Menu

Clippertonio : requiem pour un fou !


Vendredi 5 Avril 2019 - écrit par Éric Chevreuil


Les années se suivent et se ressemblent malheureusement à Clipperton, ce bout de France inhabité du Pacifique sud, dont les ressources maritimes sont pillées, avec l'accord gouvernemental, par des pêcheurs mexicains. Quelques politiques et scientifiques et d'autres clippertoniens, comme Éric Chevreuil, tentent désepérément d'alerter les pouvoirs publics depuis des années.
Le combat semble perdu d'avance... LO



"Tierra, tierra! Mujeres, cigaretas, comida, cervezas!"
Debout dans le panier de proue du Céleste, le veilleur vient d’apercevoir les côtes mexicaines qui hébergent le port de Cabo. Cela fait cinq jours qu’ils ont quitté l’île de la Passion. Le bateau ressemble maintenant plus à un bateau de pirates qu’à un vaisseau de plaisance.
Des combinaisons de plongée pendent partout avec des vêtements divers qui sèchent au soleil. Sur le pont, équipage et plongeurs écologiques se mêlent en souriant, leurs dents blanches brillantes au milieu de leurs barbes naissantes.Clipperton, rien ne change et les opérateurs touristiques, pêcheurs sportifs ou chalutiers mexicains, sud-américains et asiatiques continuent leurs rotations annuelles, sous l’œil maintenant vigilant de notre surveillance par satellite. Même des plongeurs allemands y retourneront en mai ! Ils font tous l’objet de rapports classifiés diffusés Dieu sait où pour exploitation dans l’iconique corbeille du classement vertical de fonctionnaires en poste à court terme, submergés par les revendications du style "touchez pas aux acquis". Une question posée à l’Assemblée nationale en 2017 puis reposée en 2018 est toujours sans réponse et la corbeille de classement finale toujours inconnue (voir encadré ci-dessous). La Marine, notre "Royale", fait ce qu’elle peut et elle peut de moins en moins. Elle peut peu ! Les vieux patrouilleurs sont à la retraite et les nouveaux Batsimar en chantier ou sur papier. En octobre 2017, l’amiral Christophe Prazuck, chef d’état-major de la Marine, aurait expliqué que "nous n’avons plus que quatre patrouilleurs au lieu de huit, et, en 2021 je n’en aurai plus que deux (…) Quant aux hélicoptères, les Alouette III volaient déjà à l’époque de Fantômas"...

Pour lire l'intégralité de ce Dossier, commandez Tahiti Pacifique n° 404 en cliquant ICI


Nouveau commentaire :

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel




Décès du nourrisson aux Marquises : “je suis Hoane”…

Décès du nourrisson aux Marquises : “je suis Hoane”…
Jacques Brel chantait "le temps s’immobilise aux Marquises et gémir n’est pas de mise"… Mais après le décès du bébé marquisien, lors de son évacuation sanitaire le 6 octobre dernier, le Fenua Enata hurle sa colère et ses cris font résonner toute la Polynésie. Alors que le 4 juillet dernier, l’accouchement d’une femme de Bora Bora pendant son transport à bord d’un hélicoptère "Dauphin" nous avait tous émus, ce drame, le deuxième en trois ans aux Marquises, nous assomme cette fois, tel un violent coup de casse-tête, et repose la problématique récurrente des évasans, notamment dans les îles éloignées et isolées. Les habitants de la "Terre des Hommes" s’interrogent encore sur les conditions extrêmes de cette évasan qui a nécessité le transfert du nourrisson en speed-boat depuis Ua Pou jusqu’à Nuku Hiva, faute de vraie piste sur l’île native du petit Hoane Kohumoetini et d’hélicoptère affecté aux Marquises… Édouard Fritch a aussitôt demandé l’ouverture d’une enquête afin de "faire toute la lumière sur les circonstances et les responsabilités éventuelles".

Mais cette annonce présidentielle rassurante a été entachée par la sortie de piste de Jean-Christophe Bouissou, ministre des Transports interinsulaires et porte-parole du gouvernement, dont la réaction ahurissante a été sévèrement taclée sur les réseaux sociaux : "Lorsque des gens décident, par exemple, d’aller vivre sur un atoll isolé, sans qu’il y ait de port sans qu’il y ait d’aéroport, il est bien clair que s’il se passe quelque chose, que ce soit sur un enfant ou sur un adulte, nous n’avons pas la même capacité de réaction que si on le faisait par rapport aux Îles Sous-le-Vent ou des îles qui sont plus structurées et plus habitées." Un discours contradictoire pour ne pas dire irrespectueux, dont il a reconnu lui-même "la maladresse". D’autant qu’il déclarait le même jour, à l’issue d’une réunion du Schéma d’aménagement général de Polynésie, qu’il travaillait pour "un développement qui prévoit l’inversion des flux migratoires afin de permettre aux gens de retourner dans les archipels et faire en sorte de pouvoir vivre dans les archipels. Naître, vivre et peut-être aussi mourir dans les archipels, mais dans de bonnes conditions."

Du haut de ses 3 mois, le petit Hoane n’a pas choisi en effet de vivre à Ua Pou. En outre, la mort du garçonnet rappelle douloureusement le coût humain d’un tel éloignement insulaire pour la collectivité : 10 à 15 décès par an seraient liés aux difficultés de transport aux Marquises, selon la directrice de l’hôpital de Taiohae (Nuku Hiva). "Nous, les Marquisiens sommes totalement délaissés par les pouvoirs publics, il faut que cela cesse !", s’est insurgée Julie Bruneau, résidente à Ua Pou, qui a perdu son bébé de 9 mois dans les mêmes circonstances. "Cela suffit, il ne faut plus de sacrifice humain", a grondé, lui, Rataro, le grand-père de la victime. Dans le cadre de l’audition de Thierry Coquil, directeur des Affaires maritimes au ministère de la Transition écologique et solidaire, le sénateur Michel Vaspart est d’ailleurs revenu, le 2 octobre dernier, sur la situation particulière et précaire du sauvetage en mer en Polynésie : "Je dois vous dire, pour être marin moi-même, que j’ai eu honte, je dis bien honte, de voir le canot de sauvetage aux Marquises et de voir le canot de sauvetage à Papeete !" D’autres bébés doivent-ils encore mourir pour que le Pays réagisse enfin et traite tous les Polynésiens sur le même pied d’égalité en leur offrant des conditions d’accès aux soins identiques ? "Je suis Marquisien". "Je suis Hoane".
Repose en paix petit ange. n

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt