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André Ropiteau (1932) : "Ô mes amis tahitiens, que de bonheur je vous dois !"


Vendredi 15 Mai 2020 - écrit par Daniel Margueron


Les éditions ‘Api Tahiti publient ce mois-ci deux ouvrages : le premier, Mon île Maupiti, est la réédition du journal intime d’André Ropiteau (1904-1940), illustré par Jacques Boullaire, tandis que le second est une biographie de cet auteur et de sa compagne, Vahine Tauaroa (1916-2019), intitulé Maupiti mon amour. Présentation des deux livres avec les responsables, Riccardo Pineri et Daniel Margueron.



Interview

Tahiti Pacifique Magazine : Qui est André Ropiteau ?
Daniel Margueron :
"André Ropiteau est un vigneron originaire du célèbre vignoble de Meursault en Bourgogne qui, à la faveur d’un long tour du monde découvre en 1928 l’île de Maupiti, dont il tombe sous le charme. Il y reviendra à six reprises jusqu’à sa mort à la guerre en 1940. Passionné par la culture traditionnelle polynésienne qu’il craint de voir disparaître, il va mener des recherches sur place (sur les marae, légendes, techniques de pêche, etc.), il sera également l’âme du comité qui érigera, avec la SEO (Société des études océaniennes, ndlr), la statue de l’écrivain P. Loti dans la Fautaua, il va, en outre, constituer une somptueuse bibliothèque polynésienne, forte à son décès de plus de 1 500 volumes (27 volumes d’articles se trouvent à la SEO à Tipaerui). Il va également rédiger un journal intime dont le père Patrick O’Reilly, son ami, va tirer le livre Mon île Maupiti, également réédité."
TPM : Pourquoi Ropiteau est-il associé à Vahine Tauaroa ?
D.M. :
"Vahine est sa dernière compagne, c’est avec Ropiteau une magnifique histoire d’amour authentifiée par de nombreuses lettres et documents ; ils ont eu un enfant ensemble, Paul né en 1937, qui fut gendarme, puis maire de Maupiti de 1995 à 2008. On ne peut pas décemment évoquer un homme sans s’intéresser à sa compagne qui a tant compté."

TPM : Que signifie ce titre ?
D.M. : "Je ne vais pas tout dévoiler, mais simplement dire qu’il y a plusieurs raisons à découvrir dans le livre, pour conjuguer Maupiti et l’amour !"

Pour lire l'intégralité de ce Dossier, commandez Tahiti Pacifique n° 432 en cliquant ICI


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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt