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CORONAVIRUS : l'État et le Pays demandent (enfin) le confinement de la population - Discours officiel intégral, 20 mars 2020


Vendredi 20 Mars 2020 - écrit par Dominique Schmitt




Dans une déclaration commune du haut-commissaire et du président de la Polynésie française, ce matin, 20 mars 2020, la population est invitée à se confiner face au coronavirus, qui touche aujourd'hui au moins 15 personnes. Une mesure qui rassure enfin, mais qui arrive (trop ?) tardivement. Désormais, ce sont les mesures économiques envisagées par le Pays qui sont attendues avec impatience pour sauver les entreprises et les salariés du fenua. Les partenaires sociaux ont déjà annoncé la couleur et en appellent à la solidarité nationale : il s'agit d'aligner 8 milliards de Fcfp sur la table. En attendant, n'oublions pas de répéter les gestes barrières et appliquons les recommandations sanitaires.


"Chers citoyens Polynésiens,

Comme vous pouvez le constater, la situation évolue au jour le jour et l’épidémie se propage à grande vitesse dans l’ensemble des pays du monde. Pour ce qui nous concerne, cette épidémie progresse également très vite. En début de semaine, nous étions en présence de trois cas clairement identifiés avec un suivi sanitaire renforcé. Plus de 160 personnes ont été suivies. Depuis le début de la semaine le nombre de personnes contaminées est passé de 3 à 15. Nous venons de franchir une nouvelle étape et cela nécessite de nous adapter et de réagir encore plus vite. En effet, la situation devient extrêmement urgente et nous sommes obligés de passer tout de suite au stade supérieur, c’est à dire à la PHASE 3 qui consiste à combattre la propagation de l’épidémie par tous les moyens.

Il nous faut la contenir et nous devons donc au plus vite durcir encore plus nos dispositifs. Cette nouvelle étape va exiger beaucoup de rigueur, va créer beaucoup de perturbations et avoir un impact sur nos modes de vie. C’est le cas aujourd’hui pour l’ensemble des populations du monde.


C’est la santé de tous qui est en jeu. C’est la santé de toute la population, c’est la santé de nos enfants, c’est la santé de nos anciens, c’est la santé des plus fragiles. Nous devons tout faire pour les préserver, par solidarité, par amour mais aussi par sens des responsabilités. Il y a danger, je l’ai dit, car c’est une contamination qui va très vite et peut toucher rapidement un grand nombre d’entre nous et faire de nombreuses victimes, parmi les personnes les plus vulnérables mais aussi parmi les personnes en bonne santé.

Il y a danger. Il faut donc nous battre. La plus importante bataille est devant nous. Et nous devons tous collectivement être au rendez-vous. Cela va exiger un engagement de tous, un engagement collectif au bénéfice de chaque personne. J’en appelle à votre sens de la collectivité. Les nouvelles mesures que nous prenons aujourd’hui et que nous vous annonçons, le Président FRITCH et moi-même, reflètent un engagement fort de l’Etat et du Pays Elles sont destinées à vous protéger, à nous protéger. Elles sont contraignantes mais je sais pouvoir compter sur vous tous.

A compter d’aujourd’hui, ce vendredi 20 mars à minuit, nous demandons à la population de la Polynésie française de se mettre en confinement.

- Qu’est-ce que cela signifie ?
Cela signifie qu’on empêche ce virus invisible de tous nous contaminer. Car c’est nous qui faisons circuler le virus par nos contacts, par nos interactions sociales, par notre proximité, par nos déplacements. C’est un ennemi sournois qui nous laisse peu de chance. Il faut donc le
combattre avec nos armes : notre sens du collectif et de la discipline. Il n’y a pas de vaccin et le seul remède c’est notre comportement qui doit être
exemplaire pour l’empêcher au maximum de circuler.

- Comment va se passer ce confinement ?

Dès samedi, tous les rassemblements sur la voie publique et dans la sphère privée sont interdits. Cela signifie que les regroupements extérieurs, les réunions familiales ou amicales seront interdites. Il ne sera plus possible de se promener, retrouver ses amis, d’aller à la plage. Cela signifie que le concours de danse du Heiva 2020 est annulé, les groupes ne pouvant pas les préparer. Il faut limiter au maximum ses contacts en dehors de sa maison. Concrètement, vous devez rester chez vous et limiter absolument vos déplacements à l’extérieur.

Tous les commerces seront fermés sauf :
- les magasins d’alimentation,
- les stations-service,
- les banques,
- les boulangeries,
- les structures de santé et les pharmacies.

Les restaurants et les roulottes ne pourront plus accueillir de public mais pourront vendre leurs plats à emporter.
Clairement, vous ne devez sortir que pour des raisons professionnelles ou des raisons indispensables. Et bien sûr en respectant scrupuleusement les gestes barrières.

Ainsi :
- Pour aller travailler, seules pourront circuler les personnes se rendant de leur domicile au travail, parce que la vie économique doit continuer.
Nous avons besoin d’activité, nous avons besoin que les services vitaux continuent de fonctionner. Dans les cas où c’est possible, le télétravail
devra être privilégié. Sur votre lieu de travail, vous devrez strictement respecter les mesures barrières.
- Vous pourrez également aller faire vos courses dans les mêmes conditions. Ne cédez pas à la panique, il n’y a aucune pénurie
alimentaire. Vous le savez, les magasins d’alimentation sont ouverts tous les jours. Nous déterminerons avec les commerces les modalités d’accès
aux magasins pour limiter les contacts.
- Vous pourrez également aller à vos rendez-vous médicaux.
- Enfin, à proximité immédiate de votre domicile, il sera possible de sortir seul ou pratiquer individuellement une activité physique à condition de
ne pas entrer en contact avec une autre personne. Un parent pourra cependant accompagner un enfant à cette occasion.
Le détail de ces mesures sera indiqué dans la journée.
Tout ce dispositif fera l’objet de contrôles réguliers de la part des forces de l’ordre. Ce n’est pas de la lutte contre la délinquance, c’est le respect de mesures citoyennes et sanitaires destinées à nous protéger. Je vais également demander aux tavana d’activer leurs plans communaux de
sauvegarde pour mettre en application ce dispositif commune par commune. Ce dispositif est pris au minimum pour 15 jours et fera l’objet de réévaluation en fonction de l’évolution de la situation.

Pour terminer, je souhaiterais vous rappeler les décisions prises ces derniers jours :
- l’arrêt des croisières,
- l’arrêt des arrivées de touristes sur le fenua,
- l’arrêt des déplacements inter-îles pour préserver nos archipels,
- la mise en quatorzaine automatique des résidents de retour au fenua.

Je rappelle à ce sujet, qu’il faut désormais éviter le retour massif de ceux d’entre nous qui ne vivent pas en permanence au fenua.
Ce ne sont pas des mesures faciles, elles ont un impact fort sur le plan économique, elles ont un impact fort sur la vie des familles mais elles sont
nécessaires pour lutter efficacement contre le virus.

Chers polynésiens, nous mesurons avec le Président FRITCH l’impact de toutes ces décisions sur vos vies.
Mais ensemble, combattons le virus."

Communiqué officiel du vendredi 20 mars 2020


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Coronavirus : n’est-il pas déjà trop tard ?

Coronavirus : n’est-il pas déjà trop tard ?
Depuis la confirmation du premier cas de coronavirus en Polynésie, le 11 mars dernier, un vent de panique générale souffle au fenua, poussant des centaines de familles à se précipiter dans les supermarchés pour y dévaliser les rayons… jusqu’à l’épuisement du papier hygiénique, comme si c’était la fin du monde ! Hasard du calendrier, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré le même jour que nous étions passés au stade de pandémie, mais a assuré que ce satané virus venu de Chine pouvait “être maîtrisé”. Depuis fin décembre, le Covid-19 s’est répandu dans 110 pays et territoires, et a contaminé plus de 120 000 personnes dans le monde, notamment en Europe et aux États-Unis. Nous assistons ainsi à une véritable hécatombe, avec au moins 4 351 décès recensés, selon un bilan établi par l’Agence France-Presse, à partir de sources officielles. Emmanuel Macron a même martelé dans son discours officiel : “Nous sommes en guerre”. Ici et ailleurs, les mêmes scènes se reproduisent et la psychose collective se propage… À l’heure où nous mettions sous presse, mercredi en fin d’après-midi, six cas étaient déclarés en Polynésie (cinq à Tahiti et un à Moorea). Pour vous protéger vous et les autres, on ne peut que rappeler la nécessité de veiller au respect strict des gestes barrières contre le virus et des recommandations sanitaires.

L’angoisse de la population illustre surtout le manque de confiance dans les mesures prises par le Pays et l’État. En effet, il aura quand même fallu attendre l’annonce d’un premier cas à Tahiti avant que le gouvernement ne se décide à interdire l’entrée des paquebots. On n’a pas compris, non plus, l’entêtement du Pays à vouloir garder ouverts les crèches, les garderies et les établissements scolaires, à l’heure où le président de la République française, évoquant “une crise sanitaire grave” (la Métropole est passée, le 14 mars, au stade 3, avec confinement obligatoire), fermait toutes les structures pour “freiner l’épidémie” et “protéger les plus faibles”. Le discours de la ministre locale de l’Éducation, Christelle Lehartel, demandant aux parents de faire confiance au Pays, et de continuer à emmener leurs enfants à l’école, car “toutes les mesures sanitaires sont prises pour protéger les enfants et le personnel enseignant”, a choqué nombre de parents d’élèves et les syndicats. Mais peut-être que l’on voulait guetter, là aussi, le premier cas dans les écoles pour réagir ? Jusqu’à ce que la décision de fermer les écoles, à compter de mercredi après-midi (18 mars), soit enfin prise, nos enfants sont donc restés entassés comme des sardines dans des classes à sureffectif, alors qu’une distance de sécurité d’au moins
1 mètre entre deux personnes est recommandée. Cherchez l’erreur…
Où est donc passé le sacro-saint principe de précaution ? Pourquoi avoir un coup de retard quand on pouvait avoir une longueur d’avance ? Le 18 mars, le Pays est passé à la vitesse supérieure en interdisant tous les voyageurs non-résidents à toucher le sol polynésien. Mais n’était-il pas déjà trop tard ? N’aurait-il pas fallu exiger d’emblée le confinement général, comme l’ont préconisé au gouvernement les organisations syndicales et patronales depuis lundi dernier, parmi les 15 mesures d’urgence de sauvegarde des entreprises et des sala-
riés ? Nos dirigeants réalisent-ils qu’au fenua, il y a uniquement
40 appareils respiratoires à notre disposition ? Pourquoi les magasins sont-ils encore ouverts et les jeunes se baladent dans la rue comme si de rien n’était ? Par contre, alors qu’aucun rassemblement n’est désormais autorisé jusqu’à nouvel ordre, le gouvernement central a maintenu, ici et en Métropole, le premier tour des élections municipales. Message reçu : les intérêts politiques avant tout !

On relèvera par ailleurs les bons conseils délivrés par le haut-commissariat sur sa page Facebook : “Pour voter, les bons gestes à adopter : privilégiez les heures de moindre affluence, entre 11h30 et 14h30” et, n’oubliez pas, “chacun son stylo”. Bons conseils qui n’ont pas empêché de voir de braves citoyens agglutinés dans les bureaux de vote. Anticipant un effondrement sans précédent de l’économie locale, le gouvernement planche sur un “plan de sauvetage” avec les partenaires sociaux afin de réfléchir à des plans de continuité d’activités en développant, par exemple, le télétravail (néanmoins, un vide juridique existerait en Polynésie et inciterait certaines entreprises à refuser cette option…). Il est nécessaire de se réorganiser, mais pensons avant tout à la santé des personnes âgées et des plus vulnérables. Dans ces moments-là, aujourd’hui plus que jamais, on a juste envie d’embarquer sa famille sur un voilier, larguer les amarres, prendre le large et se mettre à l’abri sur une île déserte ! Pour notre part, la rédaction de Tahiti Pacifique a dû s’adapter ; nous avons ainsi décidé d’espacer nos parutions toutes les trois semaines au lieu des quinze jours habituels. Nous vous donnons donc rendez-vous le 9 avril 2020 pour le prochain numéro. Bon courage à tous, fa’aitoito, restons responsables et solidaires.
À défaut des mains, il faut se serrer les coudes.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt