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Covid-19 : liberté conditionnelle pour la Polynésie et l’Outre-mer


Vendredi 4 Juin 2021 - écrit par Julien Sartre


Le gouvernement central conditionne la libération du ciel et des économies de l’Outre-mer français à l’accélération de la campagne de vaccination contre le Covid-19. Problème : cette dernière n’est rien moins que poussive, de la Guyane à la Polynésie française. Les dates de réouverture, à l’image de ce 9 juin, sont sujettes à caution, voire carrément remises en cause.



Crédit photos : Greg. Boissy
Crédit photos : Greg. Boissy
“Je rêve d’aller en Polynésie française, voilà plus d’un an que je dois visiter l’archipel des Australes mais je me pose beaucoup de questions, trop pour pouvoir prendre un billet d’avion...” Marianne, sémillante quadragénaire parisienne, ne visitera pas le fenua cette année encore. En cause, les restrictions de déplacement liées à la crise du Covid-19.
Et pourtant, la touriste potentielle est vaccinée, elle a l’habitude et l’envie de voyager et elle s’informe régulièrement sur les conditions de circulation à l’heure du “pass sanitaire”, de la campagne de vaccination et des annonces de réouverture des frontières. “Est-ce que je pourrais faire le transit aux USA ? Est-ce que je devrais faire des tests entre les îles ?”, s’interroge encore Marianne, sans obtenir de réponse à ses questions.
“Les informations existent, les textes du gouvernement central, notamment, sont très clairs, mais il y a visiblement une grande lassitude du public et une véritable saturation des citoyens quant aux règles mouvantes...”, déplorent, dans une tentative de réponse détaillée, les services de la Délégation de Polynésie française à Paris. Boulevard Saint-Germain, le téléphone ne cesse de sonner ces jours-ci...

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Bataille de matahiapo dans le bac à sable

Enfin ! Nous connaissons désormais les dates auxquelles pourrait se tenir la fameuse Table ronde de “haut niveau” sur les conséquences des essais nucléaires en Polynésie française, promise par le président de la République Emmanuel Macron : la réunion devrait avoir lieu les 1er et 2 juillet prochains, à Paris. Ce rendez-vous est une “chance” à “ne pas gâcher” selon Édouard Fritch. Mais tout le monde ne l’entend pas de la même oreille que “Doudou”, loin s’en faut ! La majorité des associations de victimes ont déjà annoncé qu’elles n’y participeront pas et les associations religieuses semblent suivre le pas. Dans le camp des opposants, on retrouve bien sûr le leader du Tavini, “Oscar One”, qui voit en cette décision de “Manu 1er” un refus “d’assumer le problème nucléaire en face à face avec le peuple polynésien” et estime qu’il “délocalise le problème à Paris, à 20 000 km de Papeete, pour mieux en contrôler l’agenda, les participants et les conclusions”. Et de scander : “Ni Maohi Nui ni Kanaky ne sont à vendre !”

Une personnalité politique regrette cependant de ne pas avoir été invitée : Gaston Flosse. L’ancien président autonomiste vient d’annoncer la création de son nouveau parti politique, Amuitahira’a o te Nuna’a Maohi, qui remplacera officiellement le Taohera’a Huiraatira en juillet prochain. Il y avait un moment que l’on n’avait plus vu le bout de la queue du “Vieux lion”. Mais le voilà qu’il surgit avec son projet d’État souverain associé à la France. Et rugit sa colère envers “Oscar One” qui a osé considérer, devant la presse, ce statut comme “de la merde”. Dans une lettre ouverte, il fustige son meilleur ennemi : “Après avoir exercé tant de hautes fonctions, et après 44 ans de discours, de gesticulations, de manifestations, de blocage et tant encore, où en es-tu de tes promesses d’indépendance aux Polynésiens ? (…) En vérité, tu as échoué.” Après avoir basculé, sans transition, du orange au bleu (clair), voilà donc que le patron du futur “Amuitahira’a”, ce nouveau parti censé regrouper toutes les sensibilités politiques, commence par attaquer le chef de file de l’indépendance… Tandis que nos étudiants passent l’épreuve inédite du grand oral du bac “nouvelle formule” – un examen sous haute bienveillance –, nos drôles de matahiapo se livrent, eux, à une énième bataille dans le bac à sable ! Au point que certains internautes se sont même amusés à les comparer aux marionnettes du célèbre Muppet Show !

Plus sérieusement, on peut s’inquiéter du contenu de cette Table ronde sur le nucléaire, qui risque fort de ressembler à “une coquille vide”, selon les termes du député Moetai Brotherson. D’autant plus agacé que sa proposition de loi “Prise en charge et réparation des conséquences des essais nucléaires français” a été rejetée, lors de son examen à l’Assemblée nationale par la majorité présidentielle. La République en marche a estimé en effet que c’est la Table ronde du 1er et 2 juillet qui “doit permettre de mettre à plat tout cela”. Alors que peut-on espérer de cette réunion de “haut niveau” ? Nous avons posé la question à Jean-Marc Regnault, maître de conférences honoraire et chercheur associé à l’UPF. Pour ce spécialiste, contributeur régulier de TPM : “C’est la géopolitique qui dictera l’attitude de Paris et non les revendications polynésiennes” (lire pages 8-9). Affaire à suivre…  

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT