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Aéroport de dégagement de Rangiroa : la bonne affaire des compagnies aériennes


Vendredi 5 Avril 2019 - écrit par Luc Ollivier


Le choix de Rarotonga aux îles Cook en tant qu’aéroport de dégagement, a toujours été une aberration géographique et économique imposée par l’absence d’un second aéroport d’envergure international en Polynésie française. Le gouvernement Fritch vient d’annoncer l’aménagement de celui de Rangiroa pour remédier à une situation appelée de tous leurs vœux par des compagnies aériennes, depuis 2003. Elles ont beaucoup à y gagner économiquement, plus en tout cas que cet atoll des Tuamotu.



L’idée de remettre à niveau la piste de Hao pour y construire un aéroport de déga-gement a aussi été étudiée. Ce choix semblait lui aussi logique en raison de l’existence d’une piste de plus de 3 000 mètres de long. Mais, une fois encore, l’éloignement a pris une part prépondérante dans le choix. Crédit photo : Dominique Schmitt
L’idée de remettre à niveau la piste de Hao pour y construire un aéroport de déga-gement a aussi été étudiée. Ce choix semblait lui aussi logique en raison de l’existence d’une piste de plus de 3 000 mètres de long. Mais, une fois encore, l’éloignement a pris une part prépondérante dans le choix. Crédit photo : Dominique Schmitt
Tous les vols de transport public, notamment les gros porteurs qui prennent Tahiti en destination, ont l’obligation de désigner un aérodrome de dégagement qui doit être adéquat. Il se doit d’avoir les caractéristiques compatibles avec les performances de l’aéronef. À ce jour, c’est l’aérodrome des Cook qui répond à ces critères pour les gros porteurs, puisqu’en Polynésie on n’offre pas de piste homologuée. L’exigence de l’allongement de la piste n’est pas le seul. Un armement en véhicules de pompiers sur place et un certain nombre de services, comme celui de la météorologie, sont obligatoires pour les accueillir.
L’aérodrome de Rangiroa et ses 1 700 mètres se doit d’être allongé d’au moins 500 mètres pour répondre à ce premier critère. Mais au niveau des infrastructures, outre la longueur de piste, il y a aussi la largeur de piste, la largeur de la bande et les surfaces latérales, c’est-à-dire un espace dégagé et roulant, pas forcément bitumé, de 300 mètres ! De même, elle doit être renforcée pour atteindre un niveau de portance capable de recevoir les gros porteurs, autre que celui de la piste qui accueille aujourd’hui des ATR 72.

Le ministre de l’Aménagement, Jean-Christophe Bouissou, a annoncé un premier chiffre de 2,7 à 3 milliards de Fcfp pour les travaux. Quid des zones à acquérir ? Aucun mot sur d’éventuelles ventes ou expropriations. L’affaire pourrait être bien rentable pour certains propriétaires terriens.

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De l’art de se compliquer la vie

De l’art de se compliquer la vie
L’art de se créer des problèmes quand les champs politique et économique sont dégagés est-il l’apanage de nos élus ? Certainement pas, mais quand même. Il faut leur reconnaître une propension à se crêper le chignon à la moindre occasion, à la moindre contrariété, un peu comme des enfants gâtés. Et l’actualité de ces derniers jours ne viendra pas démentir nos écrits. Les chiffres de l’économie tombent et chaque trimestre apporte un peu plus de crédit à la reprise. Pour les plus sceptiques, pas de "Moody’s Blues", car l’agence internationale y va de son "A3 avec perspective positive", une note que n’a jamais atteinte le Pays. Il a commencé à redistribuer, majoritairement envers les communes, pas moins de 5 milliards de Fcfp. Tout va donc pour le mieux en Polynésie française ? Eh bien, non ! Une crise chasse l’autre, et la politique remplace l’économique.

Dire que des tensions ont vu le jour au sein du Tapura est un doux euphémisme. Et si la maison ne brûle pas encore, Édouard Fritch va devoir jouer les pompiers de service. Des flammèches sont apparues, tout d’abord avec les parlementaires polynésiens à Paris. Ils ont peu goûté – et l’ont fait savoir – de n’avoir pas été consultés lors du soutien du Tapura à La République en Marche (LRM) pour les élections européennes de mai. On imagine leurs explications embarrassées sur les bancs de l’Assemblée ou du Sénat avec leurs pairs centristes. Comme un retour de flamme, l’initiative de la députée Maina Sage : elle a obtenu de l’Assemblée nationale un changement du texte initial sur la reconnaissance du fait nucléaire par l’État, modifiant le terme "contribution" par celui de "mise à contribution". "Le débat nucléaire devrait nous rassembler, il ne devrait pas y avoir de débat sémantique", a déclaré en retour le président Fritch, qui assure avoir laissé faire sa députée…
Outre les parlementaires, c’est ici même, à l’assemblée de la Polynésie française (APF), que le ton est monté au sein des représentants de la majorité pour se mettre d’accord sur la composition des commissions et, notamment, pour choisir leurs différents présidents.
 À tel point que le bruit de la création d’un nouveau groupe politique à l’APF a couru dans les couloirs. Des élus se sont émus des méthodes de management d’Édouard Fritch. Faut-il voir l’intégration d’Angelo Frebault, représentant banni du Tahoera’a, comme une réponse à ces mouvements d’humeur ? Toujours est-il qu’avec maintenant 40 représentants sur 57, le Tapura est en capacité de faire face à quelques grognements, voire à des menaces. 
Quant à l’opposition, elle se gausse. Mais est-elle également à la hauteur de ce que les citoyens attendent de leurs politiques ? Le député Tavini Moetai Brotherson partageait sur un réseau social : "Voilà donc le Tapura qui siège à l’UDI, après avoir soutenu Juppé et Fillon (Les Républicains), mais qui soutient aujourd’hui LRM aux Européennes... Mais dont un membre éminent est accessoirement secrétaire territorial des "Républicains"..." Son parti, après s’être rapproché en d’autres occasions du Parti socialiste, fait aujourd’hui cavalier seul et va même plus loin : il organise son propre scrutin, en appelant la population à déposer des bulletins faits maison "Maohi Nui" dans les urnes des élections européennes ! Quant au Tahoera'a, plutôt discret, il la joue retour au bercail, avec une demande de soutien à la liste des Républicains, après avoir soutenu, il y a deux ans, la candidate Marine Le Pen ! 
J’allais oublier, cerise sur le gâteau, l’arrivée de "The Polynesian Kingdom of Atooi", un gouvernement autoproclamé avec, à sa tête, le roi Ali’i Nui Aleka Aipoalani, qui vit à Hawaii. Les Pakumotu ne sont donc plus seuls !

Les années passent et on a l’impression de vivre toujours la même histoire, sur le fenua. Pathétique ou comique, c’est selon…

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier