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À qui se fier ?

Les faits divers, les travaux de la Cour des comptes et nos recherches personnelles mettent en évidence que, parmi celles et ceux qui se posent en exemples à suivre, jusqu’à haranguer les foules et même bloquer l’économie du Pays en se faisant passer pour des victimes, certains s’avèrent en définitive des modèles d’inconduite. Toute honte bue et avec le plus grand cynisme, ils se moquent de nous avec un talent d’acteurs chevronnés. Le problème est que nous sommes leurs souffre-douleur consentants.



Le système de notre Fenua favorise les copains et se moque des autres. Les défis à relever exigent une remise en cause totale du système qui nous a conduits à la situation actuelle. Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Le système de notre Fenua favorise les copains et se moque des autres. Les défis à relever exigent une remise en cause totale du système qui nous a conduits à la situation actuelle. Crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
Les dégâts causés par ces gens-là, bien de chez nous pour la plupart, sur des personnes et des familles sont considérables et rejaillissent sur l’ensemble de la société de la manière la plus pernicieuse qui soit. Nous leur devons en partie la cherté du coût de la vie. Et donc la multiplication des SDF et l’augmentation de la souffrance sociale.
Ainsi, un enseignant par-ci et un coach sportif par-là s’avéreraient pour l’un, trafiquant de drogue dure et pour l’autre, violeur d’enfants. Ainsi, un ex-administrateur de notre Caisse de prévoyance sociale, promoteur immobilier, aurait piégé des familles dans une spirale destructrice matérielle et psychique en livrant des logements insalubres en lieu et place de résidences de standing. Et comme il n’a pas construit tout seul, ce sont des entrepreneurs et des corps de métiers qui pourraient bien être complices et responsables des détresses et misères engendrées. Ce sont des hordes sauvages modernes liguées pour défendre leurs intérêts personnels en nous saignant.
Ainsi est le système de notre Fenua qui favorise les copains et se moque des autres. Lente dérive datant d’une autonomie interne où le haut-commissaire avait encore l’autorité sur les services territoriaux et où nos gouvernants locaux créaient des établissements publics où les recrutements échappaient aux règles administratives et les rémunérations explosaient selon leur bon vouloir. C’est comme ça que nos élus se donnaient de l’importance et pensaient qu’il fallait gouverner notre pauvre Fenua. Enfin, ça dépend des secteurs. Et puis la tendance s’est durcie. Les établissements chéris par les politiciens étaient et sont toujours ceux pouvant percevoir des contributions ou subventions d’une population captive, comme la Poste, le Port autonome, la Caisse de soutien au coprah, etc. Et quand un service gérait des subventions sans grand coût de fonctionnement en se soumettant aux règles, on retirait ce travail au service pour le confier à une officine politicienne. La direction et le personnel non soumis aux concours administratifs y recevaient et reçoivent des rémunérations explosant les grilles salariales. Échappèrent à ces promotions, les structures de recherche scientifique et culturelle à qui sont régulièrement reprochés leurs coûts et même leur existence. À se demander pourquoi des bourses de formation supérieure existent et même pourquoi nos gouvernants apprécient l’existence d’une université sur le Fenua. Le nombre de fois où des syndicalistes, et même des ministres, m’ont toisée parce que j’appréciais et portais en haute estime celles et ceux qui visent l’excellence et l’exigence de rigueur dans la démarche de recherche en science ou culture, est éloquent. Tout au plus, ils et elles apprécient pouvoir y caser un ou deux poids morts copains ou copines, lestant encore plus la structure. Mais s’ils pouvaient supprimer ces organismes inutilisables pour recruter des électeurs, la plupart des politiciens le feraient. Pour l’heure, ils n’osent pas encore passer à l’acte de leurs menaces. Il me souvient d’une ministre hautement méprisante qui adorait se défouler sur ces personnels de haute qualité intellectuelle, mais non rentables en propagande politique. Par contre, elle manifestait la plus grande mansuétude aux agents d’autres structures que la justice envoya finalement réfléchir derrière les barreaux pour malversations diverses.
Avant les élections, nous avions subi et souffert du blocage du Port autonome. La Cour des comptes nous informe qu’en cet établissement public où tonitruent des soi-disant défenseurs de la cause mā’ohi, nous y sommes rackettés comme par une puissante mafia. Nous découvrons qu’en consommant les produits passant par le Port, sans le savoir, nous finançons des salaires et indemnités aux montants exorbitants. Sur chaque produit que nous achetons en magasin ou à la pompe à essence, et en bouteilles de gaz, nous finançons des primes de départ à la retraite représentant plus d’une fois et demie le salaire annuel du docteur en sciences en fin de carrière que j’ai été. Il ne leur suffit pas de nous appauvrir ainsi, ces super privilégiés veulent aussi s’amuser à interrompre toute circulation et toute activité économique quand ça leur démange quelque part.
Leurs leaders ont été, ou sont toujours, des administrateurs de la Caisse de prévoyance sociale. Étonnons-nous qu’elle soit en faillite !
C’est ça le résultat de nos trente ans d’autonomie interne à être gouvernés par nos oncles, cousins, cousines. Nous sommes ratiboisés par les gens du Fenua qui acculent de plus en plus de gens à l’indignité de la mendicité dans la rue ou les services sociaux. Dans une telle ambiance malsaine, d’aucuns n’hésitent pas à se lancer dans les trafics infâmes de drogue et d’êtres humains, jeunes captives et captifs de produits funestes, dans la prostitution et la déchéance.
Et dire que dans le même temps, sur le mode incantatoire, d’aucuns tentent de reconstituer les armes rouillées et/ou réduites en poussières de combattants qui entre temps se sont réconciliés. S’il n’y avait pas eu colonisation, la plupart d’entre nous n’auraient pas existé. La guerre anticoloniale a eu lieu et s’est terminée par une réconciliation. Tournons la page. Aujourd’hui, nos ennemis sont internes.
Les défis à relever exigent une remise en cause totale du système politico-administrativo-syndicalo-religieux qui nous a conduits à la situation actuelle. Situation où la nouvelle prison risque de ne pas suffire s’il n’y a pas de remise en cause de la caste dirigeante.
Après tout, ce serait grisant d’écrire une nouvelle page de notre histoire après avoir pris conscience de toutes nos dérives et de tous nos atouts.

Vendredi 21 Septembre 2018 - écrit par Simone Grand


Simone Grand

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Déforestation mondiale : tous responsables !

Déforestation mondiale : tous responsables !
Dans notre éditorial du 3 mai 2019 (voir TPM n° 406), nous écrivions "Faut-il que la planète s’enflamme (pour que nous lui venions en aide) ?" en réaction au violent incendie qui a ravagé Notre-Dame, le 15 avril dernier. Nous nous interrogions sur les priorités de notre société de plus en plus individualiste capable, d’un côté, de promettre une centaine de milliards de Fcfp de dons pour reconstruire la cathédrale de l’archidiocèse de Paris, tout en ignorant, de l’autre, la misère des personnes en grande précarité et à la rue. Plutôt que de s’attrister de la dévastation de biens matériels, il semble en effet bien plus urgent de remettre l’humain au centre de nos inquiétudes, avant que les préoccupations collectives ne revêtent des airs de cours des Miracles… Eh bien, aussi malheureux que cela puisse être, ce jour est arrivé, et il sera intéressant d’observer comment les nations réagissent, une fois la médiatisation passée. Depuis le 22 août, de gigantesques feux de forêt embrasent l’Amazonie, le "premier poumon vert" de la planète, qui absorbe pas moins de 14 % du CO2 mondial. L’état d’urgence a été décrété sur le plan international et le G7 s’est même mobilisé. Précisons cependant d’emblée que, s’il y a eu davantage d’incendies en 2019 qu’en 2017 et 2018, c’est légèrement moins que les huit premiers mois de 2016, par exemple. Cette tendance, bien qu’à la hausse, ne semble donc pas exceptionnelle.

Cette catastrophe environnementale a le mérite de susciter une prise de conscience générale. Après les massacres des animaux liés à l’exploitation de l’huile de palme, on prend enfin toute la mesure des conséquences de la déforestation qui s’est accélérée ces dernières années, les terres déboisées servant à augmenter les surfaces agricoles (le bétail en occupe la plus grosse partie, à hauteur de 65 % environ). Ces incendies ont rapidement déclenché une tempête anti-Bolsonaro, le président brésilien étant considéré comme le principal coupable de la situation, mais nous sommes TOUS responsables ! La France a également sa part de complicité, puisqu’elle importe de nombreux produits brésiliens, notamment du tourteau de soja – qui sert à nourrir le bétail –, mais aussi du bœuf et de la pâte à papier, dans des proportions moins importantes. En outre, l’Hexagone vient d’être épinglé pour l’importation massive de bois illégal en provenance d’Amazonie. Donc arrêtons d’accuser les autres, les lobbies, le commerce international, etc. Emmanuel Macron a annoncé vouloir "recréer la souveraineté protéinique de l’Europe", sauf que nous avons besoin de soja et nous n’en avons pas beaucoup (140 000 tonnes de graines sont récoltées chaque année). En novembre dernier, le gouvernement français a d’ailleurs lancé sa Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI). Le but est notamment de trouver "un compromis équilibré entre impératifs environnementaux, capacités des États et des acteurs privés et situation des populations locales". Très belle initiative, mais désormais ces bonnes intentions doivent se transformer en véritables mesures réglementaires.

Parallèlement, une thèse a embrasé les réseaux sociaux : les forêts d’Afrique centrale brûleraient encore plus vite que l’Amazonie dans l’indifférence générale. Le bassin du Congo, souvent comparé au "deuxième poumon vert de la planète", est un sanctuaire d’espèces en voie de disparition. Mais attention, ces feux sont observés plutôt en Angola, en Zambie, etc. Ce qu’il faut retenir, surtout, c’est que ces incendies sont les conséquences de l’agriculture itinérante sur brûlis, une pratique millénaire et artisanale qui est la première cause de la déforestation. "Au rythme actuel d’accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l’horizon 2100", s’est ainsi inquiété le président congolais Félix Tshisekedi. Aussi, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 850 millions d’euros de promesses de dons pour Notre-Dame (82 millions d’euros seulement ont déjà été versés, soit moins de 10 % honorés), 18 millions pour l’Amazonie et… rien pour l’Afrique subsaharienne. L’espèce humaine a décidément des comportements surprenants ! En proie à une déforestation effrénée (-17 % en cinquante ans pour l’Amazonie), les forêts dans le monde se réduisent et perdent peu à peu leur rôle de "puits de carbone".
Nos prières n’éteindront pas les incendies. Nos actions, oui. C’est à nous de changer de mode d’alimentation et de voter avec nos chariots de supermarché.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt