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Caramba, le coup passa si près !



Au soir de la bataille du premier tour des élections territoriales, le Tapura Huiraatira, avec 43% des suffrages recueillis, ne fut donc pas si loin de son ambitieux, voire irréaliste, projet d’atteindre la barre des 50% qui aurait mis un terme à la plus courue des élections auxquelles les électeurs polynésiens sont appelés à se prononcer. Une déception, donc, pour les partisans du gouvernement en place d’Édouard Fritch ? Certainement pas, car les portes de l’assemblée lui sont désormais grandes ouvertes pour une arrivée en force avec environ 40 sièges, sur les 57 à pourvoir.
Les Polynésiens se sont donc prononcés en faveur de la politique menée par le Tapura, la préférant à celles proposées par le Tahoera’a Huiraatira et le Tavini Huiraatira. Ni les belles promesses, ni d’autres plus mesurées, mais "conditionnées" à l’indépendance, n’ont trouvé écho. Faut-il pour autant en déduire que les électeurs ont délivré un blanc-seing au Tapura ? Rien n’est moins sûr, et la réforme urgente du système des retraites, qui avait valu une sérieuse reculade du gouvernement sous la pression de l’intersyndicale, en sera certainement l’un des premiers révélateurs.
À deux jours du second tour, ce seront bien trois listes qui seront présentes et non deux, comme le Tapura pouvait le craindre. Jusqu’à mardi dernier, tout était encore possible si l’une des deux listes d’opposition s’était retirée au profit de l’autre. Un scénario que chaque formation avait déclaré impossible lors des débats, mais qui a commencé à prendre forme au lendemain des résultats et de la rencontre entre les états-majors.
Pour le Tahoera'a, les négociations ont finalement achoppé sur deux ou trois points dont celui, ô combien important pour le parti indépendantiste, concernant le statut du Pays. Pas de "7/7/7", date historique d’une première alliance, mais le coup n’est pas passé si loin.
Aujourd’hui, pour garder la tête haute, chacun des deux camps se fait fort de rappeler qu’au final, rien n’a été acté. Pour autant, ça ne veut pas dire que rien ne s’est passé et le simple fait de s’être rencontré est suffisamment déstabilisant. Le Tavini a donc prêté l’oreille à une liste qu’il n’a cessé de décrier pour le manque de probité de certains de ses représentants, affirmant – par la voix de Moetai Brotherson – qu’il a accepté cette rencontre comme il en aurait accepté d’autres. Une fois encore, les électeurs polynésiens n’auraient pas manqué d’être déboussolés.
À croire qu’à regarder les scores des uns et des autres pour se projeter sur leurs futures représentations à Tarahoi, les leaders des grands partis en auraient occulté un, celui de l’abstention. Avec 38% de non-votants, c’est un nouveau triste record qui a été établi pour une élection de ce type mais cela, apparemment, ne dérange pas grand monde. On fera mieux au second tour et, s’il y a une baisse par rapport à 2013, ce sera la faute à un calendrier propice à une longue semaine de vacances. Les remises en question peuvent bien attendre…

Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Vendredi 4 Mai 2018 - écrit par Luc Ollivier


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La stabilité avant tout

Le 6 mai dernier, avec plus de 66 000 voix, le Tapura Hui- raatira du président Édouard Fritch raflait la mise des
sièges à pourvoir au sein de l’assemblée où les Rouges représentent désormais 66,66 % de l’hémicycle. Il n’en faudrait pas plus pour que tout superstitieux ne se rue dans le premier magasin de jeu à gratter pour tenter d’y gagner le pac- tole avec un numéro fétiche, le 6 par exemple.
Édouard Fritch ne doit pourtant pas à la chance d’avoir obtenu un succès attendu après les résultats du premier tour, fort de l’adhésion de près d’un vote exprimé sur deux par des Polynésiens qui n’ont pas cédé au chant des sirènes de l’abstentionnisme, même si ce dernier est encore en progression. Placé au pouvoir par Gaston Flosse en 2015, celui qui n’est plus considéré
depuis lors comme le gendre idéal par ce même Gaston Flosse a su fédérer autour de sa personne avant de fédérer autour d’un programme. Rien de bien révolutionnaire, des projets à taille humaine qui accompagnent le développement touristique, comme partout ailleurs dans le monde (+7 %) et économique, essentiellement basé à Hao, sans oublier quelques réformes structurelles notamment celle de la retraite, dans un premier temps, puis inévitablement de toute la Protection sociale généralisée. Une gestion de bon père de famille, pourrait-on dire, misant sur une stabilité politique retrouvée qui s’accompagne de l’indice de confiance. Pourra-t-elle résister à une instabilité portée par une partie de l’opposition politique ? Rien n’est moins sûr. Et la tâche du prochain gouvernement à venir pour- rait bien être, après l’élection du président de l’assemblée prévue hier et du président du Pays programmée pour aujourd’hui, d’éteindre des incendies comme ceux que le Tahoera’a a reconnu avoir allumés lors des dernières années (voir article de Jean-Marc Regnault en page 10).
Le ton risque d’être vite donné avec l’urgence des premières réformes qui avaient fait descendre les syndicats dans la rue. Un Tavini qui stagne et un Tahoera’a qui joue sa survie et tentera de continuer d’exister jusqu’aux muni- cipales de 2020 auront du mal à faire entendre leurs voix dans l’hémicycle face aux 38 sièges rouges à l’assemblée sur 57 possibles. Il reste à espérer que les débats s’y cantonnent.

Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier