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Équipement du Pays : mépris de l’environnement, gabegie et incompétence…



Crédit photo : Dominique Schmitt
Crédit photo : Dominique Schmitt
Le Pays vient encore d’être pris la main dans le sac. Une enquête pour “terrassement illégal et rejet de matières polluantes” a été en effet ouverte par le parquet, après la construction du remblai de 18 hectares sur le lagon ceinturant l’ex-hôtel Maeva Beach, à Outumaoro, ont révélé nos confrères de La Dépêche de Tahiti. Une information judiciaire a ainsi été engagée suite au dépôt, entre 2013 et 2015, de 110 000 mètres cubes de terre et matériaux sur le site de développement touristique dit “Mahana Beach”, laissant craindre plusieurs risques environnementaux, à terre et en mer. Le fait que ces opérations, menées par l’ancien puis l’actuel présidents de la Polynésie française, Gaston Flosse et Édouard Fritch, aient été réalisées dans le plus grand mépris du Code de l’urbanisme et du Code de l’environnement jette l’opprobre, une fois de plus, sur le gouvernement local… Un scandale politico-environnemental qui rappelle amèrement l’affaire des bonbonnes toxiques immergées à bord du Kura Ora II, en début d’année, où trois responsables de services du Pays seraient impliqués. Une aberration d’autant plus révoltante que le 30e Congrès des communes qui vient de se tenir aux Gambier était placé sous le thème “Nos liens à l’environnement”. L’objectif étant de “sensibiliser l’élu communal et chaque participant, en tant qu’individu, être humain et citoyen, sur ses habitudes et les conséquences de ses actes sur son cadre de vie”. Cerise sur ce gâteau de très mauvais goût, 180 élus communaux venus des quatre coins de la Polynésie se sont réunis à Rikitea, située à… 1 643 kilomètres de Papeete ! Un choix peu judicieux, sur le plan financier certes, mais surtout écologique.
De son côté, on notera que le CESC est devenu le CESEC, le Conseil économique, social, environnemental et culturel de la Polynésie française (prononcer “cézék”), et s’est engagé à intégrer les préoccupations de développement durable dans l’ensemble de ses avis présentés au gouvernement. Non seulement, les grands travaux conduits par le Pays ne respectent pas l’environnement, mais ils sont aussi, souvent, la source d’une gabegie effarante. Pour exemple, l’installation de feux tricolores à Mahina pour la modique somme de 40 millions de Fcfp, qui n’ont pas fonctionné pendant plus d’un an ni réglé le problème de la circulation. On pense également à l’inutile passerelle Taina, construite à Punaauia, qui a coûté 152 millions de Fcfp alors qu’elle est à peine empruntée. Que dire en outre de l’aménagement du front de mer de Papeete prévu par le ministère de l’Équipement, alors que la première tranche a été inaugurée il y a un an déjà ? On nous explique qu’après avoir détruit le carrefour du Pacifique pour empêcher les usagers de la route de tourner à gauche sur l’avenue Prince Hinoi, on va désormais démolir le terre-plein central afin de réaménager le carrefour à feux à la sortie de la gare maritime, pour pouvoir tourner à gauche vers le giratoire de la base marine.
Selon la formule consacrée, le ministre ad hoc remercie à chaque fois par avance la population de sa “compréhension pour les désagréments occasionnés par ces travaux”. On le conçoit bien, soit, mais pas lorsque ceux-ci se font au détriment du développement durable ou sans aucune logique économique. On construit, on déconstruit, puis on reconstruit au même endroit… Gaspillage à tous les étages ! Pendant ce temps, la fermeture du viaduc de la Punaruu a créé d’énormes bouchons sur la côte ouest, un projet de trois lotissements à Moorea suscite l’indignation des riverains et la troisième voie à Punaauia n’est toujours pas terminée deux ans après le démarrage du chantier (évalué à 574 millions de Fcfp). Cette incompétence latente, mise en exergue par plusieurs rapports de la Chambre territoriale des comptes visant différents services du Pays, porte à nous interroger sur la bonne gestion de nos deniers, qui pourraient servir à d’autres causes. Car, en attendant, Théodore Tehau, SDF de 48 ans, est la sixième personne en grande précarité et à la rue qui est décédée cette année, comme l’a rappelé Père Christophe. D’ailleurs, sachez que le vicaire de la cathédrale de Papeete n’a reçu, pour l’heure, qu’un peu plus de 6 millions sur les 150 millions de Fcfp nécessaires à la création d’un nouveau centre d’accueil Te Vai-ete. Et puis, la Faucheuse a déjà tué 24 personnes sur nos routes en 2019. Si on y réfléchit bien, il y a moyen de trouver des investissements plus concrets, c’est sûr.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Vendredi 9 Août 2019 - écrit par Dominique Schmitt


Dominique Schmitt

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Génération plastique : place à l’action, vive le ‘Ete !

Génération plastique : place à l’action, vive le ‘Ete !
Le plastique, en trois chiffres, c’est : 1 seconde de fabrication, 20 minutes d’utilisation, 400 ans de pollution. En 70 ans, 8,3 milliards de tonnes de plastique ont été produites dans le monde, dont 413 millions en 2018. Les projections sur les prochaines décennies sont terrifiantes, puisque le rythme actuel nous emmène vers un doublement de la pollution plastique en 2030 et plus de plastique que de poissons dans les océans d’ici 2050 (lire notre dossier de Une, pages 14-23)… Énorme problème sur le plan environnemental : seulement 9 % du plastique est recyclé ! C’est dire combien il est urgent d’agir pour notre planète. Au fenua, le Pays planche sur des solutions pour traiter les 600 tonnes de plastique utilisées annuellement, en Polynésie, sous forme de bouteilles d’eau. Mais il faut aller plus loin en repensant nos modes de consommation et en bannissant absolument le plastique à usage unique.

Malheureusement, on le sait, tout traîne en Polynésie, et même les cas les plus urgents. Ainsi, le ministre de la Culture et de l’Environnement, Heremoana Maamaatuaiahutapu, avait annoncé en 2017 la fin du plastique à usage unique d’ici la fin mars 2018, avant de reporter la date au second semestre 2019. Mais aujourd’hui, alors que se profile 2020, rien n’a été encore acté. On nous souffle cependant que la loi de Pays est prête depuis un bon moment, mais que cela bloque en bout de chaîne, et notamment au niveau des lobbies… Pourtant, il suffirait au gouvernement d’imposer la conduite à tenir et de cesser d’en importer, tout simplement. D’après nos informations, le passage à l’action devrait se réaliser en deux temps : l’année prochaine, en 2020, les sacs en plastique de moins de 50 litres seront interdits, notamment les sacs oxo-biodégradables (qui sont en réalité ni recyclables ni compostables), puis il faudra attendre le 1er juillet 2021 pour que tous les sacs en plastique soient enfin prohibés. À l’échelle nationale, l’Assemblée vient de voter l’arrêt de l’emballage plastique à usage unique pour… 2040, c’est à dire dans plus de vingt ans ! Avec ce dispositif – s’il est définitivement adopté par le Parlement – des objectifs successifs de réduction, de réutilisation ou de recyclage des emballages plastique à usage unique seraient tout de même fixés tous les cinq ans.

Mais soyons conscients que, si dans la théorie, il s’agit de fermer le robinet de la production pour stopper les rejets dans la nature, dans la pratique, se passer de plastique, c’est remettre complètement en cause le modèle de vie auquel nous sommes habitués et attachés. Il apparaît donc primordial de s’y préparer et de réfléchir à des alternatives viables. L’artisanat traditionnel est l’un des moyens forts pour protéger notre environnement. L’Opération ‘ETE, dont la troisième édition organisée par Jerry Biret se prolonge jusqu’au 31 décembre, est un formidable exemple permettant à la population de (ré)apprendre à tresser, et à utiliser des sacs et paniers en pae’ore, dans la perspective de réduire durablement le recours aux sacs en plastique à usage unique (lire notre dossier culture, pages 42-49). La filière cocotier est une piste à exploiter, l’utilisation des feuilles de bananiers en est une autre, il y a également le bois, le bambou, etc. Réapprenons ainsi à vivre en harmonie avec la nature et réinventons nos gestes du quotidien pour un avenir plus serein. Il est temps de vous souhaiter, déjà, un joyeux Noël entourés de vos proches et d’excellentes fêtes de fin d’année.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt

Dominique Schmitt