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Être une nation, posséder un patrimoine…

"À l’intérieur d’un même groupement régi par les mêmes institutions […] il y a forcément entre les individus, même des classes les plus opposées ou des castes les plus distantes, un fonds indivisible d’impressions, d’images, de souvenirs, d’émotions."
Jean Jaurès, L’Armée nouvelle, 1911.



Il est des mots que l’on utilise sans beaucoup de précaution, les confondant souvent, comme nation, peuple, État, patrie…
Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Il survient parfois qu’un événement, aussi soudain qu’inattendu, fait apparaître qu’on appartient à une nation ou à un peuple (à ce stade, faisons comme s’ils étaient interchangeables).

"Alors elle brûle…"

Notre-Dame de Paris en feu et la France (et le reste du monde) est confrontée à ce que représente un monument, celui-là en particulier.

Qu’est-ce que Notre-Dame de Paris pour les Français ? Entendons par "Français", tous ceux qui ont juridiquement la nationalité française, qu’ils en aient hérité, qu’ils l’aient ardemment souhaitée ou qu’ils aient été contraints de l’adopter. Je me rappelle cet élève d’un collège de Paea qui ne comprenait pas pourquoi le professeur lui disait que lui, petit Tahitien, était un citoyen français (il jurait haut et fort qu’il était citoyen mā’ohi). Pourtant, lui comme d’autres pensant comme lui, ont été formés à l’école de la République. Ils ont appris ce qu’étaient les arts roman et gothique, vu des photos ou diapos. Ils ont en tête des images de Paris avec Tour Eiffel et cathédrale. Ils ont étudié Victor Hugo. Ils ont vu au cinéma diverses versions de Notre-Dame de Paris. Ils ont écouté des comédies musicales…

Un soir en France métropolitaine, un matin en Polynésie, à d’autres moments selon les méridiens, des hommes et des femmes, jeunes et moins jeunes se sont rappelés brutalement ce que l’école leur avait appris selon le talent de leurs maîtres. L’émotion ne peut qu’être forte devant un symbole puissant (même enfoui dans une profusion de souvenirs), l’idée que quelque chose de fondamental est en train de se passer, comme nous l’avions ressenti aussi le 11 septembre 2001 quand les Twin Towers s’effondraient.

Bien sûr, les réactions peuvent être différentes selon les individus. Certains n’y verront que l’aspect religieux du drame. Mais comme les croyants, en France, sont de moins en moins nombreux, ce n’est pas le malheur qui touche un lieu de culte qui peut expliquer la sidération quasi générale.

Les indifférents à la spiritualité, les sceptiques, les laïques, les anti-cléricaux forcenés (il en existe et l’Église catholique a tout fait pour qu’ils prolifèrent) tous se sont arrêtés un moment. Une flèche s’effondre et, brutalement, la conscience surgit qu’un patrimoine vient d’être touché.

Le mot est lâché. "Le patrimoine est à la fois un mot, une notion et un discours", écrit une professeure en science du langage. Le juriste Marc Debène commente ainsi : le patrimoine recouvre le discours des populations "en quête de leur identité, souhaitant être reconnues en tant que peuples".
Notre-Dame de Paris est l’exemple même du patrimoine français. Certes, l’Union européenne et l’Unesco sont allées plus loin, inscription au patrimoine mondial oblige.
Restons-en à l’exemple français. Si tant de touristes viennent en France, c’est qu’ils y trouvent un patrimoine exceptionnel. Le président Macron, dans son allocution du 16 avril, est allé à fond dans cette vision des choses : "Nous sommes un peuple de bâtisseurs." Il ajouta : "Nous avons tant à reconstruire."

Il y avait de l’esprit gaulliste quand le président jeta ce regard :
"L’incendie de Notre-Dame nous rappelle que notre histoire ne s’arrête jamais et que nous aurons toujours des épreuves à surmonter. […] C’est à nous, les Françaises et les Français d’aujourd’hui, qu’il revient d’assurer cette grande continuité qui fait la nation française."

En effet, le Général commençait ses Mémoires en ces termes : "J’ai d’instinct, l’impression que la Providence a créé [la France] pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires."

Que les Français, quelles que soient leurs origines ou religions ou absence de religion, aient été, ne fusse qu’un moment, sidérés, cela témoigne d’une nation.
Une spécialiste, Anne-Marie Thiesse, reconnaît qu’"il n’existe aucune définition incontestable de la nation". Sans entrer dans les querelles intellectuelles, il est bon de rappeler quelques tentatives de définition. En France, Ernest Renan (1823-1892) expliquait que les nations s’étaient constituées par une agrégation volontaire d’individus estimant avoir un passé commun, avoir fait de grandes choses ensemble et voulant en faire encore. La vision peut paraître restrictive, car elle oublierait tous les apports successifs qui ont fait et font encore la France. Néanmoins, pour Renan qui avait perdu la foi, la nation était "une âme et un principe spirituel". On a souvent opposé Renan aux idéologues d’origine germanique qui mettaient l’accent sur la "race", la langue et la religion. Historiquement, en fait, les nations se constituent en mêlant des éléments divers, dont certains n’écartent ni la langue, ni la religion.
Avec beaucoup de nuances, Marc Joyau, qui avait enseigné à l’UPF, essayait cette définition : la nation désignerait "une importante communauté humaine, le plus souvent installée sur un même territoire et qui possède une unité historique, linguistique, culturelle, économique plus ou moins forte". Toute la finesse est dans cette "unité plus ou moins forte"...

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Vendredi 3 Mai 2019 - écrit par Jean-Marc Regnault


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Éducation, justice, politique… le programme de la rentrée

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Ça y est, c’est la rentrée. Après une parenthèse de plusieurs semaines, il faut reprendre le rythme scolaire de nos enfants, ce qui n’est pas de tout repos, même sous les tropiques. Vive les levers aux aurores et les pannes de réveil, vive la tartine beurrée qui tombe au sol à l’envers et vive les bouchons interminables au retour des vacances… Et ce n’est malheureusement pas la troisième voie fraîchement inaugurée à Outumaoro qui devrait changer la donne pour les habitants de la côte ouest, avec cette nouvelle portion longue de… 850 mètres. Après deux ans de travaux, dont dix-huit mois de retard, elle aura pourtant coûté
570 millions de Fcfp, ce qui revient aux contribuables à plus de 670 000 Fcfp le mètre. Le ministère de l’Équipement le sait, et l’a même concédé à demi-mot, il faudra prolonger très rapidement cette troisième voie pour qu’elle soit réellement efficace. Quoi que l’on en pense, où que nous habitions, tous les chemins mènent à l’école. Mais pas forcément à la même. Vous l’avez sûrement remarqué, Tahiti et Moorea voient fleurir ces dernières années des écoles privées d’un autre genre, dites hors-contrat. D’inspiration montessorienne pour la plupart, elles proposent des pédagogies alternatives fondées principalement sur la bienveillance éducative et leur succès remet en cause le système éducatif classique. L’enfant n’est pas un vase que l’on remplit, mais une source qui jaillit. C’est le sujet de notre dossier de Une, qui soulève néanmoins des questions de mixité sociale et de coût financier.
C’est aussi la rentrée de tous les “épris de justice”. Le nouveau haut-commissaire Dominique Sorain, qui a pris ses quartiers au début du mois, multiplie les rencontres avec les autorités et les différents responsables du Pays. Il a ainsi réuni les principaux “justiciers” du fenua afin d’échanger notamment sur “les réponses pénales en matière de lutte contre le trafic d’ice, l’insécurité routière, les violences intrafamiliales, ainsi que la politique mise en place avec le Pays en matière de prévention de la délinquance”. De vastes chantiers donc, qui nécessitent en effet que Justice et politique, mais aussi État et Pays, œuvrent main dans la main. Par ailleurs, on attend de voir, avec grand intérêt, quelle suite va être donnée à l’affaire JPK, qui est remontée à la surface en juin dernier après la mise en examen de Francis Stein et Miri Tatarata pour le “meurtre” du journaliste. L’affaire Boiron retiendra en outre notre attention : dans ce dossier, une dizaine de personnes sont renvoyées devant le tribunal correctionnel les 27 et 28 août prochains, et notamment Marc Ramel, le gérant de la boîte de nuit Ute Ute, pour “des atteintes sexuelles sur mineure de 13 ans et offres de produits stupéfiants à des mineures”. Personnage central, Sabine Boiron est, elle, soupçonnée de proxénétisme d’une mineure en échange d’ice et pourrait être condamnée à cinq ans de prison. Quant à son amant de l'époque, Thierry Barbion, le “golden boy” adepte des soirées “jet set”, il encourt trois ans de prison.
Côté politique, chaque parti est déjà focalisé sur les élections municipales de 2020. Après le rétropédalage à propos de la taxe sur les boissons et produits trop sucrés censée lutter contre le diabète et l’obésité, le gouvernement pourrait réintégrer le corned-beef sur la liste des Produits de première nécessité (PPN) alors qu’il l’avait retiré en février. “On a été un peu vite en la matière, le punu pua’atoro est très symbolique chez nous (…) c’est un élément phare dans l’alimentation du Polynésien”, aurait affirmé le ministère de l’Économie au micro de Radio 1. Faut-il pour autant sauver le soldat pua’atoro ? Des retours en arrière qui ne rassurent pas quant à la crédibilité de nos dirigeants, qui peinent à lancer de grands projets. Aux dernières nouvelles, la ferme aquacole de Hao est toujours en stand-by, mais deux ou trois lots du Village tahitien sur les six dédiés aux hébergements touristiques pourraient être acquis prochainement par des investisseurs locaux. À défaut de troisième voie routière, peut-on encore espérer l’émergence d’une troisième voie politique ? Pour l’heure, rien de nouveau sous le soleil, si ce n’est des rumeurs grandissantes qui font état de la volonté de Gaston Flosse de briguer la mairie de Papeete aux prochaines échéances électorales. Par un jeu d’alliance avec le Tavini Huiratira’a, le Vieux Lion réussira-t-il à faire son baroud d’honneur ? Affaire à suivre… Belle rentrée à tous.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt