Menu


"… ne pas confondre liberté et indépendance" (J.-J. Rousseau)



"… ne pas confondre liberté  et indépendance" (J.-J. Rousseau)
Les turbulences électorales nous gratifient d’affaires nationales de costumes super chics, concurrençant les locales de vaisselle super classe. Pour deux personnages se réclamant du général de Gaulle, dont l’honnêteté scrupuleuse le faisait à l’Elysée distinguer les dépenses personnelles de celles de sa fonction publique, c’est plus que tomber le masque. Tant la comparaison avec l’illustre devancier de haute noblesse morale fait paraître ses faux émules bien mesquins. Le ridicule le dispute à la consternation apitoyée, même si les tours de passe-passe ont permis, et permettent encore au moins pour un temps, à l’un et à l’autre de mener grand train et se la jouer hobereau dans son fief.
Si le pelage de notre vieux lion se mite, celui du national a encore fière allure. Mais qu’importent les émois oscillant de l’amusement, l’admiration à la nausée qu’ils nous font éprouver, soyons-leur reconnaissants de nous offrir l’occasion de si passionnantes observations de comportements. Avec le microscope des médias, le spectacle est étonnant, détonnant. Que l’on soit zoologue attentif aux mœurs et coutumes de tribus de fourmis ou anthropologue étudiant les rituels de pouvoir et les faits sociaux totaux ou partiels de collectivités humaines, il y a là de quoi offrir des sujets de thèse à toute une génération d’étudiants… et aux humoristes, tout un panel de sources d’inspiration hilarantes bienvenues pour booster de consternantes productions télévisuelles, genre
Maui et Coco, où le néant de la pensée le dispute à la stupidité. Les sympathiques acteurs devraient se souvenir que "qui expose s’expose" et à servir des textes débiles, on ne se grandit guère.
Mais soyons gré à nos hommes et femmes politiques de respecter un minimum de savoir-vivre en suivant des codes de conduite empêchant de basculer dans la violence comme ça se fait ailleurs. Il s’agit de gens de bonne compagnie sachant brimer leurs pulsions dans un contrôle de soi d’autant plus rassurant que les enjeux sont de taille.
Née juste à la fin de la dernière guerre mondiale, j’ai le souvenir de récits où, ici, chaque famille élevait une chèvre ou une vache pour donner du lait aux enfants. Les potagers (bio sans le savoir) et les petits élevages de poulets nous garantissaient une nourriture saine et variée d’autant que le lagon libre d’accès était un riche vivier. Nos maisons étant en bois, pinex, pandanus et nī’au, les rivières aux eaux limpides n’intéressaient que pour leur vivifiante fraîcheur, leurs zones de lavoir rassemblant les lavandières et pour les délicieux nato, anguilles et chevrettes. Leurs sables et graviers ne s’évaluaient pas encore en millions de francs. Aussi, n’était-il venu à l’idée de personne de détourner, rectifier leurs cours en supprimant leurs méandres. Si bien que leurs débordements n’offraient de zones très dangereuses qu’en leurs lits mineurs. Dans leurs lits majeurs, là où nous avions construit, l’eau s’étalait sous les maisons sur pilotis, dans les jardins, par les routes et chemins en flots dérangeant certes, mais calmes.
La communication avec l’au-delà du récif barrière mettait en évidence des dons de télépathie assez partagés sans en faire tout un tintouin. Ainsi, ma mère a vu sa belle-tante résidant en métropole venue lui dire au revoir dans le miroir de sa coiffeuse devant lequel elle démêlait sa somptueuse chevelure. Le bateau des Messageries Maritimes confirma un mois plus tard le jour et l’heure du décès de ma grand-tante correspondant précisément au moment où ma mère contemplait son reflet. Elle l’avait tout de suite reconnue bien qu’elle ne l’eut jamais vue. Cela n’avait rien d’extraordinaire non plus pour nos parents et amis vivant ailleurs.
Le bateau de liaison avec l’extérieur était attendu avec impatience. Il venait compléter agréablement ce que notre créativité réalisait. Il venait confirmer ou infirmer un tapa’o, signe, et apporter des nouvelles non pressenties. Les grandes épidémies meurtrières s’étaient faites plus rares. Les vaccins et antibiotiques commençaient à agir. Le bateau apportait des journaux qui dataient, mais avaient le goût du neuf. Nous les lisions comme des feuilletons. D’ailleurs, il y en avait dans les journaux Jeunesse que mon père nous ramenait de la caverne aux trésors de l’ami Klima. Au-delà de ce qui se disait sur un mode léger, les âmes étaient encore lestées de traces de la haine du Boche et d’autres ennemis qui ne l’étaient plus mais avaient infligé des cicatrices qui grattaient encore.
En 1957, ayant à préparer le baccalauréat inexistant ici, j’ai découvert la France après un mois de voyage. Je fus
émerveillée de découvrir le monde et touchée par les épreuves vécues par tant de ces charmantes personnes qui m’ont souri, accueillie. Au milieu d’un bavardage amusé, surgissaient à l’improviste les mots de leur Exode, leur peur de l’ennemi comme de l’ami lâchant ses bombes de si haut qu’elles frappaient aveuglément. Dans un sanglot contenu, l’un ou l’autre déroulait la souffrance des tranchées de 14-18, les privations des plus récentes épreuves, la faim, les petites joies, petites lâchetés et l’espoir chevillé au corps. En 1959, me promenant aux confins de l’Autriche, dans une forêt, j’ai vu les inquiétants miradors du Rideau de Fer où de jeunes soldats pointaient leurs armes vers nous. Avec la belle Gloria qui nous faisait visiter son pays, nous ne nous sommes pas attardés.
Je n’ai connu les guerres anglo-françaises que par la contamination religieusement inoculée aux mémoires océaniennes par des chrétiens ennemis. Il est étrange d’en constater l’encore vivacité. Les stigmates des terribles guerres franco-allemandes m’ont émue chez des familles aimables et accueillantes en l’Hexagone. Par ces réalités transmises en sourdine, de manière subliminale, j’ai compris le formidable espoir contenu dans la construction européenne.
Aussi, en souvenir des pudiques détresses qui se sont dévoilées à l’adolescente que j’étais, mon vote ira à celui qui refuse les crispations nationalistes et est décidé à donner un nouveau souffle à l’Europe afin qu’elle rayonne sur la planète et contribue à la beauté du monde.
Au sujet de l’Outre-mer français, le romancier Daniel Maximin a rappelé opportunément J.-J. Rousseau : "Il ne faut pas confondre liberté et indépendance" et "la liberté véritable ne consiste pas à faire ce que l'on veut, … mais à obéir aux lois…"
Quel beau sujet de réflexion en cette période électorale aux rendez-vous multiples : présidentielle, législatives, territoriales… où nous désignerons qui élaborera nos lois. Or, ce sont nos "lois", terme incluant dans notre propos : les consignes administratives, réglementations et autres règles du jeu, qui nous assignent au tribunal en nous délestant de nos économies et nous empêchent de concrétiser certains de nos rêves. Curieusement, il existe un consensus local, privé, public et national pour considérer que le recours au tribunal est inévitable dans le traitement de sortie de l’indivision. C’est comme si, en santé, l’obésité ne découlait pas d’une mauvais hygiène de vie et d’autres facteurs modifiables, mais d’une fatalité. Nul n’a eu l’idée de vérifier les bases de données du Conservatoire des Hypothèques. Car si les comptes bancaires étaient tenus comme nos comptes hypothécaires, les guerres seraient permanentes sur toute la planète. Ainsi, pour une parcelle de moins de 2 000 m2, en 1898, il y eut une erreur de multiplication de la longueur par la largeur. Et jusqu’à l’an passé, le cadastre affichait une superficie correspondant au réel et le Conservatoire donnait une dimension erronée. Pour que le chiffre juste soit validé, je dois faire un recours auprès du tribunal ! Ailleurs, j’ai signalé des erreurs de report d’actes d’achat libellés en actes de vente. Les corrections ont pu être effectuées sans avocat ni tribunal. Ouf !
La direction des Affaires foncières fournit les actes de cession et achats effectués par les ancêtres, mais dans les partages actuels, elle enregistre de nouveaux actes sans tenir compte des précédents. Ce qui forcément nous accule à un recours en justice. Car les descendants de qui a cédé sont tout heureux que les ventes de l’ancêtre soient oubliées…
C’est dire si avec de telles données de base, même des Einstein du droit foncier s’épuiseront en sempiternelles rectifications dans le nouveau tribunal foncier et les ayants droit vivront leur patrimoine non plus comme une richesse mais comme une calamité. Car quand on est soumis à des lois idiotes l’asservissement est assuré même si l’on est indépendant.
Et il y a urgence à empêcher le service de l’urbanisme de continuer à délivrer des permis de construire sans vérifier la véracité et la justesse des attestations de propriété. C’est là que se trouve le nœud de l’affaire Miri qui n’est qu’un exemple parmi d’autres…
Donc, après la présidentielle, je voterai pour qui abolira les "lois" stupides pour nous en élaborer d’intelligentes.

Samedi 22 Avril 2017 - écrit par Simone Grand


Continuez la lecture
< >

Vendredi 6 Octobre 2017 - 22:22 Faaite de douloureuse mémoire


Simone Grand

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel




La faute aux territoriales

Que ne ferait-on pas au nom des élections territoriales ? La vie et parfois la survie des hommes politiques dépendent de ces élections plus que de n’importe quelles autres. L’actualité récente est venue rappeler toutes les magouilles, arrangements, et autres mensonges qu’elles peuvent drainer.
Ainsi, l’affaire incriminant le groupe OPT cité à comparaître pour tromperie en raison du débit Internet dans les archipels qui ne correspondait pas à l’offre. L’audience a été renvoyée au 28 août 2018 à la demande des avocats de la défense, soit après le rendez-vous électoral. Déjà, fin 2012, au moment du lancement de cette offre commerciale pour laquelle l’OPT et Mana (aujourd’hui Vini) connaissaient les limites techniques, le rendez-vous des territoriales de 2013 était plus que sous-jacent, comme Tahiti Pacifique (10 juin 2016) le révélait au travers des propos tenus par un cadre de l’OPT : "Les considérations derrière ce choix étaient plus politiques qu’économiques."
À quelques mois de la grand-messe politique locale, le Pays se crispe sur le rendez-vous du mois d’avril. Olivier Kressmann, président du Medef, le déclarait dans nos colonnes en septembre dernier : "Nous sentons un ralentissement dû aux prochaines élections, preuve que la politique est un frein et en l’occurrence à un moment où il ne le faut surtout pas."
Une crispation pas seulement économique, en dépit des annonces et des forums de tous ordres qui se suivent, une façon de dire : on s’occupe de vous. La réforme de la PSG2 peut-elle souffrir encore plus longtemps d’annonces restructurantes ? Seul le gouvernement semble le croire, lui qui procède actuellement par petites touches pour ne pas se heurter à une levée de boucliers. Ces élections, rendez-vous entre autonomistes et indépendantistes, vont nous livrer une campagne particulièrement dure où l’on risque de vivre des tensions comme jamais auparavant. L’intervention du conseiller indépendantiste Tony Géros à l’assemblée territoriale la semaine dernière nous en donne un avant-goût. Sa question à la ministre du Tourisme, Nicole Bouteau, concernant les mesures à prendre au sujet des "backpackers" de métropole et d’Europe susceptibles de rester sur le territoire après avoir voyagé avec la compagnie low-cost ou smart-cost (c’est selon) French blue, a pris des relents xénophobes auxquels la ministre a répondu avec beaucoup d’à-propos. Il fallait le souligner !
À quand le prochain coup bas ?
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier