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Allô les îles - Te reo ’o te mau motu



Crédit photo : DR
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Durant des années, il n’exista que deux manières orales de se donner à distance, des nouvelles entre les îles : Radio Tahiti et Radio Mahina.
Radio Tahiti émettait en chaque fin de journée : Allô les îles, écoutée par tout détenteur de poste de radio classique. Il s’agissait d’annonces de visite, d’arrivée de matériel, de décès ou de naissance, de commandes de produits, etc. Il y eut des quiproquos mémorables. Ainsi, le maire d’un atoll éloigné fut averti en tahitien de l’arrivée d’une bétonnière, mot français non traduit, que sa population et lui entendaient pour la première fois. À l’arrivée du bateau, la population endimanchée, couronnes de fleurs à la main, entonna avec enthousiasme son chant de bienvenue à "Monsieur Bétonnière", sous l’œil surpris de l’équipage déchargeant l’outil. Les hôtes durent se sentir ridicules d’un tel malentendu devant un objet dont ils apprirent l’usage un peu plus tard. Mais ils surent en rire et firent honneur au plantureux repas préparé pour … un curieux objet en fer… d’ailleurs célébré dans une alerte chanson malicieuse d’autodérision mêlant le français et le tahitien.

Avec Radio Mahina, seuls les possesseurs d’un poste BLU (bateaux, communes et quelques particuliers) étaient concernés. Les opérateurs de Mahina à Tahiti, annonçaient les horaires de contact. La population s’attroupait autour du poste communal aux heures dites, écoutant les messages destinés à tous les auditeurs épars sur terre et l’eau. Oubliant qu’ils n’étaient pas seuls sur les ondes, des amoureux se sont laissés aller à des confidences qui firent la joie de tous. Et des secrets sur là où l’argent était caché,"dans le bocal mis dans une boîte à biscuits en métal derrière le sac de sucre sur l’étagère à droite du four dans la cuisine…", furent ainsi divulgués obligeant à changer de cachette. Car la banque n’était pas toujours présente partout. Elle ne l’est pas non plus aujourd’hui.
Puis, les cabines publiques garantirent un peu d’intimité, avant que ne se répandent le téléphone fixe dans les foyers, puis les téléphones cellulaires après l’installation d’antennes relais satellitaires. Désormais, bien des atolls et autres îles lointaines sont reliés par câbles et communiquent oralement et par mail en principe en toute confidentialité.

Qu’en était-il auparavant ? Comment faisaient les gens pour communiquer sans se déplacer ? Aux Tuamotu de l’Est et en particulier à Reao, les habitants apprivoisaient des frégates, ’ōtaha, comme en Europe sont les pigeons voyageurs. Ainsi, quand un groupe quittait l’île en pirogue, il emmenait son ’ōtaha et, une fois arrivé à bon port, l’un d’eux attachait sur ses pattes de petits objets marqués de signes aux sens convenus et partagés, et le relâchait. L’oiseau regagnait l’île d’origine et délivrait son message. Il pouvait ainsi faire de fréquents allers-retours. J’ignore si, aujourd’hui, les insulaires savent encore faire cela. De toute manière cela n’est plus nécessaire.

Concernant les images télévisées, dans les années 1980, la mairie et/ou un ou deux privés disposaient seuls de l’appareil récepteur qui, d’ailleurs, même muni d’antenne individuelle, ne pouvait recevoir en l’absence d’antenne collective aux endroits appropriés. Par contre, ils détenaient des lecteurs de vidéocassettes car, à Papeete, un dispositif d’enregistrement des émissions de la chaîne publique organisait la distribution de cassettes dans les communes des archipels éloignés. Il était interdit aux particuliers qui jouissaient d’un réseau efficace de faire payer l’entrée de leur maison aux voisins plus démunis. Les plus dynamiques organisaient alors sur leurs véranda et/ou jardins de véritables "salles" de spectacles avec des bancs et des chaises bien alignés. À côté, un snack improvisé proposait des plats préparés, gâteaux, sandwiches, boissons fraîches où l’eau de la jeune noix de coco, komo viavia, était particulièrement appréciée.
Quand la transmission télévisuelle fut assurée, chacun resta chez soi y accueillant un voisin moins nanti. Avec la numérisation et les câbles, dans une même maison, chacun peut désormais regarder son émission sur son ordinateur ou son smartphone. Comme partout dans le monde, depuis qu’il est possible de communiquer avec des gens très éloignés, c’est à la qualité du lien avec ses géographiquement plus proches qu’il importe de veiller à maintenir.

Et se raréfient les récits de tāpa’o fa’a’ite, signe annonciateur ; moemoeā tohu, rêve prémonitoire et télépathie dont j’ignore la traduction précise, même si j’ai vécu de nombreux phénomènes troublants normaux. Ainsi, ramenant de Kaukura à Tahiti une variété de noix de coco à la bourre comestible, kaipua, j’entends ma sœur venue m’accueillir à l’aéroport dire : "N’oublie pas les kaipua." Intriguée, je l’interroge :
- "Comment sais-tu que j’en ai ramené ?"
- "Mon mari l’a vu en rêve." !
Une autre fois, alors que je venais d’être missionnée le matin même pour aller dans l’atoll de mon amie Claire, je vois celle-ci à l’aérodrome et m’annoncer qu’elle a préparé ma chambre il y a deux jours car elle a été prévenue de ma venue par un rêve.

Une des histoires les plus étonnantes fut celle d’un Pa’umotu de Arutua, que nous nommerons Charles, et que j’ai revu la semaine dernière après plus de vingt ans. Il était parti de Arutua en kau, embarcation de 18 pieds environ, à moteur hors-bord, non pontée, habituellement utilisée dans les lagons mais que des téméraires utilisent pour des trajets inter-insulaires. Parti pour une longue traversée, il s’était équipé d’un fût d’essence qu’il avait branché directement sur le moteur au lieu de transvaser régulièrement dans la nourrice. Les "cahots" des vagues avaient si bien secoué le fût, que celui-ci transperça la coque. Charles et son ami se retrouvèrent naufragés en plein océan. Le haut-commissariat activa le dispositif de recherches ad-hoc. Les pêcheurs de Arutua, Apataki et Kaukura s’activèrent durant des jours. Ne trouvant rien, tous abandonnèrent. La nuit de l’abandon, Titaua, la fille de Claire, vit en rêve où se trouvait Charles. Le matin, elle prévint son père et rendit visite à tous les pêcheurs de Kaukura et leur indiqua dans quelle direction précise aller. Ils suivirent ses instructions et trouvèrent Charles agrippé au fût vide. Son ami n’était plus. Lui était brûlé par le soleil et le sel de la mer, mais bien vivant. Et il va bien. ni[

Vendredi 5 Octobre 2018 - écrit par Simone Grand


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Du lard ou du cochon ?

Du lard ou du cochon ? Que nous réserve l’année 2019 dont le Nouvel An vient d’être fêté par la communauté chinoise ? Le Cochon de Terre ne promet pas de grands bouleversements, les rendez-vous politiques devant les urnes n’étant pas au calendrier. Pour autant, de politique – ou plutôt de relation avec l’État – il en sera quand même question : dès la semaine prochaine, avec l’étude par le Sénat du projet de loi organique modifiant le statut du Pays et de la prise en compte des amendements et articles proposés par l’assemblée de la Polynésie française, on verra si le baromètre qu’on nous annonce au beau fixe le restera… La confiance est de mise pour le président Fritch, parti défendre ses amendements auprès des différents groupes parlementaires.
D'ailleurs, la commission des lois vient de donner son feu vert à l'actualisation de notre statut.
La même confiance qui animait les porteurs du dossier d’inscription du ‘ori tahiti au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, qui n’a pourtant pas été retenu par le président Macron, au profit de la yole martiniquaise. Sa visite en fin d’année sera l’occasion de lui montrer que cette candidature doit être à nouveau soutenue.

Les rendez-vous seront donc essentiellement économiques et le premier – très attendu – avec le Conseil d’État sur la réforme des retraites, s’est déroulé en début de semaine. Il a validé sa quasi-intégralité. C’est une victoire pour le gouvernement Fritch, mais aussi pour les Polynésiens, dont le système des retraites est sauvé pour encore quelques années. Le tour de force sera maintenant de modifier le code du travail est d’apporter la souplesse réclamée, comme en métropole, par les chefs d’entreprise. Malgré les réunions de travail avec les syndicats, le dossier s’annonce difficile. Souhaitons qu’il ne connaisse pas les mêmes dérives extrémistes de mars 2018, quand il fallait réformer les retraites.

Mais 2019 doit être aussi l’année du début des deux grands chantiers. Avant la mi-mars, le protocole signé avec le groupement Kaitiaki Tagaloa, pour la réalisation du Village tahitien, sera obsolète. Les doutes quant à la mise en œuvre en l’état de ce projet ne font que s’amplifier. Ce serait un coup dur pour ce gouvernement et l’économie locale si tout devait tomber à l’eau. Le Tahoera’a, qui n’est pas avide de critiques, en ferait ses choux gras… Et que dire du projet d’aquaculture à Hao où, pour le moment et depuis de longs mois déjà, les investisseurs sont plus dans le déclaratif que dans l’action ?
Le grand virage économique de 2019 sera-t-il donc du lard ou du cochon ?

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier