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Humour : le caca maran !


Vendredi 15 Mai 2020 - écrit par Claude Méric




Crédit photo : DR
Crédit photo : DR
En cette période de bouleversements, énormément de sujets sont abordés, beaucoup de questions sont posées, plein de promesses sont avancées, mais les préoccupations journalières et tous les problèmes récurrents qui en découlent demeurent. Voici une suggestion pragmatique qui, sous son aspect anodin, peut résoudre quelques difficultés rencontrées dans la vie sociale.

Le cacamaran

L’IDÉE : des toilettes individuelles installées sur un mini-catamaran déplaçable à l’envi et suivant vos envies. En fait, une chaise percée, posée sur deux flotteurs avec un système économique pour la toilette.

POUR QUI ? : cela s’adresse aux particuliers qui sont proches d’un lagon, surtout dans les îles et dans les districts de Tahiti et de la Presqu’île, aux associations, collectivités, communes...

CONSTRUCTION : à chacun son style, à chacun de s’adapter, à chacun d’innover, surtout à chacun ses moyens.

Ce concept évoquera, pour certains anciens, des souvenirs nostalgiques. En effet, jusque dans les années 1970, les maisons semi-lacustres des îles, notamment à Huahine, étaient toutes dotées de toilettes individuelles sur pilotis (donc fixes sur le domaine maritime public) avec, tout proche, un parc en bois pour les crabes et tout autour des bancs de nape bien gras paressant à la surface du lagon.
C’est pourquoi le cacamaran, mobile sur le domaine public comme le sont tous les nombreux yachts et voiliers dans les lagons, est donc pourvu d’une cage grillagée, plus ou moins conséquente, renfermant diverses espèces de poissons coprophages, en un mot "merdivores". Ah ! Aquaculture, quand tu nous tiens ! Je laisse le soin aux scientifiques, aux techniciens et autres spécialistes de nous sélectionner les espèces les plus performantes hormis les nape (Squaretail Mullet) et les atoti (Dascyllus Trimaculatus) bien connus. Pour les personnes offusquées, on n’est pas obligé de manger ces poissons, ils peuvent servir de décoration, comme ceux qui étaient encagés le long du quai des voileux à Papeete.
Entre parenthèses, je rappelle que les meilleurs riz, les meilleurs poireaux et les meilleures fraises sont boostés à l’excrément (appelé fumier, lisier, purin, crottin, fiente, guano et j’en passe), ceci dans le cadre de l’agriculture biologique.
Cela me permet d’aborder le côté hygiénique du procédé : les différents microbes et diverses bactéries sont absorbés en même temps que les matières organiques par les poissons qui les digèrent et les éliminent. C’est vrai que ça reste à prouver, mais ce ne doit pas être pire que les traînées jaunâtres, visqueuses, flottant à la surface de la mer, rejetées par tous les W.-C. chimiques des différents bâtiments qui sillonnent ou qui sont ancrés dans les lagons ; même les nape n’en veulent pas.
Voyons maintenant le côté financier. Pour les ménages, des économies substantielles peuvent être réalisées grâce au cacamaran.
- À la construction d’abord : plus d’achat de fosse en béton ou en plastique qui risque en plus de devenir un gîte à moustiques ; plus de dépenses pour l’espace dédié, en général carrelé, dans la maison ; plus d’achat de cuvette avec système de chasse d’eau à deux vitesses.
- À l’entretien ensuite : plus d’achat de produit nettoyant de type Canard W.-C., plus d’achat de produit désodorisant de type Air Wick.
Plus d’achat de papier hygiénique double ou triple épaisseur : la solution la plus écolo reste l’utilisation de feuilles d’arbres placées préalablement dans un distributeur (voir photo ci-contre). Très vite, chacun se rapprochera de la nature et redécouvrira les richesses de la flore avec les différentes variétés de feuilles plus ou moins rigides, souples, larges, étroites, lisses, vernissées, satinées, soyeuses, rugueuses voire épineuses (des progrès en botanique pour tout le monde !). Pour les personnes à l’anus de bonne tenue, on peut envisager l’usage du bâton. Là encore, la richesse des différentes essences ravira les curieux qui trouveront la meilleure texture d’écorce ; les branches de lantana sauvage, de bougainvillier ou de rosier sont quand même à éviter (encore des progrès en botanique !). Pour les fesses plus fragiles et sensibles, on peut privilégier l’emploi d’une éponge naturelle trempée dans une réserve d’eau, au choix de l’usager : eau de mer puisée à l’avant, eau douce provenant de la pluie ou d’un distillateur solaire. Pour les bricoleurs, la pose d’une pompe à pied du type vidange pirogue, pour obtenir un jet d’eau sur les parties souillées, et l’installation d’un propulseur à pédales, genre pédalo – dont l’hélice peut servir de broyeur – les jours de constipation, seront les bienvenues : "Un véritable W.-C. japonais à moindre coût."
Plus de chasse d’eau : la baisse très sensible de la consommation d’eau (au moins 20% pour une famille) se répercute sur la facture d’eau du ménage. De plus, toutes ces baisses de consommation des particuliers se retrouvent au niveau des fournisseurs d’eau, en général les communes, qui dépensent des fortunes pour rendre l’eau potable et la facturer toujours très chère, eau que chacun gaspille allègrement dans les W.-C. classiques. Moins de consommation entraîne plus d’eau disponible à des fins plus utiles pour tout le monde.
Au niveau de la collectivité, le cacamaran renforcera la mixité sociale : les riverains terriens se sentiront plus proches du monde des marins sur leurs fières latrines flottantes.
Chacun pourra personnaliser son embarcation d’aisance et lui donner un côté esthétique. L’appel à des sponsors et à la publicité reste possible, les communes peuvent imposer un style, une couleur pour fédérer les familles, dans un projet du genre "J’embellis ma commune". Les associations peuvent organiser des rencontres, des courses humoristiques, comme celles de caisses à savon ou de baignoires en Europe ou aux États-Unis et attirer ainsi des touristes éblouis par tant d’originalité.
Enfin, le cacamaran peut permettre à chacun de nous de redécouvrir le fameux "sens de la mer". Pour ancrer ses toilettes, il devra être tenu compte de la direction des vents et des courants pour éviter les désagréments olfactifs et visuels.
Je ne sais pas si ce cacamaran est marrant mais, ce qui est sûr, c’est qu’il produit du marron. Il est surtout là pour redonner tout le sens propre aux deux expressions bien populaires "emmerder son voisin" et "se faire emmerder par le voisin".

Claude Méric, vice-consul
de Patagonie en Polynésie française


PS : cette création humoristique, un peu loufoque, est une utopie quant à son application réelle mais, dans le fond, on sent bien qu’il y a là matière à réflexion.


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Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !

Entre crise et remaniement, la rentrée sera mouvementée !
La tournure qu’a prise “l’affaire Radio Tefana” impliquant Oscar Temaru a indigné un grand nombre d’entre nous. Après le grand recul de l’État français sur les indemnisations des victimes des essais nucléaires en Polynésie, dont le mépris détonant a explosé à la figure du Pays, la volonté de “dépayser” (à Nouméa finalement) le procès opposant le procureur de la République, Hervé Leroy, au leader indépendantiste interroge… Si la présidente du tribunal considère qu’il n’est pas envisageable de juger le responsable du parquet de sa propre juridiction, l’avocat de M. Temaru estime, lui, qu’il s’agit d’un “déni de démocratie”. Pour rappel, alors que le conseil municipal de Faa’a a accordé la protection fonctionnelle à son édile pour payer ses frais de justice liés à l’affaire Radio Tefana, M. Leroy a exigé une saisie pénale de 11,55 millions de Fcfp sur le compte personnel de M. Temaru. Pour protester contre cette opération “injustifiée” et un “acharnement judiciaire de l’État français à son encontre”, ce dernier a ainsi entrepris une grève de la faim le 8 juin. Ne parvenant pas à obtenir une audience avec M. Leroy, malgré le soutien d’une centaine de sympathisants réunis devant le palais de justice, M. Temaru l’a finalement assigné en référé pour “atteinte à la présomption d’innocence”.

La polémique gronde et défraye la chronique, ici et ailleurs, la presse nationale se demandant même “à quoi joue l’État ?”. Ce qui est indéniable, c’est que M. Temaru, souvent cantonné au rôle de martyr, a cette fois bénéficié d’une mobilisation importante et su fédérer les cœurs, bien au-delà d’un parti politique. En obtenant le soutien de nombreuses personnalités de tous horizons, ainsi que d’une vingtaine d’associations, de confessions religieuses, de syndicats ou de partis politiques rassemblés au sein du collectif Nuna’a a ti’a ("Peuple lève-toi, avance pour la paix") – à l’origine de la marche du 20 juin –, il s’est imposé en Metua (“père spirituel”). Par sa détermination et son pacifisme, on ne peut s’empêcher de penser à Pouvana’a a Oopa, condamné et exilé en 1959 pour un crime qu’il n’avait pas commis, bien que “le manque de recul” ne permette pas la comparaison, selon le spécialiste du sujet Jean-Marc Regnault, l’une des grandes plumes de Tahiti Pacifique et chroniqueur des “Pages d’Histoire”. D’ailleurs, l’historien publie simultanément deux ouvrages aux éditions ’Api Tahiti, qui lancent la série “Rivalités et moins si affinités” : Gaston Flosse, un Chirac des tropiques ? et Oscar Temaru, l’Océanie au cœur (lire page 12). Et l’auteur de mettre en perspective les deux hommes politiques, éternels “meilleurs ennemis” : “En 2020, ils entretiennent l’ambiguïté. Vont-ils s’entendre contre l’État pour en finir avec le statut d’autonomie dont ni l’un, ni l’autre ne veulent plus ? Vont-ils s’entendre pour tenter de chasser un gouvernement autonomiste qui ne gouverne pas vraiment différemment (…) ? Rivalités, donc, mais desquelles peuvent naître des affinités… électives ou autres.” L’avenir nous le dira, mais on sent bien que ce gouvernement – qui préfère poser du gazon synthétique sur le front de mer plutôt que miser sur la permaculture et les jardins partagés pour pallier la crise socio-économique inéluctable – ne parvient pas à satisfaire la majorité de la population. Aussi, le divorce est consommé au sommet du gouvernement, et il se murmure déjà qu’un remaniement ministériel est imminent…

C’est donc une rentrée mouvementée qui s’annonce ! En attendant, je profite de l’occasion pour vous informer que la rédaction de Tahiti Pacifique fera une trêve durant le mois de juillet, et ce chaque année, afin de permettre à tous les journalistes, chroniqueurs et autres contributeurs qui le souhaitent de prendre des congés annuels mérités et se ressourcer. L’objectif est aussi de mieux vous retrouver, avec toujours plus de dossiers de fond et encore d’autres nouveautés ! Les parutions de votre magazine préféré reprendront à compter du vendredi 7 août, toujours au rythme bimensuel. Merci pour votre confiance et à très bientôt.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique SCHMITT