Menu


Éducation défaillante ?

Observant les tranches de vies et d’événements dont les récits brefs ou détaillés, nous parviennent du monde entier, nous ne pouvons que nous réjouir de notre vie plutôt tranquille, tout en nous préoccupant des craquements que sont les trafics de stupéfiants et les escroqueries diverses, sans oublier les atteintes à l’environnement. Ces failles dans nos réalités familiales et sociales pourraient bien être des signes avant-coureurs de cataclysmes.



Si, malgré tous les efforts déployés pour accueillir de la même manière les enfants de tous horizons dans les mêmes écoles de la République, d’aucuns restent persuadés que certains n’y arriveront jamais, la collectivité jette son argent par les fenêtres.  Crédit photo : école de Maatea
Si, malgré tous les efforts déployés pour accueillir de la même manière les enfants de tous horizons dans les mêmes écoles de la République, d’aucuns restent persuadés que certains n’y arriveront jamais, la collectivité jette son argent par les fenêtres. Crédit photo : école de Maatea
Je n’ai pas de solution miracle à proposer pour neutraliser les objets réels, symboliques ou imaginaires qui entravent le développement individuel ou collectif. Hormis peut-être celui de répandre dans tous les esprits l’idée qu’il n’existe pas de fatalité à l’ignorance et/ou la connaissance. Quelle que soit l’origine dite ethnique ou sociale de quelqu’un, il est nanti des mêmes potentialités et han-
dicaps que n’importe quel autre humain de la planète. Le reste est question de croyance ou, comme l’on dit aujourd’hui, de fake news, auxquelles on accorde, ou non, du crédit selon l’éducation reçue. Si, malgré tous les efforts déployés pour accueillir de la même manière les enfants de tous horizons dans les mêmes écoles de la République, d’aucuns sont persuadés, avant même d’avoir essayé, que certains n’y arriveront jamais, la collectivité jette son argent par les fenêtres. Elle s’appauvrit… mijote des amertumes et prépare des lendemains destructeurs.
Ce qui m’a interpellée dans les revendications de Gilets jaunes, c’est la colère et la haine. Colère de ne pouvoir acquérir tout ce que l’on veut. Haine de ceux qui en ont les moyens... ou sont supposés les avoir. Comme si chacun ne pouvait plus être défini que par le verbe avoir. Ces sentiments semblent si profonds que je pense devoir à mes parents d’abord, mais aussi au système éducatif de privilégier la conjugaison du verbe être au présent, en rela-
tivisant le verbe avoir, sans le mépriser.
En outre, autour de moi, famille et école semblaient s’être li-
guées pour m’apprendre à me méfier d’une part de "la colère mauvaise conseillère" et d’autre part, de la haine qui aveugle autant que l’amour, mais avec des effets bien plus destructeurs… surtout de soi.
En effectuant, il y a vingt ans bientôt, une étude sur les soins traditionnels, tous les tahu’a rencontrés insistaient pour désigner : la jalousie, l’envie, le ressentiment et la rancune comme étant les principales causes de maladies. J’ai présenté et publié ces résultats. Étrangement, les autorités n’ont rien voulu entendre. Elles sont si obnubilées par les préparations médicinales, qu’elles ont financé une luxueuse publication par l’Académie tahitienne, d’un recueil de recettes… illisibles…
Inquiétante est la hargne déployée à s’en prendre à un président tout juste élu à qui il est refusé le temps indispensable avant de pouvoir récolter les premiers résultats de sa politique. Menaçante est cette rage meurtrière envers des "à peine élus" à qui l’on reproche l’incurie des précédents... à moins qu’ils ne soient pris pour des porteurs de mauvaises nouvelles à traiter comme le faisaient les souverains de l’Antiquité : à exécuter sur le champ.
Après tout, par la taxe carbone, que fait le gouvernement, sinon annoncer la fin de la mythique société de consommation qui a dévié en société de gaspillage ? Ne sonne-t-il pas le glas de la pé-
riode de gloutonnerie générale où à qui s’empiffrerait sans se soucier des conséquences immédiates visibles (déchets) et jusqu’à présent invisibles, mais désormais palpables : réchauffement de la planète, pollutions diverses, dont océaniques, raréfaction des matières premières, etc. ?
L’objectif à la mode consistait en l’accumulation effrénée de biens matériels pensés inépui-
sables. Et là, le gouvernement vient dire : "Stop ! Notre planète est limitée !" Il ose préciser : "Cessons de détruire les bienfaits de la Terre que nous empruntons à nos enfants !" Il prétend qu’il serait temps de réduire la dette léguée à nos enfants pour satisfaire notre insatiable besoin d’attributs de confort souvent fallacieux. C’est un discours insupportable qu’une minorité agissante ne peut entendre, tant elle était tendue vers le mirage offert par les repus. L’utopie communiste ayant prouvé que la démocratie libérale à l’occidentale était préférable à l’étatisation des moyens de production, le saccage devient le but suprême. Sous le drapeau islamiste, le drapeau noir anarchiste ou la croix gammée, c’est la même passion de destruction de l’autre qui ose être heureux, alors qu’on ne l’est pas, et qu’on ne le sera jamais. D’ailleurs, comment l’être, si l’on regarde son verre toujours à moitié vide alors qu’il est à moitié plein ?
Somme toute, la vie de la collectivité est comme la vie familiale. Elle se construit tous les jours, patiemment à chaque instant, grâce à une vigilance permanente sur les conséquences de ses actes et en veillant à ce qu’autrui nous respecte. Elle exige des efforts. Et le goût de l’effort s’apprend, se savoure et se célèbre. Il n’existe pas de champion du monde dans un sport, sans de patients entraînements et une rigoureuse discipline. Lors d’un salon du livre, porte de Versailles à Paris, il y a une dizaine d’années, de jeunes étudiants distribuaient un petit recueil de Droits du citoyen. Acceptant ce cadeau, j’ai demandé son complément à savoir un recueil identique sur les Devoirs du citoyen. Il m’a été répondu : "Ça n’existe pas !" Si les devoirs n’existent pas, bien des choses s’expliquent donc.
Chaque génération est soumise à des tensions, catastrophes de différentes natures : conflits guerriers, épidémies, séismes géologiques ou boursiers, etc. Après des siècles de guerres incessantes, des dirigeants des pays d’Europe ont décidé de s’unir pour offrir à leurs enfants une paix durable. Ils ont réussi jusqu’à présent à nous faire vivre trois quarts d’un siècle de paix. Ici, aux antipodes, nous en bénéficions aussi. Je suis étonnée par la passion dédaigneuse de certains envers un tel résultat. Ce dédain se transforme parfois en colère impudique, haine hurlante, stimulant les bas instincts dans l’appel au lynchage de personnalités, de catégories humaines réelles ou imaginaires affublées de tares inimaginables, mais faisant échos aux frustrations de beaucoup.
Certes, rien n’est parfait, mais la disproportion entre les causes dénoncées et les comportements et propos haineux relève du délire. Inquiétant délire.

Ici, ce qui est préoccupant, c’est le nombre d’adultes et d’enfants déracinés sur place. Au point de préférer saccager une rivière ou un rivage contre quelques liasses de billets de banque au profit de quelques-uns, plutôt que de veiller à préserver ces espaces de ressourcement et de nourriture pour tous. Enfants, nous étions fiers d’en ramener de la friture pour le repas du soir. Aujourd’hui, les avides ont orienté les enfants vers le chapardage dans les maisons aux habitants momentanément absents. Étonnant aussi d’entendre de récents condamnés pour trafic d’ice tenter de s’absoudre de leurs méfaits en dénonçant la rareté des emplois.
Comme ils sont loin de ressembler à leurs ancêtres ! Ancêtres qui furent si injustement traités de fainéants en préférant pêcher et planter pour subvenir à leurs besoins en toute liberté plutôt que de suer sang et eau dans la plantation de coton d’Atimaono, sous la férule de contremaîtres plus ou moins sadiques. Ce type d’exploitation exigeant une main d’œuvre servile était inadapté à la population de survivants des épidémies d’alors. Aussi des Chinois, pour qui l’État fut pourvoyeur d’opium, furent importés dans des conditions indignes. Autres temps, autres mœurs. C’est fort de ces erreurs et manquements qu’aujourd’hui le trafic de drogue est combattu.
Accompagnons les enseignants pour donner à nos enfants le goût de l’effort, la curiosité sur l’Histoire, pour y trouver non de quoi se lamenter mais, au contraire, de quoi se réjouir et rebondir.

Vendredi 22 Février 2019 - écrit par Simone Grand


Continuez la lecture
< >

Vendredi 3 Mai 2019 - 09:03 Être une nation, posséder un patrimoine…


Simone Grand

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel




De reports en reports

De reports en reports
À l’instar des Anglais et de leur Brexit, qui ne cesse de diviser tout autant qu’il ne cesse de jouer la montre, nos gouvernants se voient contraints de reporter une nouvelle fois l’échéance de la signature de contrat du "Village tahitien". Pour rappel, les six lots sur lesquels s’était positionné le groupe Kaitiaki Tagaloa portent sur la conception de quatre hôtels et de deux résidences en condominium. Il s’agit de six lots, sur les 16 que comporte ce projet complexe. Ce vaste chantier, qui doit révolutionner le tourisme sur l’île de Tahiti en quelques années — durant lesquelles l’économie et surtout l’emploi devraient connaître un sérieux coup d’accélérateur — soulève toutes les interrogations et commence à ressembler à une Arlésienne.
En août 2018, le vice-président Teva Rohfritsch ne cachait pas son enthousiasme, déclarant que la signature du contrat portant sur les six premiers lots du projet avec le groupement d’investisseurs néo-zélandais et samoans, Kaitiaki Tagaloa, pourrait même intervenir avant la fin de l’année 2018, bien avant les 200 jours prévus. Il n’en fut rien. À la date butoir du 22 mars 2019, pas de signature, au prétexte que "l’investisseur néo-zélandais a souhaité associer deux nouvelles tribus maori au projet. Nous avons donc souhaité prendre toutes les garanties financières nécessaires plutôt que de signer." Premiers signes d’inquiétude, alors que la rumeur d’un report pour manque de garanties financières circulait déjà depuis quelques semaines. Il fut donc accordé un délai de 45 jours, au terme desquels, en fonction des garanties qui seraient présentées, ces contrats seraient signés par lots. Ceux qui n’auront pas fait l’objet de garantie seraient remis en compétition. Des contacts avec des investisseurs, y compris locaux, étaient avancés. Coup de pression, ou de bluff, sur le groupement Kaitiaki Tagaloa ?
La seconde option a primé, puisqu’au terme de ces 45 jours, l’établissement Tahiti Nui aménagement et développement (TNAD) annonçait par communiqué sa décision de reporter de 55 jours le délai laissé au groupement, pour se conformer "aux obligations du protocole d’engagement", signé en août 2018. À ce jour, TNAD n’aurait donc pas toutes les garanties financières pour s’assurer que ces investisseurs soient capables d’aller au bout du projet ! En bientôt un an de négociations, nous ne savons toujours pas si ils ont les reins assez solides !
Après deux reports, on n’imagine pas le gouvernement en avancer un troisième pour quelques raisons que ce soit. Restera alors à présenter la carte des investisseurs étrangers et locaux, que le ministère garde secret. Rendez-vous le 30 juin.
Le dossier, qui reviendra forcément sur la scène politique à la première occasion, est plutôt mal engagé. Il n’est pas sans rappeler celui de Hao, pour lequel l’arrivée des conteneurs était annoncée en avril. De nouveaux changements sont prévus, qui reportent le début du chantier au début de l’année prochaine. Encore un rendez-vous manqué.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.


Luc Ollivier

Luc Ollivier