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Décès du nourrisson aux Marquises : “je suis Hoane”…



Crédit photo : FB Ludmilla Iotefa
Crédit photo : FB Ludmilla Iotefa
Jacques Brel chantait "le temps s’immobilise aux Marquises et gémir n’est pas de mise"… Mais après le décès du bébé marquisien, lors de son évacuation sanitaire le 6 octobre dernier, le Fenua Enata hurle sa colère et ses cris font résonner toute la Polynésie. Alors que le 4 juillet dernier, l’accouchement d’une femme de Bora Bora pendant son transport à bord d’un hélicoptère "Dauphin" nous avait tous émus, ce drame, le deuxième en trois ans aux Marquises, nous assomme cette fois, tel un violent coup de casse-tête, et repose la problématique récurrente des évasans, notamment dans les îles éloignées et isolées. Les habitants de la "Terre des Hommes" s’interrogent encore sur les conditions extrêmes de cette évasan qui a nécessité le transfert du nourrisson en speed-boat depuis Ua Pou jusqu’à Nuku Hiva, faute de vraie piste sur l’île native du petit Hoane Kohumoetini et d’hélicoptère affecté aux Marquises… Édouard Fritch a aussitôt demandé l’ouverture d’une enquête afin de "faire toute la lumière sur les circonstances et les responsabilités éventuelles".

Mais cette annonce présidentielle rassurante a été entachée par la sortie de piste de Jean-Christophe Bouissou, ministre des Transports interinsulaires et porte-parole du gouvernement, dont la réaction ahurissante a été sévèrement taclée sur les réseaux sociaux : "Lorsque des gens décident, par exemple, d’aller vivre sur un atoll isolé, sans qu’il y ait de port sans qu’il y ait d’aéroport, il est bien clair que s’il se passe quelque chose, que ce soit sur un enfant ou sur un adulte, nous n’avons pas la même capacité de réaction que si on le faisait par rapport aux Îles Sous-le-Vent ou des îles qui sont plus structurées et plus habitées." Un discours contradictoire pour ne pas dire irrespectueux, dont il a reconnu lui-même "la maladresse". D’autant qu’il déclarait le même jour, à l’issue d’une réunion du Schéma d’aménagement général de Polynésie, qu’il travaillait pour "un développement qui prévoit l’inversion des flux migratoires afin de permettre aux gens de retourner dans les archipels et faire en sorte de pouvoir vivre dans les archipels. Naître, vivre et peut-être aussi mourir dans les archipels, mais dans de bonnes conditions."

Du haut de ses 3 mois, le petit Hoane n’a pas choisi en effet de vivre à Ua Pou. En outre, la mort du garçonnet rappelle douloureusement le coût humain d’un tel éloignement insulaire pour la collectivité : 10 à 15 décès par an seraient liés aux difficultés de transport aux Marquises, selon la directrice de l’hôpital de Taiohae (Nuku Hiva). "Nous, les Marquisiens sommes totalement délaissés par les pouvoirs publics, il faut que cela cesse !", s’est insurgée Julie Bruneau, résidente à Ua Pou, qui a perdu son bébé de 9 mois dans les mêmes circonstances. "Cela suffit, il ne faut plus de sacrifice humain", a grondé, lui, Rataro, le grand-père de la victime. Dans le cadre de l’audition de Thierry Coquil, directeur des Affaires maritimes au ministère de la Transition écologique et solidaire, le sénateur Michel Vaspart est d’ailleurs revenu, le 2 octobre dernier, sur la situation particulière et précaire du sauvetage en mer en Polynésie : "Je dois vous dire, pour être marin moi-même, que j’ai eu honte, je dis bien honte, de voir le canot de sauvetage aux Marquises et de voir le canot de sauvetage à Papeete !" D’autres bébés doivent-ils encore mourir pour que le Pays réagisse enfin et traite tous les Polynésiens sur le même pied d’égalité en leur offrant des conditions d’accès aux soins identiques ? "Je suis Marquisien". "Je suis Hoane".
Repose en paix petit ange. n

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Jeudi 17 Octobre 2019 - écrit par Dominique Schmitt


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Comme un parfum de Macron…

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La décision du Conseil d’État, le 27 janvier dernier, de ne pas appliquer l’amendement à la loi Morin pour les demandes d’indemnisation des victimes des essais nucléaires déposées avant 2019 a surpris la Polynésie entière… mais agréablement pour une fois ! Cette institution publique, qui est chargée de conseiller le Gouvernement central et se veut la plus haute des juridictions de l’ordre administratif, met donc finalement à mal “l’amendement Tetuanui”, créé le 30 décembre 2018, qui réintégrait dans la loi, après la suppression de la notion de “risque négligeable”, un seuil minimal d’exposition aux rayonnements ionisants pour accéder aux indemnisations (une dose annuelle de 1 millisievert). Conséquence immédiate : deux victimes, dont les dossiers avaient pourtant été rejetés par le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen), ont pu obtenir gain de cause. Ces décisions font ainsi jurisprudence pour 62 autres cas ayant reçu un avis défavorable parmi les 138 demandes d’indemnisation en attente.

Même le président du Pays n’a pas caché son grand étonnement. Sans chercher à “faire le travail du Civen”, Édouard Fritch a considéré, au micro de Radio 1, qu’il va manquer au comité “un critère qui permette de dire oui ou non”. Annick Girardin, la ministre des Outre-mer, a déclaré pour sa part, lors de sa courte visite au fenua : “Chacun prend acte de cette décision”, en ajoutant que ce sera au Civen d’en “examiner les conséquences”, en l’absence d’une estimation précise de l’impact financier sur l’État. Sans surprise cette fois, Auguste Uebe-Carlson, fondateur et président de l’association 193, a, lui, réagi positivement à cette grande annonce dans les colonnes de Tahiti Infos : “C’est vraiment un encouragement (…) pour toutes les familles à se manifester pour que cet amendement [“Tetuanui”] soit supprimé ou suspendu en attendant des études sérieuses de la part de l’État à propos de la réalité des maladies qui touchent notre pays.” Selon lui, “le nombre de dossiers a considérablement baissé” depuis l’entrée en vigueur de cet amendement, qui “a découragé beaucoup de familles polynésiennes à entamer une demande d’indemnisation”. Le père Auguste n’a d’ailleurs pas manqué d’affirmer : “Nous rappellerons au président Macron ces décisions du Conseil d’État.

En effet, malgré deux reports en 2019, le président de la République française nous fera enfin l’honneur d’un séjour en Polynésie du 16 au 18 avril 2020, des dates dont nous vous avions donné la primeur dans l’édition du 13 décembre dernier (lire TPM n° 422). On peut tout de même s’interroger sur cette décision tonitruante du Conseil d’État en faveur des Polynésiens. D’autant qu’elle s’est suivie, quelques jours après, du passage tout sourire de Mme Girardin sur nos terres, offrant par la même occasion un joli coup de pouce pour les municipales au Tapura Huiraatira, parti local majoritaire rallié à la liste La République en marche (LREM) d’Emmanuel Macron… Juste avant la ministre des Outre-mer, c’était Stanislas Cazelles, le conseiller Outre-mer de l’Élysée, qui se déplaçait à Tahiti pour préparer le voyage du chef de l’État. Alors, hasard du calendrier ou pas, le terrain semble parfaitement déblayé pour l’arrivée du Président ! Si beaucoup redoutent qu’on leur vende encore des salades, ce qui est sûr, c’est que victimes ou non des essais, bien des hommes et des femmes l’attendent de pied ferme et qu’au menu, ils lui proposeront, eux, des échanges et des débats de vive voix autour du sujet explosif du nucléaire.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt