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Guerre contre la fécondité et blanchiment des enfants (témoignage d'un ex-cadre de la DAS)


Vendredi 22 Février 2019 - écrit par Marc Cizeron


J’aborde ici un sujet sensible et délicat à propos duquel je suis pressé d’écrire depuis longtemps par nombre de mes amis polynésiens et autres qui m’en veulent de garder le silence. Mais je sais que des dents vont grincer, que ces lignes vont provoquer une levée de boucliers et que l’on pourra dans la foulée me reprocher de ne pas avoir de chiffres ni de statistiques pour étayer mes hypothèses… Dans un article général et "tous publics", je m’en voudrais d’assommer le lecteur avec des chiffres que je tiens cependant à disposition au cas où il serait nécessaire un jour de développer le sujet… Il fallait donc, pour une question de conscience, que je me lance dans la description de faits dont j’ai été témoin et acteur durant trente ans de vie professionnelle au Service des Affaires sociales de Polynésie, devenu par la suite DAS, quand je l’ai quitté (au soulagement de ses dirigeants…), pour une retraite anticipée…



 En 1963, le taux de fécondité était ainsi de 6,3 enfants par femme… Il était encore de 3,1 enfants par femme, en 1992. Tableau de Philippe Dubois
 En 1963, le taux de fécondité était ainsi de 6,3 enfants par femme… Il était encore de 3,1 enfants par femme, en 1992. Tableau de Philippe Dubois
Il arrive parfois que les "réseaux sociaux" et autres médias évoquent le drame des enfants australiens aborigènes arrachés à leurs familles, durant les décennies 1950 à 1970 pour être placés dans des familles d’origine anglo-saxonne qui avaient pour mission en quelques sortes de les "blanchir".
Le même drame avait lieu au même moment en Amérique du Nord, quand les autorités canadiennes ont prôné à grande échelle l’enlèvement des enfants amérindiens de leurs familles, pour être parqués dans des institutions militaro-religieuses ou, entre autres abus, ils devaient être lavés de tout comportement indigène non conforme à la norme nord-américaine blanche puritaine et capitaliste.
Plus près de nous, administrativement parlant, le département d’outre-mer de la Réunion a été vidé d’une partie de ses enfants pauvres qui ont été envoyés sans retour en familles d’accueil, dans des départements ruraux français sous-peuplés durant les années 1960 à 1980, sur injonction de Michel Debré, alors député gaulliste parachuté à la Réunion.
On ne voit là que la partie émergée d’un iceberg de destruction de cultures non conformes à un modèle imposé, à travers le formatage des enfants qui, du regroupement des jeunes Indiens dans les missions religieuses en Amérique latine du XVIe au XIXe siècle, au génocide cambodgien des années 1970, en passant par les jeunesses hitlériennes ou communistes, fait toujours long feu aujourd’hui, ici et là dans le monde.
Alors durant les discussions sur ce thème, à Tahiti, il est de bon ton de dire, d’entendre dire et de se féliciter que, "heureusement", la Polynésie dans ses mésaventures coloniales, a au moins échappé à cette violence et à ces abus criminels et pourtant légaux perpétrés sur certains autres peuples indigènes...

Pourtant, il n’est pas besoin d’être un historien ou un scientifique chevronné pour constater, à la lumière de ce qui se passait en Polynésie dans les années 1970, 80, 90 et au-delà, que cette gangrène de l’assimilation par le blanchiment de l’enfance indigène a aussi touché nos îles, blanchiment couplé à une volonté des autorités locales et de l’État de limiter la reproduction des indigènes le plus possible (à défaut de les éradiquer) !

Bien entendu, cela s’est fait de manière sournoise et moins visible que ce qui se passait ailleurs, mais la Polynésie, compte tenu de sa faible population, a aussi été l’objet de telles opérations et d’une violence institutionnelle remarquable…


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"Tahiti paradis"

Des premiers explorateurs à aujourd’hui, le mythe du "Tahiti paradis" n’a pas beaucoup vieilli, il a plutôt changé de sens. De la beauté des îles, des lagons, des populations qui ont fait la réputation mondiale de la destination depuis plus de deux siècles – et qui en sont encore le principal moteur économique interne –, on est passé à un Eldorado d’une toute autre nature : celui des margoulins de tout poil et de tout horizon. Petit "pays", qui fait figure de riche dans un bassin géographique qui n’a pas encore livré toutes ses richesses, la Polynésie française a souvent été la cible d’hommes et de projets plus que douteux. À croire qu’elle n’a déjà pas assez affaire avec ceux qui y vivent…

Les vendeurs de couvertures chauffantes ont fait place à d’autres vendeurs, bien plus avisés et plus ambitieux. Je me souviens de ce projet d’une course internationale de voiliers – qui n’attirerait que des grands noms (!) – qui a fait flop, à la fin des années 1980. Mais ceci n’est rien en comparaison de ceux qui sont à deux doigts de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. À l’instar des promoteurs des "Îles flottantes", qui ont bien failli réussir leur coup (coût ?). Le gouvernement avait mordu à l’hameçon, avant de le recracher sous la pression populaire. À notre connaissance, et depuis ce désistement, les "Îles flottantes" n’ont toujours pas trouvé un lieu d’amarrage… Surprenant, pour un projet si novateur, non… ? Il faut croire qu’ailleurs dans le monde, on est un peu plus regardant.

Entre ce projet de milliardaires américains, et celui du financement du "Village tahitien" (version Flosse) par un milliardaire arabe, repoussé par le vote de la population, il faut déduire que c’est elle qui détient le bon sens. C’est peut-être pour cette raison qu’elle se montre sceptique quant aux projets plus ou moins avancés que sont le projet aquacole de Hao, dont les rendez-vous avec les investisseurs chinois ne cessent d’être repoussés, ou celui du "Village tahitien" version Fritch, dont la date des 200 jours pour la signature du protocole vient d’être dépassée. Les investisseurs néo-zélandais et samoans ne seraient-ils plus les hommes de la situation ? On n’ose croire que le maintien de Samoa sur la liste noire de l’Union européenne des paradis fiscaux y soit pour quelque chose... Il semble que les garanties financières ne soient pas au rendez-vous. On aurait certainement dû et pu se montrer plus regardant sur cet aspect lors de la candidature.

Mais à Tahiti, au paradis, on a tendance à faire un peu trop confiance et, parfois même, à n’importe qui. Vous ne me croyez pas ? Je vous invite à lire le sujet édifiant (voir page 6) sur une société condamnée en 2017 et pour laquelle le Pays offre son soutien !

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier

Luc Ollivier