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Glauque nomenklatura



Sur une terre de Paea en cours de partage judiciaire, le Service de l’Urbanisme a accordé à des cousins bénéficiaires potentiels d’environ 15m2 sur 7 hectares, des autorisations de construire sur plus de 2 000 m2 ! Interrogés, ledit service et son ministère nous toisèrent, condescendants : "Si vous n’êtes pas contents, allez au tribunal !"
Sur une terre de Paea en cours de partage judiciaire, le Service de l’Urbanisme a accordé à des cousins bénéficiaires potentiels d’environ 15m2 sur 7 hectares, des autorisations de construire sur plus de 2 000 m2 ! Interrogés, ledit service et son ministère nous toisèrent, condescendants : "Si vous n’êtes pas contents, allez au tribunal !"
L'identité polynésienne, comme toutes les autres, fut façonnée par l’Histoire et la géographie. Les mythes construits par des navigateurs du XVIIIe siècle (dont Bougainville l’inventeur de la Nouvelle Cythère), les discours missionnaires méprisants et l’ambigüe culpabilité postcoloniale constituent des obstacles à une approche sereine de cette réalité complexe. Peut-être qu’un jour se rendra-t-on compte de l’effet pervers d’avoir piégé des humains dans les concepts importés et contradictoires de paradis terrestre et d’arriération païenne. Ce paradoxe définit leurs auteurs et non ceux qu’ils ont affublés de ces oripeaux. Mais à force de matraquage, ces élucubrations ont fini par submerger la conception originale du monde de ces humains niés. Or, nul ne s’épanouit à se laisser définir par autrui. Et autrui est tout aussi perdant en se privant d’une réalité humaine autre. Qui sait si ces pernicieuses injonctions paradoxales ne fondent pas notre société que l’actualité judiciaire révèle plutôt glauque ?
Au moment où se fêtent les 35 ans d’autonomie interne le jour de l'anniversaire de la cession à la France, de sa souveraineté le 29 juin 1889, par un roi tahitien d’une english made royauté ; les tribunaux révèlent des aspects inquiétants.
Ainsi, un représentant à l’Assemblée de Polynésie française, pur-sang mā’ohi tel que le définirait un indépendantiste pur jus, fut condamné pour détournement de fonds publics. Or, si colonisateur = spoliateur, cet individu est un colonisateur endogène indigène. N’est-ce-pas ?
Un ex-président du gouvernement est condamné pour détournement de fonds publics… L’actuel aussi ! Ouille ! Trois chefs de service sont mis en examen : deux pour meurtre et un pour proxénétisme de mineurs de moins de 15 ans ! Ouille ! Ouille ! Ces chefs de service ne furent jamais inquiétés par un quelconque syndicat drapé de vertu outragée. Pas plus que l’instit', pardon : professeur des écoles d’une de mes petites-filles, mis en examen pour trafic de drogue. Voilà une nomenklatura bien glauque ! Funestes modèles pour notre jeunesse en manque de projets d’avenir et de repères.
Peu rassurante société où, sous la présidence d’indépendantistes, les comportements ne furent guère plus vertueux. Bien qu’ayant adopté la belle chanson de Coco Mamatui sur la terre maternelle asservie par l’étranger, le président somma les descendants d’un illustre ancêtre, de payer des droits d’enregistrement et de transcription sur un patrimoine foncier. Cette sommation aurait été tout à fait logique si la commune dont cet alors président du Pays était et est toujours maire ne se comportait en propriétaire de la terre en question pour la polluer en toute illégalité. Cette terre maternelle est toujours asservie mais… par des Mā’ohi. Quant aux légitimes héritiers reconnus propriétaires pour payer des droits, mais déniés propriétaires pour jouir de leurs droits, ils se débattent dans de sempiternelles et oiseuses batailles judiciaires. Et des experts se succèdent donnant aux parcelles des valeurs différentes de celles ayant été retenues lors du partage !
Les problèmes fonciers entrent dans la définition de l’identité polynésienne. Pour des raisons diverses, des partages n’eurent pas lieu durant les cinq à six générations précédentes. Toutefois, malgré leur complexité et la multiplicité des intervenants et paramètres : membres de la famille, services de la Direction des affaires foncières, notaires, géomètres, avocats, juges, greffiers et autres, de très nombreux dossiers aboutissent à de beaux résultats depuis la création du tribunal foncier.
Mais, ma meilleure amie subit, impuissante, le partage judiciaire, au bénéfice de tiers indus de ses terres légalement acquises en 1967. Ses droits et titres sont bafoués !
J’ai fini par m’impliquer dans le processus de sorties d’indivision foncière familiale. Démarche riche d’enseignement sur la généalogie, les traumatismes historiques, les degrés de filiation, les bisbilles, les mécanismes administratifs et juridiques. Une galère. Je suis née avec des problèmes fonciers à résoudre et j’aimerais bien m’en acquitter avant de clore mes paupières.
Pour l’heure, je n’ai rien résolu. Ainsi, des terres de Tubua’i aux Australes furent partagées et délimitées en 2005 entre les huit enfants d’un ancêtre. Nul n’a remis en cause ce jugement. En 2015, à ma demande, un géomètre établit un devis de 150 000 Fcfp pour réaliser le plan ad hoc de ce qui revient à mon arrière-grand-mère et sa descendance (1/8e). Aucun de mes cousins germains concernés ne se défilant jamais quand il s’agit de payer sa quote-part, j’ai réuni les pièces administratives et me suis rendue à la DAF. Las ! il m’a été notifié que je ne pourrais résoudre mon problème que si je résolvais aussi ceux des sept autres branches… y compris financièrement. Même si ça ne les intéresse pas. 1 200 000 Fcfp + les autres frais : je n’en ai pas les moyens. La régularisation de mon dossier est décrétée impossible.
Sur une terre de Paea en cours de partage judiciaire, le Service de l’Urbanisme a accordé à des cousins bénéficiaires potentiels d’environ 15m2 sur 7 hectares, des autorisations de construire sur plus de 2 000 m2 ! Interrogés, ledit service et son ministère nous toisèrent, condescendants : "Si vous n’êtes pas contents, allez au tribunal !"
Donc, selon les textes, ministères et services actuels, il m’est interdit de résoudre la situation de ma branche sans résoudre celle des autres. Par contre, des textes donnent tout pouvoir au Service de l’Urbanisme de disposer de mon patrimoine foncier sans m’en informer et sans mon accord. C’est d’une logique implacable, n’est-ce pas ? Double impasse.
Il y a peu, le gouvernement a mis en place un système d’aide financière exigeant des pièces justificatives et trois devis d’experts géomètres. Ces exigences sont normales. Mais ce qui l’est moins, c’est que selon à qui vous vous adressez à la DAF, les infos varient. Enfin ! après avoir entendu ce que j’imagine être les bonnes infos, j’ai relancé le dossier Tubua’i. Le géomètre a mis plus de six mois avant de fournir un devis de… 3 millions et quelques... Belle culbute en quatre ans ! Bientôt ces travaux d’experts coûteront plus cher que le bien expertisé, si ce n’est déjà le cas. Un deuxième géomètre régulièrement relancé a mis trois mois pour m’annoncer qu’un pli cacheté m’attendait enfin à son bureau. Quant au troisième, il me transforme en "sœur Anne qui ne voit rien venir sinon que l’herbe qui verdoie, la route qui poudroie" et les dossiers qui s’empilent et s’empoussièrent. Et dire qu’ils sont farouchement réticents à voir des homologues de Nouvelle-Calédonie venir secourir les familles polynésiennes en difficulté !
Ces quelques éléments ne sont qu’une partie des obstacles et chausse-trappes du parcours de sortie d’indivision foncière. Ça donne l’angoissante impression d’être englué dans un réseau de toiles d’araignées paralysantes, prédatrices et vampires. Vraiment glauque !

Jeudi 11 Juillet 2019 - écrit par Simone Grand


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Simone Grand

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Bienvenue en Macronésie !

Bienvenue en Macronésie !
Après une pause politique d’une année, 2020 ne manquera pas de piquant, avec les élections municipales en mars et, sur un autre plan, la venue du président de la République Emmanuel Macron, en avril.
La bataille des tāvana est engagée, elle s’annonce âpre, tant le gain des communes est un marchepied incontournable pour atteindre la Présidence. Ces élections se résumeront, comme toutes les précédentes, à une confrontation bipolaire. Certains partis et candidats ont déjà tenté l’aventure en proposant une troisième voie, mais elle n’a jamais trouvé ses électeurs. Gaston Flosse et ses Orange l’ont bien compris et savent qu’en face du Tapura et du Tavini, les chances de prendre et même de conserver les mairies sont vouées à l’échec. Le Vieux Lion a dû se résoudre à proposer une alliance au Tavini, qui ne l’accepte qu’au cas par cas, malgré les annonces d’un Gaston Flosse transformé, ces dernières semaines, en VRP. Voilà qui ressemble fortement à un dernier baroud d’honneur.
Fort de sa croissance économique et politique – les deux allant souvent de pair – le Tapura d’Édouard Fritch paraît inébranlable et peut se concentrer sur la venue présidentielle. Cette dernière, dans le contexte de crise actuelle, ne devrait pas ressembler à celle de François Mitterrand (en 1990), qu’a récemment décriée René Dosière, président de l’Observatoire de l’éthique publique : "Il avait fait un voyage en Polynésie avec 420 personnes,
deux Concorde et un autre avion... On avait refait la piste de Tahiti pour que le Concorde puisse atterrir."
"Bienvenue en Macronésie" pourrait être le message d'accueil adressé au président de la République, tant le gouvernement Fritch lui fait allégeance, au détriment de ses propres parlementaires.
À chaque visite présidentielle, son lot d’annonces et de demandes plus ou moins convenues. Le président Macron devrait revenir sur ses propos d’octobre dernier, tenus à la Réunion : "Les territoires d’Outre-mer français peuvent devenir de véritables hubs numériques. Hub numérique, c’est le souhait de la Polynésie française, que nous soutenons et encourageons." Il sera question de développement économique, de soutien de l’État, du "Centre de mémoire" sur le nucléaire et peut-être même d’une proposition d’inscription à l’ONU pour le ’ori tahiti… La nomination à confirmer du site de Teahupoo pour les compétitions de surf de Paris 2024 ne manquera pas d’être évoquée, alors même qu’elle a été accueillie avec une tiède acrimonie par des internautes métropolitains.
Le président Macron aime répéter à l’envi son "J’entends", les Polynésiens espèrent être entendus et, surtout, compris. Quand certains attendent des excuses pour les expérimentations nucléaires, de meilleures indemnisations, d’autres souhaitent des réponses à des questions tout aussi sensibles, dont nous dressons une liste non exhaustive, soufflées par l’historien Jean-Marc Regnault :
- Diriez-vous, M. le Président, que la France a une part d’Océanie en elle, comme vous aviez dit que la France a une part d’Afrique en elle ? (À cause du mythe des îles heureuses, à cause des guerres mondiales, à cause des essais qui ont permis à la France de devenir une puissance mondiale...)
- Quel est votre degré de reconnaissance du fait nucléaire ? Et, bien sûr, quel devrait être le degré de reconnaissance de la Nation ?
- Vous avez considéré que la colonisation était une faute. Pensez-vous que la France a suffisamment décolonisé la Polynésie ?
- Le président Fritch a dit, récemment, qu’il n’aimerait pas avoir à choisir bientôt entre l’Indo-Pacifique et les Routes de la soie. Ne croyez-vous pas que la géostratégie que vous proposez risque de remettre en cause l’autonomie qui, depuis quelques années, accordait de plus en plus de compétences en matière de relations extérieures ?
- À votre sens, la Polynésie française est-elle suffisamment intégrée dans son environnement océanien ? L’État ne devrait-il pas demander à ses collectivités d’Océanie d’accorder beaucoup plus d’importance à l’enseignement de l’histoire et de la géographie locales et régionales ? Et de récompenser cet enseignement par des diplômes qui intégreraient ces notions ? En la matière, actuellement, l’Inspection générale fait preuve d’un jacobinisme rétrograde...

Selon les réponses à ces questions, la visite permettra – ou pas – de refermer certaines blessures bien vivaces, même après
vingt-quatre ans d’abstinence nucléaire.

Ensemble, faisons bouger les lignes !
Bonne lecture, te aroha ia rahi.
La rédaction

Tahiti Pacifique