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Brouillard politique, pression sociale et économie en berne : le Pays sous tension



Gaston Flosse, le leader du parti orange, a vu rouge... sang ! Alors que le Vieux Lion tentait une ultime pirouette, voilà que son meilleur ennemi Oscar Temaru lui vole la vedette en se présentant aux sénatoriales. Pourtant, en sortant de sa crinière poussiéreuse la proposition de faire de la Polynésie un "État souverain associé à la France", il pensait tenir là une botte secrète imparable. Mais celui qui rêve d’une "Maohi Nui" indépendante s’est juré qu’on ne l’y prendrait plus et a laissé sur le carreau son rival politique qui n’inspire plus confiance jusqu’au sein même de son clan. Une énième claque pour le chef de file du Taohera’a, déjà frustré d’avoir dû repousser ses désirs de réunir le congrès fondateur de l’Amuitahira’a, un autre de ses vœux pieux qui devrait créer des turbulences et faire tomber quelques fē’i. En effet, il se murmure que si les "têtes pensantes" du Taoheraa "flippent", ça sent le flop ! "Les Orange ou tanguent ou prennent leurs quartiers divers", s’en amuse Maeva Takin, dans sa rubrique humoristique (lire pages 6-7). Bref, l’orange devenue sanguine est désormais exsangue et manque de jus. Surtout, mal secouée, la pulpe risque fort de rester au fond...

Par ailleurs, l’actualité est toujours marquée par la propagation exponentielle du virus en Polynésie, qui enregistre plus d’un demi-millier de cas confirmés (560, mercredi), et fonce droit devant une grave crise économique et sociale. Sans surprise, les centrales syndicales remontent au créneau et font pression sur le gouvernement, en laissant planer cette fois la menace d’une grève générale à compter du 8 septembre. Regroupées en intersyndicale, elles dénoncent la gestion de la crise Covid-19 par les autorités locales qui ont "sacrifié" la sécurité sanitaire et "compromis les objectifs de croissance et de justice sociale". Parmi leurs revendications phares : le renforcement des contrôles à l’aéroport de Tahiti-Faa’a, le retour à une quatorzaine stricte dans un lieu dédié pour tout nouvel arrivant, la prise en charge par le gouvernement et l’État des personnes contraintes d’être isolées, ainsi que des classes avec des effectifs réduits et la gratuité des masques pour les élèves. Des mesures qui ne trouvent pas toutes un écho favorable, les "patrons", représentés par la CPME et le Medef, considérant qu’un nouvel arrêt des activités paralyserait une économie déjà à l’agonie. Il est vrai que ce n’est pas une mince affaire, les stratégies de nos voisins d’Océanie face au Covid-19 sont toutes des choix difficiles, comme l’a détaillé Vincent Dropsy dans les pages Économie (lire pages centrales)…

Cependant, la vraie question pour laquelle il existe un vide juridique et à laquelle les autorités vont répondre en urgence est la suivante : qui va payer et prendre en charge les plusieurs centaines de cas suspects lorsqu’ils doivent être isolés ? Quid des cas contacts ? Actuellement, ils ne peuvent pas déposer d’arrêt maladie, et ils ne peuvent pas, non plus, demander d’arrêt de travail ! Alors que faire pour les nombreux salariés mis en "quatorzaine" qui perdent la moitié de leurs revenus mensuels et ne vont cesser d’augmenter ? Le Plan de relance économique de Teva Rohfritsch l’a-t-il prévu ou était-ce juste un coup de com’, avant de démissionner du gouvernement et se présenter, lui aussi, aux sénatoriales ? Et ce n’est pas le triste bilan rendu par l’Observatoire du tourisme à Nicole Bouteau qui va nous rendre les sourires derrière les masques : la ministre a pu ainsi avoir le loisir "d’observer" que notre destination enregistre une baisse de 70 % de sa fréquentation touristique, que la croisière accuse une perte de 40 %, tandis que le taux d’occupation des hôtels est à peine de 35 %, essentiellement grâce aux résidents. Il ne faudrait pas que Madame la ministre du Tourisme oublie qu’elle est également ministre du Travail... Il y a pourtant du pain sur la planche ! D’autres se projettent heureusement dans l’avenir, à l’instar des incubés de PRISM, des autoentrepreneurs qui ont de la suite dans les idées et font bouger notre fenua. Des esprits innovants que nous avons souhaité mettre en avant dans cette édition.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Vendredi 4 Septembre 2020 - écrit par Dominique SCHMITT


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Dominique SCHMITT

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Bas les masques !

Bas les masques !
Le spectre de la grève générale qu’a laissé planer l’intersyndicale en début de mois aura eu le mérite de démasquer les autorités. Lors des négociations avec les organisations syndicales et patronales, le Pays et l’État ont dû s’expliquer, sans pouvoir, cette fois, se défiler ; et leurs discours n’ont cessé de changer à propos de leur gestion de la crise Covid, allant jusqu’à se contredire. Après avoir exigé le confinement général de la population et mis l’activité économique à l’arrêt, puis rouvert d’un coup nos frontières pour sauver le tourisme extérieur, on nous dit aujourd’hui que le virus circule et qu’il n’y a plus besoin de multiplier les tests, puisque sa propagation est trop importante. Reste donc à “attendre l’immunité collective et, bien sûr, le vaccin”, voilà le nouveau discours officiel, qui, en parallèle, répète à l’envi que la Polynésie a déployé “l’un des dispositifs de sécurité sanitaire les plus complets au monde (sic)”. Le nombre de cas confirmés liés au coronavirus a franchi la barre des 1 000, les premiers morts ont été annoncés, les foyers de contagion se répandent désormais dans les quartiers populaires, l’économie locale est exsangue et la crise sociale, bien réelle… Notre fenua est passé de Covid-free à free Covid… Tout ça pour ça !
Désormais, au bord du précipice, nul autre choix que de nous endetter davantage pour rebâtir la Polynésie de demain, avec le plan de relance “Cap 2025” concocté dans son coin par M. Rohfritsch, Vice-président et ministre de l’Économie et des finances. Un programme quinquennal, avec une échéance courte de cinq ans, qui semble pourtant trop ambitieux, de l’avis des spécialistes. Mais ce problème ne sera pas celui de Teva, mais celui de son successeur... ayant démissionné le lendemain pour sa course aux sénatoriales 2020 ! Doudou est perdu, et Dodo s’en remet à Macron qui, lui, s’étouffe derrière son masque. Au pays de l’oncle Sam, Donald n’est pas en reste, puisqu’il aurait sciemment minimisé l’épidémie, selon les révélations du journaliste américain Bob Woodward, pour “ne pas faire paniquer la population” et “donner la priorité à l’économie”. Ainsi font, font, font, les petites marionnettes. Ainsi font, font, font, trois p’tits tours et puis s’en vont…

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT