politique du Tahoeraa qui vient de se renforcer de 145 hommes de main aux frais du contribuable Polynésien.

 

 

 

 

Décembre 2004 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 164

 

 

Le GIP, un "Etat dans l'Etat" qui inquiète de plus en plus

Fin novembre, on apprenait que le gouvernement de M. Flosse avait discrètement fait embaucher 145 nouveaux GIP en CDD (agents non titulaires) dans ce que le président Temaru a appelé « une milice politique du Tahoera'a ». Certaines de ces embauches étaient effectives depuis le mois d'octobre et faisaient passer les effectifs du désormais célèbre service du GIP de 718 à 863 agents, soit une augmentation de personnel de 20% en deux semaines. De ces 145 contrats signés les 2 ,5 et 8 novembre, seuls 61 ont été visés par le Service du personnel ; ils sont en cours de visa au Contrôle des dépenses engagées avec beaucoup de difficultés faute de crédits sur les lignes budgétaires correspondantes. Depuis, ces « gros bras » ont envahi les bâtiments administratifs (nous en avons compté 16 aux Finances) sans qu'aucun contrat définitif n'ait été signé, en infraction avec la législation sur le travail.

Voilà qui pose à nouveau le débat de fond sur les missions du GIP, notamment pour le haut-commissaire responsable de la sécurité et de l'ordre public. D'autant plus que le 22 octobre, lors de l'élection de Gaston Flosse à la fonction de président par le Tahoera'a, l'assemblée territoriale avait été investie et occupée par des « gros bras » du GIP qui interdisaient, à un certain moment, même l'accès aux journalistes. Cette occupation illicite et musclée d'une institution du Territoire, malgré les vives protestations de son président et le fait que leur mission ne les autorise qu'à faire que du gardiennage, n'a nullement ému les autorités de l'Etat. Pis encore, la bande de ces quelques 40 « gros bras » était commandée par Léonard (Rere) Puputauki, l'ancien chef du service des GIP alors légalement démis de ses fonctions par le conseil des ministres d'Oscar Temaru le 6 octobre, licencié pour « faute lourde ». Il déclara par la suite sur RFO télé « qu'on ne peut limoger Rere, car le GIP, c'est une famille, et le chef c'est moi. Tous les hommes n'obéissent qu'à moi ! »

M. Puputauki, sans mandat ni poste officiel, affirmait alors agir de sa propre initiative, mais nous étions présent dans la salle des commissions de l'assemblée lorsque M. Flosse, ayant terminé une conversation sur son téléphone cellulaire (avec le haut-commissaire ?) ordonna à M. Puputauki : « Rere, tu peux retirer tes hommes maintenant ! », sur quoi l'ordre fut immédiatement exécuté.

Ensuite, le 27 octobre 2004, Rere Puputauki entouré d'une vingtaine de GIP tenta d'investir, en vain, les locaux de la DAF (Direction des affaires foncières). Silence du haut-commissaire.

Rebelote le 8 novembre, lorsque le GIP tentait d'investir le bâtiment de Tahiti Nui Télévision (TNTV), prenant littéralement d'assaut la station défendue par des gardiens de sociétés privées embauchés par le gouvernement Temaru ! Tel a été le cas encore quelques jours plus tard à la chaîne de télévision (TNTV). Là encore, Gaston Flosse déclarait sur RFO n'avoir donné aucune instruction au service du GIP pour investir TNTV, une déclaration corroborée par Rere Puputauki, nouvellement réintégré dans ses fonctions de chef du GIP par Gaston Flosse. Là encore, comme l'écrit le gouvernement Temaru, pas la moindre réaction du haut-commissaire Michel Mathieu « devant un cas avéré et avoué d'une "section spéciale" formée de fonctionnaire territoriaux agissant de leur propre initiative, hors de tout contrôle ou instruction des autorités politiques », ce qui fait que « nous sommes en présence d'une milice privée, formée d'agents publics, qui agit en toute autonomie, donc en toute illégalité ». Cette liberté de faire n'importe quoi donnée à une milice, avec l'approbation tacite du haut-commissaire (puisqu'il reste muet à ce sujet) fait dire au conseiller spécial Barral que « dans la situation politique extrêmement tendue que connaît le Pays, j'attire votre attention sur les risques majeurs qui pourraient être générés par cette situation en matière d'affrontements possibles et pour lesquels vous [M. Mathieu] seriez tenu directement responsable en tant que garant de l'ordre public ».

 

 

La "cellule renseignement"  « n'existe pas »

 

 

Le gouvernement Flosse, par la voix de son organe « L'Hebdo » n°14  du 8 novembre (dont le rédacteur en chef est aussi le directeur de la communication du gouvernement Flosse ; n'y a-t-il pas ingérence ?) prétend désormais que la « cellule renseignement » du GIP (lire TPM 162), une quinzaine de personnes effectuant des opérations de filature, des prises de vue et d'écoute à l'insu des personnes, si ce n'est de la violation de domicile, n'existerait pas. Pour le Tahoera'a « toutes ces accusations sont fausses », il s'agit d'un « acharnement contre le GIP » et que « si la présidence [Temaru] avait les preuves d'écoutes téléphoniques, celles-ci passeraient forcément par l'OPT. L'OPT aurait également dû porter plainte. ». L'argument risible lorsqu'on sait que l'OPT était dirigée par le gendre de Gaston Flosse, Edouard Fritch).

Pourtant, deux semaines auparavant, le même journal avait écrit que ces agissements qui bafouent les garanties données à chaque citoyen par la Constitution et effectués hors de tout cadre légal étaient normaux : « Le genre de personnes influentes dont, sans aucun doute, M. Gaston Flosse avait besoin de connaître avec précision les moindres faits et gestes ».

Mais encore, les "plumes" de Gaston Flosse avancent l'argument suivant comme preuve que tout ceci ne serait que pure invention : « si le procureur ou un magistrat avaient entendu des faits aussi graves que la présidence le rapporte, il aurait lui même porté plainte, puisqu'il peut s'auto-saisir. ». En métropole, peut-être, mais pas à Tahiti où Vetea Guilloux (lire p. 29) se voit répondre au sujet des activités de la "cellule renseignements" du GIP par le président de la Cour d'appel : « Des barbouzes, des écoutes, des filatures, ça se fait depuis la nuit des temps et un peu partout, monsieur, vous n'avez pas dévoilé grand chose ! ». Quelle auto saisine attendre de ce magistrat, si ce n'est de la part d'un procureur qui ne semble chercher qu'à faire taire celui qui ose dénoncer un crime ?!

 

 

Aussi, il fallut attendre une plainte déposée par Annie Rousseau pour qu'enfin le 4 novembre, soit un mois après la déposition officielle du ministre Gilles Tefaatau à la gendarmerie mais aussi de la parution de l'article dans Tahiti-Pacifique, que le procureur François Deby annonce enfin que « le GIP va faire l'objet d'une enquête ultérieurement ». "Ultérieurement", quel beau synonyme pour "calendes grecques", pour la si lente mise en œuvre d'une procédure lorsqu'on la compare avec la fulgurante rapidité avec laquelle Vetea Guilloux a été condamné à la prison ferme pour avoir dénoncé un crime comme le lui oblige la loi ! (lire notre article sur l'affaire JPK).

 

 

Tahiti-Pacifique magazine se verra certainement aussi accusé de « mythomanie » ou de « manipulation politique » car nous avons (enfin) retrouvé dans nos archives des photos prises fin 2002- début 2003 dans un hôtel du front de mer de Papeete. Ces images montrent une installation d'écoutes retransmises en direct par radio placées dans deux, peut-être trois chambres de l'hôtel, un système dont la découverte avait alors intrigué plus d'un « service discret » de l'Etat. A l'époque, le propriétaire de l'hôtel nous avait déclaré que cette installation concernait les « trois chambres louées à l'année par le GIP » et qui devaient certainement servir à piéger quelques malheureux en quête d'ébats amoureux clandestins.

 

 

Inquiétude

mais immobilisme de l'Etat

 

 

A ce sujet, il faut mentionner que dès 1999, les différents « services discrets » de l'Etat s'interrogeaient (et s'inquiétaient) de plus en plus sur certaines activités « occultes » du GIP dont ils avaient eu connaissance et auraient envoyé maints rapports sur ce sujet à leurs supérieurs, au gouvernement socialiste comme à celui de l'UMP, mais que cela ne semblait inquiéter personne en « haut lieu ».

Aussi, il y a quelques années, lors de la venue à Tahiti d'un nouveau directeur de l'un des « services discrets » de l'Etat, celui-ci nous déclara avoir fait « vérifier les lignes téléphoniques » de son bureau et avoir découvert « que le fax était sur écoute ». Quel genre d'écoutes ? « Territoriales » fut sa réponse. Les services de Gaston Flosse qui espionnent l'Etat, voilà qui est cocasse mais qui a depuis été confirmé par l'affaire du licenciement pour « perte de confiance » de Manuel Terai, employé aux Relations internationales du Palais présidentiel pour avoir remis une carte du Pacifique à un chef de service « discret » du haut-commissariat fraîchement arrivé sur le Territoire, acte dûment photographié disent certains (lire saisine 130, "A la Cour").

D'ailleurs, comme les liens entre les « RG de la Présidence » (ne pas confondre avec la « cellule renseignement » du GIP) et les "services discrets » de l'Etat étaient plutôt cordiaux, notamment par le biais des gendarmes retraités Montezinos et Havet qui visitaient régulièrement leurs "collègues", le président Flosse devait être tout à fait au courant que ses "espions" du GIP n'étaient plus un secret pour les services de l'Etat… qui acceptait ainsi implicitement la chose. Même inquiétude du côté de beaucoup de magistrats du Tribunal administratif de Papeete, lesquels se faisaient accuser par le président Flosse de vouloir saboter le statut : « Là même où notre statut nous donne pleine compétence, des fonctionnaires de l'Etat, en parfaite harmonie avec le Tribunal administratif, s'emploient quotidiennement à vider notre autonomie de toute substance » (discours du 18/05/01). Dans un autre discours devant l'assemblée en septembre 2000, le président Flosse déclarait : « Le haut-commissaire [Jean Aribaud] n'a t-il vraiment rien de plus important et de plus urgent à faire que de persécuter le GIP ? La police n'a t-elle rien de plus important et de plus utile à faire que de surveiller le GIP ? ». En octobre 2000, Gaston Flosse , lors d'un conseil des ministres, expliquait au secrétaire d'Etat Christian Paul que « j'ai, il est vrai, des méthodes parfois expéditives pour réaliser mes objectifs et cela peut légitimement troubler les représentants de l'Etat », à quoi le M. Paul répondit que l'Etat devait « jouer pleinement son rôle, garant du respect de la règle de droit et des libertés publiques et individuelles ». Les écoutes, filatures et surveillances du G.I.P. ne tombaient certainement pas dans le cadre du « respect de droit et de libertés publiques ».

 

 

Mêmes inquiétudes des milieux politiques de l'opposition à Tahiti face à ce véritable « Etat dans l'Etat » local qu'avait mis en place le président Flosse : « Si jamais on gagne les élections, mais qu'est-ce qu'on va faire de cette milice, de ces GIP ? Il faudra continuer à les payer, autrement ils feront comme George Speight aux Fidji, il nous feront un coup d'Etat ! » nous déclarait un proche de Boris Léontieff début 2000. (TPM 112, 08/2000). Ceci explique le maintien du GIP par le président Temaru après juin 2004.

 

 

Menaces et agressions de journalistes

 

 

Hélas, dernièrement on perçoit un changement à Tahiti jusqu'à présent épargné par le « syndrome néo-calédonien » d'une certaine violence politique. Début septembre, suite à la publication de notre article sur le GIP, des messages de menaces (une voix de métropolitain) furent enregistrés sur un de nos répondeurs, puis un mail Internet d'un certain "Feliciano Miguel" nous promettait « Alors qu'as tu à dire maintenant [que Flosse est de retour au pouvoir]..Je vais pouvoir très bientôt m'occuper exclusivement de toi, je vais te faire du micro onde à plein pot. ». Nous avons déposé plainte à la gendarmerie, ce qui n'a pas ému le Parquet puisque six semaines plus tard, on ne nous a même pas demandé copie des messages enregistrés. Par contre, fin octobre, un certain Félicien Micheloni, ex adjudant de la DGSE et ancien chef de la « cellule renseignement » du GIP, prenait l'avion pour Paris en vociférant à son entourage que « Tahiti-Pacifique m'a tout cassé ».

Dans la même veine, début novembre Eric Monod, grand reporter de Télé Polynésie (RFO), a reçu, à son tour, des menaces le lendemain de la diffusion d'un sujet sur le procès et l'affaire JPK : « Si tu parles encore de l'affaire JPK, tu subiras le même sort ».  Or, le lendemain soir en rentrant chez lui , il se fit agresser par deux hommes qui le rouèrent de coups sur sa terrasse. Rien n'ayant été volé, il ne pouvait s'agir d'un cambriolage. Eric Monod n'a pas porté plainte, car, dit-il, « ça ne servira à rien ». Voilà un journaliste bien au parfum des réalités des « bizarreries » de l'application de la justice à Tahiti.

 

 

Dans l'affaire de la disparition du journaliste Couraud (dit JPK), si l'accusation du meurtre par le GIP se révélait être véridique (lire notre article p.10), il se confirmerait qu'il y a bien eu un très grave « dérapage » au sein de la « cellule renseignement », laquelle ne regroupait que 16 employés sur un total de 700 GIP, pour la plupart de braves et honnêtes personnes, il faut le mentionner.

Au sujet de cette affaire JPK, lors de son discours d'investiture le 22 octobre, le président Flosse avait déclaré, « Je jure devant Dieu et devant tous les Polynésiens qui me voient et m'écoutent, que jamais, jamais, je n'ai provoqué ni commandité, ni même souhaité la mort de quiconque. Tous ceux qui me connaissent bien le savent. ».

Nous le croyons sans hésitation, estimant que si JPK avait été assassiné, cela aurait été alors certainement fait à l'insu de M. Flosse par quelques individus ayant perdu leurs repères et imbus d'une mentalité du S.A.C. (*) qui auraient cru là « faire plaisir au patron », ne se rendant pas compte qu'en réalité ils pouvaient entraîner « le patron » dans un bourbier fatal car il est le chef suprême (donc responsable) du G.I.P. Tout ceci est au conditionnel, bien entendu.

 

 

En étant informé de tous ces faits, on comprend la raison pour laquelle, le 26 novembre, le président de la Ligue polynésienne des Droits de l'Homme, après avoir été refusé pour une audience auprès du haut-commissaire Mathieu, estimait que l'on « utilise le GIP comme instrument de guerre pour imposer sa politique à son adversaire », que « M. Flosse a créé au sein [du GIP] une officine de renseignement pour ses besoins politiques personnels, au mépris des Droits de l'Homme. » Pour cette raison il réclama « la dissolution du GIP pour recomposer ensuite une institution digne… car 99% des GIP sont des mecs bien ».

 

 

Alex W. du PREL

 

 

(*) - Service d'Action Civique, "service secret" parallèle gaulliste lié aux scandales de l'affaire Ben Barka en 1965 comme de l'affaire Markovic (la mort du garde du corps d'Alain Delon) et à des dérives criminelles, notamment au sein du SAC marseillais. En juillet 1981, après qu'un inspecteur de police et sa famille étaient massacrés dans les Bouches du Rhône, une commission parlementaire établit un lourd dossier à charge contre cette organisation qui fut alors dissoute en juillet 1982. Lire notre article complet « Le SAC, part d'ombre du gaullisme », TPM n° 157, mai 2004.

 

 

 

 

Décembre 2004 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 164

 

 

Procès en appel de Vetea Guilloux

« Affaire JPK » : le mystère continue

 

 

Le 4 novembre se tint le procès en appel de Vetea Guilloux, le membre du GIP qui a dévoilé que la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud (plus connu sous le nom de « JPK ») en 1997 pourrait être due à un assassinat crapuleux en mer par trois membres de la « cellule renseignement » du GIP, milice dépendant directement du président de la Polynésie française. Vetea Guilloux avait été condamné en octobre à 3 mois de prison ferme pour « dénonciation calomnieuse » en comparution immédiate (lire TPM du mois dernier).

 

 

La grande salle d'audience du tribunal  était pleine ce jour-là, avec Oscar Temaru et quelques un de ses ministres au premier rang. D'emblée le président Jean-Paul Ellul attaqua de front Vetea Guilloux, lui coupant constamment la parole, ne lui laissant pas l'occasion de répondre aux questions qu'il posait à l'accusé, le traitant « d'anguille… d'homme qui n'a rien dans la tête »  afin de poursuivre un monologue par lequel il essayait de saper toute crédibilité à Vetea. A une occasion, Vetea interrompit le président avec un « mais, laissez-moi vous expliquer la vérité » et la réponse fut « cela ne nous intéresse pas ! » La méthode était si "radicale", "stalinienne" serait plus juste, que le public exprima plusieurs fois fortement son indignation, ce à quoi le président du tribunal menaça de faire évacuer la salle, pour enfin expliquer qu'il « voulait voir ce que l'accusé avait dans les tripes ». Or malgré les agressions verbales, Vetea Guilloux tint bon et se mit à son tour à couper la parole au juge et maintint tout au long de l'audience ses déclarations initiales, expliquant sa rétractation (recueillie à 2 heures du matin par le procureur de la République en personne !) faite lors de sa garde à vue ainsi : « Je ne suis pas un menteur, je vous dis la vérité ! La dernière fois , au premier procès, j'avais passé trois jours en garde à vue sans dormir et cinq jours à fuir. J'ai craqué, j'étais vraiment au bout du rouleau ». Quant aux incohérences entre son récit et les résultats de l'enquête de gendarmerie de l'époque, il les expliquent par un « Je peux me tromper, Monsieur, c'était il y a sept ans. Tout ce que je sais, c'est que j'ai été témoin occulaire de sa disparition ! ». Le public fut aussi surpris, certains outrés, par le commentaire "normalisateur" du président Ellul au sujet des activités de la "cellule renseignements" du GIP : « Des barbouzes, des écoutes, des filatures, ça se fait depuis la nuit des temps et un peu partout, monsieur ».

 

 

Après une suspension de séance, la cour d'appel fut essentiellement dirigée, de manière plus "traditionnelle" par le conseiller Pierre Moyer et Philippe Couraud, le frère de JPK, témoigna en expliquant que jusqu'àlors la famille avait cru à la thèse du suicide, mais que depuis les déclarations de Vetea, « nous n'avons plus aucune certitude ».  Lors des plaidoiries, Vetea fut encore malmené par le bâtonnier Barmont, qui défend Rere Puputauki, le chef du GIP qui exigea qu'on « arrête avec ce petit mythomane » car « l'affaire JPK se résume à la tragique histoire de couple qui dégénère en suicide ». Maître Quinquis, l'avocat des deux GIP accusés du meurtre, voit que « le prévenu a été manipulé par et pour des intérêts politiques ».

Le nouvel avocat de Vetea Guilloux, Me Stanley Cross argumente que ce procès « touche à la raison d'Etat, on touche ici au plus haut point de l'ancien président de la Polynésie française qui était aussi chef du GIP… et l'on sait que Gaston Flosse fait depuis longtemps l'objet d'une protection au niveau du Parquet (*)… ne veut-on pas, une nouvelle fois, chercher à enfouir l'affaire… Aujourd'hui, nous les Polynésiens, on veut connaître toute la vérité ! ».

Enfin, le procureur général François Deby considéra que Vetea est un « frustré par son manque de réussite » ce qui l'aurait rempli de « haine et rancœur ». Il répondit à Stanley Cross en déclarant « il paraît, et c'est bien connu, qu'en Polynésie le ministère public soutient Gaston Flosse. S'il vous plaît, essayons de nous éloigner de cette campagne de presse. Essayons de nous éloigner de nos fantasmes ! » (*)

 

 

Le 18 novembre, la Cour d'appel de Papeete rendait son arrêt dans le procès d'appel décrit ci-dessus : Elle décida de remettre Vetea Guilloux en liberté, mais sous contrôle judiciaire en ordonnant un supplément d'information, ce qui consiste surtout en une évaluation psychiatrique de l'homme qui a osé dénoncer un crime supposé (lire encadrés).

Dans le cadre de cette affaire, l'association Reporters sans Frontières a demandé la réouverture du dossier de la disparition de JPK, tout comme un « Comité pour la manifestation de la vérité » a été créé par la famille et les amis de JPK.

 

 

Alex W. du PREL

 

 

(*) Note de la rédaction : pourtant, Tahiti-Pacifique a recueilli plusieurs témoignages qui tendent à confirmer une telle suspicion : un ancien chef de la gendarmerie nous a déclaré (devant témoin) qu'un procureur général lui aurait déclaré « On m'a nommé ici pour que rien n'arrive à Gaston, et rien ne lui arrivera ! », propos que ce même procureur aurait ensuite répété à un président de tribunal qui nous a déclaré « il m'a dit la même chose ». Ensuite, un substitut du procureur nous raconta l'histoire d'une instruction sur des fonds transférés au Japon dans laquelle il avait reçu l'ordre « de ne pas poursuivre » car « cela peut remonter trop haut ». Encore, en 2001 plusieurs magistrats du Palais de justice de Papeete ont demandé leur mutation à d'autres postes car, nous déclara un juge, ils ne « pouvaient plus supporter » certaines « dérives ».

<![if !supportLists]>-       <![endif]>Enfin, lors du procès en appel de Vetea Guilloux décrit ci-dessus, il était étonnant d'apercevoir le procureur de la République, M. Bianconi, suivre très nerveusemement les débats debout entre le box de la presse et le perchoir du procureur général Déby, mais surtout, lors des suspensions de séance, de le voir se précipiter vers le balcon pour y être de suite rejoint par Me François Quinquis  avocat du GIP et de M. Flosse - pour y tenir de longs conciliabules en aparté. De quoi se demander si le Parquet ne serait pas parti prenante dans cette affaire, à moins qu'il ne "joue le pompier" afin éteindre un "incendie" aux connotations politiques peut-être bien embarassantes pour une certaine « raison d'Etat ».

 

 

ENCADRE

Libre opinion

Une justice surprennante

 

 

En rendant son arrêt dans l'affaire Vetea Guilloux, la Cour d'appel de Papeete reconnaît la nécessité d'un complément d'information. Alors que les juges eux-mêmes admettent ainsi que le dossier est loin d'être bouclé, comment ont-ils pu une première fois condamner à la prison ferme Vetea Guilloux pour « dénonciation calomnieuse » alors que la calomnie n'est pas démontrée ?

 Faut-il en conclure que la dénonciation est en soi inadmissible et doit être sanctionnée ? C'est en tous cas ce que semblent penser les juges de la Cour d'appel de Papeete qui en rajoutent, encore que le jeu soit plus subtil. Ils n'infirment pas le jugement, donc confirment la culpabilité de Vetea tout en le libérant de prison, mais en l'enfermant dans un système bien contraignant : Vetea est en effet astreint au contrôle judiciaire chaque semaine, à l'interdiction de changer de domicile et de rencontrer les personnes mises en cause dans cette affaire. Et ce, durant tout le temps que durera l'enquête complémentaire. N'en jetez plus, la coupe est pleine avec les expertises neuro-psychique et psychiatrique.

Il y a manifestement un abus de droit qui entre tout à fait dans la compétence de la Cour de cassation, laquelle devrait rétablir le vrai droit en cassant l'arrêt de la Cour d'appel de Papeete.

Cependant, et c'est ce qui paraît moins sûr, faut-il encore que le complément d'information demandé par les juges de la cour d'appel ne se limite pas à mieux sonder la personnalité de Vetea Guilloux, mais de contribuer à rouvrir le dossier en vue d'éclaircir les circonstances de la disparition de Jean-Pascal Couraud (JPK). Ce qui ne pourrait que réjouir la famille et les amis du journaliste, lesquels se sont constitués en « Comité pour la manifestation de la vérité » à la suite des révélations faites par Vetea Guilloux. Or pour le moment, le parquet général semble faire la sourde oreille quant à la réouverture de l'instruction, comme le démontrent les lettres qui lui sont adressées et la réclamation auprès du Garde des Sceaux signée de Philippe Couraud, frère de JPK et président du comité.

 En attendant, une plainte contre X a été déposée par la famille de Vetea qui entend faire la lumière sur les circonstances qui l'ont mené à être traité comme un dangereux criminel alors qu'il ne faisait que dénoncer des faits. Le juge Jean-Bernard Taliercio, s'il en a le temps, devrait savourer le cadeau qui lui est fait…

Par principe, les décisions de justice ne souffrent d'aucune critique. Depuis, l'exemple est venu d'en haut lorsque le président de la République et autres parlementaires ne se sont pas gênés pour critiquer le jugement condamnant Alain Juppé à 10 ans d'inéligibilité pour emplois fictifs. Il est donc tout à fait concevable que le refus de la cour d'appel de Papeete de prononcer la relaxe de Vetea Guilloux nous étonne avant de nous convaincre, si cela était encore nécessaire, que la justice telle qu'elle est pratiquée depuis quelques temps en Polynésie française semble avoir perdu ses repères. Et ce ne sont pas les procédures diverses engagées dans le processus politique actuel qui modifieront cet avis.

Entre les fausses raisons d'Etat et les appartenances sectaires, le citoyen lambda ne s'y reconnaît vraiment plus.

Annie Rousseau

 

 

Avril 2005 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 168

La rébellion du G.I.P.

 

 

A peine installé dans ses nouvelles fonctions, le président Oscar Temaru voit son autorité contestée par des agents pourtant hiérarchiquement placés sous son autorité directe, les GIP (Groupement d'intervention de la Polynésie). Sur ce, Oscar Temaru lut le 23 mars une « déclaration solennelle » sur les deux chaînes de télévision  où il déclara :

« Monsieur Yannick BOOSIE, adjoint au chef de service du GIP m'a adressé un courrier rappelant l'opposition de quelques agents à la nomination de Monsieur Robert MAKER au poste de chef de service du GIP. Il rajoute « qu'à défaut d'un règlement de ce problème sous 48 heures », le GIP cesserait toute activité professionnelle. Cet ultimatum, qui s'oppose ouvertement à une décision du Conseil des Ministres, méconnaît les dispositions réglementaires en matière de droit du travail. En tant que Président du Pays, j'entends faire appliquer avec fermeté la nomination de Monsieur Robert MAKER et il n'est donc pas question, pour moi, de céder au chantage…»

La réaction fut que dans cette même nuit  une centaine d'hommes du GIP bloquèrent le pont de Motu-Uta qui donne accès à la zone portuaire de Papeete. Deux engins lourds empêchèrent tout passage de véhicules sur le pont.  Papeete était en danger de se retrouver sans approvisionnement en fuel, donc sans électricité. Léonard Puputauki réitéra sa demande de voir nommer son ancien adjoint, Yannick Boosie, à la tête du GIP, à la place de Robert Maker. Interrogé sur la légalité de ce mouvement, Léonard Puputauki a rappelé (avec un sourire) le blocage, pendant plusieurs mois, de services publics par des sympathisants de l'UPLD.

Le 26 mars, un bateau du GIP, le "Tahiti Nui 6" qui revenait de Maupiti se faisait arraisonner au quai des ferrys de Papeete par une quarantaine d'hommes de Rere Puputauki qui le dirigèrent vers la base de Fare Ute. Son capitaine fut frappé et son second dut se jeter à la mer pour échapper aux coups. Ça s'appelle de la piraterie.

Les agissements de ces hommes et le refus de la part de leur chef Léonard Puputauki, dit « Rere », de reconnaître l'autorité d'Oscar Temaru et de son gouvernement rend hélas crédible les plus profondes craintes exprimées depuis des années par des observateurs et des fonctionnaires d'Etat : le GIP serait en réalité une milice créée par M. Flosse pour servir un homme et son parti.

Cette hypothèse n'est pas neuve puisque voici cinq ans déjà, en août 2000, Tahiti-Pacifique avait publié un long article sur le GIP dans lequel nous exposions les dérives qui apparaissaient dans l'opération de ce service très spécial et qui inquiétaient le haut-commissaire Aribaud, alors fraîchement nommé en Polynésie française, au point de lui faire dire « que le Groupement d'intervention de la Polynésie n'a pas vocation à réaliser des travaux « sans respecter les règles mêmes du territoire » et de répéter que le G.I.P. n'avait  pas à se mêler « du maintien de l'ordre public qui reste de compétence d'Etat ».

« Ensuite, l'autre inquiétude vient de milieux politiques de l'opposition à Tahiti face à ce véritable « Etat dans l'Etat »  local : « Si jamais on gagne les élections, mais qu'est-ce qu'on va faire de cette milice, de ces G.I.P. ? Il faudra continuer à les payer, autrement ils feront comme George Speight aux Fidji, il nous feront un coup d'Etat ! » (TPM n°112, 08/00).

 

 

Oui, la cellule « espionnage »

du GIP a bien existé

 

 

Fin février, la brigade de recherche de la gendarmerie remettait au Parquet un procès-verbal qui expliquait que « les investigations entreprises démontrent à travers des auditions de témoins ayant travaillé à la "cellule manifeste" l'existence d'une cellule d'espionnage installée dans les locaux du GIP à Papeete. Cette cellule avait pour vocation de suivre tant dans leur vie publique que dans leur vie privé, les opposants politiques, les amis et les familiers du président Gaston Flosse, en les enregistrant à l'aide d'un dictaphone, en les filmant ou les photographiant dans leur vie courante et ce de 1997 à mai 2004. Pour ce faire, le Président du Territoire a procédé ou fait procéder au recrutements d'agent de renseignements d'origines militaires pour mettre en place au sein de son institution un service d'études et de documentation (SED) ainsi qu'une « cellule d'espionnage ». Le responsable de cette cellule était chargé de la formation et l'attribution des missions à son personnel. Selon certains témoins, il arrivait au chef de cette cellule de féliciter au nom du président les personnels pour la qualité du travail accompli. A l'heure actuelle, en fonction des éléments détenus par le groupe d'enquêteurs sur les objectifs et les décideurs de la cellule manifeste, l'ouverture d'une information judiciaire est nécessaire tant pour qualifier pénalement les faits que pour identifier la totalité des victimes de ces filatures ainsi que les personnes ayant dirigées et ordonnées ces surveillances. » Les enquêteurs concluaient donc que l'ouverture de trois informations était justifiée.

Le 22 mars, dans Les Nouvelles, le procureur général Déby répondait que « les procès-verbaux nous ont été communiqués, et nous sommes en train de les étudier afin de déterminer la procédure qui permettra d'obtenir la sécurité juridique pour la suite des éventuelles investigations… Je ne voudrais surtout pas que l'on puisse penser que le Parquet est en train de chercher les moyens pour étouffer l'affaire. Le Parquet est en train de chercher la solution juridique qui permette à cette affaire de ne pas être contestée au moins sur plan juridique ».(sic !)

A ce sujet, nous avons retrouvé un article d'octobre 2002 (TPM n°138) où nous écrivions : « Il y a d'autres acteurs bien plus discrets qui assurent des infiltrations et des surveillances comme le confirme le président Flosse en déclarant l'an dernier, lors d'un conseil des ministres "délocalisé" sur l'atoll de Tupai, que   nos RG ont tous les moyens. Ils ont même des appartements banalisés en ville. Papeete est quadrillé… », tout comme nous relations un incident à RFO : « Une nouvelle preuve, révélatrice tout en étant comique, de l'infiltration généralisée des services « discrets » du Palais dans la société est l'incident qui s'est passé à RFO Polynésie le 7 décembre : la journaliste qui présentait ce soir-là le journal télévisé avait saisi dans sont texte la narration de l'incident où le président Flosse avait éconduit le journaliste des Nouvelles. Puis, lors de la présentation et diffusion en direct du journal, elle sauta ce paragraphe et ne parla pas de l'incident à l'antenne. Quelle ne fut alors sa surprise d'apprendre le lendemain matin que Yves Haupert, directeur de la communication du Palais, était dans tous ses états, avait appelé la direction de RFO et réclamait la diffusion d'un droit de réponse.pour démentir une chose qui n'avait jamais été diffusée ! Cet incident scandaleux dévoilait sans ambiguïté que la Présidence a placé même au sein de RFO (organisme d'Etat !) une « taupe » qui lui envoyait les ébauches des journalistes !!! »

 

 

Affaire JPK : haere maru

 

 

En ce qui concerne l'accusation d'assassinat de JPK, la justice ne semblerait pas décidée à frapper bien fort et, selon une indiscrétion, « cherche actuellement là où ils seront sûrs de ne rien trouver ». Les deux GIP accusés par Vetea Guilloux n'ont toujours pas été entendus par la justice, en dehors des quelques heures début octobre 2004 à l'issue desquelles le procureur de la République s'est empressé de les relâcher avant de faire condamner Vetea Guilloux. Depuis, plus rien. ».

Au cas où Vetea Guilloux aurait dit vrai, ils ont donc eu tout le temps, depuis cinq mois , de « bétonner » dans tous les sens afin de ne rien lâcher le jour où les gendarmes, enfin, se décideront à les interroger.

A.d.P.

 

 

Encadré

Les raisons possibles de la rébellion des GIP

Quatre raisons majeures sont avancées comme pouvant expliquer la rébellion des membres du GIP sur ordre de Rere Puputauki :

1) celle ouvertement émise par Oscar Temaru et Jacqui Drollet : « Cette opération de force conforte notre analyse sur les dérives d'un service public devenu au fil des ans une officine de police privée au service d'un homme et d'un parti politique. » « Nous sommes en face d'une tentative de 'putsch' visant à déstabiliser à nouveau le gouvernement et sa majorité dans la perspective de réinstaller au pouvoir le Tahoera'a qui en avait été chassé par le suffrage universel… L'Etat chiraquien est évidemment complice de ce plan machiavélique ». « C'est une opération pour tenter de faire croire que le président Temaru est un incompétent ».

2) Le fait que la Chambre territoriale des comptes avait engagé depuis le 18 mars 2005 un  contrôle des comptes du GIP. Or il est de notoriété que le GIP a effectué toutes sortes de travaux pour le Tahoera'a (rénovation du siège du parti voici deux ans, mise en place de tribunes, chapiteaux et estrades pour les réunions politiques, transport de militants dans les îles, etc.) mais aussi pour M. Flosse (travaux extensifs de construction dans sa résidence de Vetea, tout comme celle d'Erima). Or, comme Tahiti-Pacifique l'avait révélé voici un an, malgré un arrêté du conseil des ministres, le GIP n'a jamais été transformé en EPIC (établissement public industriel et commercial) et ne pouvait donc pas facturer des travaux à des entités privées, ce qui pourrait signifier que ces travaux puissent être considérés comme des détournement de fonds publics. Créer des troubles pourrait retarder le travail des magistrats de la Chambre des comptes, des émeutes pourraient « déclencher » un incendie qui détruirait alors des archives bien embarrassantes.

3) L'intrusion soudaine dans le conflit de syndicalistes, notamment Ronald Terorotua et Cyril Legayic alors que le GIP n'a jamais été syndiqué, pourrait être expliqué par le fait que certains leaders syndicaux désireraient un retour de Gaston Flosse au pouvoir car ils ne touchent plus les émoluments octroyés jadis (les fameux « emplois fictifs »). Un conseiller d'Oscar Temaru estime que Ronald Terorotua chercherait à intégrer un poste de cadre rémunéré « aux environs d'un million par mois » dans la structure du GIP, d'autant plus que le GIP avec ses 1263 employés est devenu le premier employeur du Territoire, suffisamment grand pour créer plusieurs postes de cadres « mis à disposition » pour s'occuper de fonctions syndicales.

4)- D'autres cadres de l'UPLD estiment que le GIP ferait partie d'une grande opération de déstabilisation à laquelle participerait  aussi Hiro Tefaarere (encore lui !), par le biais de son fidèle copain Ronald Terorotua, car il serait intéressé à maintenir le parti d'Oscar Temaru dans le désarroi et « sous pression » jusqu'à l'élection du nouveau président de l'assembléeterritoriale le 14 avril, poste où Hiro veut tant se succéder à lui-même qu'il est prêt à tout, même à pactiser avec le Tahoera'a (il l'a déclaré dans un quotidien) afin de garder le « fromage » que représente le poste au perchoir de l'assemblée. Si tel était le cas, Oscar Temaru paierait encore une fois cher le fait d'avoir aidé son cousin en le faisant entrer dans son parti après les émeutes de 1995.

A.d.P.

 

 

Encadré

Le système G.I.P.

 

 

Qui devient membre du G.I.P. ? La première condition incontournable est d'avoir le tahitien ou le marquisien comme langue maternelle. Beaucoup sont originaires des Australes, mais de plus en plus de jeunes de la zone urbaine de Papeete sont intégrés, essentiellement des victimes de l'échec scolaire. Il y a aussi beaucoup de recrutements de prisonniers en fin de peine à Nuutania, le GIP étant aussi un "outil de réinsertion sociale". Comme l'avait confirmé le président Flosse, le système des G.I.P. fonctionne selon l'ancienne méthode de travail courante à Tahiti, voici 15 ans encore : la personne travaille un certain temps pour se faire assez d'argent afin d'acheter ce qu'elle a besoin, puis elle retourne vivre "à la traditionnelle" dans sa famille, à faire de l'agriculture ou de la pêche. Trois ou six mois plus tard, elle revient au GIP faire "un tour". Il en résulte que bien que présentement [en 2000] il y ait environ 300 G.I.P., en réalité c'est un "réservoir" d'environ 1000 à 1500 personnes sur lequel le président Flosse peut compter et appeler à tout moment.

Pour l'ambiance, le G.I.P. est très similaire à la Légion étrangère, confirmé par M. Flosse : « Les membres du G.I.P. sont un peu les légionnaires de la Polynésie. » (mars 2000). Une discipline stricte est la norme, on travaille sans compter lorsque c'est nécessaire, mais c'est aussi et avant tout une "famille", comme la Légion, dans laquelle on s'entraide et on se protège mutuellement. On peut voir là la création d'un nuna'a, d'une communauté polynésienne où le groupe importe plus que l'individu et ou le respect du chef et de la hiérarchie est essentiel. C'est le genre de vie en communauté dans lequel le Tahitien se plaît car il retrouve le type de convivialité et une dignité que la société "moderne" (pourtant imposée par les conseillers de M. Flosse ! ) a tant détruit dans nos îles.

Le président Flosse lui-même semble très attaché à cette "famille" qui est bien le seul groupe pour lequel il organisait des soirées privées, telles celles données régulièrement au Palais présidentiel de juillet 2000 jusqu'à la fin 2003 et les multiples "arbres de Noël" de   fin d'année où il aimait distribuer personnellement les cadeaux aux enfants des GIP.  C'est ainsi que "Président" avait offert une nouvelle "famille" à beaucoup de jeunes et moins jeunes qui n'en n'avaient plus, et on comprend qu'ils lui en soient reconnaissants. En juin 2000, une branche féminine du G.I.P. fut créée, les « Gipettes ».  Il est certain que l'obéissance et l'adulation d'un homme par des membres de ce groupe bien discret (ils sont soumis à un serment de "secret" lors de leur embauche) inquiéta dans différents milieux, d''abord dans les milieux de l'Etat où certains craignent un "dérapage" lors duquel, pour la première fois depuis les guerres de Pomare II, des Tahitiens pourraient se trouver en conflit face à d'autres Tahitiens.

(AdP in TPM 112, août 2000)

 

 

Encadré

Les 463 nouveaux G.I.P. recrutés

Entre octobre 2004 et mars 2005, le président Flosse faisait recruter 463 nouveaux GIP qui vinrent s'ajouter aux 800 hommes déjà présents dans ce service qui dépend, rappelons-le, directement du président. Ces embauches, en période pré-électorale, offraient deux avantages évidents pour M. Flosse et son parti :

- elles fidélisaient 400 familles heureuses de voir l'un de leur membre trouver un emploi dans le secteur public :

- ces personnes embauchées avec d'autres GIP et leurs engins effectuèrent ensuite jusqu'au jour des élections une multitude de travaux (gratuits) pour les populations dans les districts et à Moorea : nettoyages de fa'apu (terres agricoles), aménagements de chemins d'accès, nettoyages divers, etc., tous des travaux destinée à fidéliser au Tahoera'a une clientèle électorale car dans le mental populaire, le GIP, c'est Gaston Flosse. En décembre 2004, un arrêté du conseil des ministres tenta de régulariser cette situation en autorisant le prêt des hommes du GIP aux communes.

AdP

 

 

Juillet 2005 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 171

GIP : business entre copains

Fin juin, le service de l'inspection du travail transmettait au parquet un rapport qui démontre que des employés de l'ancienne Présidence de M. Flosse montaient des opérations pour le moins étranges qui leur permettaient de toucher des pactoles considérables grâce à leur appartenance à une sorte de « famille ».

Voici le fonctionnement de l'opération telle qu'il est dévoilé dans le rapport :

La société territoriale d'économie mixte (SEML) Tahiti Nui Rava'ai commande des thoniers en Chine et en Corée, lesquels sont ensuite vendus à une société métropolitaine afin de permettre la défiscalisation, société qui finalement loue ceux-ci pour cinq ans à des sociétés de pêche tahitiennes.

Or, ces navires doivent être convoyés d'Asie jusqu'à Tahiti, ce qui crée un juteux marché de convoyage.

 

 

Fort de cette information, le chef des service de sécurité de la Présidence de Gaston Flosse, André Yhuel, s'associe avec Félicien Micheloni, le chef de la "cellule espionnage" du GIP et quelques autres proches du pouvoir pour créer une société « SARL Shipchandler » et nomme comme gérante une dame, Lynda Santoni, qui n'est autre que l'épouse de Félicien Micheloni. Celle-ci, dès le lendemain de la signature des statuts, accordera tous les pouvoirs à son époux, bien que celui-ci soit déjà fonctionnaire.

Comme par miracle ou plutôt comme prévu d'avance, cette société Shipchandler va obtenir de Tahiti Nui Rava'ai une commande pour le convoyage de huit thoniers, car selon les déclarations du directeur de Tahiti Nui Rava'ai, « seule cette société a été en mesure de répondre favorablement à la demande de Tahiti Nui Rava'ai à un tarif compétitif » bien que la SARL Shipchandler n'a aucun personnel maritime qualifié, même pas un capitaine. Le marché est vite conclu entre Tahiti Nui Rava'ai et Shipchandler pour le convoyage de ces navires de Chine à Tahiti, un contrat d'un montant de 76 796 000 Fcfp, soit 9 599 500 Fcfp par navire. L'enquête a ensuite trouvé l'explication de la source de personnel de la société Shipchandler : sur les 32 personnes recrutées pour effectuer ce convoyage, 22 étaient en fait salariés du GIP, donc employés du Territoire et les autres des soi-disant employés d'une société étroitement liée au GIP.

 

Mais encore, aucune des personnes recrutées n'avait, à la date du contrôle le 20 juin 2005 soit plus de deux mois après la fin du convoyage, perçu de salaire ni reçu de bulletin de salaire ; aucune n'était inscrite sur le registre du personnel de la société Shipchandler, un registre qui n'existe même pas.

Rere « rend service »

 

Surtout, c'est Léonard Puputauki, dit Rere, à l'époque chef suprême du GIP, qui avait procédé au recrutement ; il déclare avoir fait cela à titre bénévole, « pour rendre service ». C'est toujours « pour rendre service » qu'il a remis les billets d'avion aux marins recrutés pour ce convoyage. C'est encore « pour rendre service » qu'il a "bénévolement" accompagné les équipes en Chine, tout comme il leur a remis des acomptes, à la fois au départ de Tahiti puis sur place, comme le ferait un vrai patron. Pourtant M. Puputauki n'est nullement identifié comme membre de la SARL Shipchandler, ni comme faisant partie des équipages des huit thoniers. Que son voyage en Chine ait été payé par le GIP, donc par le Territoire, il l'explique par le fait qu'il aurait « profité d'une mission qu'il devait faire par ailleurs » (laquelle ?) pour s'occuper de cette affaire.

 

L'inspecteur du travail s'interroge donc légitimement sur le rôle de M. Puputauki dans cette affaire, qui ne s'est pas seulement limité à recruter le personnel (essentiellement des GIP), mais aussi à aller en Chine aux frais du GIP pour s'assurer du bon déroulement de l'opération et du départ de bateaux, alors que le GIP n'est même pas mentionné dans le contrat entre Tahiti Nui Rava'ai et la SARL Shipchandler. Il faut ajouter que les journaux d'alors titraient au sujet des « bateaux convoyés par le GIP ».

 

Mais il y a bien d'autres "irrégularités" : le départ de M. Puputauki et de son équipe pour le chantier naval chinois de Fuzhou eut lieu le 28 février et les équipages sont rentrés à Tahiti le 16 avril. Or six des GIP avaient déposé des demandes de congé allant jusqu'au 31 mars bien que le convoyage dura jusqu'au 16 avril. Quatre salariés du GIP avaient même participé à ce convoyage alors même qu'ils n'avaient pas déposé de demande de congé et étaient ainsi rémunérés par le Territoire. Les autres marins étaient essentiellement des salariés de l'un des armateurs bénéficiaires de bateaux, mais n'avaient pas fait l'objet d'une immatriculation à la CPS. Le délit de travail clandestin est donc incontestable.

 

L'enquête a permis également de mettre en évidence un autre problème : les personnes ressortissant du régime de I'ENIM (caisse d'assurance des personnels maritimes), salariées d'une entreprise affiliée à l'ENIM, continuent de l'être durant leur congé et tant qu'elles ne sont pas définitivement débarquées. Durant cette période, elles ne peuvent donc cotiser pour une autre caisse, la CPS en l'occurrence, ni cotiser à I'ENIM pour le compte d'un autre employeur. Ceci signifie que les salariés ENIM ne peuvent travailler nulle part ailleurs pour un autre employeur.

Par ailleurs, si un accident survenait à un salarié ENIM travaillant pendant ses congés pour un autre employeur, l'ENIM serait conduite à se retourner contre l'employeur et lui faire supporter le coût total de l'accident, créant ainsi un préjudice important à cet employeur, le GIP dans le cas d'espèce. Pour toutes ces raisons, il me semble clair que ces salariés ne peuvent donc travailler pour un autre employeur pendant leurs congés.

Aussi, ce n'est que le 20 juin, lors de la visite de l'inspecteur du travail, que la SARL Shipchandler s'est empressée d'effectuer les déclarations à la Caisse de Prévoyance Sociale (le jour même), aucun bulletin de salaire n'avait été émis pour les mois de mars et d'avril et personne n'était inscrit sur le registre du personnel. Il est clair que si le contrôle n'avait pas eu lieu, personne n'aurait été déclaré.

Il faut encore noter que lors du contrôle de la SARL Shipchandler par l'inspecteur, Monsieur Puputauki était présent aux côtés de Madame Hunter, tel un vrai "patron", voire un "chef de famille".

A la fin de son rapport, l'inspecteur du travail note que son « enquête a mis à jour des interférences pour le moins étranges, autour du GIP et de son ancien chef » Rere Puputauki, mais que celle-ci sortent de son champ de compétence.

 

Pillage de fonds publics ?

 

Il semble donc clair que c'est bien le GIP qui a effectué le convoyage de ces thoniers. Pourquoi alors la SEM Tahiti Nui Rava'ai n'a-t-elle pas signé de contrat directement avec le GIP, entreprise qui avait auparavant déjà effectué certains de ces convoyages, au lieu de passer par une société écran montée par des "personnes de confiance" du président Flosse ? Financement politique ? Pillage des caisses du Territoire ?

Cette affaire n'est que la première petite pointe d'un énorme iceberg de magouilles, combines et autres détournements qui commencent à émerger dans la nébuleuse GIP, des "dysfonctionnements" aussi bien dans les domaines de la construction, de l'import-export en gros que de fausses factures, peut-être même de contrebande, des affaires dont nous parlerons lorsque nous détiendrons des preuves plus concrètes. En attendant, mentionnons juste ce directeur d'une entreprise de maintenance d'ordinateurs de Tahiti qui fut tout surprisd'apprendre qu'il aurait facturé au GIP pour 96 millions de matériel et services, alors que ses livres de comptes montrent en réalité moins de 5 millions de chiffres d'affaires en cinq ans.

Voici bien des "anomalies" qui devraient vivement intéresser le procureur, s'il est intéressé, bien sûr…

Mais encore, tout ceci pourrait bien expliquer la raison pour laquelle M. Puputauki et ses fidèles GIP sont prêts à monter des barricades dès que quelqu'un « étranger à la famille » s'intéresse trop ou veuille prendre les rênes de ce service territorial bien spécial.

 

 

Oui, le GIP est bien un Etat dans l'Etat, avec des dirigeants qui se considèrent au-dessus des lois, et ceci parce qu'il a été créé par la volonté d'un homme politique qui était protégé par les plus hautes instance de l'Etat.

A.d.P.

 

 

Novembre 2005 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 175

Affaire GIP- JPK (suite)

Seconde (étonnante) condamnation pour Vetea Guilloux

 

Le feuilleton judiciaire GIP-JPK continue. Vetea Guilloux, le membre du GIP (groupement d'intervention de la Polynésie) qui avait dénoncé devant un ministre que deux de ses anciens collègues lui auraient expliqué avoir participé à l'enlèvement, puis à l'assassinat du journaliste Jean-Pascal Couraud en 1997, a été condamné en appel à 12 mois de prison dont 11 avec sursis pour "dénonciations mensongères". Les magistrats de la cour d'appel dePapeete ont estimé que Vetea Guilloux avait "menti" et que ses déclarations avaient conduit à des recherches longues et minutieuses, ce qui  justifiait une condamnation. Le chef d'inculpation de "dénonciations calomnieuses" qui avait valu à Vetea une condamnation en première instance à 12 mois de prison dont 9 mois avec sursis, a été pour l'instant écarté car une instruction sur la disparition du journaliste est toujours en cours. Comme Vetea avait déjà été emprisonné, il ressort libre de ce procès, mais il s'est pourvu en cassation contre le jugement rendu en clamant : « j'ai dit la vérité ». L'avocat du condamné, Me Cross, s'étonne que « la cour vient de dire à monsieur Vetea Guilloux "vous avez menti mais vous n'avez pas calomnié" ou alors "nous n'avons pas la preuve que vous avez calomnié"… ». Plus bizarre encore est ceci : comme la cour a écarté temporairement le volet JPK de l'affaire, il ne reste donc que les révélations de Vetea Guilloux sur la cellule espionnage du GIP. Or le rapport judiciaire de la brigade de recherches de la gendarmerie nationale du 21 février 2005 (lire TPM 169, p.10)(*)  confirme toutes les déclarations de Vetea à ce sujet. Où est le mensonge, alors ? Les gendarmes enquêteurs vont-ils aussi être condamnés pour « mensonge » ?

Du côté de la famille du journaliste disparu, Philippe Couraud, le frère du journaliste JPK, estime que « certaines personnes au sein de l'institution judiciaire » auraient essayé « d'étouffer » l'affaire.

 

 

Un autre témoin (qu'on ignore ?)

 

 

Une semaine avant ce procès en appel, Tahiti-Pacifique a rencontré un ancien haut cadre du GIP. Au cours d'une longue entrevue, cet homme nous a dévoilé (devant témoin) plusieurs choses étranges qui concernent l'affaire JPK et qui sont troublants. Ils méritent d'être connus, avec toutes les précautions.

D'abord cet homme explique que sur les cinq GIP qui auraient participé à la fameuse partie arrosée de "kikiriri" où l'un d'eux aurait raconté l'assassinat de JPK à Vetea Guilloux, deux seraient depuis décédés de façon pour le moins étrange : l'un, V.C., un sportif de 30 ans en pleine santé, se serait noyé dans 20 cm d'eau d'une rivière et l'autre,  F.H., un homme costaud 35 ans, serait mort d'un arrêt cardiaque sur le chantier aux îles Tonga. Mais ce qui est bien plus troublant, c'est que cet homme affirme sur l'honneur qu'il aurait, lui aussi, entendu un témoignage similaire aux affirmations de Vetea de la part de l'un des participants supposés liés à la disparition de JPK. Il affirme même l'avoir déclaré aux gendarmes lors d'une audition, lesquels lui auraient alors répondu que "ce n'est pas la question". Peut-on, doit-on croire cette homme ?

Décidément, cette affaire devient de plus en plus nébuleuse.

Le 4 octobre, Rere Puputauki et son ancien adjoint au GIP, Jean-Claude Tang ont été entendus par la brigade financière de la DCPJ. Cette fois-ci, il s'agit de la pépinière de Papara qui a coûté 86 millions Fcfp « disproportionné par rapport à l'ouvrage livré, selon la présidence actuelle. » Aussi, un hangar commandé et payé n'aurait jamais été construit. Les tricots de la campagne électorale du Tahoera'a, importés de Chine et retrouvés dans les locaux du GIP à Tipaerui, font également l'objet d'une enquête.

A.d.P.

 

 

Il se murmure que ce procès-verbal "gênerait" vivement et qu'une contre-enquête aurait été engagée (pour le démentir ?) par d'autres enquêteurs. A vérifier.

 

 

Janvier 2006 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 177

Chantage à l'emploi et « pour le Pays »

L'exploitation de marins et stagiaires par Rere Puputauki

 

 

« Je suis le défenseur des petites gens »

 (Déclaration de Rere Puputauki lors des barrages de mars 2005)

 

 

En juillet dernier (lire « GIP : business entre copains » TPM 171, juillet 2005), nous avions dévoilé comment la société Shipchandler, montée par MM. Yhuel et Micheloni les chef barbouzes de l'ancien gouvernement Flosse, avaient touché un pactole plutôt louche et illicite en convoyant en mars et avril 2005, huit navires thoniers de Chine à Tahiti avec les moyens du GIP et la complicité de son chef, Rere Puputauki. Nous avions terminé cet article en annonçant que « cette affaire n'est que la première petite pointe d'un énorme iceberg de magouilles, combines et autres détournements qui commencent à émerger dans la nébuleuse GIP ». Il s'avère que nous avions raison.

 

 

En effet, des documents révèlent que cette scandaleuse affaire n'est nullement unique et qu'en 2003 et 2004 déjà des magouilles similaires ont eu lieu, cette fois-ci sous la responsabilité du grand chef omnipotent du GIP, M. Léonard (dit Rere) Puputauki, et ce peut-être avec la complicité de la SEML Tahiti Nui Rava'ai (TNR), la société territoriale d'économie mixte locale créée par le gouvernement Flosse en 2000 pour assurer la programmation, le financement et du suivi de la construction de thoniers ; qui ne pouvait pas ne pas être au courrant. Là encore les victimes sont les travailleurs (du GIP comme des Polynésiens en "stage") qui ont été honteusement exploités, les contribuables français, car on a abusé de la défiscalisation et des contribuables polynésiens qui devront certainement payer l'ardoise finale.

Deux autres convoyages de thoniers avaient été organisés par TNR (*) . Le premier concernait cinq thoniers en provenance d'un chantier naval coréen de Pusan. Il eut lieu du 10 juin au 12 juillet 2003,. 25 marins, soit cinq par bateau, ont été recrutés pour ce convoyage confié par contrat de prestation de service à la société «  Les Pêcheurs Polynésiens » dont l'actionnaire unique est Rere et qui en était également le gérant à la signature du contrat. Pourtant, à la même époque Rere était déjà employé à plein temps et grassement rémunéré en tant que haut fonctionnaire « rattaché au cabinet du président Flosse » en qualité de « chef du Groupement d'Intervention de la Polynésie française (GIP) ».Qu'il puisse en même temps être actionnaire unique et gérant d'une entreprise privée qui ne vit que de contrats passés avec des organismes territoriaux est vraiment étonnant et une des spécificités de Tahiti !

Ce contrat est d'un montant de 9,6 millions Fcfp par bateau, donc un total de 48 millions pour cinq thoniers. Cette rémunération comprend l'acheminement de l'équipage, l'avitaillement complet du navire et la rémunération des marins, y compris toutes les sujétions. L'équipage recruté par Rere pour effectuer ce convoyage était composé, pour chaque bateau, de trois marins du GIP sous statut ENIM (qui pourtant interdit formellement à ses cotisants de travailler pendant leurs congés pour un autre employeur que celui qui cotise !) et de deux CIG (chantier d'intérêt général) ou DIJ (dispositif d'insertion des jeunes) en stage au sein de la société Les Pécheurs Polynésiens, donc aux salaires payés par les fonds publics, essentiellement des subventions de l'Etat. Selon les témoignages recueillis, les marins du GIP ont été sélectionnés par Rere qui les avaient simplement convoqués et mis en congé d'office (aucun d'eux n'aurait signé de demande de congé).

Lors de son audition, Rere a reconnu qu'il était convenu le paiement d'une indemnité, égale à 250 000 Fcfp pour un capitaine, 200 000 Fcfp pour un mécanicien et 100 000 Fcfp pour un DIJ ou CIG. Selon les nombreux témoignages de ces marins, ces promesses ont été globalement respectées pour ce convoyage, mais pas toutes. Les versements de sommes en liquide ont été effectués au départ et ensuite au retour, par Rere lui-même et sans que jamais aucune de ces sommes ne fassent l'objet de déclaration auprès des organismes sociaux de Tahiti ou d'ailleurs. Une enquête a permis d'établir que les marins du GIP avaient perçu des sommes variables, mais au minimum 150 000 Fcfp. Quant aux stagiaires, qui ont naturellement continué à percevoir leurs indemnités de stage (80 000 Fcfp, correspondant à 36 heures de travail par semaine octroyé par les programmes d'insertion)  plus des sommes en liquide de 60 000 à 100 000 Fcfp chacun. Aucun bulletin de salaire n'a jamais été établi et personne ne figure sur le registre du personnel, inexistant.

Ces rémunérations étaient dérisoires comparées aux factures présentées par Rere à TNR : 1,3 millions Fcfp pour un capitaine, 1,08 millions Fcfp pour un mécanicien et 427 000 pour un matelot (DIJ ou CIG), une facture de frais de personnel d'un montant total de 20.528.209 Fcfp, copie des bulletins de salaire à l'appui. Ces documents, ces soi-disantes "fiches de paye" remises à Tahiti Nui Rava'ai, sont donc manifestement des faux. Des documents qui ont par ailleurs servi pour justifier la défiscalisation du prix du voyage considéré une partie de la valeur du bateau.

 

 

Promesses, oui, mais pas de salaire

 

Attardons-nous brièvement sur la bizarre société de Rere Puputauki. Créée en 1998 sous le nom de Coopérative de Pêche To'ata, elle devint l'EURL Les Pêcheurs Polynésien en 2000 (actionnaire unique Rere Puputauki), puis se transforma en 2003 en EURL des Pêcheurs Tahitiens (actionnaire unique : toujours Rere  Puputauki). Elle n'a pas de salariés hormis les CIG et DIJ rémunérés par la collectivité afin qu'ils profitent d'une « formation ». Même la secrétaire est une CIG ! Jacques Auraa, aussi gérant d'une autre société, sur ordre de Rere, en sera le gérant « virtuel » pendant deux ans. Qui alors étaient les formateurs ? Selon M. Auraa, ce seraient un « Popa'a bénévole » dont on ne connaît pas le nom, Rere Puputauki et le capitaine Voirin. Mais si ces deux derniers sont déjà employés à plein temps par le GIP, comment et quand pouvaient-ils donc former les stagiaires ? Mystère ! Surtout que deux bateaux achetés en 2003 ont fait huit campagnes de pêche en 2004-2005. On s'étonnera de la facilité avec laquelle les différentes sociétés gigognes de Rere Puputauki obtenaient instantanément la mise à disposition de « stagiaires » CIG et DIJ aux salaires financés par l'argent public, surtout lorsqu'on connaît le parcours administratif compliqué exigé à d'autres sociétés privées. Personne n'a-t-il jamais vérifié l'utilisation de ces stagiaires pendant les trois années et plus que cela a duré ? Existait-il un « réseau de protection » ou des "ordres" à l'intérieur de l'administration ?

 

 

Le deuxième convoyage concernait cinq thoniers en provenance du chantier naval de Fuhzou en Chine. Il a eu lieu du 11 novembre au 17 décembre 2003. 29 marins, soit six par bateau (l'un des navires n'avait que 5 membres d'équipage) ont été « recrutés » pour ce convoyage confié par la même TNR à la société Les Pêcheurs Tahitiens, qui est le nouveau nom de la société Les Pêcheurs Polynésiens de Rere et dont la gérance avait été confiée dans l'intervalle d'avril 2003 à juillet 2005 à Jacques Auraa. Il faisait uniquement, selon ses propres déclarations, « ce que Rere demandait ».

Le contrat de convoyage est encore  d'un montant de 9,6 millions Fcfp par bateau, soit un total de 48 millions Fcfp. Là encore, l'équipage était recruté par Rere, toujours composé de trois marins du GIP sous statut ENIM et de trois CIG ou DIJ en stage.

Selon les témoignages, les marins du GIP ont encore été sélectionnés par Rere Puputauki, convoqués par lui et mis d'office en congé. Une partie des personnes retenues avait effectué le précédent convoyage. Là encore, aucun n'aurait signé de demande de congé et il était toujours convenu le paiement d'une indemnité de 250.000 Fcfp pour un capitaine, 200.000 Fcfp pour un mécanicien et de 60.000 à 100 000 Fcfp pour un DIJ ou CIG. Aussi, Rere avait présenté la même facture de frais de personnel d'un montant total de plus de 20 millions Fcfp à TNR. Encore des faux ! Aucun des marins n'a été inscrit sur le registre du personnel, inexistant au sein de la société Les Pêcheurs Tahitiens, tout comme aucun bulletin de salaire n'a été remis aux marins qui ont effectué ce convoyage. Ainsi personne n'a été déclaré à aucun organisme que ce soit, si ce n'est aux Affaires maritimes pour l'incontournable liste des équipages.

Mais cette fois-ci, toujours selon les témoignages recueillis, pratiquement aucun versement de salaire ou d'indemnité n'a été versé aux marins concernés. La plupart n'ont perçu que quelques milliers de yuans (environ 8000 Fcfp selon un témoignage) sur place, et cela seulement après les avoir réclamés. Une immense déception pour ces marins de condition très modeste à qui Rere avait promis une forte somme au départ et qu'ils espéraient pouvoir utiliser pour acheter des biens et des meubles en Chine où les prix sont ridiculement bas.

 

 

« Le pays a besoin de vous »

 

 

Pour ne pas avoir à payer ces « petites gens » les sommes promises, les témoignages dévoilent que Rere Puputauki leur faisait miroiter un emploi fixe au GIP, en leur expliquant que « le Pays a besoin de vous pour accomplir cette mission » et qu'il leur était « nécessaire de donner un coup de main ». Ainsi, lors des convoyages, Rere entretenait habilement l'amiral  du GIP et d'homme de confiance du président Flosse œuvrant soi-disant pour « le bien du pays », et sa position d'actionnaire unique et gérant de la société « Les Pêcheurs Tahitiens » où en réalité il utilisait des fonctionnaires et des stagiaires pour son enrichissement personnel dans le cadre d'un marché privé.

Cette exploitation éhontée de "petite gens" semble d'ailleurs être devenue la norme dans le proche entourage du président Flosse, puisqu'en 2005 André Yhuel, fonctionnaire responsable de la sécurité au Palais présidentiel, à son tour exploitera le « filon » de la même manière avec sa société Shipchandler et l'assistance de Rere Puputauki.

 

 

Mais ce n'est pas tout : lors du deuxième convoyage, Rere Puputauki accompagné de son interprète a personnellement fait le déplacement en Chine, au frais du GIP, pour s'occuper de ses hommes et d'autres affaires. Or, il n'existe pas d'ordre de réquisition pour ce déplacement dans les archives du GIP, comme cela a été le cas pour le convoyage effectué par Shipchandler en 2005. Là encore, Rere Puputauki entretient sur ce point habilement la confusion, car dans le même temps, le navire Tahiti Nui VIII du GIP était en cours de construction dans le même chantier naval. Pourtant, pendant ce déplacement, son interprète assure s'être occupé presque exclusivement des marins qui devaient faire le convoyage. Là encore, Rere Puputauki utilisa sa position de chef de service et les moyens du Territoire pour faire prospérer ses propres affaires conclues dans le cadre d'un marché privé.

Dans ces deux affaires, deux procès verbaux pour délit de travail clandestin et dissimilation d'activités, passible d'un mois à un an d'emprisonnement, à l'encontre de Rere Puputauki et ont été transmis au parquet de Papeete en octobre 2005. Celui sur le scandale Shipchandler avait été remis fin juin 2005. L'avenir dira s'il y aura des suites… ou pas.

 

 

N'oublions pas de mentionner que ces convoyages ont aussi servi pour transporter une quantité considérable de marchandises (guirlandes lumineuses ? des T-shirt et casquettes orange ?, etc.) achetées en Chine qui ont certainement profité à une nébuleuse société import-export de l'entourage de Rere. Le long dédouanage des bateaux à Motu Uta en témoigne et il serait intéressant de pouvoir consulter la liste à la douane. Il se pourrait que les bénéfices engrangés par la vente de ces importations excèdent le prix réel des navires. Mais encore, ce transport "gratuit" est aussi une concurrence franchement déloyale vis-à-vis des autres importateurs qui doivent payer non seulement le transport, mais aussi les droits d'entrées sur les frais de transports ainsi que le salaire de Rere au GIP à travers leurs impôts !

 

 

Il faut aussi noter le fait étrange que le directeur de Tahiti Nui Rava'ai, l'officine territoriale qui importe et finance l'essentiel des thoniers, ait signé le contrat du convoyage de novembre et décembre 2003 seulement le 15 décembre 2003, soit juste deux jours avant l'arrivée des bateaux à Tahiti. C'est comme s'il y avait eu une entente tacite entre Rere Puputauki et les dirigeants, à l'époque Brigitte Vanizette ou Pierre Teriitehau qui était aussi conseiller spécial du président Flosse. En bref, cela donne un "parfum" de cuisine intime entre membres d'une "grande famille".

 

 

Mentionnons que ces « anomalies » ont seulement été découvertes parce que des inspecteurs du Service du Travail se sont intéressés à la chose et ont conduit leur enquête avec rigueur et opiniâtreté. Espérons que leur travail n'aura pas été fait pas en vain, que leurs dossiers ne restent pas "oubliés" dans un placard où un "malencontreux oubli" les fera tomber dans les oubliettes  judiciaires de la prescription.

 

 

Des navires qui ne sont pas exploités

 

 

Ainsi a-t-on dépensé une fortune à faire venir des thoniers de Corée et de Chine (nous ne parlerons pas ici du prix de ces bateaux, c'est un sujet pour un autre dossier). Mais que sont depuis devenus ces thoniers ? Ces navires sont financés par TNR et c'est le Territoire qui garantit les prêts. Aussi, sur un coût total d'environ 140 millions Fcfp pour un thonier de 21 mètres, l'armateur  doit apporter de 6 à 8 millions et devra rembourser un emprunt de 56 à 77 millions. Le reste, donc la moitié, est pris en charge par la défiscalisation Loi Girardin.

Il faut savoir que six de ces bateaux, les Meherio V, VI, VII, VIII, XII et XIV avaient été commandés (peut-être avec un peu de légèreté) par les sociétés de Rere, des bateaux dont le président Flosse en personne avait lancé la construction lors de son voyage officiel en Chine. Comme l'armateur doit avancer au moins 5% à 7% du capital, ceci fait une mise d'au moins 40 millions Fcfp pour Rere. Or depuis leur arrivée à Tahiti, ni le Meherio XII et XIV, construits en Chine en 2003, n'ont été pêcher. D'ailleurs, à l'exception d'un thonier, aucun des bateaux construits en Chine en 2004 ne pêchaient en septembre 2005.

Résultat : Tahiti Nui Rava'ai connaît aujourd'hui une situation financière très difficile et le gouvernement a dû intervenir. Certes, la société d'économie mixte réalisait des recettes intéressantes sur la construction de bateaux en s'octroyant une marge, mais en raison de la baisse des rendements de pêche (le thon se fait rare dans notre région du Pacifique), aucun armateur ne souhaite plus lancer une unité neuve. Pas de construction,. pas de recettes.

Pis encore, beaucoup d'armateurs (dont Rere Puputauki) se sont désistés de leurs engagements (comment est-ce possible ?) et TNR a été  obligé de prendre la relève. Les thoniers restent à quai et ces navires sont alors passibles de perdre leurs agréments de défiscalisation car la Direction générale des impôts (de Paris) exige une exploitation continue pendant cinq années après la construction. Si tel n'est pas le cas, si le bateau n'est pas exploité pendant quatre mois, en principe l'agrément de défiscalisation est retiré et les investisseurs peuvent être amenés à payer une amende et à rembourser les crédits d'impôt accordés par la Loi Girardin. Comme le notait en septembre dernier le gouvernement «  Tahiti Nui Rava'ai se porte caution de l'exploitant. Le retrait d'agrément aurait pour conséquence l'obligation pour TNR de rembourser les sommes investies par les investisseurs métropolitains, majorées de pénalités fiscales, auxquelles s'ajouterait également le remboursement des emprunts bancaires contractés.  Il entraînerait également une perte de confiance des investisseurs dans notre pays au niveau de la défiscalisation métropolitaine ». Or le gouvernement, actionnaire à 85% dans TNR, a déjà mis la main à la poche en septembre 2005 en accordant une subvention exceptionnelle de 327 millions de Fcfp, juste afin de permettre la poursuite de l'activité de TNR jusqu'à la fin 2005. Or ceci ne devrait être qu'un commencement et, étrangement, on ne trouve pas de subvention à TNR programmée dans le budget 2006. En décembre, TNR a dû créer une société filiale, la « SAS Avai'a » afin de prendre en gérance les navires et ainsi les faire pêcher, même à perte, ne serait-ce que pour ne pas perdre l'agrément de la défiscalisation.

On est donc en droit de poser la question : le contribuable polynésien va-t-il à terme payer intégralement les thoniers que Rere Puputauki a commandés ?

 

 

En conclusion, certes la création de la flottille de pêche hauturière était une bonne idée pour développer les ressources marines de la Polynésie française et donner des emplois à ses habitants, ce qui est louable. Mais il semble que des « parasites » proches du pouvoir de l'époque se soient greffés sur cet outil de développement et l'ont ainsi mis en péril.

 

 

Là encore, on peut se demander si la raison pour laquelle M. Puputauki et ses quelques fidèles du GIP sont prêts à monter des barricades dès que quelqu'un étranger « à la famille » s'intéresse trop ou veuille prendre les rênes de ce service territorial bien spécial ne serait pas pour "gagner du temps" jusqu'à ce que les agissements douteux du passé tombent sous le coup de la prescription.

 Oui, répétons-le, le GIP était bien un Etat dans l'Etat où l'"amiral" Rere Puputauki se considérait bien au-dessus des lois, et ceci parce qu'il a été créé par la volonté d'un homme politique qui était protégé par les plus hautes instance de l'Etat.

Alex W. du PREL

 

 

*) - Il faut mentionner aussi que Rere Puputauki a dû s'acquitter à Guam d'une amende de 50 000 dollars (5 millions Fcfp) car l'un des thoniers avait effectué un dégazage sauvage dans les eaux territoriales américaines. Là-bas, la loi est la loi, pas de "protection" et c'est comptant, et tout de suite !

 

 

Janvier 2006 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 177

Actualité

Rere fait encore son barrage

 

 

Des agents du GIP (Groupement d'intervention de la Polynésie) ont à nouveau bloqué en fin de journée du 21 décembre l'accès à la zone portuaire de Papeete. Des barrages du même type ont déjà eu lieu au mois d'avril et au mois d'août pour des raisons similaires.

Plusieurs engins lourds ont été postés sur le pont de Motu Uta qui mène à la zone portuaire de Papeete et aux différents dépôts d'hydrocarbures, et à hauteur de la cale de halage, a constaté Tahitipresse. Léonard (Rere) Puputauki, meneur de ces hommes, expliqua que c'était à cause de la nomination envisagée d'un nouveau chef à la tête du GIP. : « On a eu des accords avec Oscar Temaru (…) On a décidé avec lui que Yannick Boosie resterait le chef du GIP. Et aujourd'hui, ils proposent de nommer un nouveau chef, un balayeur de la commune de Faa'a, Etienne Hauata. Le président n'a pas tenu sa parole ». Ce nouveau barrage a de suite entraîné une ruée des automobilistes dans les stations-service de Tahiti.

Mais  en début de soirée, le groupe de GIP autour de Rere ayant eu l'assurance que la nomination d'un nouveau responsable du groupement a été repoussée mais aussi et surtout des explications sévères du haut-commissariat, le barrage fut levé.

Comme auparavant, le gouvernement Temaru a préféré calmer le jeu en repoussant la nomination d'Etienne Hauata à la tête du groupement à plus tard.

Il est intéressant de voir comment Rere et une trentaine de GIP peuvent terroriser la population et faire chanter le gouvernement comme bon lui semble.

Tahiti-Pacifique Magazine n° 178, février 2006

 Dissolution du GIP & cirque nucléaire

C'est le 11 janvier que la nouvelle tomba : Le conseil des ministres a pris la décision de dissoudre le GIP (Groupement d'Intervention de la Polynésie). « Le GIP n'a plus d'existence officielle », a annoncé Oscar Temaru, « nous avons patienté toute l'année 2005. On ne peut plus laisser cette situation perdurer (…) Il n'y a plus de GIP. En cas de blocage du port par quelques dizaines de personnes, nous pourrions engager des poursuites » faisant allusion aux blocages et chantages répétés dont la population de Tahiti et le gouvernement ont été les victimes chaque fois que le gouvernement Temaru tentait de nommer un nouveau responsable en remplacement de Léonard (Rere) Puputauki, à l'époque mis en place par Gaston Flosse et qui ne reconnaît que celui-ci comme chef..

Peu après, Rere réagissait au téléphone sur RFO radio depuis le Chili (il se dit qu'il y possèderait un restaurant dancing) : « Oscar Temaru n'a pas tenu ses promesses. Pour moi, il n'a aucun pouvoir ». Il indiqua aussi qu'un préavis de grève « concernant tout le personnel, y compris ceux qui travaillent dans les îles, et les bateaux » allait être déposé dans la journée par son syndicat Solidarité. Mais il comprit vite qu'il est impossible de déclarer une grève qans une institution qui n'existe plus, surtout que M. Temaru fit de suite publier l'arrêté du conseil des ministres au Journal officiel.

Le lendemain, les formations politiques se sont exprimées et, bien sûr, Edouard Fritch accusa le président Temaru de « jouer au pyromane » et de répéter les même propos que Rere, c'est-à-dire que « Oscar Temaru ne tient pas sa parole encore une fois » en y rajoutant des menaces « il prend de gros risques en agisant ainsi » ; alors que Philip Schyle du Fetia Api approuvait : « Il était temps que l'on mette fin à l'existence de ce que j'appelle une institution dans l'institution, certains leaders, et je pense notamment à Léonard Puputauki, avaient pris trop de poids ».

Mais la terreur que représente Rere et ses hommes est bien ancrée et après l'annonce de la dissolution du GIP , il y eut une ruée des automobilistes dans les stations-service de Tahiti, en prévision d'éventuels barrages.

Ensuite il y eut des négociations avec les syndicats et le gouvernement accepta d'inscrire les 310 agents du GIP, embauchés en CDD juste avant les élections de février 2005 pour tenter de gagner des voix,sur une liste d'aptitude afin d'être nommés fonctionnaires, de façon nominative, par un arrêté ministériel en catégorie D, intégrés à la fonction publique sans passer de concours.

 

Enfin une décision ferme

C'est le président Temaru en personne qui distribua les contrats aux 310 nouveaux fonctionnaires en puissance, alors que Rere Puputauki essayait de ne pas perdre la face, d'abord en déclarant « lever le préavis » de la grève tout à fait impossible, rajoutant « s'il y a un gagnant, on peut dire que Rere Puputauki a gagné et le syndicat 'Solidarité' aussi » et un pathétique « le combat, on l'a mené pour ces petites gens là ».

 

Ainsi prenait officiellement fin l'existence de GIP, une "milice", "garde prétorienne" ou "légion" selon les avis, que le président Flosse avait créée le lendemain des émeutes de 1995, (d'abord sous le nom de "groupement d'intervention de la présidence") et dont les chefs lui étaient restés obéissants et fidèles, même après la perte du pouvoir.

Du côté de la population, la décision fut accueillie presque à l'unanimité avec soulagement et satisfaction, d'abord pour avoir levé la menace perpétuelle que représentait cet « état dans l'état » ; mais aussi parce que, pour la première fois vraiment, le président Temaru avait enfin pris une décision ferme, nette, définitive et sans tergiverser.

Mais il se peut aussi que le GIP puisse un jour résuciter car cette organisation offrait à certains des pouvoirs, même une "extralégalité" que beaucoup sont certainement tentés de retrouver un jour.

A.d.P.

 

 

 

 

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 178, février 2006

Affaire JPK : interférences dans l'enquête

 

Le juge Barruol poursuit son enquête dans l'affaire de la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud (dit JPK).On apprend que des anciens cadres du GIP auraient été entendus par la brigade de recherches de la gendarmerie nationale. Par contre, une information provenant du comité de soutien pour la réouverture de l'enquête et la recherche de la vérité sur la disparition de Jean-Pascal Couraud jette une nouvelle fois une ombre sur l'impartialité de certains magistrats dans cette affaire.

 

Sabotage de l'enquête

Ainsi, selon le comité, une source "irréprochable" aurait dévoilé que « certaines personnes, tenues naturellement informées du déroulement de cette enquête de par leur position au sein même de l'institution judiciaire, continuent à œuvrer dans l'ombre afin de contrecarrer le travail des enquêteurs. Ainsi, plusieurs personnes mises sur écoute téléphonique [à la demande du juge Barruol], auraient été délibérément prévenues afin d'ôter aux enquêteurs une des rares possibilités d'obtenir d'éventuelles preuves d'un assassinat, qui, pour de nombreux observateurs, apparaît pourtant aujourd'hui avec de plus en plus de certitudes comme étant la cause de la disparition de JPK. » Ce qui fait dire au comité que « ce comportement indigne est par ailleurs un nouveau révélateur du trouble et de la crainte suscités par le déroulement de cette enquête. Les mots nous manquent pour exprimer nos sentiments face à de telles dérives. »

Aussi, le fait que l'essentiel de cette information a été publié par un quotidien de la place et qu'elle n'a, à notre connaissance, suscité aucune réaction de la part du parquet de Papeete, semble confirmer sa véracité. C'est affligeant !

D'autres sources crédibles indiquent aussi qu'il y aurait eu à Paris des pressions pour que l'équipe d'investigation sur l'affaire JPK soit dissoute au plus vite.

 

Deux affaires, deux mesures

En marge de cette affaire, on s'étonne du silence total qui entoure l'enquête de la supposée tentative d'assassinat de Gaston Flosse dans l'hémicycle de l'assemblée de P.F. le 8 octobre 2004 par Patrick Mao, un soi-disant militant du Tavini. Alors que cet individu avait été interpellé se dirigeant vers M. Flosse avec un couteau à cran d'arrêt (dans sa poche, rappelons-le), l'instruction (pourtant simple) semble stagner depuis presque deux ans. Il faut comparer cette discrétion judiciaire avec le cas de Vetea Guilloux qui avait (sans couteau) seulement dénoncé devant les autorité un crime commis par le GIP (milice de M. Flosse) dont il avait connaissances, comme la loi d'ailleurs l'oblige à le faire. Ceci lui valut une garde à vue avec pressions et confrontations en solitaire avec ceux qu'il accusait, ce jusqu'à ce qu'il se rétracte. Suivit alors un procès en comparution immédiate, sans pouvoir préparer sa défense qui aboutit sur une condamnation à 6 mois de prison ferme pour « dénonciations calomnieuses et dénonciations mensongères ». Expéditif ! Il faut aussi expliquer que le procureur avait alors envoyé une très discrète lettre de félicitations aux gendarmes pour avoir brillamment réussi à obtenir la rétractation de Vetea dans ses déclarations, laquelle avait suscité le déplacement du procureur en personne à 5 heures du matin. Bonjour l'impartialité !

Comment ne pas faire la comparaison de cette justice plutôt "expéditive" qu'a subie Vetea Guilloux avec le dossier de Patrick Mao où on prend le temps de délivrer un mandat de dépôt, où on a ouvert une information en procédure criminelle (tentative de meurtre, quand même bien plus grave qu'une dénonciation), puis plus rien en 15 mois. Mais il est vrai que cette "tentative de meurtre" ressemble beaucoup à un "coup monté".

Si aujourd'hui la population de Tahiti est de plus en plus convaincue du meurtre de JPK, c'est essentiellement dû à l'étonnant zèle de quelques magistrats du parquet dans certaines affaires et pas d'autres, ce qui laisse croire qu'il pourrait y exister un "réseau" de protection pour l'ancien président de P.F. et ses amis, suspicion renforcée par les "interférences".

A.d.P.

 

Mort d'un membre du GIP : personne n'est responsable ?

 Le 24 janvier 2006Léonard (Rere) Puputauki dit « l'amiral », ancien grand chef du GIP (Groupement d'intervention de la Polynésie) comparaissait devant le tribunal correctionnel de Papeete pour répondre de la mort d'un membre de son service, Clément Hapipi, victime d'un accident du travail alors qu'il élaguait un arbre au lycée hôtelier du Taaone en… 1999. La veuve du défunt avait porté plainte contre Rere pour divers manquements à la sécurité de ses employés. Mais la commission rogatoire, mise en place en octobre par le tribunal, a conclu que ce dernier ne pouvait pas être tenu responsable car il n'y avait « pas de preuve que Léonard Puputauki ait bénéficié d'une délégation de pouvoir en ce qui concerne la sécurité du GIP » (sic !). Ce qui fait que le procureur de la République a recommandé l'abandon des charges retenues contre lui car Rere « était bien chef de service, mais il n'était pas employeur. Or le GIP dépend de la présidence, on peut donc considérer qu'à l'époque, le chef de Clément Hapiti, c'était Gaston Flosse. ». Celui-ci a d'ailleurs déclaré que le chef du GIP bénéficiait « dans les faits » d'une délégation de pouvoir en matière de sécurité, même s'il n'existait pas de preuve écrite, précisant même que Rere « dirigeait son service comme il l'entendait ». En effet, d'habitude lorsqu'une personne est nommée chef d'un service, elle en est responsable sans qu'une "délégation de pouvoir concernant la sécurité" spéciale ait été signée. Bien des dirigeants d'entreprises privées peuvent en témoigner pour avoir été condamnés par le même tribunal suite à des accidents survenus à leurs employés. Passons.

Donc comme Rere n'avait pas de "délégation de pouvoir concernant la sécurité et l'hygiène", c'est donc contre l'ancien employeur de Léonard Puputauki, l'ancien grand patron suprême du GIP, l'ex président Flosse que l'avocat de la veuve avait voulu se constituer partie civile en octobre dernier. Mais Maître Barmont, l'avocat de Léonard Puputauki, a expliqué que la prescription de trois ans, applicable dans ce genre d'affaires, « était acquise pour Gaston Flosse ».

Ainsi, un brave homme est mort et, bien sûr, aucun des "chefs" n'est responsable. Il manquait un "papier", ça, c'est important ! Passez, manants. Rere a déjà été acquitté dans une affaire similaire en 2002. Jugement début février. Ici aussi, comparez la vélocité de la justice : 7 longues années pour juger la mort d'un brave homme, moins de 6 heures pour condamner un témoin à la prison ferme pour « dénonciation mensongère » (lire ci-dessus).

A.d.P.  

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 179, mars 2006

La Chambre territoriale des Comptes expose à son tour le « système Flosse »

 C'est le 22 février que le quotidien Les Nouvelles de Tahiti publia en premier, avant sa diffusion officielle, de larges extraits du rapport définitif de la Chambre territoriale des comptes (CTC) sur la « Présidence et services rattachés (exercice 1991 et suivants) », c'est-à-dire sur ce que nous avions dénoncé dès 1996 et qualifié de « système Flosse » (en référence au "système de la Mairie de Paris").

Comme ce rapport confirme tout, mais vraiment tout ce que Tahiti-Pacifique magazine avait écrit et publié pendant 10 ans, nous nous permettrons dans ce résumé de faire quelques commentaires car il ne faut pas oublier que non seulement à cette époque la Présidence de M. Flosse nous faisait continuellement des procès pour publier ce qui s'avère être vrai, mais nous étions aussi attaqués par les deux quotidiens. Surtout Christine Bourne et Daniel Pardon dans La Dépêche (qui étaient jusqu'en 2004 l'infaillible suppôt de M. Flosse) qui nous accusaient « d'affabulation », de « fantasmes » lors de nos révélations sur le système Flosse, voire d'être un « agent de déstabilisation » lorsque cela concernait les essais nucléaires. C'est d'ailleurs attendrissant de voir aujourd'hui ces mêmes journaux tenter de se construire une fausse aura de "résistants", que ce soit à vis-à-vis du système Flosse comme du nucléaire !

 

Ainsi la Chambre des comptes révèle que ce sont bien 626 agents de cabinet qui émargeaient en janvier 2004 au Palais présidentiel. Est confirmée la boulimie du "service de la communication, chargé des relations avec la presse" de M. Flosse, le service de la propagande sous les directions de MM. Marc Hélias, Daniel Sparza, Daniel Franco et autres Yves Haupert où « 22 personnes, dont près de la moitié (10 exactement) était des journalistes » plus « les agents des services satellites ou rattachés comme la délégation de la Polynésie française à Paris ». On trouve la confirmation que Mme Christine Bourne a été payée par la Présidence dès août 1991 « une rémunération forfaitaire mensuelle de 500 000 Fcfp par mois » à travers une « convention de prestation de service pour une mission de conseil en communication », somme vite augmentée en octobre 1992 « à 600 000 Fcfp HT », ce qui fait que la dame journaliste a touché entre 1991 et 2004 un pactole total de 80 millions Fcfp. Chaque dame a son prix ! Dire que sur son site Internet Mme Bourne nous avait menacé de procès en diffamation lorsque nous avions publié les mêmes chiffres voici un an. Bravo aussi pour la déontologie et la neutralité pourtant demandée aux journaliste de la part de celle qui aime tant sermonner les autres, surtout qu'elle explique son achat par Flosse avec un « rôle beaucoup plus confidentiel, (...) des entretiens confidentiels [avec Flosse] sur la stratégie à mener et les tactiques à utiliser [par le biais] d'entretiens quasi quotidiens au téléphone », avouant ainsi qu'elle était partie prenante et militante dans la promotion de M. Flosse.

Confirmé aussi est le fait que tout le personnel (11 personnes) de Radio Maohi, la radio du Tahoera'a, émargeait à la Présidence. On apprend aussi que le même système avait été mis en place pour Jean-Christophe Bouissou, alors ministre du Logement et secrétaire général du Tahoera'a à la radio Taui FM de Faa'a à partir d'août 2002. Tout comme l'utilisation de subventions à des associations de jeunes, des club sportifs, l'achat de fonctionnaires municipaux, l'utilisation du « service aux particuliers » à des fins électoralistes, la distribution d'emplois fictifs sont confirmés (tous des "errements" connus parce que jadis publiés dans nos pages). Mon Dieu, après avoir lu tout ça et se rappeler que les élections du premier Taui dans les Îles-du-Vent ont été annulées sous prétexte de la « couleur des rideaux de la mairie de Mahina », la confirmation des connivences entre les institutions de Paris et le parti de M. Flosse ressort du tragi-comique.

 RG de la Présidence

 Mieux encore, la Chambre des comptes confirme à son tour l'existence des "RG" du Territoire, officiellement connus sous le beau nom de "Service d'études et de documentation" (SED). André Yhuel, le chef de ce service, « a expliqué que les missions de son service s'apparentaient à celles du service des renseignements généraux de l'État » et qu'il collectait « des renseignements d'ordre économique, culturel, social et politique. Le responsable du service et son adjoint étaient deux anciens agents des services de renseignements français et l'encadrement est assuré par d'anciens gendarmes ou militaires ». 16 agents travaillaient au SED en juin 2004. Il confirme même l'existence de la "cellule espionnage" : « Le service comporte deux cellules. L'une, sous la responsabilité de l'adjoint au chef de service, basée à Motu Uta (chez le GIP), constitue en fait "l'équipe discrète" qui recueille les informations auprès de la population notamment lors des manifestations publiques (politique, syndicale, sportive.(..) Les renseignements recueillis par la cellule de Motu Uta sont transmis chaque jour au chef de service qui lui-même fait un rapport chaque soir, écrit ou oral selon les circonstances, au directeur du cabinet du président de la Polynésie française ». Les véhicules avaient des plaques d'immatriculation banalisées. Jean Prunet, directeur de cabinet du président et Gaston Flosse en personne ont « confirmé les missions de renseignements du service » car, explique Flosse, « la Polynésie française n'ayant pas en propre le pouvoir de réprimer les atteintes potentielles à l'ordre public et étantdans l'obligation d'être informée en continu du climat économique et social induit par la préparation et les suites des mesures de sa compétence, il était légitime qu'elle puisse disposer d'un tel outil d'information ». Pourtant corrige la CTC, « aucun texte ne donne cependant compétence à la Polynésie française pour agir dans ce domaine spécifique. La collecte de renseignements afin d'assurer la sécurité intérieure reste donc de la compétence de l'Etat. » Et, comme nous l'avions écrit, l'Etat était au courant et acceptait : « selon les déclarations du responsable du service et de son adjointe des informations étaient échangées entre les agents de l'État et ceux du SED (...) dans les faits, les missions réelles du service semblaient donc connues des services homologues de l'État. »

On se demande alors pourquoi le procureur attend pour faire condamner la Chambre des comptes en parution immédiate, puisqu'elle ose écrire la même chose que Vetea Guilloux qui, lui, a été jeté en prison pour cela ?

Et comme nos fidèles lecteurs le savaient aussi, toutes les archives de ce service qui distribuait quand même 85 millions de salaires par an ont été détruites : « Hormis l'arrêté du président l'ayant institué, ce service n'apparaît dans aucun autre document et notamment il n'existe pas de compte-rendu de son activité dans le rapport annuel du président du gouvernement à l'assemblée comme pour les autres services territoriaux créés par délibération » regrette la CTC. « Le responsable du service [André Yhuel] a déclaré au rapporteur qu'il ne détenait plus aucun document, son ordinateur ayant été remplacé ». Il précise également qu'il « n'a pas fait de sauvegarde des documents archivés dans son ordinateur et (...) qu'il ne désirait plus exercer ce genre de fonction et dans ces conditions ne voulait pas conserver d'archives. » Au siège du GIP à Motu Uta, l'ordinateur de l'adjoint du chef de service [Félicien Micheloni] avait également été "nettoyé", notamment tous les documents concernant ses opposants politiques d'alors. « Aucun document relatif à l'activité du service n'a pu être produit. »

 

« Organisation concentrique »

Pour la Chambre, le système Flosse mis en place était composée de « cercles concentriques ». Au centre, le président Flosse et son cabinet, le « noyau dur du dispositif » entouré de services internes puis des « services dits rattachés », de services territoriaux « placés sous l'autorité directe du président » tel le GIP où le « responsable reçoit ses directives directement du président ».

La Chambre dénonce notamment l'opacité du dispositif « difficile à cerner » car « il n'existe pas d'organigramme officiel donnant la liste et la dénomination des services de la présidence » qui employaient 626 agents en janvier 2004 (il n'était que 127 en 1994). Ces personnes représentaient « environ 12% du total des agents payés par la Polynésie française » mais si on inclut le GIP et les autres satellites « ce taux s'élève à 27% en considérant l'ensemble des services sous l'autorité directe du président de la P.F. ».

Gaston Flosse d'ailleurs recrutait comme il voulait et qui il voulait : « le recrutement est discrétionnaire et il peut s'agir de fonctionnaires ou de titulaires de contrat de droit privé (…) en l'état de la réglementation, le président de la Polynésie française peut librement recruter les collaborateurs de son cabinet, fixer leur rémunération et leur régime indemnitaire et mettre fin à leurs fonctions ».

Cette orgie de recrutements à la Présidence était due à « l'absence de contrôle par le représentant de l'État des décisions concernant ces agents. (…) Les actes individuels pris notamment par le président de la P.F. n'étaient pas transmis au haut-commissaire dans le cadre du contrôle de légalité » et « la gestion spécifique et confidentielle des dossiers des agents du cabinet selon la volonté des responsables de l'exécutif » ce qui fait dire à la CTC que cette « forte volonté de confidentialité a entraîné une gestion totalement isolée… au détriment de la cohérence des efforts de restructuration engagés dans la dernière période par le service du personnel ».

Pactole des courtisans confirmé 

La Chambre des comptes confirme les chiffres et l'emballement des coûts que nous avions avancé (et que G . Flosse déniait publiquement tout en nous faisant un procès) « le montant des crédits ouverts est ainsi passé de 476 millions en 1993 à 2,38 milliards en 2003 (soit plus 400%) », en fait une masse salariale totale « décomposée en 2,75 milliards pour les 626 agents du cabinet et 2,45 milliards pour les services rattachés », un total de « 5,2 milliards Fcfp », un pactole pour les courtisans qui se gavaient sur le dos du contribuable : « In fine, sur un total de 540 agents dont le salaire est imputé (au cabinet présidence) en décembre 2003, 102 personnes ont un salaire mensuel supérieur à 500 000 Fcfp dont 20 supérieur à un million [8400 euros] » dénonce la CTC.

« Le conseiller spécial du président [Michel Paoletti] percevait en décembre 2003 un salaire net de 2,4 millions Fcfp » (en 2001, nous avions annoncé un salaire brut possible de 2,55 millions, ce qui nous valut un procès). Aussi, le même généreux système de rémunération était appliqué au directeur de cabinet [Jean Prunet], également fonctionnaire d'État détaché qui touchait 1,65 millions Fcfp par mois plus le logement, la voiture fonction et un agent de service. Un conseiller technique du président, fonctionnaire d'État détaché encaissait le « double du salaire perçu dans (ses) précédentes fonctions », soit 1,2 million de Fcfp grâce à des indemnités octroyées par le président Flosse.

 

Acheté en 2003, l'ATR 42 gouvernemental Tahiti Nui (sobriquet : "Air Flosse One") a coûté 2,4 milliards de Fcfp et la CTC estime le coût total du fonctionnement du Tahiti Nui « entre 140 et 150 millions de Fcfp par an, hors amortissement de l'appareil ». Elle confirme les balades privées de Gaston Flosse (avec famille ou amis) aux « résidences protocolaires » de Tupai ou Fakarava : « La fréquence des mouvements sur Tupai, Bora Bora et Fakarava reste sans explication puisque la liste des missions et les listes des passagers n'ont pas été communiquées. »

Tupai est « un investissement de1,6 milliard Fcfp et un coût de fonctionnement de 60 millions Fcfp pour une fréquentation des installations de l'atoll par des personnalités de l'ordre de 15 jours, maximum 20 jours, par an. » Fakarava, c'est 2,5 milliards Fcfp d'investissement soi-disant pour la venue de Chirac. Les constructions faites par le GIP sont dans un grand flou financier et on a débordé du terrain domanial sur le terrain d'un privé pour y construire un parking, un embarcadère, un vaste ponton, le fare potee et un bungalow sur pilotis !

Ah les belles voitures de la Présidence ! : « 70 voitures [dont] deux Lexus à 8,3 millions de Fcfp, une Audi A8 (15,3 millions), deux Audi A3 (à plus de 5 millions, le parc en compte 3) et une Cadillac Escalade (5,6 millions) » etc. « L'affectation des véhicules était de la compétence exclusive du président [qui] oubliait » de l'entériner par un arrêté. Aussi, sur « 88 cartes [de crédit] affectées aux véhicules » 15 étaient « sans plafond » alors que d'autres avaient un plafond mensuel « jusqu'à 300 000 Fcfp, ce qui suppose un kilométrage mensuel de l'ordre de 20 000 Km » Certains véhicules pouvaient être utilisés, de cette façon, par des membres de la famille.

Nous reviendrons plus en détail sur ce rapport de la Chambre territoriale des comptes dans nos prochaines éditions.

A.d.P.

 

Les emplois fictifs au tribunal

On se demande si la Chambre territoriale des comptes ne se substitue pas au parquet de Papeete. En effet, l'instruction judiciaire sur les emplois fictifs de la Présidence Flosse a été démarrée en... 1995 et n'est toujours pas terminée. C'est pour cela que la convocation de 27 personnalités et élus de Polynésie accusés « d'usurpation de fonction de comptable public ou de détournement de fonds » pour leurs « emplois de cabinet sous la présidence de Gaston Flosse » entre 1996 et 2004, ont été cités le 24 février à la barre de la cour d'appel de Papeete. Les principaux concernés sont Gaston Flosse, qui a signé les contrats, les maires Edouard Fritch, Michel Buillard et Jacques Vii (tous Tahoera'a), ainsi que les syndicalistes Cyril Legayic et Jean-Marie Yan Tu. 13 personnes ont été employées sous contrat cabinet à la Présidence de Polynésie, puis mises gratuitement à la disposition de neuf communes. Ces contrats ont pris fin en juin 2004, après la défaite électorale de Gaston Flosse. Si la Chambre les déclare « comptables de fait » et qu'ils ne peuvent produire les documents prouvant l'utilisation qu'elles ont faite des fonds publics, ils devront le rembourser. 308 millions Fcfp (2,5 M °Ë) auraient été utilisés de « manière non réglementaire ». Selon Me Quinquis, l'avocat de la majorité des personnes, le gouvernement aurait simplement apporté « un soutien financier et technique » aux communes, comme l'y autorisait l'ancien (pré 1996) statut de la Polynésie. Pour les syndicalistes, il s'agissait de « faciliter le dialogue social » entre le gouvernement et les syndicats. Le ministère public a soulevé la « gravité des faits » du caractère « confidentiel » du système qui était construit de façon à assurer la « dissimulation au comptable public » afin d'échapper aux contrôles des dépenses et a demandé la confirmation du jugement de la Chambre des comptes en date de 23 février 2005 qui déclare toutes les personnes impliquées « comptables de fait.

AdP  

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 180, avril 2006

Chambre territoriale des comptes :

Les services secrets de la présidence Flosse

Le SED [service d'études et de documentation] a été officiellement créé par arrêté n° 223/PR du 13 mai 1997 « portant organisation du service d'études et de documentation de la Présidence du gouvernement » (publié au JOPF du 22 mai 1997). L'article 1er de l'arrêté mentionne qu'il « est créé un service d'études et de documentation directement rattaché au président du gouvernement ». Les moyens de fonctionnement sont imputés sur les crédits ouverts pour la Présidence du gouvernement (article 2).

« Ce service est plus spécialement chargé (article 3) :

- de recenser la documentation existante au sein des structures administratives et d'en établir périodiquement une synthèse ;

- de réaliser toutes études prospectives dans les domaines économique, scientifique et culturel, susceptibles d'orienter les choix de la politique du gouvernement. »

« Les agents de ce service sont tenus au secret professionnel pour toutes les informations qui seraient portées à leur connaissance dans le cadre des études ».

Bien qu'officiellement institué, ce service ne constitue qu'une cellule au sein du cabinet de la présidence puisque les services de l'administration territoriale devaient alors être créés par délibération de l'assemblée1. Le chef du service a précisé lors d'un entretien le 7 juin 2004, que c'était à sa demande, à l'occasion de son recrutement, qu'un arrêté avait été pris par le président concernant la création du service.

 

Evolution des effectifs et qualification professionnelle des agents

 Une note du directeur de cabinet du président de la Polynésie française du 26 avril 1994 relative à la structuration des effectifs de la Présidence faisait déjà mention d'un « bureau d'études ». Placé sous l'autorité d'un officier de gendarmerie en retraite, le service comportait alors trois agents. En juin 2004, l'effectif était de seize agents. Le responsable du service et son adjoint étaient deux anciens agents des services de renseignements français et l'encadrement était assuré par d'anciens gendarmes ou militaires. Plusieurs agents étaient auparavant recrutés au GIP (groupement d'intervention de la Polynésie), mais au terme de deux contrats à durée déterminée, il leur avait été proposé un contrat de cabinet. Le profil des recrutements était donc peu en rapport avec les missions de documentation du service mentionnées dans l'arrêté de création.

 Un service de renseignements

 Lors de l'entretien précité du 7 juin 2004, le responsable du SED a expliqué que les missions de son service s'apparentaient à celles du service des « renseignements généraux » de l'Etat. Dans le compte rendu d'entretien, il précise que « le service a pour mission de collecter des renseignements d'ordre économique, culturel, social et politique…

Le service comporte deux cellules. L'une, sous la responsabilité de l'adjoint au chef de service, basée à Motu Uta (zone du GIP &endash; groupement d'intervention de la Polynésie), constitue en fait « l'équipe discrète » qui recueille les informations auprès de la population notamment lors des manifestations publiques (politique, syndicale, sportive…).

Les moyens financiers relèvent du budget de la présidence. Les moyens matériels étaient constitués par plusieurs véhicules (4 voitures et deux scooters), trois caméscopes, des appareils photos, dictaphone et un récepteur radio. Les véhicules possédaient des cartes grises de l'administration territoriale et des plaques d'immatriculation banalisées.

Parmi les personnels placés sous l'autorité directe du chef de service à la présidence, l'un est plus spécialement chargé du secteur des syndicats professionnels, deux autres agents (gendarmes en retraite) sont en liaison avec la gendarmerie, les R.G. et la police. Les renseignements recueillis par la cellule de Motu Uta sont transmis chaque jour au chef de service qui lui-même fait un rapport chaque soir, écrit ou oral selon les circonstances, au directeur du cabinet du président de la Polynésie française. Les relations directes avec le président Gaston FLOSSE restent très rares ».

Le compte rendu de l'entretien du 8 juin 2004 avec l'adjoint au chef de service confirme les propos ci-dessus relatés. Dans un procès-verbal d'audition, devant un officier de police judiciaire, le chef du service avait déjà déclaré en 2003 que son « rôle étant de renseigner le président du gouvernement » il s'entourait pour cela « de gens susceptibles de (…) fournirle plus d'informations. » Il indiquait également qu'il avait fait recruter dans son service, pour un travail de renseignement, un conseiller municipal d'une commune d'opposition par le biais d'un contrat de cabinet. Un autre agent, également en contrat de cabinet, était chargé de surveiller le GIP de l'intérieur. Il ajoutait également : « Bien sûr, à chaque fois, je soumets mes projets au président du gouvernement qui les accepte ou les rejette… » D'autres procès-verbaux d'audition notamment d'agents du service confirment l'activité de renseignement exercé par le service. Le directeur de cabinet du président, lors d'un entretien le 8 juin 2004 et le président au cours de l'entretien préalable du 23 février 2005 ont confirmé les missions de renseignements du service. Selon les responsables politiques2, « la Polynésie française n'ayant pas en propre le pouvoir de réprimer les atteintes potentielles à l'ordre public et étant dans l'obligation d'être informée en continu du climat économique et social induit par la préparation et les suites des mesures de sa compétence, il était légitime qu'elle puisse disposer d'un tel outil d'information ». Il est bien évident que ce service à leurs yeux ne peut intervenir dans les domaines qui sont du ressort de l'Etat, telle la sécurité extérieure par exemple. Mais la Polynésie française est une institution de la République et son gouvernement doit donc avoir les moyens de s'informer dans son domaine de compétence (grèves, mouvements sociaux…), alors que le service des renseignements généraux n'est qu'à la disposition de l'Etat. Pour ces responsables, la Polynésie française a une compétence d'ordre général et l'activité de « renseignement » en vue de la sécurité intérieure est incluse dans cette compétence. Aucun texte ne donne cependant compétence à la Polynésie française pour agir dans ce domaine spécifique… Par ailleurs la loi n° 2003-239 du 18 mars 2003 sur la sécurité intérieure dispose à son article 120 que le représentant de l'Etat « anime et coordonne la prévention de la délinquance et l'ensemble du dispositif de sécurité intérieure » en Polynésie française. « A cet effet, sans préjudice des missions de la gendarmerie relevant de la défense nationale, il fixe les missions autres que celles qui sont relatives à l'exercice de la police judiciaire et coordonne l'action des différents services et forces dont dispose l'Etat, en matière de sécurité intérieure. »…

 

L'absence de tout document d'archives

 

Dans le compte rendu de l'entretien précité du 7 juin 2004, le responsable du service a déclaré au rapporteur qu'il ne détenait plus aucun document « son ordinateur ayant été remplacé, depuis quelques jours avant cette audition par un agent du service informatique de la présidence(…) ». Il précise que ce renouvellement n'a pas été fait à sa demande. Il précise également qu'il « n'a pas fait de sauvegarde des documents archivés dans son ordinateur et (…) qu'il ne désirait plus exercer ce genre de fonction et dans ces conditions ne voulait pas conserver d'archives. » Selon le responsable du service informatique de la présidence, il s'agissait d'une opération normale de remise à niveau du matériel et, conformément aux instructions d'une circulaire en vigueur depuis plusieurs années, chaque chef de service était responsable des données produites dans son service.

L'absence d'archives a également été constatée dans les locaux du SED hébergés dans la zone du G.I.P. à Motu Uta. L'ordinateur de la cellule, qui appartenait à l'adjoint du chef de service, avait également été « nettoyé », notamment de tous les documents concernant les mouvements politiques alors d'opposition. Hormis quelques documents photographiques relatifs à l'entretien des bateaux du G.I.P, aucun document relatif à l'activité du service n'a pu être produit. In fine, la Chambre constate que des documents ont été effacés, documents qui pouvaient l'intéresser dans son examen de la gestion et qui auraient permis de constater la nature et la réalité du service fait…

 

Consultant très confidentiel

 Le 14 janvier 1997, le président du gouvernement a conclu une convention de prestation de service avec un consultant, pour une durée de six mois à compter du 1er janvier 1997, renouvelable par tacite reconduction. Cette convention confie à l'intéressé, ancien militaire, une mission d'études et d'informations sur l'évolution économique, sociale et politique du territoire. La rémunération est fixée à 450 000 F CFP par mois, payables au vu des rapports hebdomadaires adressés au président du gouvernement.

L'avenant n° 1 du 4 février 1997, qui ne compte qu'un article, précise que : « les rapports hebdomadaires présentés par M.… ont un caractère de stricte confidentialité. Ces documents sont insusceptibles d'être communiqués à quiconque hors de l'accord exprès du cocontractant »… En fait la mission du consultant relevait également d'une mission assimilable à celle des « renseignements généraux »… Comme précédemment les rapports du consultant n'ont pu être obtenus, ce dernier précisant que « selon les consignes donnéespar le président du gouvernement Gaston FLOSSE, une interdiction de conserver des copies m'a été formellement notifiée. » Le destinataire des rapports, M. Gaston FLOSSE, a indiqué : « Les rapports de M….. étaient remis au chef de service Etudes et Documentation qui en intégrait le contenu dans les notes qu'il me transmettait quotidiennement par l'intermédiaire du directeur de mon cabinet. Je ne suis pas matériellement en mesure de vous communiquer des documents que je ne possède pas ». Cette mission se rattache aux activités du SED et l'on peut s'interroger également sur le fondement juridique d'une telle prestation. En l'absence de tout document, aucune évaluation ne peut être faite par la Chambre quant à la réalité de la prestation payée, soit plus de 36 millions depuis 1997.

Extraits du rapport de la Chambre territoriale des comptes.

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 181, mai 2006

Actualité

La Chambre des comptes déclare des élus du Tahoeraa "comptables de fait"

La Chambre territoriale des comptes de Polynésie française, qui semble avoir pris la relève d'un parquet dont on pourrait croire qu'il rechigne à s'intéresser à des affaires impliquant certaines personnalités, a examiné le cas de 27 des quelques 100 "emplois fictifs" avoués du Palais présidentiel du temps du règne Flosse

Plusieurs élus du Tahoeraa Huiraatira, dont son président Gaston Flosse, ont été reconnus "comptables de fait" par cette Chambre. Ils pourraient donc être obligés à rembourser 308 millions Fcfp (environ 2,6 millions d'euros) utilisés de manière non réglementaire. Les 27 personnes, dont plusieurs élus du Tahoera'aa huiraatira, étaient accusées « d'extraction irrégulière de fonds des caisses publiques ». Entre 1996 et 2004, 13 d'entre elles s'étaient vues proposées des contrats cabinet à la présidence de Polynésie française avant d'être mises gratuitement à la disposition de diverses communes et organismes syndicaux.

Le 4 avril, la chambre territoriale des comptes a rendu ses jugements définitifs estimant que la plupart des accusés, dont Gaston Flosse, Edouard Fritch, Michel Buillard (tous du Tahoeraa) ou encore Cyril Legayic du syndicat CSIP, étaient reconnus "comptables de faits". Seul le secrétaire général du syndicat A Tia I Mua, Jean-Marie Yan Tu, qui était mis en cause, a été écarté de cette décision.

Toutes ces personnes pourraient donc être amenées à rembourser les sommes perçues, soit au total quelques 308 millions Fcfp. Elles ont toutefois deux mois pour interjeter appel devant la chambre territoriale des comptes. Lors de l'audience du 24 février, l'avocat des élus du Tahoeraa, Me Quinquis avait mis en cause l'impartialité des magistrats qui, selon lui, ne pouvaient assumer à la fois le rôle de contrôleurs, de juges d'instruction, de procureurs et de juges. La Chambre des comptes a rejeté cet argumentaire, estimant que la juridiction n'avait pas commis "d'entorse à la procédure".

La Chambre devrait aussi prochainement publier des rapports sur la gestion du G.I.P. et sur la construction du Palais présidentiel.

AdP avec l'ATP.

 

 

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 181, mai 2006

CONFIDENCES

La confiance régnait…

Dans le dossier de l'enquête sur la « cellule manifeste » d'espionnage du GIP, on apprend qu'un ancien membre de cette cellule a confirmé les dires de Vetea Guilloux en révélant aux enquêteurs qu'il avait « participé aux filatures d'une soixantaine de personnes, dont celles de JPK, Edouard Fritch [gendre de Flosse] et l'une des maîtresse du président Flosse avec emploi de moyens vidéos ».

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 181, mai 2006

La saga de Fakarava décrite par deux rapports de la Chambre des comptes

 Le 31 janvier 2006, la Chambre territoriale des comptes (CTC) publiait un rapport, celui sur les finances de la P.F. (exercices 1991 et suivants) qui, étrangement, n'a pas eu d'écho dans les médias. Dans ce pavé de 69 pages, la CTC explique en détail comment l'ex président Flosse dictait ses souhaits aux communes, dont celle de Fakarava.

 

"Comme le notait le rapport de la Chambre territoriale des comptes (CTC) sur la gestion de la Présidence de P.F., d'importants aménagements pour l'élargissement et l'allongement de la piste d'aviation, la construction d'une route de 22 km, la construction d'un débarcadère près de l'aérodrome, la construction d'un quai et d'une darse pour les bateaux de plaisance face au village de Rotoava ont été réalisés sur l'atoll de FAKARAVA entre janvier et juillet 2003. Les installations de production et de distribution d'électricité et téléphone ont également été redimensionnées et rénovées. Le coût total des travaux est de l'ordre de 2,5 milliards de Fcfp.

Selon les responsables qui les ont réalisés dans ce court laps de temps, les installations devaient être opérationnelles pour la venue du président de la République prévue en juillet 2003. [N.d.l.r. : Jacques Chirac refusera d'y aller], une partie de ces travaux, notamment le terrassement de la route, a été réalisée par le GIP. Parallèlement à ces travaux, au lieu-dit Makarea, le GIP a construit plusieurs fare MTR aménagé une plage et nettoyé une cocoteraie pour réaliser « une résidence protocolaire » [N.d.l.r. : dont le Territoire n'est pas le propriétaire ! lire plus loin].

L'occupation de ce terrain d'une superficie de 21 hectares et les aménagements réalisés, eux aussi avant juin 2003, ont été régularisés administrativement le 5 novembre 2003 décidant l'affectation au profit du GIP de la « terre présumée domaniale « SANS NOM» dénommée « site de MAKAREA » ». Toutes les décisions ont été donc prises postérieurement à l'installation du GIP sur le terrain et le conseil des ministres n'a fait qu'entériner une situation de fait. La parcelle mitoyenne dudit terrain, cadastrée C.I. 2, est pour une partie présumée domaniale et un particulier possède un droit d'occupation sur l'autre partie (promesse de vente), côté lagon. Sur ce dernier terrain un parking en enrobé a été aménagé. Il dessert en fait un ensemble, comprenant un embarcadère, un vaste ponton sur lequel est édifié un grand fare potee et un bungalow sur pilotis. Ces installations ressemblent à celles de [l'atoll de] Tupai et les mêmes lampadaires de type parisien (époque Haussmann) y ont été installés. Cet ensemble devait également accueillir le président de la République.

Il est impossible de déterminer le coût de la réalisation de ce site protocolaire, les travaux réalisés par le GIP ne pouvant être dissociés de ceux de l'ensemble de l'opération de l'atoll et le nombre d'agents assurant le gardiennage et l'entretien n'étant pas connu. Les opérations du GIP identifiables pour les installations sur ce seul site, correspondent en fait au coût de construction des fare et sont supérieures à 100 millions Fcfp.

Toutefois, c'est le particulier précité qui a payé les travaux du ponton et du bungalow sur pilotis. Selon ses dires, ces installations seraient destinées à recevoir des hôtes de marque, notamment de futurs investisseurs. En l'état actuel, on constate que le GIP a construit sur ce terrain privé un parking et même un des doubles bungalow MTR, dépenses toutes imputées sur le budget de la P.F.. Il convient de noter qu'une autorisation d'occupation du domaine public maritime a été accordée au particulier déjà cité pour 350 m2 alors que le ponton et le bungalow représentent une superficie de près de 900 m2. Aucun permis de construire n'a été sollicité ni pour le fare potee sur le ponton et le bungalow sur pilotis, ni pour les six fare MTR et le fare en dur. Aucune convention n'a par ailleurs été conclue entre la P.F. et l'occupant de la parcelle CI 2 et aucune facture n'a été établie pour les travaux de voirie effectués sur son terrain. Cette situation complexe ne manque pas de surprendre et ne peut être que source de contentieux futurs. Bien que non affectées officiellement à la présidence, ces installations ont hébergé des hôtes de la Polynésie française, comme son président et des membres du gouvernement. Ce site, selon les plans de vols de l'ATR, semble avoir été occupé par des personnalités entre 20 à 25 jours au plus de juin 2003 à juin 2004. La Chambre constate que l'aménagement de ce site protocolaire ne figure dans aucune décision de l'assemblée ou du conseil des ministres. Les dépenses ont été imputées le plus souvent sur des autorisations de programme globales qui ne permettaient pas une identification de cette opération. L'objectif de cette opération n'est pas connu."

 

Dans le rapport du 31 janvier 2006 sur les "finances de la P.F. (exercices 1991 et suivants)" resté plutôt discret, la CTC explique en détail comment l'ex président Flosse dictait ses souhaits aux communes, dont Fakarava.

"Le processus normal d'attribution [de subventions aux communes] est le suivant : demande motivée du maire, en général à la suite de l'adoption par le conseil municipal d'un programme pluriannuel de travaux, accord de principe du président, délibération du conseil municipal avec le plan de financement, arrêté d'attribution au vu du dossier constitué par la commune accompagné des pièces justificatives requises. Une convention est également signée entre les deux collectivités. Ce schéma est parfois contourné. Dans certaines situations, c'est le Territoire qui a sollicité la demande de la commune ou alors cette subvention est liée à des circonstances conjoncturelles.

En ce qui concerne FAKARAVA, la chronologie des différentes phases pour l'attribution des subventions a été plusieurs fois bousculée. Ainsi pour l'extension du réseau électrique allant de la terre de Makarea (installation du GIP) à la terre de Fareana (fin de la route de 22 km débouchant sur un terrain nu sur lequel pourrait être éventuellement réalisé un golf) la demande du maire est datée du 28 janvier 2004. Elle est parvenue à la présidence le 30 janvier : « Faisant suite à notre dernier entretien et en continuité de la phase 4 du programme d'électrification, j'ai l'honneur de solliciter de votre part une subvention d'investissement de 42 millions pour financer en totalité les travaux d'extension en souterrain du réseau électrique de la terre de Makarena vers la terre de Fareana ». Aucune motivation n'est précisée. Dès le lendemain 31 janvier, l'accord est donné par le président pour une subvention au taux de 100% et un projet de convention est joint pour l'adoption du conseil municipal. Le 31 janvier également, le maire sollicite une autre subvention : « Faisant suite à notre dernier entretien, il a été décidé d'installer le long du quai dans le village de Rotoava un éclairage public de type "parisien en TOP" avec une lanterne. Ce projet s'inscrivant dans la continuité du programme d'électrification de Fakarava, je sollicite de votre part une subvention du territoire pour le financement total de cette opération (14,2 millions pour 30 lampadaires sur 30 mètres de quai, soit 473 000 Fcfp par lampadaire). » Le jour même, le président répond favorablement à la demande : « Par courrier visé en référence, vous me faites part de la décision du conseil municipal de procéder à l'installation d'un éclairage public le long du quai dans le village de Rotoava… ». Le dernier exemple date également du 30 janvier et dans un troisième courrier le maire sollicite une subvention pour la construction de trois logements pour les instituteurs. Dans sa réponse, le président ne fait plus référence à la demande mais précise que « dans la perspective du projet d'aménagement du quai de Fakarava, il a été convenu, lors de notre dernier entretien, de déplacer les trois logements de fonction des instituteurs qui seront par la suite déclassés et détruits après autorisation du conseil municipal ». Une subvention de 70 millions est accordée à 100%.

 

Hôtel et terrains à Moorea

 

A Moorea, le conseil municipal a autorisé le maire, le 6 février 2004, à entreprendre des démarches en vue d'acquérir plusieurs immeubles mis en vente dans la commune. Le maire a fait une demande adressée au territoire le 9 février 2004 en sollicitant deux subventions, l'une de 471 millions pour un terrain de 15 ha permettant à la fois de réaliser une zone de protection de forage (captage de l'eau) et un complexe sportif et l'autre d'un montant de 450 millions pour l'acquisition d'un ancien hôtel désaffecté situé dans la baie de Cook. Le conseil municipal a adopté une délibération le 11 mars 2004 en faveur de la réalisation de ce deuxième projet en dépit des réticences de certains conseillers défavorables à cette option notamment en raison du coût de rénovation des bâtiments. Le procès verbal de la séance a mentionné les arguments développés par le maire : « Le maire ne partage pas ce raisonnement, à son sens la prise en charge de cette acquisition par le biais de la DDC n'estpas à dédaigner, le président de la Polynésie française a été clair, l'achat de ce terrain et des bâtiments existants doit aboutir à l'essor économique de Moorea (accueil des croisiéristes, centre artisanal), si la volonté du conseil de Paopao est de refuser cette manne, le président sera informé et l'opération sera annulée au budget de la commune ». L'attribution de la subvention était subordonné à un emploi précisé par l'autorité attributive. En définitive, il n'y a pas eu de suite à ce dossier, en raison vraisemblablement de la dissolution de l'assemblée de la P.F..

Ces exemples sont la démonstration que dans certains cas, les procédures administratives mises en œuvre pour l'attribution des subventions aux communes sont contournées.

De façon plus générale, en l'absence de dossiers techniques et de critères d'attribution des subventions définis en fonction d'objectifs hiérarchisés, il n'est pas possible de vérifier les modalités de la procédure qui ont conduit au choix que le président a fait seul.

 

Attributions aux communes en général

 

Le rapport annuel 2003 de la délégation pour le développement des communes (DDC) permet de constater que fin 2003, 655 conventions avaient été signées depuis la création de la DDC pour un montant de 11,4 milliards de subventions attribuées, sur un montant total d'investissement de 17,7 milliards Fcfp soit un taux moyen de subvention de 64,35%.

Les tableaux produits par la DDC mettent en évidence que les communes qui ne sont pas de la même sensibilité que la majorité gouvernementale ne sont quasiment pas bénéficiaires de subventions. Certains procès-verbaux d'audition ou de première comparution établis dans le cadre de l'instruction diligentée par le juge d'instruction du Tribunal de première instance de Papeete révèlent que certains maires ont décidé de rallier la majorité gouvernementale avec l'accord de leur conseil municipal, pour pouvoir bénéficier des subventions de la Polynésie française."

Extraits des rapports de la CTC.

Sélection AdP.  

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 182, juin 2006

Confidences

 « Une frousse bleue de Rere »

Environ 20 membres de l'ancien GIP [aujourd'hui "flottille administrative"] sont exilés aux Marquises depuis le 20 mars où, pour l'essentiel, ils se tournent les pouces à bord du navire Tahiti Nui III, voire transportent de temps en temps un chargement de concassé. Or ces hommes sont ceux qui étaient restés fidèles au président Temaru lors du "coup d'Etat légal" opéré par Gaston Flosse et Mme Girardin en octobre 2004. Mais alors, si ces hommes sont bien ceux qui avaient choisi de défendre la présidence d'Oscar Temaru à cette époque trouble, comment se fait-il qu'ils soient aujourd'hui « punis », envoyés en exil par ce même Oscar Temaru redevenu le président de la P.F. en mars 2005 ? « C'est à la demande expresse de Rere Puputauki, sinon il bloquait de nouveau le port » nous explique un fondateur de l'UPLD, aujourd'hui à un haut poste de responsabilité, « c'est scandaleux. Oscar a une frousse bleue de Rere et fait tout ce qu'il exige. Ainsi ces hommes doivent partir en juin sur l'atoll de Tupai au lieu de rentrer à Papeete comme promis. Comment peut-on ainsi traiter ses amis ? Oscar est vraiment trop faible ».

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 182, juin 2006

 « Loi Sommers », prétexte de grèves

 En 1991, une délibération de l'assemblée territoriale avait défini la représentativité des syndicats, important car celle-ci permet aux syndicats d'avoir des délégués dans les entreprises et il leur donne le droit de négocier les grilles de salaires. En 1997, le gouvernement Flosse fit adopter une délibération imposant aux syndicats un critère numérique de 5% de délégués sur l'ensemble des délégués du personnel en P.F., ce qui créa un monopole de représentation pour cinq organisations syndicales. Celles-ci peuvent ainsi occuper les sièges très recherchés du CA de la CPS, du CESC, recevoir les millions de subventions et peser sur les grèves et les conventions collectives. Les autres syndicats doivent s'affilier à l'une de ces cinq organisations pour bénéficier de la présomption de représentativité. Ceci permettait jadis à M. Flosse de contrôler le monde du travail en offrant, par exemple, des salaires d'emplois fictifs à quelques leaders syndicaux.

 

La loi dite "Sommers" est supposée rétablir la notion de représentativité au niveau des entreprises. Un syndicat peut demander la reconnaissance de la représentativité lorsque ses adhérents ou les membres de son bureau justifient de l'ancienneté ou de l'expérience requises. Cette disposition diffère de celle du travail métropolitain qui utilise le critère de l'ancienneté du syndicat. Le raisonnement de la "loi Sommers" est le suivant : il n'y pas d'intérêt à privilégier un syndicat ancien qui se serait vidé de ses adhérents expérimentés plutôt qu'un nouveau syndicat ayant recueilli les transfuges du précédent. Les cinq grosses organisations syndicales contestent cette "loi Sommers" car ils craignent la concurrence de nouveaux syndicats dont la représentativité peut être plus facilement reconnue. En métropole, s'il répond à un ou plusieurs critères énoncés, un syndicat indépendant peut être jugé suffisamment représentatif dans l'entreprise. A Tahiti, la représentativité reste une chasse gardée, même si à l'intérieur d'une entreprise, les organisations reconnues pèsent peu.

Les subventions accordées chaque année aux organisations syndicales jugées représentatives, se chiffrent par dizaine de millions. La plupart des secrétaires généraux et un personnel important de l'organisation bénéficient d'une mise à disposition, les salaires étant payés par l'administration d'origine. Le nombre des agents mis à disposition dépasse d'ailleurs largement la limite prévue dans les textes, jusqu'à 100% de dépassement, sans sembler émouvoir quiconque. Par ailleurs, la plupart des organisations syndicales d'importance font peu et en tous les cas ne réussissent pas à percevoir les cotisations pourtant dues. Or, en négligeant l'opportunité d'avoir une indépendance financière, les organisations syndicales affichent leur dépendance à l'égard des pouvoirs publics et de ses subventions ; procèdent à des enchères annuelles avant les élections des délégués du personnel en multipliant les préavis de grève et effets d'annonces et contribuent par ce manège à une situation économique délétère qui ne sert certainement pas l'emploi.

 

Tout le mois de mai des annonces de grève pour d'abord protester contre cette "loi Sommers" fusèrent, ensuite contre "la vie chère" lorsque les syndicalistes découvrirent que le combat contre cette loi ne mobilisait personne.

Grève non suivie

 

La grève "générale" du 1er juin fut sans contestation possible le bide de l'année. Pour remplacer les grévistes salariés absents, il fallut faire appel à des GIP et des « patriotes » d'Emile Vernier pour arriver péniblement à 1500 ou 2000 participants. On est loin de la mobilisation générale que les intervenants radios de tout bord prenaient soin de diffuser les jours précédents. L'essentiel des grévistes étaient des travailleurs plutôt bien lotis.

Que la population rêve d'une plus juste répartition des pouvoirs d'achat est indéniable ; qu'elle souhaite que les décideurs en fassent un peu plus et surtout plus vite dans la réforme fiscale est évident, mais elle ne tombe pas dans le panneau d'une grève organisée et suivie en grande majorité à des fins politiques. Et l'on ne peut que se réjouir de sa constance dans la volonté d'un profond changement : pas vraiment satisfaite certes, mais pas question de revenir en arrière.

 

La plupart des revendications non comprises dans le protocole d'accord signé avec le gouvernement, c'est-à-dire plus spécifiques aux entreprises, relèvent souvent de la plus pure fantaisie et tend régulièrement à pénaliser le lien de fidélité qui lie l'employé à son employeur. Un employeur, par exemple, dont la société était fermée la journée du 1er juin faute de combattants, doit faire face à l'exigence d'un billet d'avion vers la France pour toute la famille de l'employé qui atteint 10 ans d'ancienneté dans l'entreprise ! Dans le même esprit, ailleurs, les départs à la retraite doivent être accompagnés d'indemnités égales à un mois de salaire par année de service. Quand on ajoute la prime d'ancienneté pas toujours limitée à 25 ans comme stipulé dans le code du travail, on se dit que les employeurs ont tout intérêt à pratiquer la méthode américaine en ne conservant les employés que trois ans au maximum, sauf peut-être qualification ou affinité particulière. Les indemnités dues en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse avant trois ans sont de toutes les façons nettement moins onéreuses que les diverses primes et indemnités liées à l'ancienneté existantes et celles à venir. L'autre raison de ce postulat serait aussi de disserter sur la réelle motivation d'un employé de longues années à accomplir son travail avec l'entrain qu'il avait à son commencement ! Une situation dont sont conscientes les organisations syndicales dans la plupart des cas, mais pas toujours suivies par les représentants du personnel des entreprises qui mettent la barre très haut, souvent par bêtise, n'ayant pas encore compris qu'en tirant trop sur la ficelle, elle finit pas se casser.

A.R. (avec AdP) .

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 182, juin 2006

Ombres sur le parquet de Papeete

La sanction du juge Taliercio soulève la question de l'impartialité du parquet de Papeete  

Le 24 mai, à Paris, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) sanctionnait le doyen des juges d'instruction de Papeete, M. Jean-Bernard Taliercio (50 ans) en ordonnant son déplacement dans une autre juridiction où il ne pourra plus exercer les fonctions d'instruction. En effet, selon le jugement du CSM, les actes du juge « révèlent une absence de repères déontologiques, une violation des obligations de réserve et d'impartialité et portent atteinte à l'institution judiciaire et au crédit de la justice ». Or la sanction ne vise aucun fait contraire à l'honneur ou à la probité, et elle sera amnistiée après l'élection du nouveau président de la République en 2007.

Suspendu de ses fonctions depuis le 18 janvier, M. Taliercio s'était démené lors de sa comparution le 17 mai devant ses pairs pour tenter d'expliquer qu'il serait la victime « d'une machination ourdie par le sénateur Gaston Flosse avec la complicité du parquet de Papeete et du ministre de la justice en personne... » et ceci pour l'empêcher d'aller au bout de son travail dans le cadre des dossiers où il avait mis en examen l'ancien Pprésident de la P.F. Gaston Flosse que l'on sait ami personnel du président Jacques Chirac.

Pour remettre les choses dans leurs contextes, il faut comparer la sévérité de la sanction qui a frappé le juge d'instruction Taliercio, lequel n'a jamais eu de plainte au sujet de son travail et qui n'a jamais causé de tort à personne, avec le traitement dont bénéficie le juge d'instruction Fabrice Burgaud de la triste "affaire d'Outreau", lequel a ruiné la vie de 12 familles et poussé un homme au suicide : il n'a jamais été suspendu ni inquiété malgré sa prestation dévastatrice pour la Justice devant la commission d'enquête.

M. Taliercio a décidé de déposer un référé suspension devant le conseil d'Etat.

 

Aussi, le 20 juin devant le tribunal correctionnel de Papeete se tiendra un autre procès, celui d'un officier de la gendarmerie, le capitaine Goubin accusé d'avoir séquestré illégalement deux personnes et qui pourrait, aussi, être la victime du même procureur.

Enfin, dans plusieurs communiqués le "Comité de soutien pour la réouverture de l'enquête et la recherche de la vérité sur la disparition de Jean-Pascal Couraud" (JPK) parle d'interférences continuelles dans les enquêtes sur le GIP (groupement d'intervention de la Polynésie) et sur la disparition de ce journaliste.

 

Sommes-nous alors à Tahiti en présence d'une paranoïa collective de hauts fonctionnaires qui ciblerait un procureur ? Ou pourrait-il effectivement exister un "réseau de protection" autour de l'ancien président de le P.F. et de ses amis, une action concertée dont le procureur serait un élément-clé ?

 

En janvier dernier, après la suspension du juge Taliercio, les deux quotidiens de Tahiti ont consacré chacun une pleine page à la description des accusations portées contre lui, des articles basés sur des documents à charge fournis par "on ne sait qui". Ceux-ci ont jeté une image très sombre sur le magistrat. Le même scénario s'est d'ailleurs déroulé après la mutation d'un officier de la gendarmerie. Afin de tenter de rétablir une certaine équité, nous présentons donc ici de larges extraits du mémoire de défense du juge Taliercio, un document qui est désormais publiable puisqu'ils ont été produit lors de l'audience publique devant le CSM, et qui fait aussi référence aux ennuis du capitaine de gendarmerie Goubin.

Suite à ses 21 années de présence à un poste central de la Justice en P.F., nul autre que le juge Taliercio ne devrait mieux connaître les rouages et méandres de la justice à Tahiti. Il mérite donc qu'on l'écoute, surtout que si ce qu'il avance se révélerait être vrai, la situation judiciaire apparaîtrait alors plutôt inquiétante à Tahiti.

 

Les accusations contre le juge

 

Les accusations essentielles portées contre le juge Taliercio concernent « l'absence de mobilité géographique et fonctionnelle » (être resté trop longtemps à un poste), des manquements professionnels tels avoir réglé une affaire dans son cabinet, donné des conseils de placement financier à une gagnante du "Euro-million" en l'incitant à acquérir un immeuble vendu par M. Bitton, l'un de ses amis, l'achat d'un appartement auprès d'un notaire qu'il avait mis en examen 10 années auparavant, son intervention dans un conflit social (la séquestration de la direction de Bouygues par les syndicalistes) « dont il n'était pas encore saisi » et d'avoir fait des déclarations à la presse après le suicide de la fille d'un ami. Mais encore, le CSM a relevé « des négligences dans la conduite des procédures » dont il était chargé, notamment des retards, ce qui a justifié sa suspension « pour manquement aux devoirs d'indépendance, d'impartialité, de neutralité, de sens de responsabilité, de loyauté et de prudence du magistrat .

 

La défense du juge Taliercio

 

Sur la forme, le magistrat accusé dénonce en premier lieu un vice de procédure car, selon les textes, l'ordonnance portant statut de la magistrature ne prévoit qu'un seul cas dans lequel l'IGSJ peut être amenée à effectuer une enquête disciplinaire sur un magistrat du siège, c'est lorque la demande d'enquête vient d'un premier président de cour d'appel (CA), or ce n'était pas le cas ici, puisque jamais le premier président de la CA de Papeete n'a demandé d'enquête disciplinaire sur M. Taliercio, ni même une quelconque sanction disciplinaire. Selon lui, ceci porte atteinte à l'indépendance de la magistrature.

M. Taliercio considère encore que « le rapport d'inspection qui s'efforce de l'accabler ne peut pas être qualifié d'objectif et d'impartial car sur 21 années de carrière à Papeete, il ne prend en compte que trois années au cours desquelles il aurait pu être relevé des manquements. Aussi, le rédacteur du rapport se garde bien de mentionner les auteurs desdites opinions défavorables. Cette façon de procéder, qui manque de la plus totale objectivité, traduit une volonté d'instruire délibérément à charge. Tout en faisant rapidement état d'appréciations favorables mais sans s'attarder outre mesure, le rapport fait, en revanche, longuement mention des opinions, évidemment défavorables, émises par le parquet. On ne peut également que s'interroger sur le procédé qui consiste à citer des personnes faisant état de rumeurs non étayées par des faits concrets, ou de la simple conviction de certains. Dans le même ordre d'idées, après avoir fait état d'une soi-disant plainte pour laquelle le parquet indique qu'il n'y a pas lieu à information judiciaire (une décision de classement sans suite a été discrètement prise par la suite), le rapport d'enquête dévie ensuite sur un autre point nullement en rapport avec cette affaire, pour s'étendre complaisamment sur des faits qui seraient reprochés mais qui, selon ses propres termes, ne seraient pas avérés. Pourquoi dans ces conditions, en faire état, sauf à vouloir à tout prix décrédibiliser la réputation du magistrat faisant l'objet de l'enquête ? M. Taliercio se dit « surpris que l'inspection des services judiciaires, qui se charge de rappeler aux juridictions les règles qu'elles doivent respecter dans le suivi de leurs procédures, se contente, pour ses propres enquêtes, de cet « impressionnisme juridique ».

En ce qui concerne le reproche au sujet des opérations immobilières, le rédacteur indique que M. Taliercio aurait une réputation d'affairisme. Dans un 2° temps, il est indiqué qu'il n'existe qu'une seule opération et que celle-ci est « compatible avec le statut » et ne peut donc être assimilée à une activité de promotion immobilière. Il est également précisé que son financement est parfaitement régulier et compatible. Dans un 3° temps, il est indiqué que, quand même, cette seule opération légale suffit à faire naître le soupçon d'affairisme dès lors qu'elle révèle une association avec des hommes d'affaires et qu'elle révèle une association avec un notaire mis en examen plus de 10 ans auparavant !

« Ainsi une seule, opération parfaitement légale, qualifiée également de placement de bon père de famille par le rapport, avec des investisseurs dont rien ne permet de douter de la probité et avec un notaire, certes inculpé 10 ans auparavant, mais innocenté depuis, et ce simple fait mérite le qualificatif de « manque de discernement et de prudence » alors que, de surcroît, l'opération en question n'a pas été révélée publiquement.

« Aussi, l'inspection semble accorder aux déclarations de M. XX un crédit démesuré, oublie cependant que ce dernier a été condamné à trois reprises pour corruption. Il est donc surprenant de lui accorder un tel crédit », alors que, à l'inverse, lorsque M. Taliercio achète des parts de SCI avec un notaire relaxé 10 ans auparavant, cela devient suspect.

S'agissant des propos imputés par M. Flosse, M. Taliercio dit être « sidéré par le raisonnement tortueux et alambiqué suivi par le rédacteur pour tenter de démontrer qu'il aurait été coupable d'une collusion avec le président du Territoire alors en exercice. Cela n'est d'ailleurs pas sans rappeler, curieusement, les commentaires livrés par on ne sait qui àl'Associated Press après l'interdiction temporaire de fonctions, sur le fait que celle-ci serait due à « une amitié inadéquate avec le sénateur UMP Gaston Flosse ». Cette désinformation savamment orchestrée par des personnes qui sont sans doute des spécialistes en la matière, proche de l'entourage de M. Flosse, vise en fait à masquer les vraies raisons de mes ennuis actuels, auxquelles l'intéressé n'est sans doute pas étranger. »

Le juge Taliercio ne peut que répéter qu'il n'a jamais rencontré M. Flosse en dehors de la présence de son avocat et qu'il n'a jamais eu de relations personnelles, même de simple courtoisie ou de protocole, avec ce dernier. M. Taliercio déclare ne pas être certain « que plusieurs membres actuels du parquet de Papeete ou anciens présidents de la juridiction de première instance ou d'appel, dont l'un a été décoré de l'ordre local de Tahiti Nui, puissent en dire autant

« Enfin, dans ses conclusions, le rapport d'enquête dans un curieux renversement de la charge de la preuve estime que, lorsque les faits reprochés n'ont pas eu de témoins directs, et donc ne sont nullement avérés, le fait d'expliquer la persistance de ces rumeurs par la volonté de déstabiliser M. Taliercio « est retenu comme un élément à charge et preuve d'une soi-disant fragilité, comme s'il lui appartenait de prouver la fausseté de ces accusations ou la malveillance de leurs auteur ! En substance, le rapport accorde foi aux remarques et simples rumeurs rapportées par les témoins qui indiquent eux-mêmes qu'il n'existe pas d'éléments objectifs prouvant leurs dires, alors que les déclarations de M. Taliercio sont systématiquement écartées comme révélatrices d'un esprit paranoïaque ». M. Taliercio « avoue, là aussi, être consterné par une telle méthode de raisonnement qui vise à me faire prendre pour quelqu'un de fragile et de peu sérieux alors que je suis la victime de machinations plus qu'évidentes visant opportunément à me discréditer à un moment crucial d'une instruction compromettante pour les plus hautes autorités du Territoire voire de l'Etat et de rumeurs sans aucun fondement, ni avéré ni même parfois allégué, mais savamment orchestrées depuis ma première mise en examen de M. Flosse en décembre 2002. »

Pour éclairer le Conseil sur le contexte particulier des affaires de Polynésie française, M. Taliercio leur demande de lire un article de Libération concernant l'existence du Service d'Etudes et de Documentation [SED] de M. Flosse ainsi que les liens de ce service avec les services équivalents de l'Etat, et le rapport de la Chambre territoriale des comptes consacré à la gestion de la présidence de la P.F. qui évoque directement l'existence de la cellule d'espionnage de M. Flosse (SED) dirigée par M. Yhuel, [ancien de la DGSE]. Il me semble que ces différents éléments permettent, plus que les affirmations hâtives du rédacteur du rapport sur ma soi-disant fragilité voire quasi-paranoïa, d'étayer mes propos selon lesquels les rumeurs propagées à mon encontre seraient le résultat de machinations bien orchestrées. »

 

Intervention du parquet de Papeete

 

M. Taliercio estime « qu'il ne pouvait pas être déclenché de procédure disciplinaire à la demande du parquet, sauf à porter atteinte à la nécessaire indépendance des juges d'instruction ». Or, il constate « que la mission d'enquête a été diligentée à la suite du rapport du procureur général de Papeete, lequel ne se contentait pas de faire état du résultat des investigations déclenchées à l'initiative du parquet, mais faisait état de « carences graves dans la tenue de mes dossiers » et de différentes interventions dans les affaires dont je n'étais pas saisi. Dans cette affaire, le parquet de Papeete, qui, comme l'indique le rapport de l'inspection, mène depuis 2003 une politique restrictive d'ouverture d'information (alors pourtant que son effectif est passé à 7 personnes), a cependant ouvert à l'encontre de M. Taliercio de multiples enquêtes de police judiciaire, qui ont toutes fait l'objet d'un classement sans suite, ainsi qu'une information judiciaire qui devrait elle-même avoir déjà fait l'objet d'une décision de non-lieu si le délai prévu par le code de procédure pénale avait été respecté, et si l'on n'avait voulu sciemment maintenir l'ambiguïté sur son innocence à cet égard. Par ailleurs, le rapport de l'IGSJ indique qu'à plusieurs reprises, les faits dénoncés au garde des sceaux ont pour origine des demandes du parquet de Papeete.

« Ainsi l'essentiel des appréciations négatives figurant au dossier du rapport d'enquête provient d'appréciations de membres du parquet. Concernant le suicide de Mlle Bitton et l'affaire de Mme XX, en aucun cas dans ces affaires il n'y avait lieu au parquet d'intervenir puisque la 1ère affaire concerne une éventuelle entorse au devoir de réserve qui ne concerne que le premier président de la Cour d'appel et dans la deuxième affaire, on ne voit pas à quel titre intervient le procureur (…) Le parquet de Papeete est donc bien à l'origine de la saisine du CSM. Cette immixtion n'est d'ailleurs pas nouvelle puisque, dans le cadre de l'affaire [du suicide], le rapport d'inspection note que [l'ancien premier président de la cour d'appel] Michaux « …estime que ces faits ne justifiaient pas une sanction disciplinaire, malgré l'insistance du parquet, il s'était borné à lui donner un avertissement oral… » Or, cette intervention du parquet dans le cadre d'une procédure disciplinaire visant un magistrat du siège est irrégulière et est de nature à entacher d'illégalité l'ensemble de la procédure disciplinaire. D'une part, parce que, quoi qu'en pense le procureur de la République actuellement en poste à Papeete, ni le procureur général, ni, a fortiori le procureur, ne sont les supérieurs hiérarchiques des magistrats du siège. Les membres du parquet, qui sont peut-être, selon la formule consacrée, « des magistrats à l'audience » demeurent avant tout des fonctionnaires dans leur bureau et, à ce titre, ils n'ont pas à interférer avec la gestion des magistrats du siège, sauf à porter atteinte à l'indépendance des juges. »

 

« Traitement de faveur » pour le GIP

 

M. Taliercio enfonce le clou : « D'autre part, s'agissant du parquet de Papeete, […] son absence d'indépendance vis-à-vis du pouvoir politique en place au moment des faits reprochés, à savoir M. Gaston Flosse, disqualifie toute action menée à mon encontre, actionqui, je le rappelle, a curieusement commencé lorsque j'ai instruis des dossiers contre l'ancien président de la P.F. L'absence d'impartialité, déjà évoquée plus haut s'agissant de l'IGSJ, me paraît devoir être retenue contre les affirmations du parquet. Plusieurs affaires ont, en effet, amené l'opinion publique à douter, non pas de l'indépendance du parquet de Papeete qui n'existe pas vis-à-vis du pouvoir politique, mais du respect de son obligation d'impartialité. Ainsi, l'affaire dite "Jean-Pascal Couraud" [JPK] qui concerne la disparition inexpliquée d'un opposant à M. Flosse a-t-elle donné lieu, lorsqu'un ancien membre du GIP a accusé deux de ses collègues, à une décision sans doute unique dans les annales judiciaires, à savoir une comparution immédiate pour un délit de dénonciation calomnieuse suivi d'une condamnation à de la prison ferme, condamnation réformée en appel. Il n'est pas besoin d'être juriste pour s'étonner de l'utilisation de cette procédure d'urgence pour ce type de délit qui avait, il est vrai, pour effet de gêner M. Flosse à un moment où il s'efforçait de reprendre le pouvoir. De même, peut-on avoir une idée de la conception de l'action publique en Polynésie française en observant le traitement de faveur dont bénéficie l'ancien chef du GIP, M. Puputauki, au pénal, puisqu'une relaxe est demandée par le parquet dans une affaire concernant une mort d'homme provoquée par l'intéressé au motif que l'on ne peut prouver qu'il avait reçu une procuration pour diriger le groupement. Il eût pourtant suffit au parquet de se référer à l'arrêté N°1173/CM du 04/09/98, tout à fait public puisque publié au Journal Officiel de la P.F., et portant organisation du groupement de la Polynésie française pour constater que selon l'article 4 le chef du groupement recevait délégation pour « définir, diriger et coordonner l'action des agents affectés au GIP ». Je préciserai que M. Puputauki a bloqué à trois reprises le port de Papeete avec ses hommes dans une action de rébellion contre l'actuel gouvernement de la Polynésie française, sans qu'aucune information ne soit ouverte par le parquet.

« Le GIP a d'ailleurs toujours bénéficié de la mansuétude poussée du ministère public puisque, en dépit des informations précises et persistantes concernant des écoutes illégales menées depuis plusieurs années par ses agents et de la présence peu discrète d'antennes sur les locaux du GIP, le parquet n'a jamais jugé utile, là non plus, d'ouvrir une information. Il en est de même pour l'enregistrement illégal dont j'ai fait moi-même l'objet. De la même manière, il est possible d'avoir une idée de la conception orientée des poursuites exercées par le parquet de Papeete qui, dans un incident qui s'était déroulé dans l'enceinte de l'assemblée de la Polynésie française à l'occasion du vote de la motion de censure, a prêté son concours à une manœuvre de M. Flosse en retenant une tentative d'homicide dans ce qui n'est, 18 mois après, qualifié que de contravention !

« Le Conseil trouvera également un exemple de ce traitement de faveur qu'assure le parquet à M.Flosse dans l'affaire dite du « Tahara'a » où la chambre de l'instruction a validé, contre l'avis du parquet qui intervenait une fois encore en faveur de M. Flosse, une instruction menée pour prise illégale d'intérêts. Lors de l'audience correctionnelle du 25 avril dernier le parquet, malgré cet arrêt de la chambre de l'instruction, a même été jusqu'à requérir la relaxe, fait rarissime en une telle circonstance.

« Cette « protection » est de notoriété tellement publique (pour reprendre le même mode de raisonnement que la mission d'inspection) que la presse locale s'en fait ouvertement l'écho… Or je rappelle que la notoriété des accusations dont je faisais moi-même l'objet ne résultait jusqu'à ma suspension que d'un seul article de ces mêmes journaux.

« De plus, l'éviction du capitaine Goubin qui était commandant de la brigade des recherches de Papeete fin 2003 juste avant le déclenchement, à l'initiative du parquet, de l'affaire [des faveurs d'une dame] et juste après ma deuxième mise en examen de Monsieur Gaston Flosse dans la deuxième affaire d'emplois fictifs, démontre la mise en place d'un dispositif destiné à permettre l'intervention d'officiers de police judiciaire (OPJ) plus complaisants envers les initiatives du Parquet qui, dès cette époque, a multiplié les ouvertures d'enquêtes à mon encontre pour discréditer tant ma personne que mon action.

« Le Conseil comprendra donc aisément que je récuse avec la dernière énergie toute intervention « administrative » du parquet concernant mon affaire disciplinaire, non seulement parce que cette intervention est illégale, mais également parce qu'elle est empreinte en l'espèce de la plus grande partialité.

« Je souligne d'ailleurs, s'agissant de la mesure d'interdiction provisoire prise à mon encontre par le Conseil, que l'information a été publiée dans la presse à Papeete dès le lendemain, soit le jeudi 19 janvier 2006, a été reprise le 20 janvier 2006 avec de graves allégations mettant en cause non seulement mon honneur, mais celui de ma famille, et l'ensemble des éléments du dossier a été diffusé dans le journal Les Nouvelles de Tahiti le 21 janvier 2006. Il est plus que suspect que de telles pièces couvertes par le secret professionnel et l'interdiction de publier […] aient tout de même donné lieu à ces publications dans le but évident de me nuire définitivement en tentant de créer ainsi de manière totalement artificielle les conditions d'un éventuel déplacement d'office compte tenu du retentissement ainsi donné à l'affaire. »

 

Ministre impartial ?

 

La saisine du Garde des Sceaux effectuée le 4 novembre 2005 paraît à M. Taliercio être entachée de deux vices de nature à la faire déclarer irrégulière :

« En premier lieu, et compte tenu de la proximité politique de M. Pascal Clément [ministre de la Justice, Garde des sceaux] avec M. Flosse, il me semble contraire à l'exigence d'impartialité que l'on est en droit de demander à toute autorité publique que le Garde des Sceaux saisisse pour motif disciplinaire le CSM au sujet d'un magistrat enquêtant sur un membre de la même famille politique que lui et auquel il a apporté publiquement son soutien ainsi que le prouvent les articles de presse. Je rappelle que M. Flosse est secrétaire départemental de la Fédération UMP de P.F. alors que M. Pascal Clément est secrétaire départemental de la fédération UMP de la Loire. Par ailleurs M. Clément, lors de sa visite en Polynésie française le 25 août 2003, a fait un vibrant éloge, très appuyé en faveur de M. Flosse, et dont d'ailleurs la teneur a semble-t-il été bruyamment démentie par les faits révélés par la Chambre territoriale des comptes. J'estime donc que M. Clément ne peut, dans cette affaire, se prévaloir d'une apparence d'impartialité l'autorisant à entamer des poursuites disciplinaires à l'encontre d'un juge d'instruction ayant mis en examen et renvoyé devant le tribunal correctionnel un ami et allié politique auquel il a publiquement apporté son soutien et qu'il continue de recevoir à son ministère. Il faut en effet appliquer au ministre la même défiance et désapprobation déontologique que celle qu'il voudrait m'appliquer en incriminant mes relations avec d'anciens mis en examen, et ce avec d'autant plus de rigueur que dans son cas, contrairement à moi, ces mises en examen sont encore actuelles !

« Il ne peut être opposé à mon argumentation le fait que dans ces conditions toute mesure disciplinaire deviendrait impossible à l'encontre d'un magistrat du siège car conformément aux dispositions de l'article 50-2 du statut de la magistrature, ces poursuites auraient pu êtreinitiées par le premier président de la Cour d'appel, qui est le mieux à même d'apprécier tout comportement fautif des magistrats placés sous son autorité et qui présente lui toute garantie d'impartialité, contrairement au ministre qui est une autorité institutionnelle d'émanation politique. » (…) Dans l'affaire de la conciliation et de sa participation dans une opération immobilière, M. Taliercio « comprend que, pour étoffer une accusation qui ne tient pas, le ministre cherche à jeter en permanence le soupçon sur ma personne : je ne suis pas certain cependant qu'au cas d'espèce, il n'en fasse pas un peu trop. Quant au fait de connaître et de rencontrer des gens qui ont fait l'objet d'une inculpation, il ne me semble pas avoir eu cette réserve lorsqu'il a rencontré M. Flosse en 2003, et plus récemment encore en juin 2005 alors que ce dernier avait déjà fait l'objet de multiples mises en examen et de renvois -dont un en cours- devant le Tribunal correctionnel. Curieusement cette visite au ministre de M. Flosse est concomitante avec le dépôt du rapport d'inspection ! » (…)

 

« Faveurs » supposées d'une dame

Au sujet de l'audition d'une dame qui accusait le juge Taliercio de lui avoir proposé un échange de "faveurs", « comme le démontre la procédure d'enquête préliminaire ce n'est pas elle qui a « décidé de réagir et de déposer plainte » mais bien les gendarmes, et spécialement le tout nouveau commandant de la Brigade des Recherches qui, après avoir recueilli un renseignement d' « une personne désirant garder l'anonymat » en informe le procureur qui lui prescrit de convoquer la victime désignée. C'est donc en réalité sur convocation des gendarmes qu'elle vient dénoncer les faits et déposer plainte et non pas spontanément sur sa décision. » (…) Voilà en effet quelqu'un qui est à la fois proche des autorités judiciaires, par elle-même ou par son confident informateur, ce qui lui a permis de connaître en temps réel et avant nombre de magistrats de la même juridiction, la date du déplacement d'office d'un juge par son amant reconnu, chef du service parallèle des renseignements généraux de cet ex-président du gouvernement territorial. « C'est cette personne qui essaie de me piéger en m'enregistrant et filmant dans mon bureau à mon insu avec le matériel fourni par les services précités au cours d'un entretien professionnel sur le montant de sa consignation. C'est la même qui deux ans après, porte plainte sur sollicitation des services de gendarmerie, eux-mêmes commandés en cela par le parquet de Papeete, sans dévoiler l'existence de cette cassette qui me disculpe. Et quand je proclame mon innocence et dénonce l'ensemble de ces manœuvres et compromissions coupables à l'encontre de mes fonctions de magistrat, non seulement ces actes ne sont pas poursuivis, mais ma propre présomption d'innocence est mise à mal par une enquête qui n'en finit pas et qui vient jusque devant le CSM tâcher de salir mon honneur et ma réputation sur la base des déclarations d'une personne qui est pourtant manifestement et même officiellement manipulée !

 Pas un procès équitable

 « En raison de cette attitude du ministre, qui n'hésite pas à déclarer au Conseil d'Etat que « la réalité des faits qui sont reprochés au requérant apparait établie » pour refuser de prendre en charge les frais de ma défense pénale bien que je ne sois pas mis en examen pour ceux-ci, ce qui implique qu'il n'existe en l'état contre moi aucun indice grave et concordant de ma participation à ces faits, j'estime ne pas bénéficier d'un procès équitable. En effet tant que le ministère public sous les ordres du ministre de la justice, qui a déjà dépassé de plusieurs mois le délai légal, n'aura pas permis de régler définitivement le dossier d'instruction dont je fais l'objet afin de me permettre de me présenter devant votre juridiction lavé de ces soupçons ridicules et odieux sur ma délicatesse et ma probité, le procès qui m'est fait n'est pas équitable. Est-il légitime que je doive comparaître dans la présente instance disciplinaire sous le sceau de cette ambiguïté sur mon innocence voulue et organisée par ceux-là même qui l'ont entamée en déclenchant les poursuites tant pénales que disciplinaires à mon encontre sur la base d'accusations suscitées et fabriquées de toutes pièces, ainsi qu'ils ne peuvent l'ignorer ? »

 Le cas du capitaine Goubin

 

Parallèlement à cette affaire, il y a celle du capitaine de gendarmerie Gilles Goubin, laquelle montre des similitudes pour le moins troublantes. Nommé au commandement de la brigade de recherches de Papeete en 2002 pour trois années, il ne tiendra ce poste qu'un an. Suite à une enquête menée énergiquement par ses anciens collègues, ce militaire a été suspendu de ses fonctions en janvier 2006, quelques jours après le juge Taliercio. Il est impliqué dans une affaire mettant également en cause l'ancien gouvernement Flosse et son incontournable chef du SED, André Yhuel. Il devrait rendre des comptes à la justice car on l'accuse d'avoir, en 2004 en pleine campagne électorale, séquestré, perquisitionné, entendu, vérifié et enquêté dans des conditions mystérieuses sur la disparition d'une somme de 7 millions de francs Pacifique en liquide qui se seraient « évaporés » du bureau de la secrétaire du président Flosse. L'avocat de l'officier s'est fait connaître du procureur général début février et quelques jours après un journaliste de la Dépêche de Tahiti téléphonait à celui-ci pour connaître les suites de cette suspension et, malgré que celui-ci ne lui donna aucune information, un article accablant pour le gendarme, particulièrement argumenté au plan juridique, parut le 11 février.

Connaîtra-t-on jamais l'origine et l'usage destiné à cet argent en liquide et comment il a pu disparaître de la forteresse qu'était le Palais présidentiel du temps de Flosse ? Mais encore, pourquoi une plainte pour vol n'a-t-elle pas été officiellement déposée alors que l'on avait justement demandé l'intervention d'un gendarme ? La sanction contre un officier ne servirait-elle pas à noyer le poisson concernant une éventuelle "caisse noire" ?

 

Fin 2003, peu de temps après la mise en place du nouveau procureur, cet officier était évincé puis en février 2004 débarqué brutalement pour se voir relégué à un vague emploi d'officier d'état major chargé de gestion administrative des enquêtes judiciaires, emploi vide de substance, de moyens et surtout de responsabilités. Le procureur demandera d'ailleurs son départ anticipé au commandement de la gendarmerie, ce qu'il confirmera ultérieurement au nouveau colonel chef d'état major.

Peu de temps après la "promotion placard" de son chef, la brigade de recherches de la gendarmerie se verra confier les nombreuses enquêtes sur le juge Taliercio et deviendra ainsi l'outil privilégié du procureur. Les enquêteurs, apparemment devenus plus complaisants (on les comprend) mettront de l'ardeur à la tâche car ils semblent avoir compris le message, le sort réservé à leur ex-chef a de quoi les inciter à "marcher au pas". En juillet 2005 le capitaine fut soudainement mis en cause par des articles de deux journaux dans une affaire de vol de scellés judiciaires au sein même de la brigade de recherches, enquête qui semble se poursuivre péniblement avec de forts soupçons envers une autre personne… Revanche de subordonnés aigris ? Manipulations par une autorité supérieure ?

Toujours est-il que cela finit par faire beaucoup d'accusations, réelles ou insinuées, comme ce fut le cas avec le juge Taliercio, pour un homme au parcours jusqu'alors impeccable qui fait l'objet, et les faits le démontrent, d'une attention particulière sinon soutenue de la part du procureur.

Serait-ce parce qu'il avait refusé de se laisser instrumentaliser ?

Alex W. du PREL

 

avec des extraits du mémoire de défense de M. Jean-Bernard Taliercio.

 

Comité de soutien pour la réouverture de l'enquête et la recherche de la vérité sur la disparition de JPK

 

Communiqué du 4 mai 2006 : « Près de 4 mois se sont écoulés sans qu'aucune nouvelle information ait été donnée sur l'enquête relative à la disparition de Jean-Pascal Couraud car il est important en effet de veiller à ce que celle-ci se déroule avec toute la discrétion possible, d'autant plus qu'elle s'exécute dans un climat de peur et dans un contexte politique et judiciaire très particulier. Toutefois, suite à l'entrevue qui a eu lieu le 3 mai entre la famille de JPK et le juge d'instruction Madame Barruol, il nous a semblé utile et nécessaire de faire un point succinct de la situation du dossier, sans rien révéler du déroulement de cette enquête qui se poursuit actuellement.

En effet, diverses informations ont été données ces dernières semaines à la famille de JPK, de différentes sources indépendantes, qui ne laissent planer aucun doute sur la réalité de l'assassinat qui a été commis le 15 décembre 1997 au large de Papeete sur la personne de Jean-Pascal Couraud, par des salariés d'une structure administrative qui prendra la dénomination de GIP quelques mois plus tard. Ceci est désormais devenu pour nous une certitude. Mais notre difficulté aujourd'hui est d'obtenir de l'appareil judiciaire la mise à jour de la réalité de cet assassinat afin que leurs auteurs et leurs complices puissent être jugés et punis pour ces actes odieux et criminels.

Par ailleurs, nous avons été également témoins dans cette affaire, et ce depuis les toutes premières révélations de Vetea Guilloux en octobre 2004, des graves dysfonctionnements de l'institution judiciaire. Tout ceci a été à nouveau confirmé par des révélations faites spontanément à la famille de JPK au cours de ces dernières semaines par plusieurs sources fiables et indépendantes de l'enquête. Les personnes à l'origine de ces dysfonctionnements et ceux qui y participent sont désormais connus mais compte tenu du déroulement de l'enquête en cours, il apparaît qu'il n'est actuellement ni utile ni souhaitable de révéler ces différents éléments sur lesquels nous reviendrons certainement plus en détail le moment venu.

Toutefois, la nature des entraves et des pressions exercées montre clairement que certaines personnes bien placées dans le milieu judiciaire sont disposées à utiliser tous les moyens possibles, y compris ceux contraires à la loi, pour empêcher l'enquête d'aboutir et de révéler les auteurs, leurs complices, ainsi que les vrais responsables de cet assassinat. »

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 183, juillet 2006

Visite fiasco à Paris et barrages du GIP à Tahiti

 

Juin a été un mois plein d'événements pour la Polynésie française, même si ces événements ce sont surtout passés à Paris.

Le mois a commencé par de nouveaux désordres sociaux et blocages (certainement d'origine politique) du port de Papeete et de la zone industrielle de Fare Ute, œuvre désormais traditionnelle (et garantie d'impunité !) des ex-GIP sous la direction de leur ex-chef Rere Puputauki (lire p.8), des événements qui incitèrent les chefs d'entreprises de Papeete à exprimer leur "raz le bol" au haut commissariat et à la Présidence en menaçant de mettre leurs employés au chômage technique si rien n'était fait pour débloquer les barrages des ex-GIP.

Puis ce fut le honteux voyage du président Oscar Temaru à Paris (lire notre éditorial et les pages 10-11) avec une montagne de péripéties, d'incidents

On notera aussi un procès concernant un trafic d'Ice dans lequel plusieurs jeunes furent condamnés à la prison ferme, mais à part ces "frémissements", tout va bien au "paradis".

 

A.d.P.

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 183, juillet 2006

Le Baromètre de Tahiti  

Orageux

Rere Puputauki et sa milice de quelques 20 gros bras de l'ex GIP continuent à terroriser la population (et le gouvernement) de Tahiti en montant des barrage quand bon leur semble, et cela apparemment en impunité totale.

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 183, juillet 2006

Fausses preuves pour faire annuler les élections

 

Tout commence lorsque le Tahoeraa Huiraatira engage un recours devant le Conseil d'Etat en vue de faire annuler les élections territoriales du 23 mai 2004 au motif que Louis Francius, inscrit sur la liste UPLD et éditorialiste à Radio-Bleue, était intervenu en tant que tel la veille de l'élection. Il lui était reproché d'avoir mené campagne sur les ondes et ainsi d'être en infraction avec les recommandations du CSA qui, le 11 mai 2004, lui avait intimé l'ordre de cesser ses activités, ce qu'il avait fait aussitôt. Comme preuve de ce qu'il avance, le Tahoeraa Huiraatira produit une transcription radio, à peu près identique à celles que le service de la documentation engendre chaque jour de la semaine au bénéfice de quelques personnes de la Présidence. Très vite, la présidence d'Oscar Temaru décèle des imperfections dans le document : différences dans la présentation, dans la police des caractères, des changements qui ne peuvent s'expliquer dans le canvas habituellement utilisé pour ces transcriptions. La chef du service documentation et son équipe, toujours en place, examinent avec soin le document et vérifient qu'il n'est pas dans ses archives, pour finalement conclure que la transcription ne peut émaner du service. Ce, d'autant que le texte transcrit reproduisait en tous points un article de la Dépêche de Tahiti du jour de l'émission supposée. La Présidence est alors assurée qu'il s'agit d'un faux, mal fabriqué qui plus est. La tentative se traduit pénalement par « escroquerie à jugement », les tribunaux n'appréciant en général pas que l'on tente de les abuser par des preuves fabriquées.

Chaque personne concernée dans cette affaire est entendue par le commandant Jean-loïc Hanusse de la DSP sur commission rogatoire délivrée par la juge d'instruction Anne Barruol, auprès de laquelle la Présidence a porté plainte. La lecture des procès verbaux traduit l'avis général des secrétaires chargées des transcriptions : le document a été entièrement fabriqué, plutôt mal, et selon eux leur collègue Mlle XX n'aurait jamais été capable de prendre l'initiative de faire un tel travail sans en être chargée. Alors que Me Quinquis invoque le secret professionnel pour ne pas révéler qui lui a fourni les pièces à l'appui de sa requête en annulation devant le Conseil d'Etat, il précise deux lignes plus loin que c'est bien à l'initiative de M. Flosse que le recours a été engagé.

Mlle XX niera d'abord, puis reconnaîtra être l'auteur de la transcription fabriquée. Mais elle refusera toujours de citer le nom de celui qui lui avait donné l'ordre de faire le faux. Cette élue Tahoeraa au conseil municipal de Pirae depuis 1989 et présidente d'une section Tahoeraa à Pirae depuis de nombreuses années, était connue à la Présidence pour être particulièrement fidèle à Gaston Flosse. Serait-elle resté silencieuse si l'initiateur de cette preuve fabriquée avait été un simple proche de l'ex-président ? Pas sûr !

D'autant que le 2 mai 2006, lors de son audition comme témoin assisté, Gaston Flosse reconnaît qu'il « avait confié la tâche de déposer un recours devant le Conseil d'Etat à son ancien directeur de cabinet, Jean Prunet qui s'est entendu avec Michel Paoletti, Yves Haupert et Me Quinquis pour envisager les modalités du recours » mais qu'il « n'a participé ni à la préparation ni à la rédaction de celui-ci et n'a pas donné d'instruction sur les moyens à développer ». Gaston Flosse sous-entendait-il rejeter la responsabilité sur ses anciens collaborateurs ?

Mlle XX maintiendra devant la juge d'instruction avoir « agi dans le cadre du travail » lors de sa première comparution, à l'issue de laquelle elle sera mise en examen. Gaston Flosse, entendu en tant que témoin assisté, semblait donc bien ciblé comme responsable du document fabriqué. Il n'y avait plus qu'à entendre la partie civile, le secrétaire général de la présidence Etienne Chimin et Me Des Arcis lesquels sont sortis plutôt inconfortables de leur audition.

Et pour cause, au cours de la confrontation du 26 mars 2006 mettant deux membres du service documentation, dont la chef de service, qui maintiennent leurs dépositions antérieures, la juge pose la question à « la mise en examen » : « Dans cette affaire, tant devant la DSP que devant Nous, vous n'avez jamais démenti être le rédacteur de ce document. Qu'avez-vous à dire aujourd'hui ? ». Mlle XX répond alors « Je peux vous dire aujourd'hui qu'en fait, je ne me souviens pas si c'est moi qui ai tapé le document ou pas ». La juge avait-elle eu l'intention de faire craquer Mlle XX pour qu'elle avoue qui, dans ce cas, avait tapé le texte et sur ordre de qui, ou lui a-t-elle tendu une perche pour revenir sur ses aveux ?

La responsabilité de l'ancien président dans cette instruction semblait paraître pourtant claire aux yeux de la juge.

 

L'incertitude nouvelle de Mlle XX va-t-elle permettre le prononcé d'un non-lieu ?

Circulez y a rien à voir. !

A.R.

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 185, septembre 2006

Divers

Justice : notables inconnus

 Ambiance surréaliste (et révélatrice !) au tribunal correctionnel de Papeete fin août lorsqu'une plaignante se présente pour la cinquième (!) fois devant les juges pour tenter de faire aboutir sa plainte contre les propos diffamatoires tenus à son encontre sur Radio Maohi [la radio de Flosse]. Or la procédure n'avait toujours pas abouti, faute pour le greffe du Parquet d'avoir fourni les extraits de casier judiciaire nécessaires.

En effet, lors du dépôt de la citation directe, le greffier en charge informe la requérante qu'elle doit fournir l'état civil des personnes mises en cause, à savoir Jérôme Jannot, Terii Paquier, Yves Haupert et la directrice de la radio, Chantal Galenon. Vérification faite, les textes ne prévoient d'aucune manière cette obligation du plaignant qui reste de la compétence du greffe du tribunal correctionnel. Or celui-ci maintiendra sa position après que la première audience n'a pu se tenir, faute d'un dossier complet. Malgré l'intervention de l'avocat de la plaignante, le greffe ne remplit toujours pas son office. L'affaire est donc plusieurs fois renvoyée jusqu'à ce que le président du tribunal correctionnel prenne connaissance de ce laxisme, s'en émeuve et s'en mêle. Malgré cela, ce ne seront que deux extraits sur quatre qui seront au dossier du cinquième rendez-vous. Manquent ceux de Mme Galenon et de M. Haupert.

Si le greffier a pris l'initiative de ces contretemps successifs, il est en tout état de cause parfaitement soutenu par M. Perriaux, substitut du procureur qui, à l'audience, soulève ironiquement que « cette affaire de diffamation n'est pas l'affaire de l'année » avant d'affirmer que les greffiers n'ont pas à connaître toutes les personnes incriminées. Une explication étonnante lorsqu'on connaît les relations plutôt intimes du procureur de la République et de son substitut avec l'ancien président du gouvernement chez lequel M. Perriaux n'a certainement pas manqué de rencontrer ni Yves Haupert, ex directeur de la communication présidentielle, ni Terii Paquier, deux piliers du Tahoera'a (UMP) et de Radio Maohi.

M. Fouquéré, qui préside l'audience en remplacement du président Ross sur le départ, s'étonne d'une telle incompétence à obtenir la date de naissance de notables aussi connues. Précisons qu'en effet, même avec toute la mauvaise volonté du monde - éclatante dans ce cas - les services de la justice ont accès à ces informations (ce que n'a pas le citoyen lambda) notamment au travers des fichiers tenus par les RG, le service des passeports ou la PAF, pour ne citer qu'eux.

L'incident et ce qu'il implique dans la manière dont certains magistrats de Papeete abordent leur mission, a évidemment un goût amer de pitoyable revanche suite au rôle central qu'a joué la plaignante dans une affaire précédente. C'est certainement un pur hasard si M. Perriaux, ministère public au procès en comparution immédiate de Vetea Guilloux, avait montré beaucoup de virulence pour accabler celui-ci très fragilisé après des jours de détention moralement difficiles. Il était en cela soutenu par la plaidoirie de Me Quinquis, défenseur des GIP accusés de meurtre par Vetea, lequel n'hésitait pas à charger la plaignante de toutes les manipulations.

Ce qui peut donner à penser que certains continuent de défendre bec et ongles [sur ordre ?] les intérêts du sénateur Gaston Flosse.

Annie Rousseau

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 186, octobre 2006

Comment le GIP servait à enrichir Rere Puputauki

 

Extraits du rapport de la Chambre Territoriale des Comptes (CTC).

 

La rémunération de M. Puputauki

 

« La rémunération de l'ancien chef de service, M. Puputauki a été fixée selon l'arrêté n° 256/CM du 4 mars 2003 à l'indice 1350 de la fonction publique territoriale. Le contrat initial de M. Puputauki, du 5 juillet 1988 (n° 88-0655 du 5 juillet 1988), mentionne que ce dernier, «titulaire du brevet de capitaine ''petit cabotage de la marine marchande'' loue ses services au Territoire pour une durée indéterminée avec effet au 1er août 1987 en qualité de chef du bureau armement du service de l'équipement ». L'avenant n° 2 du 24 février 1998 modifiait, en référence au barème des salaires forfaitaires des armateurs, la situation de l'intéressé qui passait de la catégorie 16 à la catégorie 20 (les retenues sociales restant celles de la catégorie 16), « vu les responsabilités et la charge de travail de l'intéressé » et en dépit du fait qu'il ne possède pas les qualifications professionnelles requises pour être classé en catégorie 20. Depuis le 1er juillet 2000, la situation de l'intéressé a évolué puisque le 8 septembre 2000 il a été nommé sur un emploi fonctionnel de la fonction publique territoriale. Or, ces emplois fonctionnels ne peuvent être occupés que par des fonctionnaires ou des agents non titulaires sur la base d'un contrat. La situation de M. Puputauki ne pouvant s'apparenter qu'au recrutement d'un agent non titulaire, un nouveau contrat devait être conclu pour acter son recrutement sur un emploi fonctionnel de l'administration de la Polynésie française.

La rémunération de l'ancien chef de service, M. Puputauki a d'abord été fixée à l'indice 1000 en juillet 2000, puis à l'indice 1350 à compter du 1er mars 2003. En dépit de l'arrêté n° 3 CM du 9 mars 2005, mettant fin à ses fonctions de chef de service, M. Puputauki reste rémunéré à l'indice 1350 (rémunération nette en juin 2004 : 1,158 million Fcfp). Le chef du service des finances dans un courrier du 28 septembre 2005 explique que la pratique est d'attendre la décision de réintégration dans le nouveau service d'affectation pour régulariser la rémunération de l'intéressé (en l'occurrence le nombre de jours de congés restant à prendre était de 716 jours)... »

 

Les congés

 

« Dans le cas de M. Puputauki, détaché sur un emploi fonctionnel à compter du 1er juillet 2000, ses droits à congé devaient ipso facto être alignés sur celui des personnels administratifs, et en aucun cas sur celui des marins. L'article 7 de la délibération n° 96-177 APF dispose en effet que les agents non titulaires nommés à des emplois fonctionnels [ont droit à 30 jours de congé par an]. Or, l'intéressé a continué à calculer ses congés sur la base des 70 jours calendaires, ce qui n'apparaît pas fondé. Le cumul des congés a été effectué dans des conditions critiquables. Lors d'une réunion des différents responsables du GIP, en présence du chef de service, le 2 octobre 2001, avaient été évoqués les congés cumulés sans justificatif. Il ressortait du procès verbal de la réunion que les agents ayant un cumul important de droits à congés devaient les « épuiser ». Il était précisé qu'il ne fallait pas perdre de vue « que la prescription en matière de paiement de salaire est fixée à 5 ans soit pas plus de 350 jours de droits à congés et à récupération ». Il était ainsi fait référence aux dispositions du code civil qui mentionnent que « se prescrivent par 5 ans les actions en paiement des salaires…». Or les dispositions relatives à la fonction publique et au droit du travail fixent des délais bien plus courts : S'agissant de la fonction publique, les dispositions de l'article 6 relatifs aux congés des fonctionnaires précisent que « le congé pour une année de service accompli ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par le ministre chargé de la fonction publique. Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice ».

Dès lors, sans autorisation du ministre et aucune autorisation n'ayant été produite par le chef de service, les personnels relevant de la fonction publique auraient dû perdre leurs congés. (M. Puputauki affirme que « L'autorisation verbale de la Présidence suffit pour le report des congés pour nécessité de service, et les travaux dans les îles et dans le Pacifique, et avec l'accord des salariés qui sont d'accord à repousser leurs congés. »)

En dépit de cela, le nouveau président Oscar Temaru a demandé, lors d'une réunion le 21 avril 2005 avec les agents du service que ces derniers récupèrent leurs congés dans les meilleurs délais, quitte à « réduire de moitié l'exploitation administrative et commerciale de la flottille du GIP ». Dans une lettre du 10 mai 2005, il rappelait que « dans l'administration et sans rentrer dans le détail de chacun des différents statuts, la règle relative aux congés annuels est qu'ils doivent être pris chaque année, leur report étant strictement encadré ».

 

Le chef de service du GIP

gérant d'une société privée

 

Mais ce pactole n'était apparemment pas suffisant pour M. Puputauki.

« Des moyens du GIP, aussi bien matériels qu'humains, ont parfois été mis à la disposition de structures privées, liées au chef de service, M. Puputauki

Plusieurs agents du GIP ont créé le 27 juillet 2000 la société civile de participation « SCP coopérative de pêche TO'ATA », dont le gérant était M. Léonard Puputauki, le chef de service du GIP. Cette SCP a créé unilatéralement le 28 juillet 2000 une Eurl des pêcheurs Polynésiens devenue ultérieurement EURL des pêcheurs tahitiens dont elle est l'unique associé. Le chef de service du GIP en a été le gérant jusqu'au 24 avril 2003. Un autre gérant a alors été désigné : il s'agissait du gérant d'une Eurl employée de façon permanente par le GIP. L'objet social de l'Eurl des pêcheurs tahitiens est très large et englobe toute opération maritime. En fait la société s'est portée candidate pour l'exploitation de plusieurs thoniers auprès de la SEM Tahiti Nui Rava'ai1. M. Puputauki a justifié la création de cette EURL principalement par une motivation sociale : la réinsertion des jeunes polynésiens en difficulté. Il minimise, par ailleurs, l'activité de cette structure en précisant à ce sujet : « cette EURL est une coquille vide parce qu'il n'y a pas d'activité… l'EURL n'a pas d'employé et n'a pas aussi de bateaux de pêche ».

[La CTC)] dispose cependant de nombreux éléments au dossier permettant d'affirmer que, contrairement aux propos de M. Puputauki, l'EURL avait aussi un but commercial. En outre, il est rappelé que la rémunération de M. Puputauki était fixée en référence à la grille des agents publics. En application de cette dernière délibération, les fonctionnaires de la Polynésie française ne peuvent cumuler leur activité publique avec une activité privée quelle qu'elle soit. Les agents nommés sur emplois fonctionnels ont donc la même interdiction. Interprétant l'interdiction pour un fonctionnaire d'exercer une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit, le Conseil d'Etat en a tiré la conclusion qu'un fonctionnaire ne peut être gérant, administrateur ou directeur d'une société commerciale, même si ces fonctions ne sont pas rémunérées.

La situation juridique de M. Puputauki, à la fois chef de service d'une structure administrative et gérant de l'Eurl les pêcheurs tahitiens était donc fondamentalement irrégulière, et ce au moins, formellement jusqu'en juillet 2003, date à laquelle il a abandonné ses fonctions de gérant au sein de l'EURL.

Le secrétariat de l'EURL des pêcheurs tahitiens et du GIP étaient confondus

Lors des différents entretiens avec les personnels du GIP, il est apparu qu'avant juin 2004, date du changement de gouvernement, le secrétariat de l'EURL était assuré par une secrétaire du GIP, installée dans les locaux du secrétariat de direction auprès du chef de service (l'entreprise créée le 28 juillet 2000 n'a déclaré une secrétaire salariée que pour la seule période de juin 2004 à octobre 2004). Contrairement aux allégations de M. Puputauki, qui soutient que l'EURL ne nécessitait pas d'avoir un secrétariat, la secrétaire du GIP exerçait bien une activité pour le compte de cette société.

Le secrétariat concernait essentiellement la gestion du personnel de l'Eurl. Il s'agissait en fait de la gestion administrative des personnes recrutées sous contrat DIJ (dispositif d'insertion des jeunes) et CIG (chantier d'intérêt général) (*) qui constituaient l'effectif total des agents de la société (de janvier 2003 à décembre 2004, 87 DIJ et 23 CIG se sont succédé dans l'EURL). Eux seuls constituaient les équipages des thoniers de l'Eurl. Leur formation avait été assurée au GIP dans les premiers mois de l'année 2003.

Même si l'intégralité de l'activité de la secrétaire n'était pas au service de l'Eurl, une grande partie de son temps de travail lui était consacré et pour ce faire elle utilisait un des ordinateurs du service (les données de cet appareil ont été effacées le 20 septembre 2004 sur instruction de M. Puputauki). Manifestement, le chef de service distrayait une partie des moyens du GIP au profit de la société dont il avait assuré la gérance jusqu'en juillet 2003.

 

Convoyages des thoniers

de la SEM Tahiti Nui Rava'ai

 

A l'issue d'un premier marché conclu entre la Sem Tahiti Nui Rava'ai et un chantier coréen pour la construction de 5 thoniers, il a fallu procéder au convoyage de ces derniers entre la Corée et Papeete, ce qui fut fait de mai à mi juillet 2003. Pour ce faire, une convention dite de prestations de services a été signée le 17 février 2003 entre la SEM et l'EURL des Pêcheurs Polynésiens représentée par son gérant, M. Léonard Puputauki.

Pour le convoyage des 5 thoniers le coût global et forfaitaire par thonier était de 9 600 000 Fcfp, soit pour les cinq thoniers la somme globale de 48 M Fcfp. (…) La liste des marins ayant effectué le convoyage comporte 25 noms correspondant à 5 équipages de 5 marins. Parmi cette liste, on dénombre 15 agents du GIP et 10 CIG. Les agents ont été mis en congés par le chef de service du GIP et ils ont perçu une rémunération par l'EURL. Selon le témoignage de l'un des capitaines qui y participait, les sommes perçues étaient de 250 000 Fcfp pour les officiers et 150 000 Fcfp pour les marins. Quoiqu'il en soit, les 15 agents du GIP qui ont participé à ce convoyage, ont perçu une indemnité s'échelonnant de 150 000 à 250 000 Fcfp, en plus des indemnités de congés payés qui leur ont été servies. Selon M. Puputauki, il avait été prévu initialement que chaque officier touche environ entre 500.000 à 800.000 Fcfp mais ils auraient décidé de réduire leur solde afin de permettre le financement des cautions obligatoires pour l'acquisition des thoniers de l'EURL. Ces marins et officiers n'ont sciemment pas été déclarés par M. Puputauki comme employés par l'EURL ni à l'ENIM, ni à la CPS car cette démarche était impossible puisqu'ils étaient déjà sous contrat avec le GIP.

La mise en œuvre de ce dispositif a permis à la société de réunir les sommes nécessaires pour l'attribution de deux thoniers et commencer leur exploitation. Le gérant de l'Eurl avait donc un intérêt certain à ce que cette convention de convoyage du 17 février 2003 soit exécutée. Et lors de la signature, ledit gérant ne pouvait ignorer que le convoyage serait effectué par des marins du GIP, dont il était le chef de service.

 

Le second convoyage concernait 5 thoniers construits en Chine par le chantier Fujian Shipbuilding Trading Co. L'EURL des pêcheurs tahitiens a signé un nouveau marché le 15 décembre 2003. Les conditions sont quasiment les mêmes que pour le premier convoyage. Le coût est identique (48 M Fcfp) mais le paiement intervenait pour 70% à la signature du contrat et pour le solde à l'arrivée. Le contrat prenait effet à la date de la signature. Or, un communiqué de presse du 17 décembre 2003 faisait part de l'arrivée des cinq thoniers le jour même et précisait que le voyage avait duré du 11 novembre au 17 décembre 2003. (…)

Comme précédemment, M. Puputauki avait un intérêt certain à la réalisation du convoyage, même s'il n'était plus officiellement gérant de l'Eurl. Il restait cependant gérant de la SCP coopérative de To'ata, unique associé de l'Eurl, qui, comme pour le premier convoyage, avait obtenu la location-vente de 2 thoniers, ce qui a porté à quatre le nombre de bateaux à exploiter. (…)

[Idem pour le troisième convoyage de 8 thoniers construits en Chine, (lire « GIP : business entre copains » TPM 171, juillet 2005).

« En définitive, la participation au capital de l'EURL d'une société composée de membres du GIP, le concours des marins du GIP aux opérations commerciales de l'EURL, l'utilisation d'une partie des moyens du GIP au profit de cette entreprise et l'activité du chef de service du GIP comme gérant de l'EURL jusqu'en 2003, soulignent la confusion entretenue entre le service public et les intérêts privés de certains de ses agents..

 

Société du beau-frère

 

« S'agissant de l'entreprise de soudure dirigée par le beau frère du chef de service du GIP, celle-ci a été employée par le GIP de façon continue de janvier 2000 à octobre 2004, hormis le dernier trimestre 2003. Le volume d'heures de prestations payées correspond à l'emploi à temps complet des 3 salariés (y compris le chef d'entreprise) de cette Eurl.

De facto, les trois agents de la société travaillaient uniquement pour le GIP. Son chiffre d'affaires, de l'ordre de 15 millions par an, résultait uniquement des commandes du GIP. Les factures mensuelles ne précisaient pas l'objet des interventions de l'Eurl. Or la cellule des soudeurs du GIP comportait une dizaine d'agents. En l'absence de plannings de travail desdits soudeurs, il est impossible de déterminer quels sont les travaux effectivement réalisés par l'entreprise. Le recours permanent à cette entreprise suscite des interrogations sur le plan juridique, en matière du droit du travail et des sociétés. Les employés de l'Eurl pourraient être considérés comme des salariés du GIP. (Le lien de parenté entre le chef d'entreprise et le responsable de service pourrait aggraver cette situation.).

CTC

 

Note de la rédaction : Voici un rapport accablant (écrit dans le langage châtré et pesé propre aux chambres des Comptes) qui devrait intéresser le procureur général, car là encore des sommes conséquentes de fonds publics ont été détournées.

En ces temps d'élection présidentielle M. Puputauki va-t-il continuer à bénéficier de la protection apparente du Parquet de Papeete ?

A.d.P.

 1 La procédure pour l'acquisition des thoniers était la suivante :

- achat des thoniers par la SEM Tahiti Nui Rava'ai ;

- vente des thoniers à une société métropolitaine pour permettre la défiscalisation des bateaux.

Le financement des bateaux était assuré par 31% au titre de la défiscalisation, 31% au titre d'une subvention territoriale, 31% au titre de prêts bancaire et 7% par les armateurs exploitants ;

- la société louait les thoniers aux armateurs exploitants pendant 5 ans. La SEM, par délégation, encaissait les loyers pour le compte des sociétés métropolitaines.

L'armateur exploitant versait au moment de la prise en charge du bateau un dépôt de garantie de 10 millions Fcfp et un loyer pendant 5 ans. A l'issue de cette période la propriété du bateau était transférée à l'exploitant.

 

0.      CIG et DIJ : emplois de formation financés essentiellements par l'Etat à travers une convention avec le Territoire.

 

 

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 187, novembre 2006

 BLOCAGES SOUS FAUX PRETEXTES

 

A Tahiti, le mois d'octobre a surtout été marqué par les appels à la grève, les barrages, par l'occupation des trois institutions (présidence, assemblée et CESC) et enfin par la "libération" de ces bâtiments par les forces de l'ordre de la République française à la demande du président... indépendantiste. (Lire les détails p. 10-11)

"Libération" demandée par un président « de Tahiti-Nui » qui se trouvait alors au Forum des Îles du Pacifique à Suva où, encore une fois, il ne put s'empêcher de tenir des discours embarrassants pour la France, de faire une sorte de "remake" de son comportement lors du Sommet franco-océanien à Paris en juin dernier. Pourtant, c'est bien parce que le président Chirac avait insisté, même demandé à ce qu'on « change les règles » lors du sommet France Océanie de Papeete en 2003, que « Tahiti Nui » est aujourd'hui un membre associé de ce Forum. Heureusement, les propos de M. Temaru n'impressionnèrent pratiquement personne, bien au contraire car les pays indépendants de la région ont d'autres chats à fouetter, surtout que l'Australie, leur grand bailleur de fonds, exige dorénavant des leaders des preuves de « bonne gouvernance » avant de leur accorder subventions prêts, ce que certains pays mélanésiens considèrent comme une « ingérence dans leurs affaires internes ».

A.d.P.

 

Le parquet de Papeete sur la défensive

 

Réagissant à des articles parus dans la presse locale et nationale et en utilisant sa casquette de "délégué régional de l'Union syndicale de la magistrature" (USM), Christophe Perruaux, vice-procureur de la République à Papeete, donna au journal Les Nouvelles une interview pour défendre son patron, le procureur Jean Bianconi. En résumé, les accusations qui pleuvent depuis "l'affaire Vetea Guilloux" fin 2004 seraient toutes des « accusations fantaisistes », se basant sur la théorie que le parquet n'a aucun pouvoir ni sur l'instruction ni sur les jugements. Tout en admettant quelques erreurs, il tente de démonter les accusations d'influence qui ont été avancées par le capitaine Goubin lors du procès de l'affaire des "barbouzes" (TPM 186), mais il est resté muet sur la mise au pilori du juge Taliercio (lire TPM 182). Pour celui qui a suivi de très près le dossier de la condamnation "instantanée" de Vetea Guilloux, les explications de M. Perruaux paraissent tout simplement de mauvaise foi tant les pressions (à tous les niveaux) étaient alors patentes, avouées même. Pourtant M. Perruaux confirme que son "boss" était bien à 100% en charge de réduire au silence celui dont les déclarations auraient pu faire capoter la motion de censure alors initiée par M. Flosse : « il faut aussi se souvenir du contexte très chaud de cette affaire à laquelle le parquet a voulu apporter une réponse rapide. Il fallait mettre fin à cette rumeur. » Le parquet a donc un tel pouvoir ; merci pour ce sursaut de franchise ! D'ailleurs début octobre la Cour de cassation a invalidé les jugements prononcés contre ce même Vetea Guilloux pour « peine prononcée supérieure à ce que prévoit le code pénal », autre preuve d'un acharnement. L'affaire sera rejugée à Paris. Selon le comité de soutien à JPK, « la rumeur » à laquelle le parquet désire tant « mettre fin » semble de plus en plus devenir une réalité car, avec la dissolution du GIP et la dispersion de ses anciens membres, de nouveaux témoignages sont recueillis. Puis au vice-procureur de révéler qu'Emile Vernaudon devrait prochainement de nouveau être mis en examen pour s'être construit un "fare bringue" sur le domaine maritime à Taravao (TPM 178, février 2006), certainement pour démontrer que les politiciens ne seraient pas "protégés". S'il avait mentionné la centaine d'emplois fictifs de l'ex président Flosse (une enquête qui dure depuis 1996 !), le message aurait été bien plus crédible.

Le lendemain, toujours dans Les Nouvelles, l'USM démentait que les « propos tenus par M. Perruaux l'aient été en qualité de délégué régional de ce syndicat » alors que le Syndicat de la magistrature (SM) déclarait que « la section locale du SM tient à se désolidariser des propos tenus par M. Perruaux ».

A.d.P.

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 187, novembre 2006

Blocages et caprices politico-syndicaux : symptômes d'une société en crise

 

Pendant deux semaines, une centaine de personnes sous la conduite du syndicaliste Ronald Terorotua et de l'ex chef du GIP Léonard Puputauki, dit Rere, oui, encore lui !, ont mis la pagaille à Papeete.

Tout a commencé par un appel général à la grève du syndicat O Oe To Oe Rima de Ronald Terorotua. Or comme les raisons justifiant cette grève étaient plutôt floues (« contre la vie chère », contre l'augmentation des taxes, Comme celui-ci se rendit vite compte que pratiquement personne ne suivrait ce mouvement, il bloqua les deux entrées de la ville de Papeete avec son copain Rere et les ex GIP. Ceci empêchait les travailleurs de se rendre à leur travail, masquant ainsi l'échec syndical, et permettait aux anciens du GIP de mettre de la pression sur le gouvernement pour négocier des indemnisations pour les GIP licenciés après avoir bloqué pendant trois mois les bâtiments et les bateaux de la flotille administrative. l'opposition se frottait discrètement les mains face au chaos qui embarrassait le gouvernement, accusant celui-ci de ne pas vouloir négocier (sur quoi ?), alors que la population était une nouvelle fois exaspérée de se retrouver prise en otage par les GIP.

Lorsque nous avons visité les barrages le 12, il y avait bien une quinzaine de GIP en tricots rouges sur chaque barrage, mais en regardant bien aux alentours, on pouvait voir des dizaines d'autres GIP "en civil". L'ancienne milice du président Flosse, malgré sa dissolution en janvier dernier, semble donc toujours bien opérationnelle.

Les autres bloqueurs étaient des chauffeurs et propriétaires de trucks, apparemment aux ordres ou influencés par quelques grands propriétaires de bus. Ils manifestent parce qu'ils ne peuvent obtenir du gouvernement un certificat écrit qui leur garantit qu'ils seront propriétaires des nouveaux autobus dans cinq ans, c'est-à-dire après la période de défiscalisation.

Dès le premier jour de blocage Mme Boquet, la haut-commissaire, expliqua fermement à Terorotua et Rere que s'ils ne levaient pas les barrages, ils étaient passibles de prison. On trouva un compromis en ne levant qu'un barrage sur deux, ce qui rétablissait la libre circulation tout en permettant aux manifestants de na pas perdre la face.

De son côté, le gouvernement Temaru refusa de négocier (de quoi ?) avec Terorotua « pour ne pas le légitimiser » et fit semblant de nommer un "médiateur". Alors que les médias gonflaient les non-événements, avec chaque mot de Ronald, Rere ou Jacqui Drollet analysé comme si l'on était à la veille d'une insurrection,. Le gouvernement laissa jouer le temps afin de discréditer les deux leaders qui avaient promis monts et merveilles à leurs manifestants et qui, finalement, n'obtiendront rien du tout. Oscar Temaru partit même à Fidji assister au Forum comme si tout était calme.

C'est certainement après s'être rendu compte de ce piège qu'ils décidèrent alors d'investir le Palais présidentiel, l'assemblée et le CESC dans la nuit du 22 au 23. Là encore, face à ce qui ressemblait à un coup d'Etat, la haut-commissaire intervint avec fermeté et grenades lacrymogènes pendant une grande averse et, en quelques heures, la ville se retrouvait libre de toute entrave.

Rere et Terorotua tentèrent de revenir sur le devant de la scène médiatique avec une marche de protestation après le retour d'Oscar Temaru, marche qui réclamait, entre autres, la démission de Madame Boquet car celle-ci aurait « en faisant intervenir les forces de l'ordre donné raison à la démarche d'Oscar Temaru qui refuse de nous recevoir », une « attitude pas digne d'un haut-commissaire, alors même que toutes les solutions par la négociation n'ont pas été épuisées ». Apparemment les grévistes confondaient Mme Boquet avec les anciens haut-commissaires Mathieu et Aribaud dont on a gardé le souvenir de leurs refus de faire appliquer les décisions de justice. Cette marche, avec moins de 150 adultes, a surtout dévoilé qu'en fin de compte Rere Puputauki et Ronald Terorotua n'ont aucun soutien populaire et qu'ils embêtent la population depuis des années sans légitimité et grâce au bluff. Maintenant que cela a bien été établi, le président Temaru peut se permettre de recevoir Ronald Terorotua.

 

Cette péripétie pseudo syndicale a de nouveau démontré qu'à Tahiti les mouvements sociaux sont rarement effectués dans l'intérêt des travailleurs, surtout des plus modestes. Ensuite, il confirme aussi à quel point la sphère syndicale est imbriquée dans la sphère politique après 30 années de clientélisme, fromages institutionnels, postes de prestige et autres emplois fictifs, combien de manifestations sont en fait des chantages ; il suffirait d'étudier les parcours des syndicalistes de Tahiti actuels et de jadis pour découvrir que l'intérêt primordial n'est pas celui des travailleurs.

C'est triste, mais c'est ainsi.

AdP

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 188, décembre 2006

Affaire JPK (suite du feuilleton)

 Le comité de Soutien à la famille de Jean-Pascal Couraud explique fin novembre que « les accusations portées par le Comité de soutien ont visiblement fortement déplu et Philippe Couraud était à nouveau entendu le 9 novembre 2006 à ce propos, en présence d'un magistrat soupçonné d'avoir pu donner quelques informations à la famille de JPK à ce sujet. Ce magistrat a refusé d'être entendu et a contesté la compétence du juge pour l'interroger sur des propos qu'il aurait tenus concernant les dysfonctionnements de la justice, s'appuyant sur le fait que l'audition s'effectuait dans le cadre de l'instruction d'une plainte pour assassinat et complicité. Par ailleurs, il a été indiqué au juge que s'il y avait lieu d'enquêter sur les dysfonctionnements de la justice dans cette affaire, il faudrait alors entendre également le vice-procureur qui, s'étant exprimé publiquement pour défendre le parquet au nom d'un syndicat de magistrats, a reconnu que l'affaire avait été mal gérée au moment des révélations faites par Vetea Guilloux en octobre 2004. Par ailleurs, le juge a tenté d'entendre notre avocat James Lau comme témoin, sur la base de sa présence à nos côtés lors de certains de nos entretiens. Cette demande pour le moins surprenante a été catégoriquement refusée par notre avocat qui s'est appuyé sur le respect du secret professionnel. »

Dans l'affaire JPK, cinq nouveaux témoignages par des ex-GIP ont été recueillis par la famille entre juillet et octobre 2006 et semblent confirmer la réalité de l'assassinat de JPK. Des témoins qui se disent être menacés. L'un rapporte « des propos tenus bien avant les déclarations de Vetea Guilloux » sur l'assassinat supposé, un autre déclare avoir assisté (avec un collègue) à l'embarquement de JPK sur la baleinière par les GIP. Des témoins qui ne sont pas entendus, ou lorsqu'ils le sont se rétractent devant le nouveau juge d'instruction qui, selon le comité, donne « l'impression à notre avocat James Lau que le juge se positionne contre la famille et instruit à décharge uniquement... impression partagée par Olivier [Couraud], que le juge a constamment cherché à prendre en défaut. »

Ainsi, « avec les déclarations de ces nouveaux témoins qui viennent toutes confirmer nos accusations », le comité espère être « en mesure de demander avec encore plus de force et de détermination que la justice fasse le travail qui est le sien, en toute indépendance » et de « constater l'étonnante rapidité avec laquelle la justice cherche à connaître ceux qui osent parler de ses dysfonctionnements, allant même jusqu'à vouloir obtenir d'un avocat qu'il bafoue l'éthique en sollicitant son audition comme témoin d'entretiens auxquels il aurait assisté ».

 

A.d.P.

 

 

 

 

Tahiti-Pacifique Magazine n° 189, Janvier 2007

 

Les effarants accords secrets entre le gouvernement Temaru et le GIP

 

Début décembre, on apercevait un Rere Puputauki tout jovial. Il avait de quoi, il venait de terminer une "négociation" au résultat incroyable, aberrant et choquant.

Depuis la perte du pouvoir par Gaston Flosse début 2004, le GIP (groupement d'intervention de la Polynésie) n'a cessé de terroriser la population en instaurant des barrages qui paralysèrent l'économie du territoire, sous les ordres de Léonard (dit Rere) Puputauki, l'ancien chef de ce service (dissout à la mi-2006) qui a été démis de ses fonctions par le conseil des ministres le 6 octobre 2004 et licencié pour faute lourde, ainsi que son adjoint M. Boosie. Contre toutes les règles d'un Etat de droit normal, l'Etat a laissé les barrages se faire sans intervenir. Ce n'est qu'en octobre dernier, après que ces hommes aient investi le Palais présidentiel, l'assemblée et le CESC dans la nuit du 22 au 23 octobre, un véritable coup d'Etat, que la haut-commissaire fit intervenir un escadron de gardes mobiles avec grenades lacrymogènes pour libérer les institutions du « péï ». Là encore, malgré la gravité de l'acte, il n'y eut ni arrestation, ni poursuite judiciaire. Ainsi donc une véritable organisation terroriste composée d'une trentaine de voyous, le noyau dur de l'ancienne milice de Gaston Flosse, sévit en toute impunité depuis plus de deux ans sans le couvert d'une fonction officielle, car toutes ces personnes ont depuis longtemps été licenciés pour faute lourde.

A la mi 2006, ces gros bras avaient aussi bloqué les bâtiments de la flottille administrative, l'ancien quartier général du GIP et malgré que le gouvernement Temaru avait obtenu trois ordonnances successives du juge des référés ordonnant l'expulsion immédiate des « pseudo-gévistes » barragistes avec, au besoin, l'aide de la force publique, le haut commissariat a toujours refusé de faire exécuter par la force publique ces décisions de justice. Un refus écrit prend même prétexte que les « grévistes »auraient, selon des rapports de la police, évacué les lieux, ce qui était faux. Ainsi, un cas sans doute unique en France, un bâtiment public est occupé depuis six mois, violant le droit fondamental d'aller et venir et de travailler des non grévistes et empêchant la flottille de ravitailler les îles (telles Maupiti), l'Etat préférant mobiliser un bâtiment de la Marine nationale pour palier au blocage plutôt que dégager une vingtaine de gros bras. Pourquoi ? Pourquoi ces mercenaires sont-ils soutenus par l'inaction complice du gouvernement central ? En Polynésie il y a vraiment un droit à deux vitesses qui bafoue toutes les « valeurs de la République » dont l'Etat s'est gargarisé contre … Oscar.

Voici un an, lors de leur licenciement, on s'était déjà étonné comment le Territoire puisse reconnaître un droit à six mois, un an, voire deux ans de congés payés à des fonctionnaires ou agents alors que les textes prévoient sans équivoque que les congés sont à prendre chaque année, sinon ils sont perdus (sauf cumul de trois mois de congés annuels pour prise de congés administratifs). Là était déjà une arnaque au bénéfice de l'ex GIP que le contrôle de la légalité (l'Etat) n'a pas voulu voir !

Ensuite, début décembre, Rere Puputauki a été voir Oscar Temaru (qui décide selon ses émotions) et lui a dit « Ah, mes pauvres gars n'ont pas un toata pour Noël », ce qui eut pour résultat qu'Oscar (il l'a raconté en conseil des ministres) a accordé le paiement immédiat de 5% des six mois de salaire de « grèves » à ceux qui ont tout fait pour le « descendre », d'ailleurs déjà discrètement payés par des membres du Tahoera'a selon des témoignages.

Mais depuis il y a bien plus ahurissant : lors du dernier blocage, le tribunal a imposé une "négociation" entre les "grévistes" (comment peut-on être gréviste si on a été depuis longtemps licencié ?) et le Territoire. Une sorte de "commission d'arbitrage", composée de magistrats, juristes et avocats a accouché d'un accord « qui doit être tenu secret ». Comment un document qui nomme des gens qui peuvent décider de faire payer à la Polynésie, c'est-à-dire nous les contribuables, des sommes importantes, peut-il rester secret ?

 

400 millions… d'indemnités !

 

Vraiment étonnant, voire incroyable serait la « sentence arbitrale » rendue à grande vitesse par trois personnes le 30 novembre 2006 au Palais de justice. Il saigne littéralement les caisses du Territoire et verse des primes scandaleuses à Rere et ses gros bras terroristes. Il y en a en tout in fine pour 400 millions de francs Pacifique (3,3 millions d'euros 50% versés de suite, le reste plus tard) dont 24 millions pour Rere Puputauki seul, dont 10 millions pour « préjudice » plus, bien sûr, ses deux années de congé payés ! Ces sommes nous ont été confirmées par plusieurs sources, dont une qui a assisté au conseil des ministres qui en a discuté. On comprend pourquoi l'arrangement devait rester secret, mais aussi pourquoi Rere Puputauki était si jovial devant les caméras de télévision début décembre !

Ceux qui connaissent le dossier s'étonnent de l'attitude de l'un des avocats représentant le Territoire, un ami de longue date du président Temaru, car celui-ci semblait plutôt se battre pour les intérêts du GIP, à tel point qu'il aurait même demandé que sa responsabilité civile d'avocat du « Péï » soit dégagée par écrit alors que l'autre avocat du Territoire aurait refusé de le signer, déclarant qu'il est « préjudiciable » à la Polynésie. Parmi les bénéficiaires de ce pactole se trouvent bien sûr les gros bras de la cellule « espionnage » dont les exploits ont tant noirci de pages à la gendarmerie, la Chambre des Comptes et les médias. Comment peut-on oser indemniser des gens licenciés pour « fautes lourdes » au titre de « préjudices » qui n'existent pas ? D'autant qu'ils touchent des sommes bien plus importantes que si un tribunal avait jugé que leur licenciement était injustifié ! Seul celui qui a frappé le nouveau chef de service popa'a devant les caméras de RFO n'aurait rien obtenu.

 

Est-ce légal ?

 

Mais encore, cet "arbitrage" est-il bien légal ? N'existe-t-il pas des textes qui interdisent à une collectivité publique (telle la Polynésie française) de signer des compromis d'arbitrage ? Alors comment celui aboutissant à ce fiasco au caractère outrancièrement partial en faveur des « gros bras » a-t-il pu être signé ?

Certes, des arbitres peuvent régler un conflit collectif en droit, mais aussi en équité ? Mais l'équité, n'est-ce pas ce qui est juste, raisonnable pour tout homme normal, certainement pas une sentence accordant des indemnités pour « préjudice » à des gens licenciés pour faute lourde, à des mercenaires d'un parti politique qui ont créé d'immenses et véritables préjudices à la population et à l'économie du territoire ?

 

Certains juristes avancent que la Polynésie ne pourrait plus exercer de recours contre cet arbitrage, soi-disant définitif. Mais alors à quoi sert donc la Cour supérieure d'arbitrage qui siège à Paris, formée de magistrats et qui a compétence pour réviser les sentences arbitrales rendues outre-mer ?

Mais il y a plus étonnant encore. La sentence arbitrale recommande que le procureur classe sans suite les plaintes du Territoire au pénal contre les délits des gros bras, prétextant des mesures « d'apaisement », tout comme les abrites recommanderaient à la Polynésie d'abandonner les recours civils en dommages intérêts intentés par le Territoire pour compenser tous les préjudices générés par leurs actions illégales. Voir les mêmes « arbitres » accorder dans un même souffle de honteuses « indemnités » aux frais des contribuables en faveur de personnes qui, dans tout pays normal seraient depuis longtemps en prison, pour de soi-disant « préjudices » frisent un comique et une contradiction proche de la démence. Mais pourquoi donc ???? (*)

 L'application de la sentence arbitrale et l'avenir du GIP devraient être parmi les plus épineuses décisions que le nouveau président Tong Sang aura à prendre, surtout que Gaston Flosse avait annoncé qu'il désirait que le GIP soit rétabli dans sa forme comme dans ses fonctions

A.d.P.

 (*) Lire notre article sur « l'affaire JPK », p.22, pour trouver une explication très plausible aux incroyables "blanchiment" et rémunération des gros bras de l'ex GIP.

 

Janvier 2007 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 189

Oui, JPK a bien été assassiné !

 

Comme nous l'indiquions le mois dernier, les circonstances de la disparition du journaliste Jean-Pascal Couraud (dit "JPK"), ancien rédacteur en chef du quotidien Les Nouvelles de Tahiti, qui, dans la nuit du 15 au 16 décembre 1997, disparaissait à l'âge de 37 ans, deviennent de plus en plus claires. Le 6 décembre 2006, le comité de soutien JPK a organisé une conférence de presse pour faire le point sur l'affaire et rappeler que la thèse de l'assassinat ne fait plus aucun doute. Philippe Couraud a alors affirmé sa «certitude que Jean-Pascal a été assassiné» et dénonce un «refus d'enquêter sérieusement» sur fond de «mainmise politique sur le judiciaire».

En effet, les langues se sont déliées à tel point que dans certaines îles de l'archipel des Australes, ainsi que dans quelques districts de Tahiti, plus personne ne doute de la réalité du tragique assassinat de JPK par le GIP (groupement d'intervention de la Polynésie). Actuellement, des conversations de moins en moins feutrées tournent autour d'une explication, et cela alors qu'à Tahiti d'autres anciens membres de l'ex-GIP se manifestent pour apporter leurs témoignages sur la réalité de ce tragique événement. Cette évolution et la banalisation des commentaires rend de plus en plus ridicule si ce n'est carrément suspect, l'acharnement du parquet de Papeete et de l'entourage de l'ex président Flosse pour tenter de démontrer par tous les moyens que les témoignages ne seraient que des « rumeurs fantaisistes », à tel point que certains comparent cette affaire à celle du juge Borel à Djibouti : on tenterait d'enterrer la vérité pour des « raisons d'Etat ».

 

Alors qu'à l'origine tout le monde croyait à un suicide, les facteurs qui ont donné au fil du temps de la crédibilité à la thèse de l'assassinat sont les suivants :

 

- La rapidité et la férocité manifeste du parquet de Papeete vis-à-vis de Vetea Guilloux pour contrer ses révélations faites à un ministre, mais aussi à un gendarme, en fait un acte requis par la Loi. Après une trentaine d'heures de garde à vue et une confrontation avec ces deux personnes, Vetea G. maintient ses déclarations puis se rétracte à 2h 30 du matin. Le procureur est prévenu. Aussitôt, il ordonne l'arrêt des auditions. L'enquête est bouclée sans même avoir informé le juge d'instruction qui avait été chargé de l'enquête sur la disparition de JPK. Vetea Guilloux est jugé en comparution immédiate moins de deux jours après et condamné à 12 mois de prison dont 9 mois avec sursis pour « dénonciation calomnieuse ». Le procureur "pompier" déclarera plus tard à un journaliste « il fallait absolument faire taire ces rumeurs », phrase reprise en novembre 2006 par le substitut Perruaux dans un courrier publié dans TPM. La sentence infligée à Vetea Guilloux était tellement excessive que le 4 octobre 2006 la Cour de cassation annula la condamnation car la peine prononcée est le double de ce que prévoit le code pénal ! En plus, cet péripétie judiciaire est emprunte par une succession d'erreurs et d'atteintes à la procédure vraiment étonnante. Les gendarmes en charge de « l'audition » ont même reçu une lettre de félicitation du procureur pour avoir réussi à faire revenir Vetea Guilloux sur ses déclarations !

- Le refus d'abord, puis la réouverture de l'enquête par des gendarmes bien plus enclins à identifier les « fuites » qu'à collecter et recouper les informations. Ayant nous-même été entendu à deux reprises, nous pouvons en témoigner.

- Comment la gendarmerie (qui avait mis un point d'honneur à exécuter les ordres pour démontrer que Vetea Guilloux avait menti) peut-elle par la suite "déontologiquement" et honnêtement enquêter pour dire qu'il a dit la vérité et que l'assassinat est très plausible ?  Ce paradoxe est bien génant !

- Les témoignages recueillis par la famille de JPK.

- Et les témoignages recueillis par Tahiti-Pacifique.

 

Les témoignages recueillis

par la famille de JPK

 

Les nouveaux témoignages recueillis cette année par Olivier et Philippe Couraud, frères de Feu JPK, sont les suivants :

 

- En juillet 2006 un ex-GIP licencié raconte les déclarations de collègues qui l'ont conduit à le persuader de la réalité de l'assassinat de JPK, qu'il connaissait personnellement depuis la fin des années 80. Ces déclarations ont été tenues bien avant les déclarations de Vetea Guilloux, par une des personnes soupçonnées d'avoir participé à l'assassinat. Hélas, cette personne est décédée dans le naufrage du bateau du GIP au large de Rimatara. Le même témoin explique qu'un membre de l'entourage proche de J.P.K. donnait des informations au GIP sur ses déplacements et ses activités. Il est réticent de s'exprimer auprès du juge ou des gendarmes par peur de représailles venant du GIP. Une demande d'audition de ce témoin a été déposée auprès du juge lors de l'audition de Philippe Couraud le 5 octobre 2006. A ce jour, il n'aurait toujours pas été entendu.

 

- Le 1er octobre 2006, un homme (M. X) vient à la rencontre d'Olivier Couraud et lui parle de JPK. Il l'aimait bien, sa femme ayant été la nounou de son fils et Jean-Pascal lui venait souvent en aide (années 1993 &endash;94). L'homme commence à se confier. Il dit avoir assisté à l'enlèvement de JPK vers les 15h30 - 16 heures, mais ne plus se souvenir de la date exacte. Il se trouvait à ce moment là sur les lieux (à Taunoa). Il circulait avec un collègue dans une voiture et suivait de loin le fourgon qui a enlevé Jean-Pascal. Ce fut un enlèvement musclé : homme et dossiers embarqués de force, puis menés à la flottille administrative à Motu Uta. Son collègue et lui les suivent en voiture discrètement. Arrivé sur place, JPK subit un interrogatoire dans le bâtiment de la flottille, à l'étage, interrogatoire dirigé par un responsable, qu'il nomme, plus quatre autres hommes. M.X. et son collègue, également témoin, montent par une échelle derrière le bâtiment et observent la scène…

L'interrogatoire de JPK dure assez longtemps, peut-être une heure et demi. Les dossiers de JPK sont alors emmenés dans une baleinière (chaloupe) de la flottille attaché au quai, puis JPK. S'ensuivent là encore des discussions. Le chef fait des grands gestes. JPK répond aussi par des grands gestes signifiant son ras le bol. A ce moment là les deux témoins de la scène sont découverts sur le toit du bâtiment. Ils sont tabassés et virés (ou sens propre et figuré). La suite M. X ne l'a pas vue, mais on la lui a racontée ainsi : dans la nuit, JPK est emmené de force sur un navire en partance, puis balancé en pleine mer entre Tahiti et Moorea, quatre parpaings de 15 attachés aux pieds. « C'est le chef mécanicien du bateau qui a vu et qui le lui a raconté ». Il dit son nom. Il dit aussi qu'il y a environ une dizaine d'autres témoins qui on tout vu et qui peuvent confirmer. M. X dit avoir porté plainte chez les mutoi (police municipale) mais ceux-ci ne l'ont pas cru. Il déclare avoir reçu la visite de quelques membres de l'ex-GIP il y a trois mois environ pour le questionner et l'intimider. Tout comme il déclare avoir reçu d'un avocat de Papeete (qui défend le GIP) une convocation par "lettre recommandée" et s'y être rendu. On lui a demandé de dire ce qu'il savait, ce qu'il a fait, puis on lui a dit qu'on ne le croyait pas.

Le 2 octobre 2006, vers 19 heures Olivier Couraud retourne sur place pour en savoir plus. Il tourne dans le centre et M. X l'interpelle dans un endroit discret, il est inquiet, nerveux. Il dit avoir eu la visite d'un cadre éminent du Tahoera'a, dont il donne le nom, vers 18h sur son lieu de travail, et dans la journée, chez lui, de quelques ex-GIP venus le questionner. Olivier  demande à M. X ce qu'il faisait à Taunoa le soir de l'enlèvement et celui ci répond qu'il travaillait à ce moment là pour la cellule d'espionnage de la Flottille administrative (ancêtre du GIP). Lui et son collègue ont entendu sur leur talkie-walkie un ordre qui ne leur était pas adressé : « rendez-vous à Fariipiti et enlevez le conducteur de la Suzuki grise immatriculée …. » M. X connaissait parfaitement la voiture de JPK et veut savoir ce qui se passe, « j'aimais bien Pascal, il était gentil avec moi » comme pour justifier sa curiosité. Olivier demande à M. X s'il est d'accord pour témoigner, il répond oui. Ils prennent rendez-vous pour le mercredi 4 octobre 2006 à 19h à la poste de Tamanu.

Le mardi 3 octobre 2006, à midi, 12h00 Olivier voit son frère Philippe, ils rencontrent Me James Lau, leur avocat dans l'affaire et lui raconte l'histoire. Ils prévoient à ce moment là de faire protéger M.X par des moyens privés. Philippe demande à un proche de leur donner un coup de main pour effectuer cette protection. A 18h00, Olivier se rend au centre Tamanu et aperçoit M. X très fébrile, ayant la chair de poule. Il lui dit qu'un gros 4X4 avec vitres fumées et plusieurs gros bras à l'intérieur sont venus chez lui. Il a très peur maintenant. Il dit que c'est une voiture du genre de celle que possède une personnalité politique très, très connue dont il cite le nom. Il dit que plusieurs personnes du Tahoera'a sont passées le voir dans la journée. Il dit n'avoir pas pu dormir. Olivier lui demande de se calmer, qu'on va faire assurer sa sécurité dès ce soir. A 20h30 Olivier Couraud et Fred, son beau-frère qui l'accompagne ce soir là, rencontrent la personne ayant accepté d'apporter son aide pour la protection de M. X, et Olivier lui fait un bref résumé de l'histoire. Ils se rendent au centre Tamanu et Olivier cherche M. X qui semble se cacher. Il sort de l'ombre, il a peur. Il parle en tahitien, oubliant qu'Olivier ne le comprend pas. Olivier lui demande de venir pour lui présenter la personne qui l'accompagne. Il hésite puis le suit. S'ensuit une discussion d'un quart d'heure en tahitien. Notre ami le questionne, M. X se méfie mais parle. Il ne veut plus témoigner seul. Il a donné deux noms. Il veut la présence de deux autres témoins qui pourront témoigner de la deuxième partie de l'histoire de JPK, de celle à laquelle il n'a pas assisté. »

 

Trois témoins sur un toit

 

Olivier part à la recherche de M. X qui ne se montre plus car la présence et les propos tenus par l'ami l'ont semble-t-il effrayés. Fred le retrouve dans le bureau des vigiles. M. X lui dit de ne jamais venir là, il se méfie de certains de ses collègues. Olivier va à sa rencontre et M. X. lui dit qu'il ne veut avoir à faire à personne d'autre qu'Olivier. Olivier s'y engage. M. X confirme qu'il acceptera de témoigner s'il n'est pas le seul. Olivier lui demande un éclaircissement qu'il donne : un troisième témoin était sur le toit avec eux. Il est descendu en premier et s'est dirigé vers la baleinière. C'est à ce moment là que les deux autres restés sur le toit ont été surpris. M. X et Olivier se donnent finalement rendez-vous à 10h le lendemain sur la plage du Tahiti Village. Pas plus tôt, car M. X. veut absolument se rendre d'abord à Carrefour pour acheter des jouets pour ses enfants. A 22h50, Olivier et Fred décident de quitter les lieux. Ils avertissent M. X qui leur dit : « C'est pas grave mon collègue vient d'arriver, ça va aller avec lui ». Il est beaucoup plus détendu, il plaisante, pour extérioriser.

- Le mercredi 4 octobre 2006, M. X ne se rendra à aucun des deux rendez-vous qu'il avait fixés avec Olivier, ni celui du matin à 10 heures, ni celui du soir 19 heures. Le jeudi 5 octobre, Olivier Couraud est entendu par le juge d'instruction Stelmach à qui il fait part des déclarations reçues de M. X. au cours des derniers jours, et mentionne les fortes pressions dont M. X. dit être l'objet pour le dissuader de parler. M. X est entendu l'après-midi même par le juge. Il reconnaît les déclarations faites à Olivier Couraud mais dit maintenant avoir inventé toute cette histoire, s'étant inspiré des articles de journaux. Pourtant il avait donné des détails qui n'ont jamais été mentionnés par le presse, détails confirmés par d'autres témoins.

 

- Le lundi 8 novembre 2006 a donc lieu une confrontation entre Olivier Couraud et M. X devant le juge d'instruction. Celui-ci, comme lors d'une première audition chez le juge, dit avoir inventé toute l'histoire racontée à Olivier Couraud, basée sur des éléments publiés par les journaux. Il dit ne jamais avoir travaillé au GIP. Pourtant, divers proches du témoin ont confirmé à la famille (aucun doute possible selon eux) que M. X avait effectivement travaillé à l'époque pour ce que les gens désignent encore aujourd'hui sous l'appellation GIP. Par ailleurs, il ne peut échapper à Olivier, comme à tous ceux qui connaissent le dossier, qu'il a fourni de son plein gré des détails précis et que le déroulement des évènements tels qu'il les raconte, tout comme les heures indiquées sont tout à fait cohérents.

Le juge pose des questions orientées. Avec le témoin il ne va pas au fond des choses et lui permet de ne pas répondre aux questions de Me Lau, l'avocat de la partie civile qui demande des explications. Quant à Olivier, il n'est pas autorisé à adresser la parole ni au témoin ni au juge. Le témoin simule la surdité. Le juge fait même mine de croire le témoin lorsque celui ci prétend ne pas parler le français (!), ce qui fait que toute la confrontation se déroule avec un interprète. Comme cela avait déjà été fait avec Vetea Guilloux pour tenter de le discréditer, le juge relève bien sûr que le témoin ne travaillait pas au GIP. Affirmation évidente puisque le GIP n'existait pas encore officiellement à l'époque des faits. Les agents qui travaillaient alors dans ces équipes étaient soit des agents de la flottille administrative, soit des agents du SEP, société de gestion de déchets, à laquelle appartenait Vetea Guilloux en fin d'année 97 lors de la disparition de JPK. A l'issue de cette confrontation, Olivier constate que le juge a constamment cherché à le prendre en défaut. Son impression est que le juge se positionne contre la famille et instruit à décharge uniquement, semblant ne vouloir attacher aucune importance aux propos que M. X. reconnaît pourtant avoir tenu spontanément (en français !) auprès d'Olivier Couraud.

 

- Le 11 octobre 2006, Philippe Couraud rencontre pour la première fois un des nouveaux responsables de la flottille administrative (structure dans laquelle travaillent bon nombre d'ex GIP), nommé en février 2006. Il raconte comment, les premiers jours de son entrée en fonction, il avait été invité à prendre un verre un vendredi après-midi par l'équipe de Rere Puputauki, l'ex chef des GIP. Au bout de la 2è ou 3è bière, Tutu Manate déclare de sa propre initiative qu'il n'est pour rien dans la disparition du journaliste popa'a, JPK. Il est immédiatement repris par un de ses collègues qui le traite de menteur et fait allusion aux détails mêmes de la scène de l'assassinat à laquelle Tutu Manate aurait participé. La remarque jette un profond malaise dans toute l'assistance pendant un très long moment. Yannick Boosie, l'adjoint de Rere Puputauki est présent. Cet incident rend très perplexe ce cadre de la flottille. Quelquesjours après, Tutu Manate profère des menaces très précises à l'encontre de James Salmon, le ministre de l'Equipement, indiquant que [les GIP] étaient capables d'avoir recours à la violence, y compris contre ses proches. Ce nouveau témoin, cadre de la flottille administrative, sur la base de tous ces éléments (propos tenus, attitudes) considère aujourd'hui que ces hommes ont très certainement commis un assassinat sur la personne de JPK. Il indique être tout à fait disposé à faire part de ces éléments au juge d'instruction. Dès le lendemain (courrier en date du 12 octobre 2006), il est demandé au juge de procéder à l'audition de ce nouveau témoin. Celui-ci n'a toujours pas été entendu par le juge.

 

- Entre-temps, le 18 octobre 2006 Philippe Couraud reçoit un témoignage au sujet d'un film vidéo dans lequel Rere Puputauki téléphonerait à une très haute personnalité politique (dont le nom est cité) le soir de l'assassinat de JPK afin de solliciter des instructions. Ce film aurait été également vu par plusieurs personnes habitant le « quartier Rurutu » (Tahiti). Par courrier en date du 23 octobre 2006, l'audition de cette personne est sollicitée. A ce jour, elle n'a toujours pas été entendue.

 

Le 27 octobre 2006, vers 9 heures, Mme Y. demande à voir Philippe Couraud. Elle connaissait JPK et souhaite raconter ce qui se dit actuellement au sein de la flottille administrative, selon les déclarations d'un employé. Les ex-GIP licenciés impliqués dans l'assassinat de JPK n'étant plus rémunérés par l'administration, certaines personnes (dont elle cite le nom) continuent actuellement à leur verser des sommes d'argent en guise de salaires, car dés lors qu'ils ne seraient plus payés, ils raconteraient tous les détails de l'assassinat de JPK.

 

Les témoignages recueillis par

Tahiti Pacifique

 

- En octobre 2005, nous rencontrons M. Y, jadis un des adjoints de Rere Puputauki. Au cours d'une longue entrevue, cet homme nous a dévoilé (devant témoin) que sur les cinq GIP qui auraient participé à la fameuse partie arrosée de "kikiriri" où l'un d'eux aurait raconté l'assassinat de JPK à Vetea Guilloux, deux seraient depuis décédés de façon pour le moins étrange : l'un, V.C., un sportif de 30 ans en pleine santé, se serait noyé dans 20 cm d'eau d'une rivière et l'autre, F.H., un homme costaud 35 ans, serait mort d'un arrêt cardiaque sur le chantier aux îles Tonga. Mais ce qui est bien plus troublant, c'est que cet homme affirme sur l'honneur qu'il aurait, lui aussi, entendu un témoignage similaire aux affirmations de Vetea Guilloux de la part de l'un des participants supposés liés à la disparition de JPK, et ceci plus d'un an avant les déclarations. En 2003, lors d'un embarquement d'élèves sur le navire Tahiti Nui pour leur transport vers les îles Australes, il avait demandé à Tutu Manate d'assurer que les voitures des familles n'entrent pas sur le quai et lui demanda s'il pouvait compter sur lui : « Tu peux compter sur moi, rappelle-toi ce qui s'est passé avec le journaliste popa'a qu'on a "tutau" ! ». Tutu fut alors tout étonné que M. Y ne comprenne pas. Plus tard, M. Y aborda Rere Puputauki et demanda une explication. Celui-ci répondit : « Ça ne te regarde pas,. Affaire classée ! ».

M. Y affirme avoir raconté cet incidents aux gendarmes lors de son unique audition, et ceux-ci lui ont alors répondu que « ce n'est pas la question ».

 

- Le 15 décembre 2006, une dame Z se présente impromptu à la rédaction de Tahiti-Pacifique magazine à Moorea. Elle explique avoir assisté le 9 décembre à une réunion de famille (dont une branche est originaire de Rurutu). Mme Z raconte comment elle a été le témoin d'une conversation entre deux dames matahiapo (âgées), parentes de M. Tino Mara, l'un des GIP accusé par Vetea Guilloux d'être impliqué dans le meurtre. A la question « comment Tino a-t-il pu faire une chose pareille » l'une a répondu « Tino a expliqué à sa maman qu'il était dans la baleinière, oui, mais qu'il était juste un intermédiaire entre l'équipe et Rere [Puputauki], il était là pour récupérer les dossiers. Ce sont [trois noms sont cités] qui ont fait le sale boulot. » Au sujet des déclarations de Vetea Guilloux [pour lesquelles il a été condamné à la prison ferme], la dame a déclaré « ce que Vetea a raconté est précis, bien qu'il n'était pas là ».

 

Effet contraire

 

Ainsi donc, dans cette terrible affaire JPK, s'amplifie un effet qui semble contraire à celui escompté par le parquet de Papeete. Les divers témoignages cités ci-dessus, qui se rejoignent et se rajoutent à d'autres ne peuvent plus être qualifiées de rumeurs tant ils deviennent précis et concordants.

Les protagonistes et stratèges de "l'étouffement" de cette affaire n'ont certainement pas pris en compte le contexte local, c'est-à-dire des communautés îliennes très soudées de populations foncièrement honnêtes où le mensonge est contraire à la norme, mais encore « l'effet loupe » d'une micro société dans laquelle finalement tout se sait.

 

Rappelons que lors de sa condamnation, Vetea Guilloux avait aussi été sanctionné pour ses révélations sur la "cellule espionnage" du GIP qualifiées de « fantaisistes », révélations pourtant superbement confirmées par la suite non seulement par le rapport d'enquête n°278/2005, intitulé « Existence d'une "cellule d'espionnage" au sein de la Présidence du Territoire de la Polynésie française », de la compagnie des îles-du-Vent de la Gendarmerie nationale, mais encore par le rapport de la Chambre territoriale des comptes sur la Présidence de la P.F. Suite à ces rapports incontestables qui énoncent des délits graves, à notre connaissance, aucun des responsables ne semble avoir été mis en examen. Pourquoi ? Aussi, suite à l'annulation par la Cour de cassation, le nouveau procès de Vetea sera « dépaysée » et rejugée devant un tribunal à Paris, ce qui semble indiquer que le tribunal de Papeete pourrait être « influencé ». Une suspicion que renforce les acquittements répétés et franchement scandaleux de Rere Puputauki, notamment celle du 24 janvier 2006 lorsque « l'amiral », comparaissait devant le tribunal correctionnel de Papeete pour répondre de la mort d'un membre de son service et que le procureur de la République a recommandé l'abandon des charges car Rere « était bien chef de service, mais il n'était pas employeur » car ce dernier ne pouvait pas être tenu responsable puisqu'il n'y avait « pas de preuve que Léonard Puputauki ait bénéficié d'une délégation de pouvoir en ce qui concerne la sécurité du GIP » (sic !). Pourtant un arrêté du conseil des ministres, que personne n'a produit, avait donné tous les pouvoirs à Rere. Mais encore, comme « le GIP dépend de la présidence, on peut donc considérer qu'à l'époque, le chef [du décédé], c'était Gaston Flosse » mais, bien sûr comme l'a expliqué l'avocat de Léonard Puputauki, « la prescription de trois ans », applicable dans ce genre d'affaires, « était acquise pour Gaston Flosse ». Ceci pourrait expliquer la lenteur de la procédure de cette affaire, plus de 5 ans… A Tahiti, le Parquet lave-t-il (certains) plus blanc que blanc ?

N'oublions pas non plus les échos qui parviennent des îles Australes où la population est admirative devant les superbes voitures de certains ex GIP et d'une superbe maison, avec du marbre SVP, construite par l'une des personnes accusées par Vetea Guilloux alors que son salaire n'est qu'un peu au-dessus du Smig.

Un autre événement vint encore conforter la suspicion d'un "enterrement" judiciaire de l'affaire. Le 10 novembre, M. Stelmach, juge d'instruction qui conduisait depuis peu l'enquête sur la disparition de Jean-Pascal Couraud, a demandé à être déchargé du dossier en spécifiant un « renvoi devant une autre juridiction dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice ». La "patate" serait-elle devenue vraiment trop chaude ? A moins que ce soit parce que l'absence de juge d'instruction ne permet plus aux gendarmes d'auditionner de nouveaux témoins, ce qu'ils ont confirmé à Philippe Couraud. Ce « gel » soudain de l'enquête est d'ailleurs la raison principale pour laquelle l'association a fait appel aux médias.

 

Un tout qui a fait que l'association Reporters Sans Frontières exprime sa solidarité (en français et en anglais) avec un « nous rejoignons l'appel du comité de soutien et demandons aux autorités judiciaires de Polynésie de ne pas écarter la thèse de l'assassinat de Jean-Pascal Couraud pour ses activités professionnelles. Il faut que tous les témoins qui peuvent contribuer à faire la lumière sur cette affaire soient entendus ».

Ce qui pour l'instant est impossible car, suite à l'absence de juge d'instruction (aucun remplaçant n'a encore été nommé), les gendarmes ne peuvent rien faire.

 

Certains observateurs (paranos ?) osent penser que la rapidité de la motion de censure (qui a remis fin décembre le Tahoera'a au pouvoir à Tahiti) aurait été commandée par l'urgence de redonner des emplois rémunérés à une trentaine de GIP chômeurs devenus bien bavards.

 

Machination ?

 

Hélas, le plus grave dans cette affaire est certainement que l'image de l'impartialité de la justice à Tahiti, tout comme celle de la gendarmerie, est bien malmenée, ce qui est désastreux pour un bon fonctionnement démocratique. Certains magistrats du monde judiciaire de Papeete avouent d'ailleurs une « grande tension » et un « moral bas au Palais [de justice] ». Serait-ce dû au fait qu'un haut magistrat pourrait se croire investi par une sorte de "mission divine" qui consisterait à orchestrer une machination (à laquelle certains juges accepteraient de participer) pour protéger par tous les moyens l'ex GIP et son chef Rere Puputauki qui, s'il était condamné, pourrait mettre en danger le sénateur Flosse, lequel à son tour pourrait alors mettre en danger « les plus hautes sphères de l'Etat » ?

L'avenir nous le dira…

 

Alex W. du PREL

Sources : témoignages, site www.soutienjpk.org, archives TPM, Le Monde, Libération, Reporters Sans frontières, etc., etc.

 

 

Mai 2007 - TAHITI-PACIFIQUE magazine - n° 193

Affaire JPK (re-suite) : Du nouveau dans une affaire plutôt figée

 

Le 5 avril, le Comité de soutien pour la recherche de la vérité sur la disparition de JPK diffusait un communiqué qui explique que « l'enquête et l'instruction judiciaire sur la disparition de Jean-Pascal Couraud (JPK) commencerait à progresser de manière très concrète avec l'audition des témoins demandées par la famille et la garde à vue de certains proches, présents au domicile de Jean-Pascal la nuit de sa disparition. Les concordances existantes entre diverses déclarations de témoins, ont obligé les enquêteurs à prendre en considération les faits relatés et chercher à établir leur véracité, malgré les revirements et dénégations affichés devant le juge. » Or la famille attend toujours un rendez-vous avec le juge Stembach qui semblerait « peu disposé à informer la partie civile de l'état réel d'avancement de l'enquête, malgré l'obligation faite par le code de procédure pénale. »

 

Selon le comité, de nouveaux et derniers éléments recueillis par la famille de JPK aurait dévoilé un mobile précis :

« un témoignage reçu par un avocat proche de JPK au moment de sa disparition, ayant lui-même fait l'objet de très fortes menaces et pressions diverses à l'époque, est venu confirmer l'existence d'un dossier qui était bien le mobile premier de l'assassinat. Une note écrite mentionnait des traces comptables de virements financiers d'une entreprise de Polynésie française vers le Japon, au bénéfice d'une personnalité politique française de premier plan (…) JPK était une des rares personnes à connaître l'existence et la provenance de ces traces comptables, et possédait cette note écrite. Cette situation, connue des services secrets français, inquiétait considérablement car JPK était connu pour être incontrôlable (des tentatives infructueuses avaient déjà été effectuées). Il est probable que les liens qui existaient entre les personnes en charge des cellules de renseignement de la flottille administrative (personnes issues de la DGSE) et les services secrets français ont assez facilement permis que ce dossier soit évoqué, avec les différents problèmes qu'il posait. Jean-Pascal Couraud était plaignant dans le dossier sur l'affaire du Tahara'a (dans laquelle Gaston Flosse fût finalement condamné en 2006) [1] et la ramifications vers le Japon était en train d'être mise à jour [lire TPM n° 188, décembre 2006, "L'existence du compte de Chirac au Japon se confirme"]. L'activisme de Jean-Pascal Couraud posait effectivement problème. Selon cette hypothèse, il existerait des personnes charnières ayant guidé l'action de cette cellule d'espionnage (appelée « cellule nettoyage » au sein du GIP) lorsqu'elle est intervenue auprès de JPK dans l'après-midi du 16 décembre 1997 d'abord, pour procéder à son interrogatoire, avant de la relâcher. Ceux-ci seraient à nouveau intervenu dans la soirée pour procéder à nouveau à un enlèvement jusqu'à l'assassinat dans les conditions déjà maintes fois évoquées. Cette supposée connivence entre cellule d'espionnage (intégré ensuite au GIP) et des structures françaises extérieures à la Polynésie pourrait expliquer les propos de Rere Puputauki, rapportés par un témoin interrogé dans le cadre de l'enquête : « Moi, de toute manière, je ne crains rien, car je suis protégé par l'Etat et directement par le procureur de la République » (…) La thèse de l'assassinat semble aujourd'hui de plus en plus difficile à contester, même si l'instruction de cette affaire est encore certainement loin d'être terminée. »

 

« Pas me faire flinguer »

 

Dans une note interne envoyée par mail aux membres du comité, les détails sont fournis au travers d'un résumé des déclarations de l'avocat lequel, grâce aux détails qu'il donne, est de suite reconnaissable à ceux qui ont connu les événements de cette époque. Ainsi lit-on que

« Maître X. indique qu'à la même époque, qu'il qualifie de « très chaude », il avait été cambriolé et son disque d'ordinateur volé ; on avait également tenté de l'acheter, en vain. Puis il fut progressivement suivi en permanence de manière ostensible. Il chercha alors à se renseigner auprès de connaissancesproche des milieux des services secrets et autres coups tordus sur la nature exact du problème qu'il posait (…) . L'ami avocat qui était son intermédiaire, lui indiqua que « s'il poursuivait ses investigations sur ces traces comptables, il serait mort ». Il décidait alors, soucieux de protéger sa femme et sa famille, de laisser effectivement tomber le combat qu'il menait. Les intimidations cessèrent. »

 

Nous avons contacté cet avocat qui déclare ne désirer ni confirmer ni infirmer les propos qu'il aurait tenus, expliquant (en riant) que « je préfère tenir mes distances de cette vieille affaire qui date, je ne veux pas me faire flinguer ».

 

Philippe Couraud, président du comité de soutien à JPK, précise que le comité a dû faire appel auprès du président de la chambre d'instruction du refus du juge d'instruction de recevoir la partie civile, car le comité désire connaître les déclarations de personnes interrogées, notamment l'épouse de JPK qui, lors d'une garde à vue, est revenue sur ses précédentes déclarations. Face à ce mutisme de la justice, le comité « suppose avec beaucoup de certitude » que ces personnes « auraient avoué des éléments mettant en évidence l'assassinat ».

A.d.P.

 

1 &endash; N.d.l.r. : En fait, JPK n'a jamais été lié à cette affaire du Tahara'a qui est postérieure à sa disparition (elle date de 1998). Léon Céran Jérusalémy, jadis président de l'ARDEC (association de réflexion et défense des contribuables) avait le 7 mai 1999 déposé une plainte contre le président Flosse pour ingérence et prise illégale d'intérêt dans l'affaire de l'ancien hôtel Tahara'a. Par contre, dans l'affaire dite d'Opoa (déplacement d'une route à Raiatea qui permit d'assainir une propriété privée), en raison de la disparition de JPK, M. Céran Jérusalémy s'était porté partie civile afin de se substituer à ce dernier. Cette affaire a bénéficié d'un non-lieu malgré un rapport d'enquête de la gendarmerie plutôt explicite. M. Céran Jérusalémy nous assure qu'il n'a jamais été menacé durant l'époque où il s'opposait à M. Flosse, malgré toutes les plaintes déposées.