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Forum du Pacifique sur l’Île de la Honte



L'île-État de Nauru (Micronésie) serait-elle aujourd’hui à l’Australie, mais aussi au Pacifique, ce que fut en son temps Alcatraz à San Francisco ? La question pourrait prêter à sourire s’il ne s’agissait d’un véritable drame humain, qui semble être cautionné par tous les pays présents au 49e Forum du Pacifique, qui s’est tenu à Nauru du 3 au 6 septembre. Comment tous ces chefs d’États ou représentants de collectivités ont-ils pu accepter qu’un tel sommet se tienne sur une île asservie à la puissance financière du grand pays de la région ? Car nul ne peut ignorer l’existence du camp de rétention, qu’Amnesty International et 80 organisations non gouvernementales ont qualifié, dans un appel aux dirigeants du Pacifique, de "tache sur la région", selon l’AFP. Ce camp de rétention abrite 220 demandeurs d’asile, dont une dizaine d’enfants, qui ont tenté de rejoindre l’Australie par la mer et qui, en vertu d’une politique d’immigration draconienne, sont envoyés dans des infrastructures reculées du Pacifique, comme Nauru ou la Papouasie-Nouvelle-Guinée. S’il n’est pas dans nos intentions de décrier la politique d’immigration de l’Australie, on ne peut que s’indigner des conditions de détention, rappelées dans un rapport de 2016 par le Comité des droits de l’enfant de l’ONU qui dénonçait des "traitements inhumains et dégradants" subis par les mineurs à Nauru, "y compris des violences physiques, psychologiques et sexuelles".
La cupidité des habitants de Nauru vis-à-vis de l’exploitation inconsidérée du phosphate a conduit à la ruine financière et écologique du pays. À ce passé peu glorieux, il faut maintenant ajouter l’enrichissement sur la détresse humaine. Les recettes publiques étant passées de 12 à 72 millions d’euros en 2015-2016.
L'un des thèmes de ce forum porte sur le réchauffement climatique et, par conséquent, sur les migrations de population qui en découleront si rien ne change. Quand on voit l’accueil qui est réservé aux migrants en Océanie, même qand la demande d’asile est jugée fondée, on peut s’interroger sur celui qui sera réservé à nos populations…
La Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, n’a pas exclu d’essayer de visiter le camp. On ose espérer que parmi les derniers membres inscrits au Forum, il y en est au moins un qui fasse entendre sa voix.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Vendredi 7 Septembre 2018 - écrit par Luc Ollivier


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Luc Ollivier

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La Calédonie à qui perd gagne ?

Des vainqueurs qui restent sur leur faim, des vaincus plein d’espoir, le résultat du référendum d’autodétermination calédonien du dimanche 4 novembre n’a pas manqué d’afficher des sentiments opposés et même paradoxaux.
La victoire annoncée avant l’heure du "non" à la pleine souveraineté s’est avérée exacte, mais dans des proportions bien moindres que celles que laissaient escompter les sondages ou les dernières élections provinciales. Le deux-tiers/un-tiers s’est transformé en un 56,4/43,6 qui a surpris les observateurs, les électeurs et les responsables des partis politiques locaux.
La Nouvelle-Calédonie a donc affirmé son attachement à la France, mais pas d’une façon massive ; et la carte des régions pro et anti-métropole n’a que très peu bougé depuis la date des premiers accords en 1988. Un autre scrutin devenu incontestable en 2020 en raison du "faible" écart entre les opposants, puis peut-être encore un autre en 2022, vont plonger ce territoire dans un attentisme économique dont il aurait bien aimé se passer. Deux ou quatre ans, c’est peu pour faire basculer une majorité, mais suffisant pour faire tourner une économie au ralenti.
Ces résultats n’ont pas manqué de faire réagir le Tavini Huiraatira qui n’a pu s’empêcher de faire un parallèle avec la Polynésie française. Après des démêlés avec la justice "coloniale" et un tour de l’île en mémoire du leader autonomiste Pouvana'a a Oopa enfin réhabilité par cette même justice, Oscar Temaru demande à ce qu’un tel référendum soit organisé. Le leader bleu l’a souvent martelé, tout comme Moetai Brotherson : un vote pour l’indépendance n’a rien de comparable avec un vote pour les territoriales ; il ne faut pas se fier aux résultats de l’un pour estimer l’autre. Le résultat calédonien lui a donné raison. Voilà qui ne manquera pas de lui donner encore plus d’ardeur sur les bancs de la 4e commission de l’ONU.

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier