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Coincés sur l’atoll Terre



Crédit photo : DR
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Sans doute d’être à un âge où l’on ne convoite plus grand-chose favorise-t-il une certaine distanciation par rapport à ce qui agite notre monde. Certes, il ne suffit pas d’atteindre cet âge qualifié de "respectable" parce que, justement, il lui est accordé peu de respect. Encore faut-il garder intacte la curiosité, voire la fringale, d’encore apprendre et surtout de toujours tenter de comprendre un peu mieux les comportements humains, si souvent mobilisés par des théories, dogmes, religions, croyances et autres idéologies.
Ah ! ces idéologies installant une divinité ou un principe au-dessus de tout comme un fait d’autant plus affirmé qu’il est invérifiable. D’autant que beaucoup sont infichus de se contenter de croire en ce que qu’ils veulent. Persuader et contraindre les autres leur est si vital qu’ils tuent pour cela.

Internet permet de renouer à distance avec des amis qui permirent de surmonter ce qui nous aurait laissés K.-O. debout, ou liquéfiés tels des déjections de canards, en un temps où, déjà cabossés à l’aube de nos vies, nous espérions bien défier les plus funestes présages. Ainsi mon amie Joëlle, pied-noir expulsée en 1962 de "son chez soi algérien", "rapatriée" en la France qui la rejetait, partage aujourd’hui avec moi son histoire dont elle a épargné ses enfants qu’elle a tenté de fabriquer "Français de France".
Elle a la nostalgie des Arabes, avec qui elle vécut bien des joies outre Méditerranée et qui, en Métropole, lui offrirent l’asile que les Français lui refusèrent. J’ai reçu son message comme un coup de poing au ventre. Les langues se délient, les mots prennent corps après un long silence sidéré. Ainsi, Le 13e Convoi, de Jacques Roseau et Jean Fauque, nous rappelle que la colonisation de l’Algérie fut aussi une manière pour l’État, en 1848, de se débarrasser de ses trublions miséreux à qui il fit miroiter le mirage d’"Une terre et une maison". Il en fut ainsi tout au long de ce qui fut appelé l’Empire colonial où, à côté des toujours prospères empires financiers sans frontières, des foules de pauvres gens payèrent le prix fort d’avoir cru dans les discours : leurs illusions souvent, leur vie parfois.

En Nouvelle-Calédonie furent exilés les Communards, dont les Institutions ne surent que faire dans l’Hexagone. Idem dans les Antilles, où furent relégués les indésirables. Aujourd’hui, les Gilets jaunes restent sur place… Les mécanismes d’expulsion ne peuvent plus être.

Si le commandant, puis gouverneur, et enfin amiral Bonard, un de mes quadrisaïeux vint pour bouter les Anglais hors de Tahiti, ce fut la défaite de Sedan qui conduisit Gustave Vincent à quitter sa gentilhommière occupée par les Allemands. Quant à Simon Grand, la même défaite de Sedan et la ruine de son exploitation ostréicole l’amenèrent à s’occuper des nacres des Tuamotu. La misère chassa d’Angleterre un autre de mes quadrisaïeux qui vint dans nos îles via le continent américain. Bonard rentra en Métropole, laissant sa compagne et leurs deux filles peu désireuses de le suivre. Ceux qui restèrent prirent leur revanche sur le sort grâce sans doute à la situation coloniale d’alors et/ou en épousant des vahine hui ari’i (femmes de la noblesse tahitienne).

En Australie et sur le continent nord-américain, les aborigènes durent céder la place à ceux que l’Europe ne voulait plus. Ceux-ci utilisèrent tous les moyens, y compris les couvertures contaminées à la variole, pour se débarrasser des autochtones et ériger un monde à eux.
Ils maquillèrent en nobles desseins les motivations les plus abjectes en considérant les natifs de ces régions convoitées pour leurs richesses ou pour leur espace abusivement décrété vacant, fût-il habité, en inférieurs. Ils avaient besoin de sous-humains à convertir, civiliser, déposséder, maltraiter, éliminer pour se sentir exister. Exactement comme les colons israéliens expulsant les Palestiniens de leurs terres ancestrales, Erdogan éradiquant les Kurdes de la surface du globe ou les Chinois ethnocidant les Tibétains et les Ouïgours… Dans un sempiternel recommencement de crimes. Vertigineux et odieux carnages déguisés en vertueux actes légitimes. Les acteurs changent, mais pas les actes.

Toutefois, il existe une oasis dans un espace autrefois infernal. En effet, voici trois quarts de siècle que les ennemis séculaires européens ne se sont plus mutuellement étripés. Ils ont traité le ressentiment de leurs peuples. Sans être un éden, ils échangent leurs talents et commercent. Leurs tiraillements restent verbaux ! Les plus jeunes ne se rendent sans doute pas compte de l’exploit que cela représente. Même le Royaume-Uni, décidé à cracher sur cette alliance improbable et pourtant riche d’épanouissement personnel et collectif, malgré toutes ses imperfections, n’arrive pas à s’en extraire. Comme si le deal de remplacement de ces alliances mouvantes n’existait pas.

Mais l’oasis européenne ne sait pas traiter celles et ceux qui veulent sa perte au nom d’Allah. Aussi ai-je trouvé surréaliste la plaidoirie de l’avocate des djihadistes piégés dans les zones de combat où ils sont parqués dans des camps. Ils ont choisi d’y brandir leurs armes. Ils s’y trouvent désormais prisonniers. Ces gens-là haïssent l’Islam paisible, la France, l’Europe, la laïcité, la Femme et tout ce qui est juif, chrétien, athée ou autre. Pour elles et eux, se suicider en tuant le maximum de gens est un exploit et non une lâcheté ! Cela peut même être un but ultime de vie. La haine est leur credo. Comment atteindre l’humanité de quelqu’un animé de telles pulsions de mort ?

En 1962, la France gaullienne a livré aux atrocités du FLN non seulement ses valeureux anciens combattants pieds-noirs et harkis préalablement désarmés, mais aussi leurs femmes et leurs enfants ! C’était la fin de la période coloniale. Elle ignorait où les envoyer. Et elle n’en voulait pas sur son sol ! Cette décolonisation-là ressemble fort, elle aussi, à un crime contre l’humanité. Il faudra bien un jour, traiter les blessures des survivants et de la mémoire collective en apparence oublieuse. Il est malsain de couver les secrets de famille.

Mais que faire des familles djihadistes endoctrinées et ayant vécu des traumatismes déboussolants ? Il n’y a plus de terres lointaines où s’en débarrasser. Même l’Australie renonce à parquer ses migrants indésirables dans certains petits pays océaniens indépendants et en quête de subsides. Même isolés à Nauru, il est possible d’y vérifier les traitements indignes infligés aux "réfugiés". Où que l’on soit, la planète Terre n’offre plus de recoins cachés très longtemps. À tout moment, où que ce soit, l’œil d’une caméra peut débusquer l’innommable comme le vertueux. (Victor Hugo eut souvent des intuitions prophétiques.)
Si, hier, les essais nucléaires purent avoir lieu dans les déserts saharien, australien et américain, à Bikini, Kiribati, Moruroa et Fangataufa, aujourd’hui, cela serait sans doute impossible. Notre planète est devenue comme ces atolls où, quel que soit le lieu où l’on se trouve, on est inévitablement sous le regard de quelqu’un.
Il nous appartient de faire preuve d’imagination de toute urgence pour soigner durablement les dérives mortifères issues de nous-mêmes. Inexorablement, les décharges et poubelles idéologiques nous empoisonneront, surtout si nous fermons les yeux.

Vendredi 15 Novembre 2019 - écrit par Simone Grand


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Délinquance : peut-on se réjouir de chiffres qui sont “dans la moyenne nationale” ?

Délinquance : peut-on se réjouir de chiffres qui sont “dans la moyenne nationale” ?
À l’heure du bilan à mi-parcours du Plan de prévention de la délinquance 2018-2020, on ne vous cache pas notre étonnement en prenant connaissance des résultats donnés par l’État et le Pays, même si, en cette période préélectorale, plus grand-chose ne nous surprend. Et puis, on le sait, il est facile de “faire parler” les chiffres. Concrètement, la cinquième réunion plénière du Conseil territorial de la prévention de la délinquance annonce une diminution des faits constatés dans quasiment tous les secteurs. Ainsi, les atteintes volontaires à l’intégrité physique resteraient stables entre 2018 et 2019 ; idem pour les atteintes aux biens ; le nombre d’accidents et de blessés sur les routes aurait également baissé, etc. Mais si l’on analyse ces données de plus près, on s’aperçoit en réalité qu’elles sont floues, puisque l’on compare parfois les
douze mois de l’année 2018 avec la période de janvier à septembre (neuf mois) pour l’année 2019. Par exemple, il est indiqué que
3 femmes et 1 homme ont été tués à la suite de violences conjugales en 2018” contre “2 femmes depuis le début de l’année 2019”. Ou encore : “Au 31 octobre 2019, on recense 29 tués contre 30 tués à la même période en 2018, soit une baisse de -3,3 %”. Personne ne sait comment vont évoluer ces statistiques d’ici la fin de l’année…

D’une part, ces méthodes de calcul ne semblent pas permettre de tirer des conclusions précises et, d’autre part, on ne peut pas se réjouir de ces mauvais chiffres. Toutefois, le haut-commissaire a résumé (relativisé ?) la situation en ces termes : “Sur les atteintes aux biens, nous sommes plutôt en dessous de la moyenne nationale, sur les violences aux personnes, nous sommes dans la moyenne nationale et en-dessous de certains territoires ultramarins.” Cette démarche, consistant à se baser sur le ratio national, est-elle appropriée ? Nous en doutons fortement. Cela nous fait amèrement penser à l’anecdote cocasse que nous avons vécue en 2018 alors que nous menions des investigations sur l’augmentation des nuisances sonores et la montée de la violence chez les jeunes au fenua. Bien que le commissaire divisionnaire de la Direction de la sécurité publique était d’accord pour échanger sur ces thèmes épineux, l’ancien responsable de la communication du haussariat – qui a été débarqué entre-temps, car mis en examen pour complicité de trafic d’influence active, aux côtés de Bill Ravel – nous avait fait comprendre, en “off”, qu’il n’y avait “pas de sujet”… Nous lui avons prouvé le contraire en publiant deux dossiers de fond sur ces problématiques irréfutables (lire TPM n° 389 du 7 septembre 2018 et TPM n° 391 du 5 octobre 2018), qui nous ont valus de très bons retours.

Dominique Sorain a cependant jugé “préoccupante” l’augmentation des trafics de drogue et notamment d’ice. Et pour cause, il y a urgence lorsque l’on voit le nombre effarant de saisies effectuées par les douanes locales ! M. Édouard Fritch, lui, a proposé “la création très prochaine d’une Délégation à la promotion de la jeunesse et à la prévention de la délinquance”, qui sera dirigé par l’homme à la chemise mauve (Teiva Manutahi), mais aussi “une intensification des moyens de lutte contre le trafic de plus en plus inquiétant de l’ice”. Sauf qu’il n’y a toujours pas de centre de désintoxication à Tahiti, malgré la mise en place d’un Plan de santé mentale 2019-2021 qui s’avère de plus en plus nécessaire (lire notre dossier de Une en page 16)… En l’absence donc d’un pôle de santé mentale, un projet de postcure devrait être enfin examiné lors du prochain collectif budgétaire. Les quatre priorités identifiées dans le cadre du plan biennal (la lutte contre les addictions, la prévention de la délinquance des mineurs, la réduction des violences intrafamiliales et la lutte contre l’insécurité routière) doivent être poursuivies sans relâche. Il suffit de sortir de chez soi, d’observer et de constater que tous ces sujets sont malheureusement de plus en plus d’actualité dans une société marquée par des inégalités sociales croissantes. Quant aux addictions aux drogues dures, ne sont-elles pas le reflet d’une jeunesse en manque de repères et d’accompagnement, prête à exploser à la figure de ses aînés telle une cocotte-minute ? Il est grand temps d’agir avant que la gangrène ne poursuive son œuvre !

Ensemble, faisons bouger les lignes !
Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt