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Après les mensonges d’Église, les mensonges d’État ! Faits de parents indignes ?

Abreuvée de mensonges, la population polynésienne le fut et l’est encore. Et cela par les plus hautes autorités spirituelles et politiques. Autorités qui toutes deux se sont présentées en “parents” = metua d’une population à berner, tant l’obéissance soumise leur était indispensable.



Crédit photos : DR
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Les Anglicans, issus de la low middle class anglaise, étaient animés d’une très grand soif de revanche sociale. En échec dans leur propre pays, ils rêvaient d’Utopie dont ils seraient les souverains. L’alliance avec Tu-Pomare, qui ne pouvait se revendiquer d’une lignée sacralisée sur les plus prestigieux marae antiques, fut indispensable à l’un comme à l’autre. Avec Pomare II, ils assirent un régime totalitaire. Leur “Code” de lois remplaçant Tapu et Rāhui, menaçait de mort toute personne manifestant la moindre nostalgie de ses ancêtres. Même un sommeil agité rendait suspect de sédition ! Et donc passible de mort ! La langue tahitienne fut trafiquée pour mieux contraindre les esprits. Les danses furent maudites. Il y a de quoi être saisi d’effroi !
Une libération vint du Protectorat en ces périodes tourmentées, où les épidémies ravageaient et endeuillaient les îles. Pomare IV régna cinquante ans et son fils Pomare V plus brièvement.

La vie continua cahin-caha jusqu’au jour où, chassés d’Algérie, les militaires français désignèrent nos îles comme laboratoire à ciel ouvert pour leurs expérimentations de mise au point de leurs bombes nucléaires. Le général-président de la République, habile politicien, embarqua dans son projet bien des rêveurs de puissance, ainsi que des résistances et réticences instinctives. Elles ne pouvaient qu’être “instinctives”, les oppositions à ce projet, car la connaissance de ce qui allait s’y faire échappait à tous. Cela relevait d’un basculement dans l’inconnu absolu. Et ceux qui savaient se sont bien gardés de diffuser la connaissance.
Avec la distance temporelle, se devinent les conflits de loyauté habitant nos décideurs de l’époque. Traversés de désirs contradictoires entre l’appât du gain, la notoriété, la vanité, un certain sens du devoir et l’instinct de conservation, ils ont oscillé. Le plus désintéressé d’entre eux fut jugé être le plus dangereux. Pouvana’a a ’O’opa, trahi par nombre de ses bavards alliés repentants mais trop tard et ça dépendait des jours, fut neutralisé, sali, condamné avec des méthodes honteuses. Le metua élu du peuple a déplu aux autorités se prétendant metua.
Avec le recul du temps, se révèle le machiavélisme du général-président, qui tenait à ce que les habitants de la Polynésie soient “consentants”, tout au moins en apparence ! Aussi, afin de faire pencher la balance du référendum du “bon” côté, les résidents chinois, jusque-là numérotés, reçurent en masse leur nationalité française. Reconnaissants, ils votèrent “comme il faut”. C’est quand même pervers d’avoir conditionné la régularisation de leur statut de travailleurs immigrés identifiés par des numéros, contre leur complicité à la politique nucléaire nationale !

Une autre ruse manipulatoire est révélée par Jacques-Denis Drollet dans L’Élu du peuple de Marie-Hélène Villierme : “Si nous n’avions pas marché, nous aurions eu un gouvernement militaire !” À l’expression de son visage, cela paraissait le comble de la trahison et du déshonneur pour un élu polynésien que d’abandonner les rênes du pouvoir aux mains de militaires français. C’est ainsi que nombre d’entre eux se sont trouvés complices de décisions qui souvent les dépassaient, mais où ils pensaient avoir minimisé la casse et servi leur peuple malgré tout. En refusant la nudité d’un pouvoir militaire affiché, nos élus ont permis l’habillage démocratique attendu par les autorités de l’État = Hau metua = gouvernement parental qui se distingue du Hau fenua= gouvernement local.
De toute évidence, les “bons et loyaux services” furent récompensés d’une manière ou l’autre.
Qui suis-je pour jeter la pierre à qui que ce soit ?
La Raison d’État recouvre souvent des monstruosités, telles les décisions imbéciles des Hauts gradés militaires condamnant leurs propres enfants à l’ignominie des combats en tranchées de boues glacées infestées de vermines en 1914-18. Et ils fusillaient les traumatisés horrifiés hébétés... en les accusant de désertion ! À l’aune de la sauvagerie institutionnelle, les habituels contempteurs de la prétendue sauvagerie des bronzés devraient se regarder dans un miroir. Ça reposerait les oreilles de ceux qu’ils ont cru légitime de “civiliser”.

Et voilà que paraît Toxique de Sébastien Philippe et Thomas Statius. Oh ! il ne dévoile pas tant de secrets que ça. Mais il arrive à un moment où on les entend différemment. Aussi fait-il l’effet d’une bombe. Il est entendu avec plus d’attention. Avec le temps, s’en est allée l’appréhension d’en parler ouvertement sans fausse pudeur ni agressivité. Mais sereinement, comme l’on parle du Covid-19, qui vient s’éterniser en 2021 et pourrait donc s’appeler Covid 19-21. Hum !
La politique de dissuasion nucléaire fut payée par la chair, le sang et les gênes, les larmes, gémissements, douleurs et chagrins de Polynésiens qui, jusque-là, vivaient tranquillement dans leurs îles, sans rien demander à personne. Bien sûr, grâce à l’argent de la Bombe, l’aéroport de Tahiti-Faa’a fut construit ainsi que quantité d’autres plus petits. Bien sûr, de nombreux fiers temples protestants et élégantes églises se dressèrent ci et là. Et tant d’autres bienfaits matériels au prix du saccage de trop nombreuses rivières transformées en minerais d’exploitation d’agrégats escamotés par nos dirigeants spoliant des propriétaires impuissants. Bien sûr, des soins d’une exceptionnelle qualité sont désormais assurés dans notre hôpital à l’architecture passoire à énergie.
Mais ces traumatismes tant politico-religieux que politico-
militaires se doivent d’être décrits, identifiés, analysés, racontés. Ceci en veillant à ce que la parole libérée soit libératrice et n’enferme surtout pas dans des impasses de victimes revanchardes.
L’on pardonnera aux parents indignes s’ils reconnaissent avoir eu tort et participent désormais à dessiner les contours de chemins de vie, où la notion de respect ne soit plus en toc.

Vendredi 26 Mars 2021 - écrit par Simone Grand


Simone Grand

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Archives militaires “déconfinées” et venue de Macron au fenua : “poisons” d’avril ?

Dans notre précédente édition spéciale consacrée au nucléaire (“Après l’intox… l’infox !, TPM n°451 du 26 mars 2021), nous nous réjouissions de l’annonce du président de la République française, le 9 mars dernier, d’ouvrir enfin les archives militaires pour la période précédant 1971, qui représentait une lueur d’espoir. Las, Patrice Bouveret, cofondateur et directeur de l’Observatoire des armements, interpellé par notre dossier, nous apporte cependant une précision de taille. Dans une tribune qu’il nous a consacrée (lire pages 6-7), il explique que la décision d’Emmanuel Macron d’autoriser l’accès aux archives ne peut pas concerner les documents sur les essais nucléaires sans que la loi de 2008 sur lesdites archives ne soit modifiée au préalable par le Parlement. Cela signifie que non seulement cela peut prendre pas mal de temps, mais, surtout, que ce n’est pas encore inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale…

En effet, cette loi sur les archives du 15 juillet 2008 contient un article qui rend incommunicables tous les documents sur les armes de destruction massive, donc sur le nucléaire, et cela vaut malheureusement aussi bien pour les 17 essais tirés au Sahara que les 193 autres expérimentés en Polynésie française ! L’accès aux documents classifiés est un difficile combat. Une longue action juridique, à l’initiative des associations Moruroa e tatou et l’Aven (Association des vétérans des essais nucléaires), a permis en 2013 la déclassification de quelques archives sur les essais en Polynésie et au Sahara. Archives qui ont d’ailleurs élargi la zone de résidence à toute la Polynésie pour les victimes souhaitant obtenir une indemnisation, et qui ont été à la base du travail pour la publication du livre Toxique.

Alors, “déconfiner” les archives militaires : est-ce bien là l’intention du président ? “Nous pouvons en douter, tranche Patrice Bouveret, car si la déclaration de l’Élysée évoque la nécessité « de renforcer la communicabilité des pièces », elle s’empresse de préciser que cela doit se faire « sans compromettre la sécurité et la défense nationales » L’argument massue toujours mis en avant depuis des décennies !” Personne ne demande la divulgation des secrets de fabrication de la bombe, mais tout le monde souhaite connaître les différentes mesures enregistrées sur les retombées radioactives des explosions afin de permettre aux victimes et aux ayants droit d’obtenir réparation et indemnisation. Nous voulons toute la vérité, rien que la vérité. Peut-être que l’hypothétique venue de Macron au fenua, invité pour la fin du mois d’août, sera l’occasion de mettre cartes sur table ? Mais rien n’est moins sûr quand on voit que l’État persiste et signe dans son attitude méprisante en cédant “gratuitement” à la Polynésie un terrain et des bâtiments infestés d’amiante et de plomb pour abriter un centre de mémoire des essais nucléaires !

Un cadeau empoisonné donc, pour un mémorial dont le contenu muséographique est entièrement géré par les hautes sphères parisiennes sans la consultation d’aucun Polynésien…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT