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Carole Atem ou la passion des mémoires romanesques


Vendredi 8 Mars 2019 - écrit par Dominique Schmitt


Agrégée de lettres modernes et docteur de l’Université Sorbonne-Nouvelle - Paris III, Carole Atem est également maître de conférences à l’Université de la Polynésie française. Spécialiste des mémoires romanesques des XVIIe et XVIIIe siècles, la chercheuse tahitienne a établi et annoté les textes des Mémoires de M. L.C.D.R., considéré comme le chef-d’œuvre de Courtilz de Sandras, l’auteur des Mémoires de M. d’Artagnan, qui sont à l’origine du roman Les Trois Mousquetaires, d'Alexandre Dumas.



Carole Atem a réalisé un travail d’édition critique remarquable dans Mémoires de M. L.C.D.R., l’une des œuvres maîtresses de Courtilz de Sandras, l’auteur des Mémoires de M. d’Artagnan, qui sont à l’origine du roman bien connu d’Alexandre Dumas, Les Trois mousquetaires. Membre de la SEO, elle a aussi écrit sur Mai'ao, l'île interdite, qui est celle qui a vu naître sa grand-mère. Crédit photo : DR
Carole Atem a réalisé un travail d’édition critique remarquable dans Mémoires de M. L.C.D.R., l’une des œuvres maîtresses de Courtilz de Sandras, l’auteur des Mémoires de M. d’Artagnan, qui sont à l’origine du roman bien connu d’Alexandre Dumas, Les Trois mousquetaires. Membre de la SEO, elle a aussi écrit sur Mai'ao, l'île interdite, qui est celle qui a vu naître sa grand-mère. Crédit photo : DR
Quels sont les moments phares dans votre carrière de chercheuse ?
“Les trois livres que j’ai publiés sont des ouvrages de recherche, consacrés à la littérature française du Moyen Âge et du XVIIe siècle, avec, par exemple, une étude sur les mémoires fictifs de l’âge classique tirée de ma thèse de doctorat, Les Mémoires apocryphes de Courtilz de Sandras, publiée à Paris en 2016. Le travail que je viens de publier aux éditions Honoré Champion, Mémoires de M. L.C.D.R., comptera parmi les moments forts de ma carrière à mes yeux, car ce projet me tenait très à cœur et il est le fruit de recherches passionnées. Ce n’est pas uniquement son intérêt scientifique qui m’a motivée, mais aussi mon goût personnel pour les mémoires et les romans du siècle classique. Par ailleurs, je me réjouis également d’avoir pu écrire des articles de recherche sur l’histoire et la culture locales, pour lesquelles, en tant que Polynésienne, j’éprouve évidemment un intérêt profond. J’ai eu beaucoup de retours, par exemple, de la part de lecteurs comme de collègues chercheurs, sur mon article « Mai’ao, l’île interdite », paru au BSEO (Bulletin de la Société d’études océaniennes, ndlr) n° 336 ; ces manifestations d’intérêt m’ont d’autant plus touchée que ce travail portait sur l’île natale de ma grand-mère.”

Quelle est la genèse de Mé oires de M. L.C.D.R. ?
“Le travail que j’ai réalisé pour les éditions Honoré Champion est une édition critique d’un roman du XVIIe siècle qui a fait date dans l’histoire de la fiction française de l’époque classique. Il raconte, sous l’apparence de mémoires authentiques, les aventures mi-fictives mi-historiques d’un noble sous le règne de Louis XIII et pendant la Fronde. L’une des richesses littéraires de ce roman réside dans sa forme novatrice : il s’agit d’une des toutes premières fictions romanesques publiées en France sous la forme de mémoires. L’auteur anonyme, Courtilz de Sandras, est considéré par les spécialistes de la littérature romanesque comme un précurseur en la matière, puisqu’il a ouvert la voie aux auteurs de romans-mémoires du XVIIIe siècle, comme Prévost. Bien que peu de gens le connaissent, Courtilz de Sandras, capitaine de cavalerie, journaliste et écrivain clandestin du tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, embastillé pour sa carrière éditoriale subversive, est aussi l’auteur des Mémoires de M. d’Artagnan, qui sont à l’origine du roman bien connu d’Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires. Il n’existait jusqu’à présent aucune édition moderne en texte intégral de son premier roman en forme de faux mémoires, Mémoires de M. L.C.D.R., considéré comme son chef-d’œuvre ; le travail d’édition critique que j’ai réalisé permet donc de rendre accessible, pour les chercheurs et les passionnés de littérature française, un texte important dans l’histoire du roman.”...

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De reports en reports

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À l’instar des Anglais et de leur Brexit, qui ne cesse de diviser tout autant qu’il ne cesse de jouer la montre, nos gouvernants se voient contraints de reporter une nouvelle fois l’échéance de la signature de contrat du "Village tahitien". Pour rappel, les six lots sur lesquels s’était positionné le groupe Kaitiaki Tagaloa portent sur la conception de quatre hôtels et de deux résidences en condominium. Il s’agit de six lots, sur les 16 que comporte ce projet complexe. Ce vaste chantier, qui doit révolutionner le tourisme sur l’île de Tahiti en quelques années — durant lesquelles l’économie et surtout l’emploi devraient connaître un sérieux coup d’accélérateur — soulève toutes les interrogations et commence à ressembler à une Arlésienne.
En août 2018, le vice-président Teva Rohfritsch ne cachait pas son enthousiasme, déclarant que la signature du contrat portant sur les six premiers lots du projet avec le groupement d’investisseurs néo-zélandais et samoans, Kaitiaki Tagaloa, pourrait même intervenir avant la fin de l’année 2018, bien avant les 200 jours prévus. Il n’en fut rien. À la date butoir du 22 mars 2019, pas de signature, au prétexte que "l’investisseur néo-zélandais a souhaité associer deux nouvelles tribus maori au projet. Nous avons donc souhaité prendre toutes les garanties financières nécessaires plutôt que de signer." Premiers signes d’inquiétude, alors que la rumeur d’un report pour manque de garanties financières circulait déjà depuis quelques semaines. Il fut donc accordé un délai de 45 jours, au terme desquels, en fonction des garanties qui seraient présentées, ces contrats seraient signés par lots. Ceux qui n’auront pas fait l’objet de garantie seraient remis en compétition. Des contacts avec des investisseurs, y compris locaux, étaient avancés. Coup de pression, ou de bluff, sur le groupement Kaitiaki Tagaloa ?
La seconde option a primé, puisqu’au terme de ces 45 jours, l’établissement Tahiti Nui aménagement et développement (TNAD) annonçait par communiqué sa décision de reporter de 55 jours le délai laissé au groupement, pour se conformer "aux obligations du protocole d’engagement", signé en août 2018. À ce jour, TNAD n’aurait donc pas toutes les garanties financières pour s’assurer que ces investisseurs soient capables d’aller au bout du projet ! En bientôt un an de négociations, nous ne savons toujours pas si ils ont les reins assez solides !
Après deux reports, on n’imagine pas le gouvernement en avancer un troisième pour quelques raisons que ce soit. Restera alors à présenter la carte des investisseurs étrangers et locaux, que le ministère garde secret. Rendez-vous le 30 juin.
Le dossier, qui reviendra forcément sur la scène politique à la première occasion, est plutôt mal engagé. Il n’est pas sans rappeler celui de Hao, pour lequel l’arrivée des conteneurs était annoncée en avril. De nouveaux changements sont prévus, qui reportent le début du chantier au début de l’année prochaine. Encore un rendez-vous manqué.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.


Luc Ollivier

Luc Ollivier