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À nomenklatura glauque, société glauque… inévitablement



Crédit photo : Tahiti Infos
Crédit photo : Tahiti Infos
J'aurais aimé qu’elle fut fausse, cette info. J’aurais aimé que ce fut un fake, comme on dit désormais pour dénoncer la triche, le faux, l’imposture, le toc… J’aurais voulu que le braquage relaté par Polynésie la 1ère n’eut pas eu lieu. Et pourtant, tout laisse penser que ce n’est pas un poisson d’avril ayant pourri dans un frigo débranché.
Une scène digne des banlieues en désespérance des grandes villes du monde semble bien avoir eu lieu dans notre Papeete, dont on ne peut, il est vrai, célébrer une beauté qui n’a peut-être jamais existé. Encore que. Cette ville eut des soirées conviviales et chaleureuses de grande simplicité. Quand la télé n’existait pas encore, des familles de la ville, de Pirae et Faa’a, s’y promenaient à pied après le café, le thé ou la soupe du soir, se saluant les uns les autres. Rares étaient les magasins à vitrines. Auvents et panneaux de bois fermaient les devantures. Des échoppes restaient ouvertes tard. L’on déambulait, s’arrêtait aux ponts enjambant les cours d’eau où des jeunes gens grattaient guitare et ūkulele, jouaient de l’accordéon, chantaient des mélodies tahitiennes et françaises, rythmées en valses, fox-trot et tangos. Des couples, parfois, y dansaient avant de rentrer à la maison.

À Papara, il y a peu, les habitants de la commune ont défilé pour dénoncer la violence. Peu après, des femmes adventistes firent de même. Or, ce ne sont pas des étrangers qui viennent d’ailleurs semer le désordre et la violence. Ce sont des jeunes gens de leur quartier ou du quartier voisin ; c’est-à-dire leurs propres enfants. Ces manifs sont autant d’appels au secours. La rubrique judiciaire est prolixe en combats intrafamiliaux, en règlements de comptes au couteau de plus en plus fréquents entre dealers, fournisseurs et acheteurs, à différents échelons de leurs funestes trafics. En plus du pakalolo qui, tout "naturel" qu’il soit, est destructeur de neurones adolescents, d’autres substances aux effets pervers sur toutes les tranches d’âges sapent peu à peu les assises de notre société, déjà mal en point.

Alors, comment s’étonner qu’un soir, certains aient fait une descente avec cagoule, pistolet et brutalité pour récupérer butin et/ou marchandise ? Albert Wendt, grand auteur samoan, raconte dans son dernier roman une Nouvelle-Zélande elle aussi théâtre de tels agissements. Est-ce une raison pour les accepter avec fatalisme ?

De toute évidence, les services de police ne peuvent résoudre seuls ce phénomène. Le ministère de la Santé lance une étude socio-anthropologique, en ciblant particulièrement les quartiers "difficiles", pour ne pas dire miséreux. Or, les premiers à avoir eu accès aux produits délétères de la chimie étaient surtout celles et ceux qui avaient l’argent de papa et maman, qui les ont outrageusement gâtés au point de les pourrir. Quand on répond à tous les désirs de l’enfant avant même que celui-ci n’ait pris conscience de son envie, de son besoin, de son désir, pourquoi voulez-vous qu’il comprenne la saveur et la joie de l’effort récompensé ? Ces enfants deviennent des asociaux, à qui tout est dû. Pour financer leur addiction, ils recrutent dans les foyers miséreux.
La maltraitance n’est pas dans l’apprentissage de la frustration, mais dans celui du refus de toute frustration. Qui a dit qu’un poisson pourrit toujours par la tête ?

Cependant, le système éducatif est parfois, lui aussi, fautif. Je n’osais en parler jusqu’à présent. Des confidences d’enseignants écœurés par la politique de "l’harmonisation" préconisée par certains irresponsables en poste de responsabilité éducative m’y incitent. Cette harmonisation consiste à baisser les notes des meilleurs d’une classe pour relever les notes des mauvais et, ainsi, arriver à une moyenne "convenable" pour tous ! Cela équivaut en fait à sanctionner les bons élèves et priver la société de leurs talents, à promouvoir la nullité et à saper le développement du Pays. Je ne m’étonne plus des récits de cadres supérieurs chargés de recrutements et ahuris du niveau déplorable de diplômés bac + 5 qui estiment n’avoir rien à apprendre de quiconque. Nouveaux débarqués, ils sont ulcérés de s’entendre conseiller des cours de rattrapage. Ils pleurent et vont se plaindre aux syndicats d’avoir des chefs méchants à la moindre correction de faute de leur orthographe déplorable. En bradant des diplômes, certaines structures d’enseignement nuisent au Pays aussi sûrement que les dealers de drogue.
Ah l’imposture ! Il y a quelques années, j’ai assisté avec effarement à son triomphe, à l’École normale, dirigée par une femme bien de chez nous, à l’accent qui a fait plaisir à celles et ceux qui luttent pour l’océanisation des cadres à n’importe quel prix. Tant pis, je me lance. Au nom d’une association, j’allais y offrir des livres aux lauréats d’un concours de poésie. Concernant les enfants, cette fois-là, ils étaient bien les auteurs des poèmes qu’ils ont signés et récités. Vint le tour des enseignants. La professeure des écoles lauréate, une jeune Popa’ā, récita : "Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés…", paroles d’une vieille chanson enfantine du patrimoine culturel français. Sidérée, j’ai vu le jury la féliciter avec effusion. Le professeur des écoles lauréat du poème tahitien récita : "E tau tō te mau mea ato’a…" = "Il y a un temps pour tout…", des versets de l’Ecclésiaste ! Lui aussi fut chaudement félicité de rendre hommage à la culture polynésienne…
Je suis persuadée que, parmi tous les candidats à la direction de l’École normale, il y en avait qui étaient plus cultivés que le staff de direction de cette année-là. J’ignore le nom du politicien qui les installa. Quelqu’un doté d’un peu de curiosité aurait relevé les plagiats avérés des deux professeurs des écoles et les auraient sanctionnés, et non récompensés.

En Islande, la population (200 000 habitants environ) s’est retrouvée, elle aussi, à avoir peur de ses enfants. Elle en a eu marre. Au lieu d’accabler les policiers, les journalistes et autres boucs émissaires habituels, ils ont décidé de se remettre tous en cause. Ils ont bossé et ont conduit leur équipe de foot aux championnats du monde dans un excellent classement. Et surtout, ils n’ont plus peur de leurs enfants. Et si on prenait leur attache et travaillait avec eux pour adapter leur démarche à notre situation ? 

PRÉCISION

Le commissaire divisionnaire de la Direction de la sécurité publique (DSP) de Papeete a réagi à l’affaire du "braquage" du 15 août dernier sur le parking de Champion Paofai en affirmant à Tahiti Infos qu’il s’agissait d’une "pure invention". "On est en train de faire peur aux gens pour des choses qui n’existent pas", a fustigé Mario Banner. Et de déclarer : "Tout ce que je sais, c’est qu’effectivement il s’est passé quelque chose, mais de beaucoup moins gravissime. Puisqu’au même moment, au même endroit, il y a un jeune homme qui s’est fait aborder par trois individus qui ont sorti un couteau de cuisine et qui lui ont piqué son vélo. Point final."
Nous avons contacté le patron de la DSP, qui assure : "Il n'y aucune plainte de déposée à ce jour. J'ai dit ce que j'avais à dire même si ça déplaît à Polynésie la 1ère, je n'y peux rien. Donc il n'y a aucun fait nouveau et, me concernant, ça s'arrête là." De son côté, le rédacteur en chef de Polynésie la 1ère s'est étonné du "manque de confraternité" des autres médias, avant de diffuser à l'antenne un deuxième témoignage concordant. Toutefois, on peut regretter que ces deux services publics n'aient pas réussi à organiser une rencontre sur le plateau télévisé, car ils sont payés par le contribuable pour nous informer et protéger, et non se démentir mutuellement…
(D.S.)

Jeudi 19 Septembre 2019 - écrit par Simone Grand


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Pendant ce temps-là, les SDF meurent dans nos rues…

Pendant ce temps-là, les SDF meurent dans nos rues…
Il aura donc fallu que deux bébés meurent à Ua Pou en l’espace de trois ans pour que le Pays promette enfin de réagir. Après que le Fenua Enata a crié sa colère suite au décès du nourrisson de trois mois et que le corps du petit Hoane Kohumoetini a été rapatrié pour reposer en paix sur sa terre natale, le président de la Polynésie a multiplié les annonces, le 17 octobre dernier. Afin d’assurer correctement les évacuations sanitaires, un hélicoptère devrait être de nouveau affecté aux Marquises “avant juin 2020” et l’hôpital de Taiohae, à Nuku Hiva, devrait disposer prochainement d’un appareil d'échographie, ainsi que d'un scanner pour permettre des diagnostics plus pointus. Édouard Fritch a déclaré en outre qu’un navire de secours en mer verrait le jour grâce à l’inscription au budget de l’État d’une enveloppe de 36 millions de Fcfp par la ministre des Outre-mer, Annick Girardin. C’est Noël avant l’heure, et on sent comme un parfum de municipales se dégager derrière chaque parole gouvernementale… D’ailleurs, le président et le haut-commissaire, en déplacement aux Marquises le week-end dernier, ont été accueillis par un collectif de 300 personnes qui ont manifesté en silence leur indignation, en attendant non pas des promesses mais des actions concrètes.

Alors, cher papa Fritch, permettez-nous de vous adresser également cette lettre un peu en avance. Yvonne, 60 ans, s’est éteinte à l’hôpital de Taaone, puis le corps d’un quadragénaire sans vie a été découvert derrière la mairie de Papara. Ces deux décès de sans domicile fixe (SDF) survenus à quelques jours d’intervalle portent à au moins 9 le nombre de personnes en grande précarité et à la rue disparues depuis le début de l’année. C’est trop, beaucoup trop à l’échelle de notre territoire avec ses 280 000 habitants ! En Métropole, ce sont 303 morts qui ont été répertoriés sur une population de 67 millions d’âmes, ce qui est déjà inacceptable. Comme nous l’écrivions dans un précédent éditorial (lire TPM n° 406 du 3 mai 2019), après la vague de solidarité qui a déferlé suite à l’incendie de Notre-Dame de Paris : faut-il que la planète s’enflamme pour que nous lui venions en aide, ainsi qu’aux dizaines de milliers d’enfants, de SDF et de vieillards qui meurent chaque jour dans la plus grande indifférence ?

D’autant que ces regrettables disparitions coïncident avec le contexte tendu qui s’est instauré entre le gouvernement local et Père Christophe, depuis le discours officiel de M. Fritch devant les élus du Pays pour lequel il n’avait même pas pris la peine de se concerter avec les principaux concernés ! Le prêtre résident et vicaire coopérateur de la cathédrale de Papeete avait alors dénoncé “un coup médiatique, un coup politique !” (lire TPM n° 417 du 4 octobre). Dans un nouveau brûlot publié sur la page du centre d’accueil Te Vai-ete, le bienfaiteur des SDF à Tahiti n’y va pas avec le dos de la cuillère : “À quel jeu le Pays joue-t-il ? Davantage préoccupé par les conflits d’intérêts personnels, les querelles de pouvoir entre cabinets ministériels et la lâcheté de ceux qui peuvent y remédier… ego surdimensionné… le bien commun disparaît au profit des intérêts personnels ! Pendant ce temps-là, on meurt dans nos rues… Combien de morts faudra-t-il pour que les petits potentats qui gravitent dans les sphères du pouvoir soient mis à bas pour qu’être frères ne soit plus le privilège de quelques-uns ?” Rappelons encore une fois que Père Christophe est à la recherche d’un terrain pour offrir des conditions louables aux quelque 300 SDF qui errent dans le Grand Papeete, à savoir un repas, une douche et la possibilité de laver leur linge. Il a besoin de 150 millions de Fcfp avant le 23 décembre 2019, sinon il jettera l’éponge après vingt-cinq années de générosité inconditionnelle. Je rêve qu’en ces fêtes de la Toussaint et du Tūramara’a, nous puissions rendre à nos défunts, mais aussi à nos SDF, toute leur dignité !

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt