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1er septembre 1963 : l’autonomie de l’Église protestante de Polynésie


Vendredi 18 Décembre 2020 - écrit par Jean-Marc Regnault


En 1963, l’Église protestante sortit du cadre missionnaire et s’intitula alors Église évangélique de Polynésie française (ou EEPF). À l’époque, l’adjectif évangélique n’avait pas la connotation actuelle, réservée plutôt aux courants de tendance charismatique (par exemple les pentecôtistes). Cette Église était dépendante de la Société des Missions de Paris qui envoyait ses pasteurs, dirigeants officiels de l’Église locale, même si les décisions importantes se prenaient au sein des paroisses. L’obtention de l’autonomie a été un événement majeur, non seulement pour cette confession encore largement majoritaire en 1963, mais aussi pour le fenua tout entier en raison des diverses implications qu’elle aura dans la vie politique et sociale.



Couverture du livre édité en 1997 pour le bicentenaire de l’arrivée de l’Évangile. Arrivée des missionnaires de la LMS sur le i[Duff]i, le 5 mars 1797.
Couverture du livre édité en 1997 pour le bicentenaire de l’arrivée de l’Évangile. Arrivée des missionnaires de la LMS sur le i[Duff]i, le 5 mars 1797.
Il faut s’imprégner de plusieurs données pour comprendre l’évolution du protestantisme local.

La London Missionary Society (LMS), qui avait envoyé les missionnaires en 1797, avait une vision très particulière des natifs des mers du Sud. Elle ne partageait pas la conception des philosophes des Lumières : pour elle, les Polynésiens étaient des païens vivant dans une totale dépravation (sacrifices, nudité, concupiscence…), conséquence d’une abondance que la nature leur offrait.

Les missionnaires avaient pour consigne de respecter les hiérarchies existantes. Sans entrer dans les détails de la conversion des populations, on retiendra cette phrase du pasteur Jacques Nicole (en 1997) : “Ce ne sont pas les missionnaires qui ont converti les Polynésiens, mais Pomare II.” Les missionnaires créèrent des paroisses dans les chefferies, ce qui impliquait des relations étroites entre les chefs et les pasteurs.

À partir de 1844, les pasteurs anglais furent contraints de quitter le pays, se sentant menacés depuis que la France avait établi son protectorat. Malgré les difficultés, le protestantisme survécut. Il profita de la conjoncture politique. La reine Pomare IV ne voulait pas être trop dépendante de la France et de ses représentants souvent favorables au catholicisme. L’assemblée législative tahitienne demanda alors en 1860 à l’Empereur d’envoyer des missionnaires protestants français et elle obtint satisfaction en 1862. Les missionnaires français eurent pour tâche de fédérer en quelque sorte les paroisses, de les soustraire à la domination des chefs, pour créer un système proche du protestantisme français avec des paroisses (fidèles, diacres et pasteurs) qui se retrouveraient dans un synode examinant les problèmes communs et les questions théologiques. Un décret de 1884 organisa l’Église protestante afin “d’assurer l’existence et l’administration indépendante de chacune [des paroisses] en lui donnant un conseil propre et élu par elles (les diacres) et ensuite de les relier entre elles plus fortement”. Un Conseil supérieur fut mis en place, présidé par un pasteur français...


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La mémoire des essais nucléaires au risque d’Alzheimer…

Après la publication de notre dossier consacré à une arnaque au tapa “made in Thailand” envahissant le marché polynésien (lire TPM n° 445 du 18 décembre 2020), qui a suscité l’indignation dans le monde de la culture, le soutien du Pays affiché aux artisans quelques jours plus tard devant les médias étonne pour ne pas dire détone… En effet, le gouvernement a laissé filer un trafic de “faux tapa” qui inonde depuis une vingtaine d’années les curios, les musées et même aujourd’hui certains hôtels de luxe, mais il n’hésite pas à s’afficher fièrement en grand défenseur des artisans pour une opération lancée dans les magasins Carrefour et Champion pour les fêtes de fin d’année. Cherchez l’erreur…

Autre actualité qui nous fait dresser les poils, au rayon des archives militaires cette fois : l’historien Jean-Marc Regnault nous alerte sur la récente complexification de l’accès des documents dont la communication porte atteinte au secret de la défense nationale. Alors que la loi du 15 juillet 2008 relative aux archives, inscrite dans le code du patrimoine, prévoyait un délai de cinquante ans pour autoriser leur consultation, une révision des dispositions en 2011 a précisé que tout document portant un marquage “Secret Défense”, dit “classifié au titre du secret de la défense nationale”, devait être déclassifié par l’autorité compétente avant communication… Eh bien figurez-vous que la situation s’est aggravée depuis 2020 en raison d’une interprétation de plus en plus restrictive de cette instruction interministérielle, qui a entraîné le blocage de nombreux fonds aux Archives nationales, aux Archives du Centre d’histoire de Sciences Po à Paris, comme aux archives de la Défense. En clair, cela signifie que des documents qui étaient librement communicables et communiqués, des documents qui avaient été publiés dans de nombreux livres d’Histoire, sont désormais… inaccessibles ! C’est l’objet de notre dossier de Une pour ce premier numéro de l’année (lire pages 14 à 16). Pourquoi l’État poursuit-il sa politique de l’autruche et fait tout pour cacher la vérité historique ? Y aurait-il tant de secrets inavoués et inavouables ? La reconnaissance du fait nucléaire serait-elle un perpétuel combat ? D’ailleurs, y aura-t-il jamais un Centre de mémoire des essais en Polynésie ? La question est posée.

Enfin, parce que nous aimons aussi vous faire vous évader, retrouvez notre portrait haut en couleur de Titouan Lamazou (lire pages 18 à 25). Artiste talentueux et navigateur insatiable, celui qui a été piqué au tiare il y a plus de quarante ans déjà a décidé de poser l’encre et les pinceaux au fenua. Découvrez un homme d’exception, qui confie avoir une “empathie sociale congénitale”, mais également un peintre de génie, qui a eu à cœur de créer une gamme de produits dérivés de ses œuvres privilégiant une coopération locale avec l’ambition d’une production 100% “made in Tahiti. Un bel exemple d’énergie positive, dont nous devrions nous inspirer. Toute la rédaction de Tahiti Pacifique vous souhaite, chers lecteurs, une excellente année et vous adresse ses meilleurs vœux pour 2021.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT