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Interview : Moetai Brotherson Le gendre idéal ?


Vendredi 11 Janvier 2019 - écrit par Luc Ollivier


Le député indépendantiste Moetai Brotherson, élu de la 3e circonscription, numéro deux du Tavini Huiraatira’a, derrière son beau-père Oscar Temaru, est promis à sa succession. Ce jeune loup de la politique tente de dépoussiérer un parti qui tourne en rond, stagne, quitte à bousculer les hommes et les habitudes. Est-il l’homme du renouveau, celui qui mènera la Polynésie française à son indépendance ? Encore trop tôt pour le dire. En attendant, il est notre témoin pour dresser un bilan politique, économique et social de l’année 2018 et porter un regard sur 2019, voire sur 2020, où des alliances, ou listes d’union, sont à envisager pour les élections communales. (Entretien réalisé en décembre dernier)



Crédit photo : Dominique Schmitt
Crédit photo : Dominique Schmitt
Comment vous portez-vous après une année 2018 particulièrement chargée, en raison notamment de vos nombreux déplacements à l’Assemblée nationale ?
Je voyage la plupart du temps en classe éco, mais j’ai la faculté de bien dormir dans les avions et donc de bien récupérer du décalage horaire et je pense que si je n’avais pas ces deux capacités-là, je serais déjà mort. J’ai effectivement déjà effectué une bonne vingtaine de déplacements en France et j’ai atteint mon quota de député, si bien que lors de mon précédent voyage j’ai dû prendre sur mes miles pour aller faire une intervention à l’Assemblée nationale.

Quel bilan tirez-vous de vos actions, vos interventions à l’Assemblée nationale, qu’elles concernent le plan local ou le plan national comme la probité des élus ?
Cette proposition de loi suit son cours et elle est actuellement examinée au Conseil d’État. Je dois avoir une série de réunions pour voir ce qu’ils en pensent, s’il y a des suggestions, des corrections… car la subtilité de la langue française est telle qu’il suffit d’une virgule pour que le fond change. On devrait donc se voir mi-janvier et normalement, début mars, la loi sera examinée à l’Assemblée nationale dans ce qu’on appelle la niche du groupe GDR (Gauche démocrate et républicaine, ndlr) auquel j’appartiens.
Il y a des réfractaires à cette loi, ceux qui se sentent visés, mais je pense que la grande partie des collègues que j’ai rencontrés sont pour. Par contre, ils veulent s’assurer que les garde-fous juridiques sont bien en place. Il ne s’agit pas de mettre un terme définitif à la carrière politique de quelqu’un pour des choses qui ne seraient pas suffisamment graves pour le justifier...

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"Tahiti paradis"

Des premiers explorateurs à aujourd’hui, le mythe du "Tahiti paradis" n’a pas beaucoup vieilli, il a plutôt changé de sens. De la beauté des îles, des lagons, des populations qui ont fait la réputation mondiale de la destination depuis plus de deux siècles – et qui en sont encore le principal moteur économique interne –, on est passé à un Eldorado d’une toute autre nature : celui des margoulins de tout poil et de tout horizon. Petit "pays", qui fait figure de riche dans un bassin géographique qui n’a pas encore livré toutes ses richesses, la Polynésie française a souvent été la cible d’hommes et de projets plus que douteux. À croire qu’elle n’a déjà pas assez affaire avec ceux qui y vivent…

Les vendeurs de couvertures chauffantes ont fait place à d’autres vendeurs, bien plus avisés et plus ambitieux. Je me souviens de ce projet d’une course internationale de voiliers – qui n’attirerait que des grands noms (!) – qui a fait flop, à la fin des années 1980. Mais ceci n’est rien en comparaison de ceux qui sont à deux doigts de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. À l’instar des promoteurs des "Îles flottantes", qui ont bien failli réussir leur coup (coût ?). Le gouvernement avait mordu à l’hameçon, avant de le recracher sous la pression populaire. À notre connaissance, et depuis ce désistement, les "Îles flottantes" n’ont toujours pas trouvé un lieu d’amarrage… Surprenant, pour un projet si novateur, non… ? Il faut croire qu’ailleurs dans le monde, on est un peu plus regardant.

Entre ce projet de milliardaires américains, et celui du financement du "Village tahitien" (version Flosse) par un milliardaire arabe, repoussé par le vote de la population, il faut déduire que c’est elle qui détient le bon sens. C’est peut-être pour cette raison qu’elle se montre sceptique quant aux projets plus ou moins avancés que sont le projet aquacole de Hao, dont les rendez-vous avec les investisseurs chinois ne cessent d’être repoussés, ou celui du "Village tahitien" version Fritch, dont la date des 200 jours pour la signature du protocole vient d’être dépassée. Les investisseurs néo-zélandais et samoans ne seraient-ils plus les hommes de la situation ? On n’ose croire que le maintien de Samoa sur la liste noire de l’Union européenne des paradis fiscaux y soit pour quelque chose... Il semble que les garanties financières ne soient pas au rendez-vous. On aurait certainement dû et pu se montrer plus regardant sur cet aspect lors de la candidature.

Mais à Tahiti, au paradis, on a tendance à faire un peu trop confiance et, parfois même, à n’importe qui. Vous ne me croyez pas ? Je vous invite à lire le sujet édifiant (voir page 6) sur une société condamnée en 2017 et pour laquelle le Pays offre son soutien !

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier

Luc Ollivier