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L’ICAN réagit à la plainte d’Oscar Temaru : "Tous les présidents de la République française ont une part de responsabilité"


Vendredi 14 Décembre 2018 - écrit par Dominique Schmitt


Après le dépôt de plainte d’Oscar Temaru devant la Cour pénale internationale pour "crimes contre l’humanité" suite aux 193 essais nucléaires réalisés par la France en Polynésie, les réactions fusent de toute part et divergent. La Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (en anglais ICAN), prix Nobel de la paix en 2017, estime que "cette opacité sur les dangers de la radioactivité est source de questionnements, d’angoisse également peu propice à une relation apaisée entre la Métropole et le Pays".



Le 2 octobre 2018, lors de la réunion de la quatrième commission des Nations unies consacrée aux questions de décolonisation – et à laquelle était présente une délégation autonomiste accompagnant Édouard Fritch –, une plainte a été déposée par Oscar Temaru pour "crimes contre l’humanité" devant la Cour pénale internationale de La Haye, visant tous les présidents de la République française, depuis le début des essais nucléaires en Polynésie (46 tirs aériens ont été réalisés à Moruroa et Fangataufa de 1966 à 1974, puis 147 tirs souterrains dans les sous-sols et sous les lagons de ces atolls de 1975 à 1996, soit 193 essais en trente ans). Avec la signature, en 1996, du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE), la France s’est engagée à ne plus jamais faire exploser d'autres bombes. Rappelons qu’une première plainte a été déposée en 2003 par des victimes et les associations de soutien, dont Moruroa e tatou, mais elle s’est soldée par un non-lieu. En 2016, le synode de l’Église protestante mā’ohi (EPM) a réitéré l’action afin que l’État français reconnaisse "le grand mal qu’il a commis dans ce pays" et qu’il facilite "les démarches des malades victimes des essais nucléaires". L’EPM a demandé aussi la restitution à la Polynésie de l’ensemble de ses ressources et de "cesser de les utiliser comme garantie de ses emprunts bancaires"...


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"Tahiti paradis"

Des premiers explorateurs à aujourd’hui, le mythe du "Tahiti paradis" n’a pas beaucoup vieilli, il a plutôt changé de sens. De la beauté des îles, des lagons, des populations qui ont fait la réputation mondiale de la destination depuis plus de deux siècles – et qui en sont encore le principal moteur économique interne –, on est passé à un Eldorado d’une toute autre nature : celui des margoulins de tout poil et de tout horizon. Petit "pays", qui fait figure de riche dans un bassin géographique qui n’a pas encore livré toutes ses richesses, la Polynésie française a souvent été la cible d’hommes et de projets plus que douteux. À croire qu’elle n’a déjà pas assez affaire avec ceux qui y vivent…

Les vendeurs de couvertures chauffantes ont fait place à d’autres vendeurs, bien plus avisés et plus ambitieux. Je me souviens de ce projet d’une course internationale de voiliers – qui n’attirerait que des grands noms (!) – qui a fait flop, à la fin des années 1980. Mais ceci n’est rien en comparaison de ceux qui sont à deux doigts de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. À l’instar des promoteurs des "Îles flottantes", qui ont bien failli réussir leur coup (coût ?). Le gouvernement avait mordu à l’hameçon, avant de le recracher sous la pression populaire. À notre connaissance, et depuis ce désistement, les "Îles flottantes" n’ont toujours pas trouvé un lieu d’amarrage… Surprenant, pour un projet si novateur, non… ? Il faut croire qu’ailleurs dans le monde, on est un peu plus regardant.

Entre ce projet de milliardaires américains, et celui du financement du "Village tahitien" (version Flosse) par un milliardaire arabe, repoussé par le vote de la population, il faut déduire que c’est elle qui détient le bon sens. C’est peut-être pour cette raison qu’elle se montre sceptique quant aux projets plus ou moins avancés que sont le projet aquacole de Hao, dont les rendez-vous avec les investisseurs chinois ne cessent d’être repoussés, ou celui du "Village tahitien" version Fritch, dont la date des 200 jours pour la signature du protocole vient d’être dépassée. Les investisseurs néo-zélandais et samoans ne seraient-ils plus les hommes de la situation ? On n’ose croire que le maintien de Samoa sur la liste noire de l’Union européenne des paradis fiscaux y soit pour quelque chose... Il semble que les garanties financières ne soient pas au rendez-vous. On aurait certainement dû et pu se montrer plus regardant sur cet aspect lors de la candidature.

Mais à Tahiti, au paradis, on a tendance à faire un peu trop confiance et, parfois même, à n’importe qui. Vous ne me croyez pas ? Je vous invite à lire le sujet édifiant (voir page 6) sur une société condamnée en 2017 et pour laquelle le Pays offre son soutien !

Bonne lecture et merci pour votre fidélité.

Luc Ollivier

Luc Ollivier