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Chronique d’une mauvaise idée : les devoirs du soir


Vendredi 18 Décembre 2020 - écrit par Pierre Dargelos


Nous nous étonnons qu’il faille parfois presque deux semaines pour qu’un courrier posté à Papeete soit distribué à Punaauia et plusieurs années pour la mise en œuvre d’un projet tel que le Village tahitien. Qui peut imaginer qu’il faille plus d’un… siècle pour que l’Éducation nationale obtienne la suppression des devoirs du soir ? Aux dernières nouvelles, cette affaire est presque aboutie. Record du monde ? À vous de voir.

Par Pierre Dargelos, instituteur, puis inspecteur de l’Éducation nationale



Qui d’entre nous a pu oublier, lorsqu’il pense à sa scolarité à l’école primaire, ce rituel obligatoire des devoirs “du soir” qui nous attendaient à la maison, le goûter avalé, la nuit venant ? Ce pensum, qui n’inquiétait pas ceux qui avaient déjà compris en réussissant les devoirs “du jour” – avec la maîtresse, ou le maître, ou ceux qui savaient pouvoir compter sur l’aide éventuelle d’une mère, d’un père, d’un oncle, d’un voisin – pourrissait par contre la soirée de ceux qui ne pouvaient compter que sur eux-mêmes car personne, dans le quartier, n’était capable de les aider. Ils mâchonnaient alors, en vain, le crayon ou le Bic, sans trouver.
Qui, parmi ces derniers, aurait pu oublier la honte du lendemain matin quand la maîtresse, ou le maître, conduisait la très rapide correction de ces devoirs nocturnes où les chanceux triomphaient dans la classe et où les malheureux ne pouvaient lever le doigt pour signifier “qu’ils avaient juste” ?
Et tout le monde trouvait normal que des devoirs du soir soient faits, sans pour autant se demander si les réussites étaient celles des écoliers, des parents, des voisins et si les échecs constatés étaient dus à la paresse des enfants, à l’absence d’aide alentour… à l’échec de l’enseignant qui n’avait pas su, éventuellement, expliquer.
À tous ceux qui vécurent cela, j’ai hâte de raconter l’extravagante aventure des “devoirs du soir” qui auraient dû être supprimés depuis… 1912 ! Oui, oui, vous avez bien lu.

1912 : circulaire de novembre - Académie de Haute-Marne (l’inspecteur d’Académie)
Objet : suppression des devoirs écrits dans la famille
L’inspecteur d’Académie
Mes chers collaborateurs,
J’ai appelé déjà votre attention sur les devoirs écrits faits dans la famille. Je vous ai dit que l’utilité en était fort contestable, qu’ils risquaient, après une journée scolaire de six heures, de fatiguer l’enfant, que les conditions matérielles où ils sont la plupart du temps exécutés pouvaient les rendre nuisibles à la santé de nos élèves ; et je vous ai recommandé de les donner très courts, si vous ne les supprimiez pas tout à fait. J’estime, expériences faites, que leur suppression absolue s’impose.
Voilà qui était clair et net, signé non pas par un fumiste, un paresseux, un dilettante, un amateur, mais par un responsable départemental qui cherchait à donner à la jeune École publique toute son efficacité. De nos jours, cette circulaire reste valable, mais n’a jamais été mise en œuvre, vraiment, sans doute parce que la guerre mondiale (celle de 1914-18) pointait déjà son nez et qu’il y avait d’autres chats à fouetter. Cet inspecteur d’Académie se nommait M. Blanguernon...

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La mémoire des essais nucléaires au risque d’Alzheimer…

Après la publication de notre dossier consacré à une arnaque au tapa “made in Thailand” envahissant le marché polynésien (lire TPM n° 445 du 18 décembre 2020), qui a suscité l’indignation dans le monde de la culture, le soutien du Pays affiché aux artisans quelques jours plus tard devant les médias étonne pour ne pas dire détone… En effet, le gouvernement a laissé filer un trafic de “faux tapa” qui inonde depuis une vingtaine d’années les curios, les musées et même aujourd’hui certains hôtels de luxe, mais il n’hésite pas à s’afficher fièrement en grand défenseur des artisans pour une opération lancée dans les magasins Carrefour et Champion pour les fêtes de fin d’année. Cherchez l’erreur…

Autre actualité qui nous fait dresser les poils, au rayon des archives militaires cette fois : l’historien Jean-Marc Regnault nous alerte sur la récente complexification de l’accès des documents dont la communication porte atteinte au secret de la défense nationale. Alors que la loi du 15 juillet 2008 relative aux archives, inscrite dans le code du patrimoine, prévoyait un délai de cinquante ans pour autoriser leur consultation, une révision des dispositions en 2011 a précisé que tout document portant un marquage “Secret Défense”, dit “classifié au titre du secret de la défense nationale”, devait être déclassifié par l’autorité compétente avant communication… Eh bien figurez-vous que la situation s’est aggravée depuis 2020 en raison d’une interprétation de plus en plus restrictive de cette instruction interministérielle, qui a entraîné le blocage de nombreux fonds aux Archives nationales, aux Archives du Centre d’histoire de Sciences Po à Paris, comme aux archives de la Défense. En clair, cela signifie que des documents qui étaient librement communicables et communiqués, des documents qui avaient été publiés dans de nombreux livres d’Histoire, sont désormais… inaccessibles ! C’est l’objet de notre dossier de Une pour ce premier numéro de l’année (lire pages 14 à 16). Pourquoi l’État poursuit-il sa politique de l’autruche et fait tout pour cacher la vérité historique ? Y aurait-il tant de secrets inavoués et inavouables ? La reconnaissance du fait nucléaire serait-elle un perpétuel combat ? D’ailleurs, y aura-t-il jamais un Centre de mémoire des essais en Polynésie ? La question est posée.

Enfin, parce que nous aimons aussi vous faire vous évader, retrouvez notre portrait haut en couleur de Titouan Lamazou (lire pages 18 à 25). Artiste talentueux et navigateur insatiable, celui qui a été piqué au tiare il y a plus de quarante ans déjà a décidé de poser l’encre et les pinceaux au fenua. Découvrez un homme d’exception, qui confie avoir une “empathie sociale congénitale”, mais également un peintre de génie, qui a eu à cœur de créer une gamme de produits dérivés de ses œuvres privilégiant une coopération locale avec l’ambition d’une production 100% “made in Tahiti. Un bel exemple d’énergie positive, dont nous devrions nous inspirer. Toute la rédaction de Tahiti Pacifique vous souhaite, chers lecteurs, une excellente année et vous adresse ses meilleurs vœux pour 2021.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT