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L'ÉDITO - Procès de l'affaire Radio Tefana : la montagne accouche d'une souris…



Après quatre jours de procès intense dans le cadre de l'affaire Radio Tefana, le procureur de la République, Hervé Leroy, a requis à l'encontre d'Oscar Temaru une amende de 5 millions de Fcfp. Poursuivi pour "prise illégale d'intérêts" et soupçonné d'avoir utilisé l'antenne locale comme "outil de propagande" pour servir ses intérêts politiques, le maire de Faa'a ne devrait pas avoir de peine d'inéligibilité in fine et pourrait même être relaxé. Il faut dire que le leader du parti souverainiste s'est entouré d'une paire d'avocats redoutables pour le défendre et a su jouer les martyrs en mobilisant plus de 250 militants devant le tribunal correctionnel. Face à un magistrat qui n'a pu que reconnaître en M. Temaru "un homme moralement et intellectuellement honnête", qui n'est pas "un corrompu", MMe Jourdaine et Koubbi n'ont pas tardé à trouver la faille de cette procédure judiciaire née d'une "défaillance du ministère public". Sur des airs de comedia dell'arte, ils ont ainsi interpellé le procureur : "Si vous deviez aller en voie de condamnation, je crois que vous auriez beaucoup de travail. Vous allez devoir poursuivre tous les élus de Polynésie qui financent des associations dans lesquelles on trouve des membres de leur parti politique, de leur famille, etc." Et de faire le parallèle avec le président Édouard Fritch, dont "la fête de l’Autonomie est une fête au service d’une date célébrée par l’idéologie de son parti autonomiste". Puis, même comparaison avec "le haut-commissaire de la République et la fête du 14-Juillet"… De fait, "pas mal de maires seraient alors contraints de ne plus rien faire" ! Le délibéré sera connu le 10 septembre prochain.
Malgré la grande médiatisation de l'affaire, on pouvait s'attendre à ce qu'il y ait beaucoup de bruit pour rien. En effet, pour rappel, M. Fritch est également passé à la barre en 2016 pour "prise illégale d’intérêts" dans l’affaire Radio Maohi. Il n'avait pas alors écopé de peine d'inéligibilité mais avait été condamné à 2 millions de Fcfp d'amende pour avoir attribué 15 millions de Fcfp de subventions à la radio politique du Tahoeraa, lorsqu’il était maire de Pirae en 2007. Il est intéressant de mettre les deux hommes en perspective pour se faire une idée objective : le casier judiciaire de M. Temaru comporte deux mentions (une amende en 2003 pour franchissement de ligne continue et une condamnation pour diffamation envers un particulier en 2005), tandis que l'actuel président s'est déjà retrouvé quatre fois devant le tribunal dans le cadre de ses fonctions politiques. Outre sa condamnation pour Radio Maohi, il a été relaxé en 2012 avec René Temeharo et Gaston Flosse pour une affaire de mise à disposition de fonctionnaires, puis en 2014 dans l’affaire Anuanuraro. Sa dernière affaire concerne des "détournements de fonds publics" autour de la citerne d'Erima, pour laquelle il vient d'être condamné de nouveau à une amende de 5 millions de Fcfp ; il devra également verser, pour préjudice matériel, 46 millions de Fcfp de dommages et intérêts à la commune de Pirae, ainsi que 1,250 million de Fcfp, à titre de préjudice moral. Le chef de file du Tapura Huiraatira et actuel dirigeant du Pays a ainsi été mis en cause par la Justice à deux reprises !
Aujourd'hui, en mal de projets, Édouard Fritch tente de glisser sur la moindre vague, en proposant par exemple la participation de la Polynésie française à l'organisation des compétitions de surf pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris-2024, sur le spot "le plus dangereux du monde" : Teahupoo. Si notre cher président a du mal à déjouer les mauvais tours des investisseurs étrangers, il joue parfaitement bien du pipeau en feignant à la population que c'est possible. Qui peut croire à pareille ineptie ? Personne n'est dupe, dans cinq ans, les JO se dérouleront sur l'Hexagone. Bien qu'une procédure d’appel à candidatures pour le surf sera lancée auprès de toutes les collectivités nationales et aussi attrayante qu'est la destination Polynésie pour les riders du monde entier, elle reste loin et chère, et surtout les vagues ne manquent pas sur la côte atlantique… Il est vraiment temps d'arrêter les effets d'annonce et de passer à du concret.

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Jeudi 27 Juin 2019 - écrit par Dominique Schmitt


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Décès du nourrisson aux Marquises : “je suis Hoane”…

Décès du nourrisson aux Marquises : “je suis Hoane”…
Jacques Brel chantait "le temps s’immobilise aux Marquises et gémir n’est pas de mise"… Mais après le décès du bébé marquisien, lors de son évacuation sanitaire le 6 octobre dernier, le Fenua Enata hurle sa colère et ses cris font résonner toute la Polynésie. Alors que le 4 juillet dernier, l’accouchement d’une femme de Bora Bora pendant son transport à bord d’un hélicoptère "Dauphin" nous avait tous émus, ce drame, le deuxième en trois ans aux Marquises, nous assomme cette fois, tel un violent coup de casse-tête, et repose la problématique récurrente des évasans, notamment dans les îles éloignées et isolées. Les habitants de la "Terre des Hommes" s’interrogent encore sur les conditions extrêmes de cette évasan qui a nécessité le transfert du nourrisson en speed-boat depuis Ua Pou jusqu’à Nuku Hiva, faute de vraie piste sur l’île native du petit Hoane Kohumoetini et d’hélicoptère affecté aux Marquises… Édouard Fritch a aussitôt demandé l’ouverture d’une enquête afin de "faire toute la lumière sur les circonstances et les responsabilités éventuelles".

Mais cette annonce présidentielle rassurante a été entachée par la sortie de piste de Jean-Christophe Bouissou, ministre des Transports interinsulaires et porte-parole du gouvernement, dont la réaction ahurissante a été sévèrement taclée sur les réseaux sociaux : "Lorsque des gens décident, par exemple, d’aller vivre sur un atoll isolé, sans qu’il y ait de port sans qu’il y ait d’aéroport, il est bien clair que s’il se passe quelque chose, que ce soit sur un enfant ou sur un adulte, nous n’avons pas la même capacité de réaction que si on le faisait par rapport aux Îles Sous-le-Vent ou des îles qui sont plus structurées et plus habitées." Un discours contradictoire pour ne pas dire irrespectueux, dont il a reconnu lui-même "la maladresse". D’autant qu’il déclarait le même jour, à l’issue d’une réunion du Schéma d’aménagement général de Polynésie, qu’il travaillait pour "un développement qui prévoit l’inversion des flux migratoires afin de permettre aux gens de retourner dans les archipels et faire en sorte de pouvoir vivre dans les archipels. Naître, vivre et peut-être aussi mourir dans les archipels, mais dans de bonnes conditions."

Du haut de ses 3 mois, le petit Hoane n’a pas choisi en effet de vivre à Ua Pou. En outre, la mort du garçonnet rappelle douloureusement le coût humain d’un tel éloignement insulaire pour la collectivité : 10 à 15 décès par an seraient liés aux difficultés de transport aux Marquises, selon la directrice de l’hôpital de Taiohae (Nuku Hiva). "Nous, les Marquisiens sommes totalement délaissés par les pouvoirs publics, il faut que cela cesse !", s’est insurgée Julie Bruneau, résidente à Ua Pou, qui a perdu son bébé de 9 mois dans les mêmes circonstances. "Cela suffit, il ne faut plus de sacrifice humain", a grondé, lui, Rataro, le grand-père de la victime. Dans le cadre de l’audition de Thierry Coquil, directeur des Affaires maritimes au ministère de la Transition écologique et solidaire, le sénateur Michel Vaspart est d’ailleurs revenu, le 2 octobre dernier, sur la situation particulière et précaire du sauvetage en mer en Polynésie : "Je dois vous dire, pour être marin moi-même, que j’ai eu honte, je dis bien honte, de voir le canot de sauvetage aux Marquises et de voir le canot de sauvetage à Papeete !" D’autres bébés doivent-ils encore mourir pour que le Pays réagisse enfin et traite tous les Polynésiens sur le même pied d’égalité en leur offrant des conditions d’accès aux soins identiques ? "Je suis Marquisien". "Je suis Hoane".
Repose en paix petit ange. n

Ensemble, faisons bouger les lignes !

Bonne lecture, te aroha ia rahi.

Dominique Schmitt