Menu


“Champions du monde” de Covid : on dit merci qui ?



Après notre titre de "champions d’Outre-mer" lorsque le fenua a réussi l’exploit, le mois dernier, d’être la seule collectivité ultramarine à se voir imposer un couvre-feu, voilà que nous prenons du galon en montant sur la première marche du podium des pays qui enregistrent le taux d’incidence le plus élevé de la planète. Si, si, avec 1 603 cas pour 100 000 habitants (du 29 octobre au 11 novembre 2020), nous sommes devenus "champions du monde" de coronavirus devant Andorre (1 378) et la République tchèque (1 330), selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies ! Le summum de l’aberration a été atteint la semaine dernière quand on a appris que les touristes hexagonaux étaient interdits de… Polynésie. Depuis le reconfinement de la Métropole, le motif dérogatoire touristique qui figure dans l’arrêté du haut-commissaire (en vigueur jusqu’au 16 décembre) n’est en effet plus considéré comme une raison valable. On pourrait croire à une mauvaise blague, mais non, c’est bien la triste réalité.
Nous qui étions “Covid-Free” et misions tout sur le tourisme extérieur pour sauver l’économie locale, on peut dire que c’est ballot ! À vouloir courir plusieurs lièvres à la fois, changer de stratégie et ne pas mettre des contrôles sanitaires stricts lors de la réouverture de nos frontières, les autorités ont perdu sur tous les tableaux et font sombrer notre économie… Les petits commerces mettent la clé sous la porte les uns après les autres, de même que certaines pensions. Par ailleurs, la décision de fermer les salles de sport a suscité l’incompréhension de nombre d’entre nous qui crient à l’incohérence, alors que les lycéens s’entassent dans les classes. Pourquoi ne pas avoir pris des mesures adaptées, comme c’est le cas dans d’autres secteurs ? Surtout que le profil des personnes hospitalisées est une majorité de patients obèses, diabétiques et hypertendus. Le Covid tue les personnes en mauvaise santé, et on empêche les gens de faire du sport et de renforcer leur immunité… C’est d’autant plus aberrant chez nous, avec une partie de la population dite “à risques”. C’est le serpent qui se mord la queue !
Pendant ce temps, le Bureau de veille sanitaire (BVS), en sous-effectif, est quasiment injoignable, tellement il est débordé. Il n’y a aucun contrôle des cas positifs et encore moins de suivi des cas contacts. En changeant de protocole sans réaliser de vraie communication, les autorités ont réussi à embrouiller l’esprit des citoyens, qui ne savent même plus s’ils doivent aller travailler ou rester chez eux lorsqu’ils sont cas contacts. Et on se demande encore comment on a du mal à limiter la propagation du virus ? Nos dirigeants, ici et en Métropole, répètent assumer entièrement leurs responsabilités, mais tous ces morts doivent commencer à devenir pesants !
Si on ne peut plus voir ses amis, ni assister à un événement culturel, ou même faire du sport, il nous reste une seule solution pour éviter la sinistrose : en profiter pour retrouver les plaisirs des sens, les plaisirs de la Vie… Alors, on dit merci qui ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Vendredi 20 Novembre 2020 - écrit par Dominique SCHMITT


Continuez la lecture
< >

Vendredi 26 Février 2021 - 08:59 Ice : le péril jeune…

Vendredi 12 Février 2021 - 09:32 On retourne à l’étable, manger du foin…


Dominique SCHMITT

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel






Ice : le péril jeune…

Lithium de batterie, solvants industriels, ammoniac, iode, acide chlorhydrique… L’ice, appelée la “glace” dans le milieu, n’a rien à voir avec une petite douceur sucrée. Bien au contraire, en consommer équivaut à accepter d’en payer la note très salée ! Cette drogue de synthèse est entièrement fabriquée par l’Homme à partir d’éphédrine ou de pseudo-éphédrine – un décongestionnant nasal –, à laquelle des produits d’entretien domestiques dangereux sont rajoutés. Une seule prise peut rendre dépendant le consommateur qui, passés les sentiments d’euphorie et de surpuissance, sombre dans une violente descente aux enfers. Alors, pour quelles raisons la méthamphétamine, inexistante il y a encore une vingtaine d’années en Polynésie, touche-t-elle autant la population ? Hommes et femmes d’affaires, fonctionnaires, guides touristiques, sportifs de haut niveau… nul n’est épargné, toutes les tranches d’âges et les couches sociales sont en effet atteintes. Si les autorités considèrent qu’au moins 10 000 personnes au fenua ​prendraient de la méthamphétamine, ce chiffre semble largement sous-estimé ; 10 % des Polynésiens, au moins, seraient concernés, selon nos sources judiciaires.
Surtout, cette dope mortelle séduit de plus en plus les jeunes, qui ont troqué leurs pipettes de pakalolo contre celles de l’ice (“bubble”). Un constat très inquiétant sur le plan de la santé publique, et notamment de la santé mentale… Les dealers n’hésitent pas à rendre nos ados accros en leur fournissant des mini-doses, des “ten”, qui sont obtenus pour la modique somme de 10 000 Fcfp, tandis que le gramme d’ice se vend environ 120 000 Fcfp (le prix peut doubler en tant de crise). Pris ensuite dans l’engrenage, ils ont beaucoup de mal à décrocher, cette drogue extrêmement addictive aux conséquences dévastatrices étant plus puissante que le crack ou la cocaïne. En réalité, c’est une nouvelle forme de délinquance qui apparaît, très structurée. L’économie liée au business de l’ice génère tellement de profits qu’elle fait vivre des familles entières. Aussi, alors que la crise sociale frappe le fenua, l’appât du gain est si élevé que les trafiquants prennent tous les risques et s’appuient sur des petites mains ou d’anciens prisonniers recrutés en prison, qui deviennent rapidement des “mules”.

Au moment où le Pays et l’État lancent (enfin !) un plan d’actions 2021-2022 “Combattre le fléau de l’ice”, la rédaction de Tahiti Pacifique s’est mobilisée pour agir, elle aussi, et lutter contre ce poison qui détruit la jeunesse polynésienne. Après plusieurs mois d’investigation, nous vous proposons une édition spéciale sur ce sujet d’une priorité absolue. Enquête, chiffres, interviews du procureur, du patron de la DSP, de médecins psychiatres, mais également témoignages d’anciens consommateurs ou de dealers… C’est un dossier de 20 pages que TPM a réalisé pour comprendre et mieux appréhender ce véritable enjeu de société ! La question de la prise en charge des malades est cruciale. Les consommateurs souffrant de pathologies psychiatriques doivent attendre en moyenne quatre mois avant d’obtenir un rendez-vous au Centre hospitalier de Taaone. Quant au Pôle de santé mentale, il tarde à voir le jour. Aujourd’hui, seul le Centre de consultations spécialisées en alcoologie et toxicomanie (CCSAT) accueille des personnes dépendantes à l’ice, souvent des polyconsommateurs, paka et ice, âgés entre 20 et 40 ans. La création prochaine d’un centre post-cure à Taravao, comprenant huit lits dédiés au sevrage, devrait enfin apporter une bouffée d’oxygène aux professionnels de santé, mais cela ne saurait suffire… Il est primordial de se donner les moyens de sauver notre jeunesse en péril et lui redonner la joie de vivre.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt

Dominique SCHMITT