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Heiva i Tahiti : Simone Grand, entre hommage et transmission


Vendredi 29 Novembre 2019 - écrit par Dominique Schmitt


Notre chroniqueuse des "Grandes plumes", qui possède notamment une formation en anthropologie, vient de publier un ouvrage intitulé ’Ua rē i te - Lauréats au Heiva i Tahiti. Dans ce nouveau livre, Simone Grand rend hommage au plus grand événement culturel du fenua, qu’elle qualifie
de "fait social total", avec pour objectif principal : la transmission.



Interview

Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?
"J’écris pour transmettre et partager ce que je sais à : mes enfants, petits-enfants, la famille, les amis et à tous ceux qui sont intéressés par un regard de l’intérieur sur la société polynésienne. Regard de métisse sur sa propre société. Je préfère le mot « métisse », à « demie » qui est une traduction littérale de l’anglais half-cast, terme en soi péjoratif. Or je considère qu’être issue de plusieurs origines ethniques et nationales est une richesse et non une mutilation. J’ai commencé par les soins traditionnels avec les tahu’a, tohunga, kahuna, en les rencontrant à Tahiti, puis en Nouvelle-Zélande et à Hawaii. Je me suis fait évaluer par l’université en présentant mon travail sous forme de thèse. Ensuite, j’ai publié, avec la même exigence intellectuelle, sur le tīfaifai, les mémoires de mon grand-père paternel, les mythes polynésiens des origines, les mots de la famille et, enfin, sur le Heiva. Le prochain sera sur mes tribulations dans les arcanes des problèmes juridiques et familiaux du foncier. Je vais tenter de l’écrire sur le mode humoristique, sans déroger à l’exigence de rigueur et de clarté. Donc le livre sur le Heiva fait partie d’un projet plus global d’une grand-mère de 76 ans qui veut transmettre ce qu’elle sait et a compris de cette société et de cette planète qui l’ont mise au monde, et où elle vit et observe."

Pour lire l'intégralité de cet interview, commandez Tahiti Pacifique n° 421 en cliquant ICI


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Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état

Essais nucléaires : le mépris détonant de l’état
Ô surprise, un communiqué envoyé par le haut-commissariat confirme que l’État français cède officiellement au Pays, à titre gratuit, l’ancien bâtiment du commandement de la Marine pour installer en Polynésie le futur centre d’archives, d’information et de documentation sur les essais nucléaires. Sis boulevard de la Reine Pomare, sur le front de mer de Papeete, ce site est donc voué à accueillir le futur Centre de mémoire, mais, comme nous l’avons pointé du doigt à maintes reprises (lire notamment notre édito “Centre de mémoire : on se souviendra surtout de l’ingratitude de la France envers la Polynésie…”, TPM n° 420, du 15 novembre 2019), il s’agit en réalité d’un cadeau empoisonné, puisqu’il contient de l’amiante et du plomb ! Aussi, ce sera au Pays de financer sa construction, ce qui paraît aberrant eu égard “la dette” que la France métropolitaine se doit d’honorer. L’affront hexagonal est alors monté d’un cran, lorsque l’Assemblée nationale a adopté, le 14 mai dernier, un projet de loi visant “la clarification” et une meilleure “interprétation” des règles d’indemnisation des victimes des essais nucléaires en Polynésie française, et ce, au beau milieu de “diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19” (lire pages 12 à 15)…

Cette disposition, qui avait été actée en séance le 3 mars dernier, mais dont la transmission avait été retardée en raison de la crise sanitaire, est ainsi un “cavalier législatif” qui rend applicable le seuil d’1 millisievert à tous les dossiers de demandes d’indemnisation. Autrement dit, c’est un retour à l’amendement scélérat dit “Tetuanui” tant décrié ! Tel un poignard planté dans le dos, ce “coup de Trafalgar” a été, de surcroît, manigancé depuis les hautes sphères parisiennes en l’absence des parlementaires polynésiens ! Une manière
cavalière de mener le bras de fer qui a indigné, par exemple, Moetai Brotherson, député polynésien et vice-président du Tavini Huiraatira. Et d’interpeller l’État français : “Qu’est-ce que le peuple polynésien vous a fait pour que vous nous détestiez autant ?” Dans une longue interview accordée à Tahiti Pacifique, il fustige le gouvernement central et évoque “une frilosité maladive à vouloir indemniser de façon respectable les victimes de ces essais” (lire pages 18 à 21). Les associations locales de défense, 193 et Moruroa e Tatou, représentées par Père Auguste et Hiro Tefaarere, tirent également à boulet rouge sur l’État et rejettent désormais à l’unisson le projet de Centre de mémoire. Dans les réactions que nous avons recueillies (lire pages 22-23), la notion de “crime contre l’humanité” est omniprésente et l’on connaît tous le coupable, bien qu’il n’ait toujours pas présenté ses excuses au peuple polynésien...

Enfin, un ingénieur retraité de la Direction des essais du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), Ghislain Houzel, qui a effectué de très nombreuses missions à Moruroa, de 1966 1997, et assisté à plus de 120 tirs, nous raconte l’horreur des essais nucléaires, sans langue de bois, au fil d’un entretien riche en anecdotes (lire pages 24 à 27). Vous l’aurez compris, c’est un numéro “collector” que nous vous proposons, avec une édition spéciale de
16 pages consacrées à ce douloureux sujet en Polynésie. La page du nucléaire, qui a profondément entaché les relations du fenua dans son histoire avec la Métropole, n’est toujours pas tournée. Le sera-t-elle un jour ? Aujourd’hui, nous avons un rêve : que cette question explosive soit gérée localement par “des hommes, de vrais hommes, avec des *** dans la culotte”, pour reprendre l’expression récente du président du Pays. Et puis, si d’aventure Emmanuel Macron se décidait à venir nous rendre visite un jour, nous aimerions lui dire : “Eh, Manu, tu redescends et tu dépollues ?

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt