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"Eau trouble" sur Taravao


Vendredi 5 Mai 2017 - écrit par Boris Alexandre Spasov


"Le puits que nous avions atteint ne ressemblait pas aux puits sahariens.
Les puits sahariens sont de simples trous creusés dans le sable. Celui-là ressemblait à un puits de village. Mais il n’y avait là aucun village, et je croyais rêver.
C’est étrange, dis-je au petit prince, tout est prêt : la poulie, le seau et la corde… Il rit, toucha la corde, fit jouer de la poulie.
Et la poulie gémit comme gémit une vieille girouette quand le vent a longtemps dormi.
Tu entends, dit le petit prince, nous réveillons ce puits et il chante… Je ne voulais pas qu’il fit un effort. Laisse-moi faire,
lui dis-je, c’est trop lourd pour toi.
Lentement je hissai le seau jusqu’à la margelle. Je l’y installai bien d’aplomb. Dans mes oreilles durait le chant de la poulie et, dans l’eau qui tremblait encore, je voyais trembler le soleil.
J’ai soif de cette eau-là, dit le petit prince, donne-moi à boire. Et je compris ce qu’il avait cherché !"

Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry



L’enjeu de l’eau va au-delà du monde matériel. crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
L’enjeu de l’eau va au-delà du monde matériel. crédit photo : Archives Tahiti Pacifique
La légende dit que Tane garde l’eau des dieux en Polynésie, l’eau de l’immortalité. Mais alors qui est chargé de préserver l’eau pour les humains ? Question d’actualité sur la commune de Taravao, où l’eau prend la couleur sombre de la colère pendant la saison des pluies.
L’homme est un être culturel par nature. L’eau, quant à elle, appartient à la nature, au monde sensible, physique et mystique. L’eau possède des molécules stables et simples. Elle était présente avant notre venue et sera certainement là après notre passage ! L’homme moderne oublie parfois qu’il a une relation plus que fusionnelle avec l’eau. Il est lui-même constitué de près de 70% d’eau. Pas d’eau, pas de vie. Pas d’eau potable, pas d’humains, surtout quand on prend conscience que seulement environ 3% (estimation) de l’eau sur Tahiti est potable naturellement, sans traitement, hors captage et en saison sèche.
Dans l’ancienne Égypte, le Nil, fleuve le plus long du monde, était considéré comme un dieu. L’homme vivait au cycle des inondations qui fertilisaient les rives. Une fois la décru amorcée, labours et semailles pouvaient commencer. Les rives dégagées de tout temps ont été les tampons des crus et des décrus.
De nos jours, l’espace des rives est conquis par le béton. Les inondations que l’on peut observer dans les zones urbaines pendant la saison des pluies sont dues à l’activité humaine et à une politique d’urbanisation inadaptée aux écoulements naturels des eaux, et rarement à cause du "mauvais temps" ou à l’envoi de la "fusée sur la lune"… La responsabilité est avant tout politique au sens large du terme. Les captages issus des rivières sans centre de traitement occasionnent une réaction épidermique entre la population et les élus.
Alors, quelles sont les réalités de l’eau sur Taravao ? Le premier coup de pioche du réseau d’eau sur Taravao a eu lieu il y a plus de cinquante ans pour atteindre, trente ans plus tard,
à quelques variantes près, le réseau que nous connaissons aujourd’hui. Il existe 120 km de réseau communal pour une utilisation chez l’usager 24 heures sur 24. Il y a vingt ans, la population de Taravao était de 5 800 habitants pour atteindre aujourd’hui environ 12 000 habitants. La population a donc doublé pour un réseau quasi à l’identique.
Aujourd’hui, la moitié du réseau de Taravao, soit 60 km, est en fibrociment. Celui-ci est devenu poreux avec le temps et nécessite régulièrement des interventions, avec une mise en oeuvre de techniques complexes, de par la nature des tuyaux.

Réseau vétuste

Sur le plan financier, la situation est préoccupante. Les usagers n’ont pas de compteurs et sont facturés forfaitairement à l’année, environ 12 000 Fcfp. Théoriquement, le tiers de la redevance, complétée d’une subvention d’équilibre pour les deux tiers restants, boucle ainsi le budget de la commune. Mais aujourd’hui, sur la moitié de la redevance des usagers, la mairie rencontre quelques soucis de recouvrement.
Lorsque l’eau "chocolat" arrive dans certains foyers, convergence du captage et de travaux sur les berges, le tout dans un réseau vétuste, tout le monde s’étonne ! Alors que depuis plus de cinquante ans, Taravao a toujours été rythmé par la saison des pluies. On ne passe pas du XIXe siècle au XXIe siècle sur un claquement de doigt.
Le chiffre-clé et de référence (source : mairie de Taravao) est une consommation de 650 litres d’eau par jour et par habitant. À titre de comparaison, à Papeete la consommation est de 250 litres par jour et par habitant. En quelque sorte, le compteur d’eau fait la différence, sur la façon, peut-être, d’utiliser ce bien précieux inscrit dans la Charte des Nations unis.
L’UNESCO déclare dans son chapitre 3 sur le droit à l’eau : "Un accès non discriminatoire à l’eau et à l’assainissement, considérant comme une condition préalable à la réalisation de plusieurs autres droits de l’homme, comme le droit à la vie, la dignité, la santé, la nourriture, un niveau de vie convenable ainsi qu’à l’éducation. Ce programme élaboré notamment dans les activités relatives à l’eau, lesquelles contribueraient à leur tour, à la réalisation des droits de l’homme." Les limites de ces déclarations se heurtent parfois à la réelle volonté politique des États-nations.
C’est naturellement dans ce cadre que les usagers de l’eau s’inscrivent quand il faut défendre leurs droits car, comme les communes, les usagers ont des droits et des devoirs. Le moins que l’on puisse dire est qu’il est très désagréable de voir l’eau de couleur marron à la sortie du robinet : pas de café, pas de douche, pas de macaroni… et ceci pendant plusieurs jours. L’humeur devient acerbe, on cherche des coupables : l’entreprise qui fait un terrassement au bord d’une rivière, ou la commune pour son manque de courage politique pendant des décennies, ne voulant pas heurter une partie de son électorat.
Les nuages de la colère sont de retour, il va encore pleuvoir, et une fois de plus on ne pourra pas faire tourner le lave-vaisselle ou le lave-linge, laver les enfants avant d’aller à l’école… Alors on subit et on réagit. Les usagers s’organisent afin de pouvoir peser sur les pouvoirs publics ; une association "SOS Taravao" se crée dans le cadre d’un partenariat de réflexion avec tous les acteurs de l’eau. En fait, il faut être conscient que, de tout temps, quand il pleut fort, toutes les rivières de Polynésie sont marron. On ne peut changer la nature maîtresse des lieux, mais peut-être sensibiliser la "nature humaine".

Modernisation nécessaire

Les usagers, comme la commune, ont bien compris l’ampleur du problème et ses conséquences. La rénovation du réseau est prévue, certains travaux ont déjà commencé : forage et reconstruction progressive du réseau avec installations de compteurs. La commune a un cahier des charges conséquent à la vue des nouvelles réglementations et l’usager, d’une façon ou d’une autre, devra aussi participer financièrement à cette modernisation.
En effet, les pompes de puits fonctionnent à l’électricité, l’entretien et le financement du réseau doivent être cohérents avec la facturation individuelle et réelle de l’usager. L’usager devra faire un usage raisonné de sa propre consommation, car il est à craindre que le taux de factures à recouvrir n’explose s’il maintient les 650 litres d’eau par jour et par habitant.
Selon Jean-Louis Olivier et Pierre-Alain Roche, tous deux ingénieurs, l’eau imprègne intimement nos identités individuelles et collectives. Sa prégnance universelle sur le monde du vivant et sur les activités humaines est synonyme de source de conflit et facteur de solidarité, donc soit une construction soit une déconstruction sociale et territoriale. C’est donc avec fluidité et réflexion qu’il faut traiter le problème de l’eau à Taravao, car l’approche est plus complexe qu’il n'y paraît.
Enfin, pourquoi ne pas opérer ici, à Taravao, une prise de conscience ? L’enjeu de l’eau va au-delà du monde matériel. En Nouvelle-Zélande, le parlement reconnaît le fleuve Whanganui comme entité vivante. Ce statut élève ce fleuve au titre de véritable personnalité juridique, avec tous les droits et devoirs attenants. C’est la reconnaissance d’une connexion spirituelle du fleuve et de son peuple : les Iwi. Le fleuve a droit au respect au même titre que tous les êtres vivants. Tahiti, terre de légendes, a toujours été connectée avec le monde des esprits. Il serait naturel que cette reconnaissance se fasse ici aussi.
Pour mémoire, à travers l’histoire humaine, l’eau est naturellement
devenue un "objet" de culte et de culture. Est-ce un hasard si le mot "culture" vient du latin colare, cultus qui veut dire "couler, s’écouler" ?

Utilisateurs et gardiens de l'eau

Les mythes celtiques et romains offrent tout une panoplie de déesses sur les points d’eau. Dans la mythologie grecque, les fleuves prenaient naissance et retournaient dans le Tartare, gouffre situé dans les entrailles de la terre. Dans les tombes égyptiennes et japonaises, des bateaux sont les réceptacles des âmes pour leur voyage à travers les océans. Le mythe du déluge pouvait aussi être interprété comme suit : laver la terre souillée et la rendre de nouveau fertile. En Inde, un rêve dans un reflet d’eau est un mauvais présage. On craint que les esprits des eaux emportent l’âme avec eux, démunissant l’être de cet indispensable soutien pour le restant de ses jours.
Avant de conclure sur "l’enjeu de l’eau" sur Taravao, je vous propose une autre réflexion sur l’eau à travers deux hypothèses relatives aux travaux de Rupert Sheldrake et de Masaru Emoto. Ce dernier étudie la mémoire de l’eau et est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Les messages cachés de l’eau. Des recherches et hypothèses aux portes de la métaphysique.
Selon Rupert Sheldrake, l’ADN n’est pas le seul paramètre qui fait que les membres d’une même famille ont des traits communs. La résonance morphique y joue un rôle aussi, à savoir : comprendre les phénomènes qu’on appelle les coïncidences, synchronicités, conscience de groupe ou mémoire collective…
Cette hypothèse, couplée au travail de recherche de Masaru Emoto (L'eau, mémoire de nos émotions) nous invite à appréhender un champ infini de possibilités. Faut-il rappeler le travail révolutionnaire des recherches de Masaru Emoto qui a réussi à démontrer que l’eau exposée à la vibration de mots bienveillants ("amour", "merci" ou "tu es belle") laisse apparaître au microscope des formes de cristaux brillantes, complexes et colorées, rappelant la forme des flocons de neige.
Inversement, la même eau, qui a été exposée à des pensées négatives, produit des motifs incomplets, asymétriques et aux couleurs ternes.
L’eau est vivante et est dotée d’une conscience à partager. Les Iwi, peuple du fleuve Whanganui, le savent depuis fort longtemps. Le gouvernement de la Nouvelle-Zélande vient de le comprendre en légiférant sur l’entité vivante du fleuve, donnant ainsi l’exemple à suivre pour le monde. En ce qui me concerne, on ne devrait pas légiférer sur des questions aussi évidentes, car la réponse coule de source.
Le sujet à Taravao, c’est l’eau, source de vie et identité vivante. Les institutions, entreprises et usagers en sont les utilisateurs et gardiens. Il est naturel que le problème soit traité avec tous et dans la concorde. Taravao et ses habitants disposent d’un site remarquable où il faut se démarquer, être force de proposition sur une multitude de possibilités et d’activités liées à l’eau. C’est aussi en sachant quitter les clans des : "Yaka", "Taka" et "Faucon" que l’on s’ouvre dans le domaine du possible.


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2018 : sous le signe des Territoriales

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Cette échéance est en tout cas dans les esprits de tous les hommes politiques du territoire qui ont élaboré leur stratégie depuis déjà quelques mois. Chacun est dans son rôle, la majorité souligne le redressement de l’économie, ses bonnes relations avec l’État, ne manque pas d’ouvrir les robinets d’aides et subventions, comme en atteste la lecture des derniers journaux officiels, et annonce vouloir revoir sa stratégie sociale, dont les effets tardent à être ressentis par les plus démunis ; pire, la fracture sociale ne fait que s’agrandir. L’augmentation des cotisations salariales, l’augmentation de l’abonnement téléphonique et des boîtes postales annoncée pour ce début d’année aura un impact négatif sur ceux qui connaissent des fins de mois difficiles.
Un gros trimestre pour créer de l’emploi, pour sortir quelques centaines de Polynésiens de la précarité, paraît bien court pour tenter de redorer cette mauvaise partie du bilan. L’opposition est bien sûr dans son rôle en dénonçant cette précarité, cette misère. Le Tahoeraa mise sur les vieilles recettes et les annonces pleines d’espoir que sont d’offrir un emploi, une maison et de ramener le bonheur dans les familles. Le Tavini n’innove guère plus en proposant de s’appuyer sur les forces économiques de ce pays pour s’en sortir, tout en faisant table rase de certaines pratiques politiciennes.
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Dans exactement 100 jours, les Polynésiens seront amenés à s’exprimer bulletin à la main pour se prononcer sur leur avenir ; notre vœu pour 2018 est qu’ils soient le plus nombreux possible à le faire.
Bonne lecture et merci de votre fidélité.

Luc Ollivier