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En attendant Emmanuel Macron… (suite)

L’Université se mobilise



Rassurez-vous, services de police, la mobilisation sera purement et simplement intellectuelle, mais de grande ampleur !

En effet, les 5, 6 et 7 novembre, un colloque international se tiendra à l’Université de la Polynésie Française (UPF) sur les nouvelles géostratégies mondiales : l’Indo-Pacifique et les routes de la soie.
Les routes de la soie, on commence à les connaître dans la région. Les colloques organisés par l’UPF en 2014 et 2015 sur le thème de l’Océanie convoitée1 avaient déjà abordé cette politique d’expansion au nom imagé. Cette fois-ci, l’UPF a fait appel à trois universitaires et chercheurs qui viendront de Chine exposer et discuter le contenu de cette politique et ses implications en Océanie en particulier.
Quant à la nouvelle expression Indo-Pacifique, on peut parier que le président de la République y consacrera une large place dans les interventions qu’il fera lors de sa visite. Ne le répétez pas, mais c’est précisément parce que les universitaires savent que l’Indo-Pacifique occupera l’espace public pendant la visite présidentielle qu’ils ont décidé de creuser cette géostratégie, avec – répétez-le encore moins – la "complicité" dudit Président.

Emmanuel Macron n’a pas inventé le concept d’Indo-Pacifique, mais il se trouve que ce dernier a pris de l’ampleur et qu’il est repris par de nombreux pays qu’on peut qualifier d’occidentaux (en donnant à ce dernier mot une signification davantage politique que géographique). Quant au président de notre République, au cours de ses voyages, il y fait fréquemment référence.
L’axe Indo-Pacifique concernerait essentiellement l’Inde, le Japon, l’Australie, les États-Unis et la France. Cette dernière est d’autant plus concernée qu’elle se veut, grâce aux collectivités d’Océanie, une puissance du Pacifique. À cet effet, le Président Macron confirma dans son discours du
5 mai 2018 à Nouméa : "La France est une grande puissance de l’Indo-Pacifique, elle est une grande puissance de l’Indo-Pacifique à travers tous ces territoires, la Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, la Polynésie française, mais aussi Mayotte et La Réunion, et les terres australes et antarctiques françaises". Quelques jours plus tôt, le Président affirmait que l’axe Paris-New Delhi-Canberra est possible parce que "dans cet espace Indo-Pacifique, c’est 1,6 million de Français, ce sont 8 000 militaires et c’est 80% de notre Zone économique exclusive".

Cet axe intéresse tous les domaines, qui vont du réchauffement climatique à la cybersécurité en passant par des stratégies diplomatiques et militaires. Emmanuel Macron déclara, le 2 mai 2018, en Australie : "Nous avons la même préoccupation sur les risques et les menaces qui traversent la région Indo-Pacifique : les rivalités entre puissances, les tensions identitaires, les trafics de toutes sortes qui prospèrent sur le manque de développement lié en très grande partie au dérèglement climatique". Il ajouta : "Notre priorité partagée, c’est de construire cet axe Indo-Pacifique fort pour garantir à la fois nos intérêts économiques et de sécurité".
Commentant le résultat du référendum d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie, il recommanda "d’inscrire la NC dans la République et dans le destin océanique et Indo-Pacifique qui est le sien" (depuis l’Élysée, 4 novembre 2018).
Dès lors, ce colloque doit répondre aux questions suivantes : Quelle est l’aire géographique de l’Indo-Pacifique ? Quels sont les objectifs de cet axe ? Quelles sont les puissances concernées qui approuvent ou contrarient l’axe ? Par exemple, comment se situent la Russie, le Canada, les pays d’Amérique latine, l’Indonésie et diverses puissances du Sud-Est asiatique ? Est-ce une contre-stratégie pour répondre à la politique internationale chinoise dans le Pacifique et l’océan Indien ? Est-ce une nouvelle tentative de promouvoir des relations internationales fondées sur des règles (mais lesquelles ?) ou une stratégie de containment de la Chine ? Quel sera le rôle des collectivités françaises d’Océanie et de l’océan Indien dans cet axe ? Les petits États et territoires insulaires, des Comores à Pitcairn, sauront-ils tirer profit des rivalités internationales ou au contraire les subiront-ils ?

Des chercheurs venus de Métropole, des États-Unis, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, de Singapour et Hong Kong, sans compter les universitaires de Nouméa et de Punaauia débattront de ces thèmes. Le jeudi 7 novembre après-midi, deux chercheurs internationalement reconnus (et connus des auditeurs de l’émission C dans l’air) clôtureront le colloque. Mme Valérie Niquet évoquera les relations entre la Chine et la Russie et M. Pascal Boniface, spécialiste des relations internationales, fera le point sur les défis géostratégiques dans le monde aujourd’hui.

Aspects pratiques : le colloque aura lieu dans l’amphi A3 de l’UPF chaque jour de 9 heures à 17 heures. Les interventions en anglais seront traduites. Programme sur le site de l’UPF.

Jeudi 31 Octobre 2019 - écrit par Jean-Marc Regnault


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Coronavirus : n’est-il pas déjà trop tard ?

Coronavirus : n’est-il pas déjà trop tard ?
Depuis la confirmation du premier cas de coronavirus en Polynésie, le 11 mars dernier, un vent de panique générale souffle au fenua, poussant des centaines de familles à se précipiter dans les supermarchés pour y dévaliser les rayons… jusqu’à l’épuisement du papier hygiénique, comme si c’était la fin du monde ! Hasard du calendrier, l’Organisation mondiale de la santé a déclaré le même jour que nous étions passés au stade de pandémie, mais a assuré que ce satané virus venu de Chine pouvait “être maîtrisé”. Depuis fin décembre, le Covid-19 s’est répandu dans 110 pays et territoires, et a contaminé plus de 120 000 personnes dans le monde, notamment en Europe et aux États-Unis. Nous assistons ainsi à une véritable hécatombe, avec au moins 4 351 décès recensés, selon un bilan établi par l’Agence France-Presse, à partir de sources officielles. Emmanuel Macron a même martelé dans son discours officiel : “Nous sommes en guerre”. Ici et ailleurs, les mêmes scènes se reproduisent et la psychose collective se propage… À l’heure où nous mettions sous presse, mercredi en fin d’après-midi, six cas étaient déclarés en Polynésie (cinq à Tahiti et un à Moorea). Pour vous protéger vous et les autres, on ne peut que rappeler la nécessité de veiller au respect strict des gestes barrières contre le virus et des recommandations sanitaires.

L’angoisse de la population illustre surtout le manque de confiance dans les mesures prises par le Pays et l’État. En effet, il aura quand même fallu attendre l’annonce d’un premier cas à Tahiti avant que le gouvernement ne se décide à interdire l’entrée des paquebots. On n’a pas compris, non plus, l’entêtement du Pays à vouloir garder ouverts les crèches, les garderies et les établissements scolaires, à l’heure où le président de la République française, évoquant “une crise sanitaire grave” (la Métropole est passée, le 14 mars, au stade 3, avec confinement obligatoire), fermait toutes les structures pour “freiner l’épidémie” et “protéger les plus faibles”. Le discours de la ministre locale de l’Éducation, Christelle Lehartel, demandant aux parents de faire confiance au Pays, et de continuer à emmener leurs enfants à l’école, car “toutes les mesures sanitaires sont prises pour protéger les enfants et le personnel enseignant”, a choqué nombre de parents d’élèves et les syndicats. Mais peut-être que l’on voulait guetter, là aussi, le premier cas dans les écoles pour réagir ? Jusqu’à ce que la décision de fermer les écoles, à compter de mercredi après-midi (18 mars), soit enfin prise, nos enfants sont donc restés entassés comme des sardines dans des classes à sureffectif, alors qu’une distance de sécurité d’au moins
1 mètre entre deux personnes est recommandée. Cherchez l’erreur…
Où est donc passé le sacro-saint principe de précaution ? Pourquoi avoir un coup de retard quand on pouvait avoir une longueur d’avance ? Le 18 mars, le Pays est passé à la vitesse supérieure en interdisant tous les voyageurs non-résidents à toucher le sol polynésien. Mais n’était-il pas déjà trop tard ? N’aurait-il pas fallu exiger d’emblée le confinement général, comme l’ont préconisé au gouvernement les organisations syndicales et patronales depuis lundi dernier, parmi les 15 mesures d’urgence de sauvegarde des entreprises et des sala-
riés ? Nos dirigeants réalisent-ils qu’au fenua, il y a uniquement
40 appareils respiratoires à notre disposition ? Pourquoi les magasins sont-ils encore ouverts et les jeunes se baladent dans la rue comme si de rien n’était ? Par contre, alors qu’aucun rassemblement n’est désormais autorisé jusqu’à nouvel ordre, le gouvernement central a maintenu, ici et en Métropole, le premier tour des élections municipales. Message reçu : les intérêts politiques avant tout !

On relèvera par ailleurs les bons conseils délivrés par le haut-commissariat sur sa page Facebook : “Pour voter, les bons gestes à adopter : privilégiez les heures de moindre affluence, entre 11h30 et 14h30” et, n’oubliez pas, “chacun son stylo”. Bons conseils qui n’ont pas empêché de voir de braves citoyens agglutinés dans les bureaux de vote. Anticipant un effondrement sans précédent de l’économie locale, le gouvernement planche sur un “plan de sauvetage” avec les partenaires sociaux afin de réfléchir à des plans de continuité d’activités en développant, par exemple, le télétravail (néanmoins, un vide juridique existerait en Polynésie et inciterait certaines entreprises à refuser cette option…). Il est nécessaire de se réorganiser, mais pensons avant tout à la santé des personnes âgées et des plus vulnérables. Dans ces moments-là, aujourd’hui plus que jamais, on a juste envie d’embarquer sa famille sur un voilier, larguer les amarres, prendre le large et se mettre à l’abri sur une île déserte ! Pour notre part, la rédaction de Tahiti Pacifique a dû s’adapter ; nous avons ainsi décidé d’espacer nos parutions toutes les trois semaines au lieu des quinze jours habituels. Nous vous donnons donc rendez-vous le 9 avril 2020 pour le prochain numéro. Bon courage à tous, fa’aitoito, restons responsables et solidaires.
À défaut des mains, il faut se serrer les coudes.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt