Menu


Ice : laisse pas traîner ton fils



Crédit photo : Tahiti Infos
Crédit photo : Tahiti Infos
L'ice fait des ravages au fenua. Selon nos sources judiciaires, on estime que 10 % de la population en consomme aujourd'hui en Polynésie ! Comment a-t-on pu en arriver là ? Depuis le démantèlement du premier réseau, dit "Vahine Connection", en septembre 2008, les procès se multiplient et les affaires s'enchaînent à une vitesse terrifiante. Aussi, cela fait quatre ans que les saisies se quantifient non plus en centaines de grammes, mais en kilogrammes. Et désormais, les "bad boys" n'hésitent pas à se parer d'armes à feu pour défendre leur dope. En début d'année, on découvrait avec stupéfaction l'existence d'un premier laboratoire à Tautira, qui fabriquait de l'ice. Le mois suivant, un second labo était encore mis à jour à la Presqu'île, dont l'activité tournait depuis fin 2017. Et puis, le 25 mars dernier, on apprenait qu'un homme décédé en 2018, dans le cadre d'un vaste trafic d'ice, était en réalité une "mule" qui avait ingéré un demi-kilo de méthamphétamine.
La série américaine à succès Breaking Bad, dans laquelle un professeur de chimie met ses connaissances à profit pour fabriquer et vendre du crystal meth afin de subvenir aux besoins de sa famille, aurait-elle inspiré localement ? Tout porte à le croire, malheureusement. Pourtant, même les amateurs de marijuana, une drogue dite "douce", mettent en garde la jeunesse contre ce poison fatal, à l'instar de Fenua Style, qui chantait déjà il y a une dizaine d'années "Ice, ice, t'es cuit". Cette drogue de synthèse psychostimulante n'a rien de naturel, elle est fabriquée à partir d’éphédrine ou de pseudo-éphédrine (un décongestionnant nasal) à laquelle des produits d’entretien domestiques dangereux sont rajoutés : lithium de batterie, solvants industriels, ammoniac, iode, acide chlorhydrique… Une seule prise peut rendre dépendant le consommateur qui, passés les sentiments d'euphorie et de confiance en soi, sombre dans une violente descente aux enfers. Hommes et femmes d'affaires, fonctionnaires, guides touristiques, sportifs de haut niveau… personne ne semble épargné, toutes les tranches d'âges et les couches sociales sont atteintes.
En 2018, ce sont 122 personnes qui ont été jugées ou mises en examen. Un chiffre alarmant qui ne doit pas se banaliser. S'il faut poursuivre les campagnes de prévention choc pour sensibiliser les jeunes, il est urgent d'accompagner également les victimes d'addiction dans des structures adaptées. Le gouvernement envisagerait enfin la création d’un centre de post-cure pour accueillir des patients après la phase de sevrage ou, pour ceux qui refuseraient d'être hospitalisés en institution, la mise en place d'une prise en charge à domicile pour leur apporter la médication et l’aide médico-psychosociale. Il faut agir, et vite, car chaque jour nos enfants peuvent être abordés par ces fossoyeurs sans scrupule. Alors, on est pris d'un besoin irrépressible de scander un refrain culte de Suprême NTM : "Laisse pas traîner ton fils, si tu ne veux pas qu'il glisse, qu'il te ramène du vice". Tous ensemble, familles, médecins traitants, infirmiers, services sociaux, éradiquons cette "faucheuse" qui gangrène notre paradis, et sourions à la vie !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Vendredi 5 Avril 2019 - écrit par Dominique Schmitt


Continuez la lecture
< >

Vendredi 31 Mai 2019 - 09:27 Un dernier pour la route


Dominique Schmitt

Nouveau commentaire :

Dossiers | L'Actu | Culture | Edito | Abonnement | Numéros | Archives | Pacifique | Grandes plumes | La chronique d'Alex Du Prel




Nucléaire : souriez… vous êtes irradié !

Nucléaire : souriez… vous êtes irradié !
S’il est un sujet qui défraye la chronique en ce début de mois de juin, c’est bien la question explosive des refus d’indemnisations des victimes des essais nucléaires suite à l’amendement dit “Tetuanui”, tant décrié. Si la suppression du “risque négligeable” en 2017 avait été saluée par tous, la réintégration d’un “seuil minimum” ne passe pas… En effet, la modification de la loi Morin réalisée discrètement pendant les fêtes de fin d’année, le 28 décembre dernier, par un amendement inséré au projet de loi de finances 2019 reste en travers de beaucoup de gorges. Concrètement, cette recommandation de la commission “Égalité réelle outre-mer” (Erom), présidée par la sénatrice Lana Tetuanui, qui a été retenue par le gouvernement central puis validée par le Parlement, empêche désormais l’indemnisation des victimes ayant séjourné en Polynésie entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998, dès lors que le Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen) a établi que la dose annuelle de rayonnements ionisants reçue est inférieure à un milliSievert (mSv). 
Les conséquences sont tombées comme un couperet le 4 juin, lorsque le tribunal administratif a rendu douze jugements concernant des demandes d’indemnisation rejetées. Face à un contexte très tendu, le président du tribunal s’est même fendu d’un communiqué pour expliquer les décisions prises : deux requérants ont obtenu l’annulation de leurs affaires et un droit à l’indemnisation (la veuve d’un ancien employé du CEP décédé d’un cancer du poumon et un ancien militaire atteint d’un cancer de la vessie), mais les dix autres requêtes ont été balayées par la juridiction en raison du “seuil désormais fixé par la loi”.
Eliane Tevahitua, représentante Tavini Huira’atira à l’assemblée de la Polynésie française, n’a pas tardé à charger Lana Tetuanui en qualifiant l’amendement porté par l’élue du Tapura de “scélérat” . Elle a fustigé aussi le gouvernement : “Le Civen se fonde exclusivement sur le tableau dosimétrique de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), un EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial, ndlr) placé sous la tutelle du ministre de la Défense, qui, comme par hasard, ne trouve en Polynésie que des niveaux de radioactivité en deçà de 1 mSv après 1974. Monsieur le président, croyez-vous sincèrement qu’un pays comme le nôtre qui a reçu l’équivalent de 800 fois la bombe d’Hiroshima, puisse présenter des niveaux dosimétriques similaires à ceux d’un pays préservé de toute expérimentation nucléaire tel que la France ?”, posant ainsi une question orale au sein de l’hémicycle. S’en est suivi alors un crêpage de chignons, place Tarahoi, lorsque le porte-parole du président, Jean-Christophe Bouissou, a contre-attaqué sans répondre directement en demandant à la représentante souverainiste si elle ne se sentait pas elle-même “coupable de mensonge par omission en oubliant de dire aux Polynésiens que le député Moetai Brotherson (…) était lui aussi membre de la commission Erom”. Et de conclure : “Arrêtez vos niaiseries nuisibles. (…) Les victimes méritent mieux que vos propos nauséabonds.
Au-delà de ces énièmes enfantillages qui ne servent pas la cause, il y a une phrase qui restera dans les mémoires et qui est déjà tristement culte, celle de la même Lana Tetuanui qui affirme : “Quand on connaît les méfaits du tabac, et les risques de cancer que l’on peut développer, il n’appartenait pas à l’État de venir indemniser tous les fumeurs abusifs et ayant contracté le cancer en Polynésie ou à la suite de leur séjour en Polynésie.” Une comparaison pour le moins fumeuse, car la différence majeure, faut-il le préciser, c’est que l’on choisit de fumer, tout comme l’on choisit de consommer du sucre ou boire de l’alcool… mais pas d’être irradié ! La page du nucléaire au fenua est loin d’être tournée.

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique Schmitt