Menu


Faut-il que la planète s’enflamme ?



L'espèce humaine a parfois des comportements pour le moins surprenants. Dans la soirée du 15 avril, un violent incendie s’est déclaré dans les combles de Notre-Dame, qui a causé la destruction du toit et de la charpente, l’effondrement de la flèche, ainsi que de la voûte, partiellement. Un drame qui a ému fortement, tant en France que dans le reste du monde. Jusqu’à Tahiti, où tout un chacun se repassait le film des événements, allant de son petit commentaire. Alors oui, il s’agit du plus important sinistre subi par la cathédrale de l’archidiocèse de Paris depuis sa construction (entre 1163 et 1345). Oui, située au cœur de l’île de la Cité, elle est l’un des monuments historiques les plus emblématiques de la Ville lumière et le plus visité d’Europe. Et oui, elle est inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1991. Mais lorsqu’on voit que plus d’un milliard d’euros (environ 120 milliards de Fcfp) de dons ont été récoltés en quelques jours, affluant des plus grandes fortunes et des particuliers par milliers, nous sommes en droit de nous interroger sur les priorités de notre société de plus en plus individualiste.
Au fenua, notre gouvernement n’a pas hésité à faire montre de solidarité envers nos compatriotes en créant un compte bancaire pour la récolte de fonds, “afin de permettre aux Polynésiens de contribuer à l’effort de reconstruction”. Une opération qui n’a pas séduit le Père Christophe, loin s’en faut ! Le prêtre résident et vicaire coopérateur de la cathédrale de Papeete n’a pas tardé à s’insurger : “Faut-il que les SDF s’enflamment pour qu’on leur vienne en aide aussi rapidement ?”, rebondissant sur la réaction du Père Guy Gilbert, interrogé par la presse hexagonale. Touché par l’incendie mais plus préoccupé par la pauvreté, ce prêtre catholique français a ainsi réagi : “Je pleure dans mon cœur pour Notre-Dame, mais nous avons de plus en plus de mains qui se tendent pour nous réclamer de l’aide. Tous les présidents nous ont à chaque fois promis qu’il n’y ait plus de SDF dans nos rues, mais rien ne se fait.” La fondation Abbé Pierre a aussi tweeté : “Merci pour votre générosité. Nous sommes très attachés au lieu des funérailles de l’Abbé Pierre. Mais nous sommes également attachés à son combat. Si vous pouviez abonder 1 % pour les démunis, nous serions comblés”.
Alors que le Père Christophe nous a confié qu’il est prêt à jeter l’éponge si aucun endroit n’est trouvé pour accueillir de nouveaux locaux pour le centre Te Vai-ete d’ici le 23 décembre 2019 (lire TPM n° 400 du 8 février 2019), il estime : “Les pierres vivantes que sont nos frères de la rue sont la véritable Église… Le terrain de l’Ancien Cercle des marins nous suffirait… et 1/1000e des dons pour Notre-Dame de Paris.” Il reste donc à peine huit mois pour réunir
150 millions de Fcfp et offrir aux 300 personnes en grande précarité et à la rue en Polynésie des conditions minimales de dignité, à savoir un repas, une douche et la possibilité de laver leur linge. Bien souvent, les SDF ne manquent pas, eux, de générosité ; nous avons pu encore le constater récemment lorsque certains d’entre eux ont porté secours à un touriste victime d’un vol à l’arrachée. C’est le monde à l’envers ! Faut-il que la planète s’enflamme également pour que nous lui venions en aide ? Est-il besoin de rappeler que, selon le dernier rapport de l’ONU, 821 millions de personnes ont souffert de la faim en 2017, soit une personne sur neuf ? Chaque jour, des dizaines de milliers d’enfants, de SDF et de vieillards meurent dans la plus grande indifférence. Et je ne parle même pas de la pollution, de la déforestation ou du réchauffement climatique. Plutôt que de s’attrister de la dévastation de biens matériels, il semble bien plus urgent de remettre l’humain au centre de nos inquiétudes, avant que les préoccupations collectives ne revêtent des airs de cours des Miracles…

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Vendredi 3 Mai 2019 - écrit par Dominique Schmitt


Continuez la lecture
< >

Vendredi 17 Mai 2019 - 09:17 De reports en reports

Jeudi 18 Avril 2019 - 09:01 De l’art de se compliquer la vie


Dominique Schmitt

Nouveau commentaire :

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel




De reports en reports

De reports en reports
À l’instar des Anglais et de leur Brexit, qui ne cesse de diviser tout autant qu’il ne cesse de jouer la montre, nos gouvernants se voient contraints de reporter une nouvelle fois l’échéance de la signature de contrat du "Village tahitien". Pour rappel, les six lots sur lesquels s’était positionné le groupe Kaitiaki Tagaloa portent sur la conception de quatre hôtels et de deux résidences en condominium. Il s’agit de six lots, sur les 16 que comporte ce projet complexe. Ce vaste chantier, qui doit révolutionner le tourisme sur l’île de Tahiti en quelques années — durant lesquelles l’économie et surtout l’emploi devraient connaître un sérieux coup d’accélérateur — soulève toutes les interrogations et commence à ressembler à une Arlésienne.
En août 2018, le vice-président Teva Rohfritsch ne cachait pas son enthousiasme, déclarant que la signature du contrat portant sur les six premiers lots du projet avec le groupement d’investisseurs néo-zélandais et samoans, Kaitiaki Tagaloa, pourrait même intervenir avant la fin de l’année 2018, bien avant les 200 jours prévus. Il n’en fut rien. À la date butoir du 22 mars 2019, pas de signature, au prétexte que "l’investisseur néo-zélandais a souhaité associer deux nouvelles tribus maori au projet. Nous avons donc souhaité prendre toutes les garanties financières nécessaires plutôt que de signer." Premiers signes d’inquiétude, alors que la rumeur d’un report pour manque de garanties financières circulait déjà depuis quelques semaines. Il fut donc accordé un délai de 45 jours, au terme desquels, en fonction des garanties qui seraient présentées, ces contrats seraient signés par lots. Ceux qui n’auront pas fait l’objet de garantie seraient remis en compétition. Des contacts avec des investisseurs, y compris locaux, étaient avancés. Coup de pression, ou de bluff, sur le groupement Kaitiaki Tagaloa ?
La seconde option a primé, puisqu’au terme de ces 45 jours, l’établissement Tahiti Nui aménagement et développement (TNAD) annonçait par communiqué sa décision de reporter de 55 jours le délai laissé au groupement, pour se conformer "aux obligations du protocole d’engagement", signé en août 2018. À ce jour, TNAD n’aurait donc pas toutes les garanties financières pour s’assurer que ces investisseurs soient capables d’aller au bout du projet ! En bientôt un an de négociations, nous ne savons toujours pas si ils ont les reins assez solides !
Après deux reports, on n’imagine pas le gouvernement en avancer un troisième pour quelques raisons que ce soit. Restera alors à présenter la carte des investisseurs étrangers et locaux, que le ministère garde secret. Rendez-vous le 30 juin.
Le dossier, qui reviendra forcément sur la scène politique à la première occasion, est plutôt mal engagé. Il n’est pas sans rappeler celui de Hao, pour lequel l’arrivée des conteneurs était annoncée en avril. De nouveaux changements sont prévus, qui reportent le début du chantier au début de l’année prochaine. Encore un rendez-vous manqué.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.


Luc Ollivier

Luc Ollivier