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Impressions Calédonie d’avant et d’aujourd’hui

"Impression, soleil levant" peignait Claude Monet. C’est d’impressionnisme dont il sera question ici.



Le fameux "Cœur de Voh" immortalisé par Yann Artus-Bertrand. Crédit photo : Frenchytahiti [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)]
Le fameux "Cœur de Voh" immortalisé par Yann Artus-Bertrand. Crédit photo : Frenchytahiti [CC BY-SA 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)]
Avant d’aller réfléchir intensément à des sujets hautement intellectuels (colloque Démocratie, souveraineté et autodétermination dans le Pacifique, organisé par l’Australian National University et l’Université de la Nouvelle-Calédonie, fin juin 2019), il nous a semblé raisonnable de "tâter" le terrain sur le Caillou. En effet, le colloque visait largement son avenir, quelques mois après le référendum qui créa la surprise avec un pourcentage plus élevé que prévu en faveur de l’indépendance (plus de 43 %) et en pleine crise politique, puisque les forces politiques (dites loyalistes) n’étaient pas parvenues à s’accorder sur la personnalité qui dirigerait le gouvernement avant le 28 juin.

D’où l’idée de passer une semaine dans la province Nord pour tenter de comprendre les évolutions économiques, politiques et sociales qui pourraient expliquer le résultat du référendum.

Une précision capitale : cet article n’a rien de scientifique. Il évoque des impressions, des contacts partiels, mais cette expérience à mi-chemin du farniente et de l’observation peut se révéler riche et contredire des clichés véhiculés sur ce pays qui a connu tant de drames.

Et des clichés, il y en a… Dès la descente d’avion, j’ai failli regretter et l’organisation de ce séjour et d’y avoir entraîné mon épouse. En effet, chez le loueur de voiture, je pose une question un peu naïve sur l’état des routes dans le grand Nord où nous n’étions plus retournés depuis une quinzaine d’années. Le loueur (en fait une loueuse ou peut-être une loueure, je ne sais plus trop comment n’offenser personne) ne devait pas avoir mis les pieds là-haut de sa courte vie. Mais voilà qu’une "Calédonienne" s’interpose et commente doctement : "Le problème ce n’est pas l’état des routes, c’est que là-haut, c’est chaud en ce moment." En juin, me dis-je fort de mes expériences, il devrait faire plutôt frais. "Non, poursuivit la dame, c’est qu’ils (comprenez les Kanaks) sont mécontents de ne pas avoir le président qu’ils espéraient." J’avoue avoir eu la trouille un moment. Je n’avais que trop connu l’histoire du pays et de ses violences qui, à certains moments, peuvent frapper n’importe quel visage pâle ou rose selon l’état de votre vue. Je posais donc des questions : y a-t-il des manifestations ? Des exactions ? Quoi d’autre ? "Soyez prêts à tout et ayez toujours avec vous une bouteille de whisky, la seule chose qui pourrait les calmer." Après avoir remercié la dame pour ses précieux conseils, dont je n’avais nullement l’intention de tenir compte, je pris le volant, agacé tout autant par les propos entendus que par la crainte qui, bien malgré moi, m’avait étreint.

Une halte – avant d’aborder le Nord – dans les petites communes de Sarraméa et de Farino, nous remit les idées en place et une excursion dans le parc des Grandes Fougères évacua tout stress.

Le danger qui nous préoccupa immédiatement, ce fut l’audace des automobilistes, toutes ethnies confondues, audace encouragée par le fait que sur la plus grande partie des routes (y compris à deux voies), la vitesse est autorisée jusqu’à 110 km/h. C’est dire que vous êtes allègrement doublé sur des tronçons périlleux par des véhicules lancés à plus de 120 km/h. De quoi rendre surréaliste le débat métropolitain entre les partisans du 80 et ceux du 90 ! On comprend mieux la violence des chocs sur les routes calédoniennes avec le cocktail vitesse, alcool, drogue et inattention…
Bien sûr, pas besoin de GPS (pas plus qu’à Tahiti) puisqu’il n’y a qu’une route qui mène au Nord, mais la signalisation pêche visiblement si on veut visiter tel ou tel site balnéaire, historique, industriel ou touristique. Je vous mets au défi de trouver le chemin qui conduit au fameux "Cœur de Voh," immortalisé par Yann Artus-Bertrand, ou aux sites miniers, dont on nous dit qu’ils assurent la richesse du Caillou (en fait 8 % du PIB et 20 % des emplois directement ou indirectement)…

Beauté des paysages et gentillesse des Kanaks

Mieux vaut être bien informé des réalités locales et ne pas se fier aux cartes routières. Des localités qui figurent sur celles-ci, vous les traverserez sans le savoir car, circulez, il n’y a rien à voir. Des "villes" ou ce qui pourrait y ressembler, vu la taille de ses lettres sur la carte, devraient vous permettre une halte et une détente dans un salon de thé. Tu parles… Allez donc à Poum, à l’extrémité nord du Caillou, et vous rencontrerez des touristes ébahis se demandant où est le "centre-ville", d’une ville qui n’existe pas. En cherchant bien, vous verrez une poste dans une construction qui a tout du mini-bunker et, un peu à l’écart de la route, vous
trouverez un magasin et une pompe à essence, mais mieux vaudrait que vous ne soyez pas un fanatique de la consommation.

Donc, dès qu’on dépasse Koné, la capitale de la province Nord, avec un équipement tout à fait honorable (un urbanisme surdimensionné, sans doute pour prévoir l’avenir), la vie doit être assez difficile si l’isolement n’est pas une vocation.

Assez rapidement, le touriste est impressionné par la beauté des paysages, par l’immensité et le faible peuplement, par la gentillesse des Kanaks… et par des hôtels remarquablement équipés, même dans les lieux les plus improbables (et avec fibre optique, alors qu’à Nouméa, de grands hôtels ont un internet poussif).
À 25 km de Poum, par exemple, après un itinéraire mi-route, mi-piste, apparaît (je choisis bien le verbe) un établissement qui se veut "gallo-mélanésien", parce que les propriétaires ont fabriqué des tables en pierre ressemblant aux fameux dolmens gaulois et construit un décor surprenant au bord d’une plage de rêve.

Ce qui a changé, c’est l’atmosphère apparente

Ajoutons que la propreté sur le bord des routes et dans les lieux habités est remarquable (sauf exception) : la Polynésie a des leçons à prendre. Quant aux curieux que nous sommes, ils trouvent une certaine permanence, comme si peu de choses avaient changé en trente ans. Nous parlons de l’activité économique qui ne semble pas avoir décollé autant que nous l’imaginions, mais on nous dit qu’elle est bien cachée (dont acte). Précisons apparente car il faut se méfier des impressions fugitives, là où le feu couve peut-être sous les cendres. Bien sûr, en 1991-92, à Hienghène, il ne fallait pas attendre de sourire de la part des Kanaks, quand on ressemblait à ce que nous étions… En 2019, le contact est facile et le dialogue s’établit sans forcer, alors que le vote en faveur de l’indépendance avait frôlé les 95 % en novembre dernier. On le ressent bien, la revendication indépendantiste est omniprésente dans le Nord : des drapeaux du FLNKS partout sur le bord des routes et devant les habitations et des slogans "Kanaky aux Kanaks".

À croiser des gendarmes équipés de gilets pare-balles, on se dit que tout n’est pas rose et violette, mais à aucun moment nous, simples touristes, n’avons ressenti la moindre crainte. Nous n’avions pas eu la même impression à Canala, en 2011…

Ce que nous attendions, c’était de prendre la route dite traversière, celle qui joint Koné à la côte Est, une route tracée à grand renfort de travaux périlleux pour satisfaire les Kanaks qui s’estimaient trop isolés par la chaîne centrale. Les Accords de Matignon et de Nouméa ont eu du bon sur ce plan. Nous avions emprunté cette voie en construction, encore à l’état de piste. Aujourd’hui, c’est une magnifique route, bien entretenue, offrant des vues impressionnantes. Elle avait été entreprise aussi pour le développement économique de la côte Est. À première vue, pas de résultats probants et pas un meilleur équipement pour accueillir les touristes (sauf à Hienghène). De retour à Nouméa, nos amis Calédoniens n’ont que partiellement corrigé notre analyse. D’une façon générale, le tourisme ne semble pas une priorité, malgré ce qu’on appelle "les grands hôtels", dont trois sont en province Nord. Les prix pratiqués sont d’ailleurs plutôt excessifs, comme ils le sont du reste dans les rares restaurants de la région (même chose à Nouméa).

Entre le portefeuille et l'identité

Pour en arriver à des considérations plus politiques, nous avons eu le sentiment que si les Kanaks, comme beaucoup de peuples qui estiment être encore victimes du colonialisme ou de ce qui y ressemble, sont partagés entre le portefeuille (apport important de la France) et l’identité, cette dernière aurait tendance à prévaloir, mais pas trop. En fait, comme nous avons eu l’occasion de l’écrire déjà, tout se jouera, lors des prochains référendums sur l’affrontement entre le portefeuille et l’identité. Or, l’évolution de ce dernier aspect est difficilement prévisible. Il dépend de tendances profondes et de conjonctures particulières, notamment d’erreurs des opposants à l’indépendance. Mieux encore, au-delà de l’identité kanak, se développe un sentiment océanien qui peut agréger aux Kanaks les Wallisiens, par exemple, et peut-être un jour, les Polynésiens installés sur le Caillou.

Pour en revenir aux impressions personnelles (qu’il faut prendre pour ce qu’elles valent), je me suis souvenu de ce que m’avait un jour confié Didier Leroux, un anti-indépendantiste qui était très opposé à Jacques Lafleur : "La paix sera durable le jour où tout le monde aura accepté l’idée que la Calédonie est une terre kanak". Depuis cette conversation, cette idée a très certainement fait son chemin… mais pas suffisamment. Trop d’habitants du Sud méconnaissent encore le monde kanak.

Le touriste qui écrit ces lignes ne peut s’empêcher de tomber dans le sentimentalisme. Un si beau pays, si grand, si potentiellement riche : il y a de la place pour tout le monde… si chacun reste à sa place et respecte la place des autres ! Ce qui implique que quelques privilèges soient remis en cause…

Jeudi 25 Juillet 2019 - écrit par Jean-Marc Regnault


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Jeudi 8 Août 2019 - 19:20 La nature de l’art


Jean-Marc Regnault

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Équipement du Pays : mépris de l’environnement, gabegie et incompétence…

Équipement du Pays : mépris de l’environnement, gabegie et incompétence…
Le Pays vient encore d’être pris la main dans le sac. Une enquête pour “terrassement illégal et rejet de matières polluantes” a été en effet ouverte par le parquet, après la construction du remblai de 18 hectares sur le lagon ceinturant l’ex-hôtel Maeva Beach, à Outumaoro, ont révélé nos confrères de La Dépêche de Tahiti. Une information judiciaire a ainsi été engagée suite au dépôt, entre 2013 et 2015, de 110 000 mètres cubes de terre et matériaux sur le site de développement touristique dit “Mahana Beach”, laissant craindre plusieurs risques environnementaux, à terre et en mer. Le fait que ces opérations, menées par l’ancien puis l’actuel présidents de la Polynésie française, Gaston Flosse et Édouard Fritch, aient été réalisées dans le plus grand mépris du Code de l’urbanisme et du Code de l’environnement jette l’opprobre, une fois de plus, sur le gouvernement local… Un scandale politico-environnemental qui rappelle amèrement l’affaire des bonbonnes toxiques immergées à bord du Kura Ora II, en début d’année, où trois responsables de services du Pays seraient impliqués. Une aberration d’autant plus révoltante que le 30e Congrès des communes qui vient de se tenir aux Gambier était placé sous le thème “Nos liens à l’environnement”. L’objectif étant de “sensibiliser l’élu communal et chaque participant, en tant qu’individu, être humain et citoyen, sur ses habitudes et les conséquences de ses actes sur son cadre de vie”. Cerise sur ce gâteau de très mauvais goût, 180 élus communaux venus des quatre coins de la Polynésie se sont réunis à Rikitea, située à… 1 643 kilomètres de Papeete ! Un choix peu judicieux, sur le plan financier certes, mais surtout écologique.
De son côté, on notera que le CESC est devenu le CESEC, le Conseil économique, social, environnemental et culturel de la Polynésie française (prononcer “cézék”), et s’est engagé à intégrer les préoccupations de développement durable dans l’ensemble de ses avis présentés au gouvernement. Non seulement, les grands travaux conduits par le Pays ne respectent pas l’environnement, mais ils sont aussi, souvent, la source d’une gabegie effarante. Pour exemple, l’installation de feux tricolores à Mahina pour la modique somme de 40 millions de Fcfp, qui n’ont pas fonctionné pendant plus d’un an ni réglé le problème de la circulation. On pense également à l’inutile passerelle Taina, construite à Punaauia, qui a coûté 152 millions de Fcfp alors qu’elle est à peine empruntée. Que dire en outre de l’aménagement du front de mer de Papeete prévu par le ministère de l’Équipement, alors que la première tranche a été inaugurée il y a un an déjà ? On nous explique qu’après avoir détruit le carrefour du Pacifique pour empêcher les usagers de la route de tourner à gauche sur l’avenue Prince Hinoi, on va désormais démolir le terre-plein central afin de réaménager le carrefour à feux à la sortie de la gare maritime, pour pouvoir tourner à gauche vers le giratoire de la base marine.
Selon la formule consacrée, le ministre ad hoc remercie à chaque fois par avance la population de sa “compréhension pour les désagréments occasionnés par ces travaux”. On le conçoit bien, soit, mais pas lorsque ceux-ci se font au détriment du développement durable ou sans aucune logique économique. On construit, on déconstruit, puis on reconstruit au même endroit… Gaspillage à tous les étages ! Pendant ce temps, la fermeture du viaduc de la Punaruu a créé d’énormes bouchons sur la côte ouest, un projet de trois lotissements à Moorea suscite l’indignation des riverains et la troisième voie à Punaauia n’est toujours pas terminée deux ans après le démarrage du chantier (évalué à 574 millions de Fcfp). Cette incompétence latente, mise en exergue par plusieurs rapports de la Chambre territoriale des comptes visant différents services du Pays, porte à nous interroger sur la bonne gestion de nos deniers, qui pourraient servir à d’autres causes. Car, en attendant, Théodore Tehau, SDF de 48 ans, est la sixième personne en grande précarité et à la rue qui est décédée cette année, comme l’a rappelé Père Christophe. D’ailleurs, sachez que le vicaire de la cathédrale de Papeete n’a reçu, pour l’heure, qu’un peu plus de 6 millions sur les 150 millions de Fcfp nécessaires à la création d’un nouveau centre d’accueil Te Vai-ete. Et puis, la Faucheuse a déjà tué 24 personnes sur nos routes en 2019. Si on y réfléchit bien, il y a moyen de trouver des investissements plus concrets, c’est sûr.

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.
Dominique Schmitt

Dominique Schmitt