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Après l'annonce présidentielle, la réaction de Père Christophe


Jeudi 3 Octobre 2019 - écrit par Dominique Schmitt


À l’occasion de l’ouverture de la session budgétaire, le 19 septembre dernier, Édouard Fritch a annoncé diverses mesures, dont des intentions pour aider les sans domicile fixe (SDF). Des déclarations nuancées par le bienfaiteur des SDF, Père Christophe qui, incroyable mais vrai, n'a même pas été concerté avant le discours officiel du président de la Polynésie française devant les élus du Pays !



SDF : un nouveau terrain avant le 23 décembre, sinon rien…

Crédit photo : Dominique Schmitt
Crédit photo : Dominique Schmitt
M. Fritch a d'abord reconnu : "L’accompagnement des sans domicile fixe a pris, je le regrette, du retard sur les objectifs que nous nous étions fixés, en raison de problèmes de maîtrise foncière." Avant d'annoncer : "En accord avec la commune de Papeete, (…) nous allons procéder à la reconstruction du centre de jour qui accueille actuellement les associations Te Vai’ete et Te Torea sur l’actuel terrain de Vaininiore, derrière la caserne des pompiers."
Cependant, le prêtre résident et vicaire coopérateur de la cathédrale de Papeete dénonce un "discours ambigu" et ne se sent "pas concerné par ce projet". En effet, Père Christophe indique : "Cette phrase peut prêter à confusion ! Nous avons déjà dit que pour nous, il n’est pas envisageable de construire l’Accueil dans une zone à forte densité de population, qui plus est, elle-même en grande précarité aussi ! Quant au local provisoire derrière la librairie Archipels, il s’agit du centre de jour et non de l’Accueil Te Vai-ete. Il est vrai que le fait que l’article soit partagé sur la page Facebook « Édouard Fritch » peut ajouter à la confusion !"
Et de s'exclamer : "C'est un coup médiatique, un coup politique à l'approche des municipales ! En réalité, l'ambition du maire de Papeete est de construire un immeuble pour son quartier, en échange d'un appartement. Nous avons un architecte bénévole, nous n'avons pas besoin de plans réalisés par TNAD (Tahiti Nui Aménagement & Développement, ndlr)." Même étonnement du côté de l'association Te Torea, qui s'occupe du centre de jour et du centre d’hébergement d’urgence. Elle déclare : "L’association apprend qu’un accord a été passé avec le maire sans avoir été informée du contenu du dispositif alors que les esquisses sont confiées à TNAD ! Te Torea qui gère pourtant depuis 21 ans les personnes de la rue est devenue une association fantôme ! (…)
Par ailleurs, l’association Te Torea apprend également que le centre de jour « sera transféré dans un local situé sur le boulevard d’Alsace, derrière la librairie Archipels » alors qu’elle vient de trouver un local qui convient et le déménagement est prévu, conformément aux discussions tenues avec la Direction des solidarités, de la famille et de l’égalité des chances. (…) L’association Te Torea, composée de bénévoles, s’interroge sur le bienfondé de ces actions.
"
Dans notre édition du 8 février dernier (lire TPM n° 400), nous avions accordé une longue interview à Père Christophe qui pose un regard à la fois bienveillant et critique sur la société polynésienne contemporaine, qu'il considère "individualiste" et "en souffrance". Son discours à lui n'a pas changé d'un iota depuis notre publication : pour recevoir dignement les quelque 300 âmes qui errent dans le Grand Papeete, il souhaite quitter Vaininiore et trouver un nouveau terrain pour le centre d'accueil Te Vai-ete, avant le 23 décembre 2019. Et il a prévenu : dans le cas contraire, il jettera l'éponge et fermera la structure trop vétuste, ce qui impliquera l'arrêt de l'ensemble de ses missions, après vingt-cinq ans passés sur le terrain… À environ deux mois et demi de la date butoir, l'homme d'Église a récolté seulement 13 millions de Fcfp sur les 150 millions nécessaires à la création du bâtiment.


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Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !
La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT