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CHPF : pétages de plombs au service de psychiatrie !


Vendredi 18 Juin 2021 - écrit par Dominique SCHMITT


Au bout du rouleau, le personnel du Centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF) posait un préavis de grève il y a quelques mois. Si de nombreux dysfonctionnements sont relevés par les professionnels dans les milieux hospitaliers à Tahiti et dans les îles, le service de psychiatrie est, lui, sous haute tension ! Le Pôle de santé mentale tant attendu a pris en effet trois ans de retard.
État des lieux d’un secteur malade et en souffrance…



En octobre 2019, le ministre de la Santé saisissait l’Agence de régulation de l’action sanitaire et sociale (ARASS) pour une mission d’inspection du service de psychiatrie du CHPF. Objectif : mettre le chef de département, M. Amadeo, “face à ses responsabilités afin que soient prises le plus rapidement possible des mesures correctives dans l’intérêt des patients”. Si le responsable en question a démissionné, la situation au sein du service semble se dégrader Crédit photo : Dominique Schmitt.
En octobre 2019, le ministre de la Santé saisissait l’Agence de régulation de l’action sanitaire et sociale (ARASS) pour une mission d’inspection du service de psychiatrie du CHPF. Objectif : mettre le chef de département, M. Amadeo, “face à ses responsabilités afin que soient prises le plus rapidement possible des mesures correctives dans l’intérêt des patients”. Si le responsable en question a démissionné, la situation au sein du service semble se dégrader Crédit photo : Dominique Schmitt.
Dans la partie totalement fermée de Tokani, au service de psychiatrie du CHPF, les patients sont accueillis dans des conditions dures, au point que certains détenus venant de Nuutania, ayant été hospitalisés à Tokani, expriment même leur désir de retourner en prison, où “ils étaient mieux” ! D’aucuns reprochent que les portes des chambres de ce service soient fermées très souvent à 18h30, même dans la partie “ouverte”, pour que les soignants puissent préparer les traitements “tranquillement”. On peut cependant imaginer la difficulté pour les psychiatres de gérer des individus ayant des problèmes de santé mentale.

Un personnel de santé dresse un état des lieux qui fait froid dans le dos : “Des patients trouvés à leur réveil toujours attachés, dans leur urine avec des coquards ; des patients mineurs hospitalisés en service fermé sans que leurs parents soient prévenus ; un patient mis en chambre d’isolement et attaché alors qu’il est en hospitalisation libre ; un autre en réanimation, après « oubli » de prescription de son traitement lors de son départ pour son île ; des prescriptions de médicaments sans respect des modalités d’instauration et des contre-indications ; aucun mot dans certains dossiers médicaux, etc.”

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Comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ?

Après avoir reçu une gifle par un jeune habitant de la Drôme au cri d’un slogan royaliste “Montjoie ! Saint-Denis !” et “À bas la Macronie”, comment sera accueilli Emmanuel Macron au fenua ? Que lui réservent les Polynésiens lors de sa venue probable du 25 au 28 juillet : un collier de fleurs ou le balai nī’au ? Toutes les associations de défense des victimes des essais nucléaires (hormis l’association Tamarii Moruroa), ainsi que l’Église protestante mā’ohi ont refusé de participer à la Table ronde organisée les 1er et 2 juillet, à Paris. En outre, des manifestations d’envergure sont prévues à Tahiti, les 2 et 17 juillet, respectivement aux dates anniversaires des tirs atomiques en 1966 et 1974. Le récent passage de “Sébaston”, ministre des “colonies françaises” (euh… des Outre-mer), censé préparer le terrain pour le Président, n’aura pas vraiment réussi à calmer les esprits. Aussi, il se murmure dans les couloirs de Radio cocotier que “Manu 1er” aurait demandé à notre champion Henri Burns de l’initier à la boxe…

À l’heure où nous mettions sous presse, nous ne connaissions pas encore les conclusions de cette Table ronde de “haut niveau”. Nous espérons tous que les discussions ne tourneront pas en rond et que la délégation polynésienne emmenée par “Doudou” saura aller droit au but. Éprise de “vérité et justice”, Moruroa e tatou a regretté que la proposition de loi du député Moetai Brotherson “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” ait été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée par la majorité présidentielle. “Vous vous rendez compte, seuls 80 députés présents sur 577 que compte l’Assemblée nationale ont voté. C’est une insulte à ce pays. C’est une insulte à ce peuple qui a souffert, à ceux qui nous ont précédés et à ceux qui vont nous succéder”, a considéré Hirohiti Tefaarere, le président de l’association. Tout cela n’est pas de très bon augure, mais rien n’est encore fait, et le séjour du chef de l’État pourrait réserver son lot de surprises et d’annonces.

Macron sera le sixième président de la République française en visite en Polynésie (voir notre rétrospective pages 16 à 27). Lorsque François Hollande était venu en 2016, notre rédaction l’avait interpellé sur notre titre de couverture : “Elles sont où vos promesses, M. Hollande ?”. S’il avait fait part de sa “reconnaissance” et s’était engagé à des “réparations”, force est de constater que très peu de Polynésiens ont obtenu des indemnisations. Aujourd’hui, c’est un grand Pardon de Peretiteni qu’attend la population et, bien sûr, des actes concrets plutôt que des paroles en l’air. Si l’illustre poète polynésien Henri Hiro était encore parmi nous, il n’aurait pas manqué de l’interpeller avec ces mots : “Si tu étais venu chez nous, nous t’aurions accueilli à bras ouverts. Mais tu es venu ici chez toi, et on ne sait comment t’accueillir chez toi”… Alors, “Manu 1er” saura-t-il redescendre de son trône et écouter les Polynésiens pour mieux les comprendre, et enfin les entendre ? Nous l’espérons tous de tout cœur. En attendant, Tahiti Pacifique profite du mois de juillet pour faire sa trêve annuelle : rendez-vous donc en août !

Dominique SCHMITT