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De Hao à la lune, la boulimie de la Chine inquiète



De 3 janvier dernier, le monde entier découvrait la première photo panoramique de la face cachée de la Lune, dévoilant un paysage gris et parsemé de cratères, envoyée par la Chine depuis une sonde lunaire. Cet alunissage de la mission Chang’e-4 est le premier en douceur de l’Histoire sur cet hémisphère de la Lune qui tourne le dos en permanence à la Terre. Zhang Hongbo, l’ingénieur en chef du système d’application au sol, a annoncé à la télévision publique CCTV que le robot "Yutu-2" est chargé de mener des études portant sur l’environnement lunaire, le rayonnement cosmique, ou encore l’interaction entre le vent solaire et la surface de la Lune. Mais comme le révèle le South China Morning Post, un journal hongkongais, le véritable enjeu est de déterminer la quantité exacte d’hélium-3 présent sur la Lune et surtout où le trouver. Ce supercarburant est une denrée si exceptionnelle sur Terre que son prix au kilo dépasse le million de dollars. Sur la Lune, se cachent également une quinzaine de métaux ultra-précieux appelés “terres rares”. La ruée vers l’or gris spatial a donc d’ores et déjà commencé. L’administration Trump a fait de l’objectif Lune un défi politique face à la concurrence nouvelle de la Chine, qui vise une première mission habitée à l'horizon 2025-2030.

La conquête de l’espace est avant tout un instrument de souveraineté. D’autant que, selon LCI, “la réglementation est très ambiguë et ne précise pas à qui reviendraient les ressources éventuellement extraites sur place”. Cette étape cruciale de l’ambitieux programme spatial chinois illustre s’il le fallait la volonté d’hégémonie de l’Empire du Milieu. Surtout que, d’ici 2025, la Chine devrait être dotée de la plus puissante arme navale du monde. En effet, le nouveau canon à rail électromagnétique, développé pour le compte de la marine chinoise, aurait déjà réussi son premier test en début d’année, un tir qui aurait eu lieu quelque part entre la mer de Chine orientale et la baie de Bohai. Cet armement permettra de frapper à très grande distance et de remplir les missions de défense antimissile à un coût dérisoire tout en abattant, entre autres, des missiles balistiques. Par ailleurs, le nouveau drone furtif chinois “Sky Hawk” a été présenté pour la première fois en vol cette année, un outil militaire expérimental “invisible” conçu pour améliorer les capacités de la Chine dans les missions de combat et de reconnaissance.

À l’échelle du fenua, force est de constater que la Chine montre également un intérêt croissant pour la Polynésie, notamment au travers de son investissement financier sur l’atoll de Hao, important, mais nébuleux. Mais quelles sont ses motivations réelles et donc ses ambitions ? Alors que le projet de ferme aquacole est au point mort, les habitants sont partagés entre impatience et inquiétude comme vous pourrez le lire dans notre dossier de Une… L’ouvrage L’Océanie convoitée, dirigé par Sémir Al Wardi, Jean-Marc Regnault et Jean-François Sabouret, a pourtant mis en garde, dès 2015, nos élus locaux sur les méthodes de la Chine, notamment en Afrique où elle vampirise toutes les ressources : “Il est nécessaire d’exposer préalablement les raisons et le contexte favorisant l’intérêt de la Chine pour la Polynésie : assurer la sécurité alimentaire du pays avec les projets d’aquaculture intensive (ici le développement du projet de la ferme aquacole de Hao), soutenir son économie par le développement du tourisme, étendre la « Nouvelle route de la Soie » au Pacifique afin de faciliter l’accroissement de ses échanges avec l’Amérique du Sud et, bien entendu et c’est là la raison originelle, éclipser la reconnaissance de Taïwan par une politique du « carnet de chèques » et de « soft power » déjà bien rodée de par le monde. Pour résumer, la Chine convoite le Pacifique tout comme elle a convoité, il y a trente ans, le continent africain. C’est grâce à ce recul sur l’arrivée de la Chine en Afrique qu’il sera intéressant d’exposer les leçons à tirer de l’expérience africaine afin de permettre à la Polynésie d’avancer – en toute connaissance de cause – avec le géant chinois.” Cette féroce boulimie chinoise a été en outre pointée du doigt dans le livre Chine-Afrique, le grand pillage.

L’avenir nous dira si le Pays a surfé sur la bonne vague, ou pas…

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Jeudi 24 Janvier 2019 - écrit par Dominique Schmitt


Dominique Schmitt

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Éducation, justice, politique… le programme de la rentrée

Éducation, justice, politique…  le programme de la rentrée
Ça y est, c’est la rentrée. Après une parenthèse de plusieurs semaines, il faut reprendre le rythme scolaire de nos enfants, ce qui n’est pas de tout repos, même sous les tropiques. Vive les levers aux aurores et les pannes de réveil, vive la tartine beurrée qui tombe au sol à l’envers et vive les bouchons interminables au retour des vacances… Et ce n’est malheureusement pas la troisième voie fraîchement inaugurée à Outumaoro qui devrait changer la donne pour les habitants de la côte ouest, avec cette nouvelle portion longue de… 850 mètres. Après deux ans de travaux, dont dix-huit mois de retard, elle aura pourtant coûté
570 millions de Fcfp, ce qui revient aux contribuables à plus de 670 000 Fcfp le mètre. Le ministère de l’Équipement le sait, et l’a même concédé à demi-mot, il faudra prolonger très rapidement cette troisième voie pour qu’elle soit réellement efficace. Quoi que l’on en pense, où que nous habitions, tous les chemins mènent à l’école. Mais pas forcément à la même. Vous l’avez sûrement remarqué, Tahiti et Moorea voient fleurir ces dernières années des écoles privées d’un autre genre, dites hors-contrat. D’inspiration montessorienne pour la plupart, elles proposent des pédagogies alternatives fondées principalement sur la bienveillance éducative et leur succès remet en cause le système éducatif classique. L’enfant n’est pas un vase que l’on remplit, mais une source qui jaillit. C’est le sujet de notre dossier de Une, qui soulève néanmoins des questions de mixité sociale et de coût financier.
C’est aussi la rentrée de tous les “épris de justice”. Le nouveau haut-commissaire Dominique Sorain, qui a pris ses quartiers au début du mois, multiplie les rencontres avec les autorités et les différents responsables du Pays. Il a ainsi réuni les principaux “justiciers” du fenua afin d’échanger notamment sur “les réponses pénales en matière de lutte contre le trafic d’ice, l’insécurité routière, les violences intrafamiliales, ainsi que la politique mise en place avec le Pays en matière de prévention de la délinquance”. De vastes chantiers donc, qui nécessitent en effet que Justice et politique, mais aussi État et Pays, œuvrent main dans la main. Par ailleurs, on attend de voir, avec grand intérêt, quelle suite va être donnée à l’affaire JPK, qui est remontée à la surface en juin dernier après la mise en examen de Francis Stein et Miri Tatarata pour le “meurtre” du journaliste. L’affaire Boiron retiendra en outre notre attention : dans ce dossier, une dizaine de personnes sont renvoyées devant le tribunal correctionnel les 27 et 28 août prochains, et notamment Marc Ramel, le gérant de la boîte de nuit Ute Ute, pour “des atteintes sexuelles sur mineure de 13 ans et offres de produits stupéfiants à des mineures”. Personnage central, Sabine Boiron est, elle, soupçonnée de proxénétisme d’une mineure en échange d’ice et pourrait être condamnée à cinq ans de prison. Quant à son amant de l'époque, Thierry Barbion, le “golden boy” adepte des soirées “jet set”, il encourt trois ans de prison.
Côté politique, chaque parti est déjà focalisé sur les élections municipales de 2020. Après le rétropédalage à propos de la taxe sur les boissons et produits trop sucrés censée lutter contre le diabète et l’obésité, le gouvernement pourrait réintégrer le corned-beef sur la liste des Produits de première nécessité (PPN) alors qu’il l’avait retiré en février. “On a été un peu vite en la matière, le punu pua’atoro est très symbolique chez nous (…) c’est un élément phare dans l’alimentation du Polynésien”, aurait affirmé le ministère de l’Économie au micro de Radio 1. Faut-il pour autant sauver le soldat pua’atoro ? Des retours en arrière qui ne rassurent pas quant à la crédibilité de nos dirigeants, qui peinent à lancer de grands projets. Aux dernières nouvelles, la ferme aquacole de Hao est toujours en stand-by, mais deux ou trois lots du Village tahitien sur les six dédiés aux hébergements touristiques pourraient être acquis prochainement par des investisseurs locaux. À défaut de troisième voie routière, peut-on encore espérer l’émergence d’une troisième voie politique ? Pour l’heure, rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est des rumeurs grandissantes qui font état de la volonté de Gaston Flosse de briguer la mairie de Papeete aux prochaines échéances électorales. Par un jeu d’alliance avec le Tavini Huiratira’a, le Vieux Lion réussira-t-il à faire son baroud d’honneur ? Affaire à suivre… Belle rentrée à tous.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt