Menu


Couvre-feu : Doudou rêve de mettre la population sous cloche !



On croyait avoir tout entendu de la part d’Édouard Fritch, mais non, le président de la Polynésie française parvient à nous surprendre encore, et l’on se dit qu’on n’est pas au bout de nos peines. Perdu dans ses délires de politicien, Doudou s’est en effet félicité, lors de son allocution devant la presse le 25 mai dernier, après la volte-face de l’État quant à la réouverture des frontières, du “calme revenu dans le pays”, avant d’annoncer vouloir conserver la mise en place du couvre-feu (de 22 heures à 4 heures du matin, à Tahiti et Moorea). Et ce, alors que la situation sanitaire s’améliore et que donc, bientôt, rien ne justifiera d’imposer une telle contrainte aux résidents. D’ailleurs, le Conseil constitutionnel a validé, quelques jours après, la loi de sortie d’urgence sanitaire. Cette restriction a ainsi été repoussée à 23 heures dès le 9 juin par un arrêté du haut-commissaire et devrait être levée le 30 juin au plus tard. Mais le fantasme de Doudou, clairement affiché, est en réalité de mettre la population sous cloche !

Lorsqu’on décortique son discours – infantilisant au possible –, on croit rêver : “J’entends quelques esprits procéduriers qui brandissent « l’entrave à la liberté d’aller et venir ».
J’affirme que tous les maires de Polynésie désirent le maintien du couvre-feu dans les conditions actuelles. J’affirme qu’une grande majorité de la population polynésienne désire le maintien du couvre-feu dans les conditions actuelles. Aussi, lorsque certains parlent d’entrave à la liberté, c’est sans doute d’une minorité. En démocratie, on m’a toujours dit que c’est la légitimité du plus grand nombre qui compte.“ Aussi étonné que l’assistance par les propos de Fritch, le haussaire rectifie et rappelle le président à la raison : le couvre-feu est une “atteinte aux libertés” et “un système tout à fait exceptionnel”. Doudou, penaud, réplique alors à Dodo : “Dommage”… Stupéfaction générale ! On savait que Doudou ne faisait pas dans la finesse, mais tout de même, si tous les politiciens avaient cet état d’esprit, nous serions aujourd’hui dans une dictature, pieds et poings liés.

On n’est pas dupes, on a bien compris qu’il s’agit pour le leader du Tapura de bichonner les maires et de répondre à leurs desiderata afin de les séduire aux prochaines échéances électorales. Le pouvoir des tāvana en Polynésie est sans bornes, on le sait… Quand est-ce que nos élus arrêteront-ils de verser dans le clientélisme ? de mettre le doigt dans la confiture ? de se tailler la part du lion dans le gâteau, en laissant des miettes aux autres ? de distribuer des pots de vin et des sucettes ? Un colloque très instructif s’est tenu justement à l’université pour lutter contre le manque de probité et la corruption chez les politiciens, dont certains sont des délinquants en col blanc (lire notre dossier de Une, pages 16 à 23). Seules deux personnalités politiques – Moetai Brotherson et Sandra Levy-Agamy pour ne pas les citer… – ont pris la peine d’assister à ces débats, c’est dire à quel point la classe politique au fenua s’en contrefiche. Pourtant, le nombre d’affaires politico-financières dans le viseur de la justice oscille entre 21 et 47 chaque année ! Aussi, la population a perdu confiance en ses élus et en l’institution judiciaire ; elle réclame une seule chose : de la transparence. Rien de plus légitime, n’est-ce pas ? Partout en France métropolitaine et en Outre-mer, il existe des organismes destinés à coordonner la lutte anti-fraude. Seule exception : la Polynésie française… Encore une spécificité locale ? 
Dominique Schmitt


Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Vendredi 4 Juin 2021 - écrit par Dominique SCHMITT


Continuez la lecture
< >

Vendredi 18 Juin 2021 - 08:17 Bataille de matahiapo dans le bac à sable


Dominique SCHMITT

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel






Bataille de matahiapo dans le bac à sable

Enfin ! Nous connaissons désormais les dates auxquelles pourrait se tenir la fameuse Table ronde de “haut niveau” sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, promise par le président de la République Emmanuel Macron : la réunion devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochains, à Paris. Ce rendez-vous est une “chance” à “ne pas gâcher” selon Édouard Fritch. Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille que “Doudou”, loin s’en faut ! La majorité des associations de victimes ont déjà annoncé qu’elles n’y participeront pas et les associations religieuses semblent suivre le pas. Dans le camp des opposants, on retrouve bien sûr le leader du Tavini, “Oscar One”, qui voit en cette décision de “Manu 1er” un refus “d’assumer le problème nucléaire en face à face avec le peuple polynésien” et estime qu’il “délocalise le problème à Paris, à 20 000 km de Papeete, pour mieux en contrôler l’agenda, les participants et les conclusions”. Et de scander : “Ni Maohi Nui ni Kanaky ne sont à vendre !”

Une personnalité politique regrette cependant de ne pas avoir été invitée : Gaston Flosse. L’ancien président autonomiste vient d’annoncer la création de son nouveau parti politique, Amuitahira’a o te Nuna’a Maohi, qui remplacera officiellement le Taohera’a Huiraatira en juillet prochain. Il y avait un moment que l’on n’avait plus vu le bout de la queue du “Vieux lion”. Mais le voilà qu’il surgit avec son projet d’État souverain associé à la France. Et rugit sa colère envers “Oscar One” qui a osé considérer, devant la presse, ce statut comme “de la merde”. Dans une lettre ouverte, il fustige son meilleur ennemi : “Après avoir exercé tant de hautes fonctions, et après 44 ans de discours, de gesticulations, de manifestations, de blocage et tant encore, où en es-tu de tes promesses d’indépendance aux Polynésiens ? (…) En vérité, tu as échoué.” Après avoir basculé, sans transition, du orange au bleu (clair), voilà donc que le patron du futur “Amuitahira’a”, ce nouveau parti censé regrouper toutes les sensibilités politiques, commence par attaquer le chef de file de l’indépendance… Tandis que nos étudiants passent l’épreuve inédite du grand oral du bac “nouvelle formule” – un examen sous haute bienveillance –, nos drôles de matahiapo se livrent, eux, à une énième bataille dans le bac à sable ! Au point que certains internautes se sont même amusés à les comparer aux marionnettes du célèbre Muppet Show !

Plus sérieusement, on peut s’inquiéter du contenu de cette Table ronde sur le nucléaire, qui risque fort de ressembler à “une coquille vide”, selon les termes du député Moetai Brotherson. D’autant plus agacé que sa proposition de loi “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” a été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée nationale par la majorité présidentielle. La République en marche a estimé en effet que c’est la Table ronde du 1er et 2 juillet qui “doit permettre de mettre à plat tout cela”. Alors que peut-on espérer de cette réunion de “haut niveau” ? Nous avons posé la question à Jean-Marc Regnault, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’UPF. Pour ce spécialiste, contributeur régulier de TPM : “C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes” (lire pages 8-9). Affaire à suivre…  

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT